Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 20 sur 48

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Bodyguards Tome 4

18 - Billie

18

 

Billie

 

Sur le dos, les yeux rivés au plafond, je laisse mon corps flotter dans l’eau. Il est près de vingt-trois heures et la piscine est vide, ce qui me ravit. Passer un peu de temps seule après la fin de soirée que nous venons de vivre n’est pas un luxe.

– Bonsoir.

Surprise par la voix masculine qui résonne soudain, je sursaute, manquant de boire la tasse, puis je me remets à la verticale. Un homme en short de bain se tient au bord du bassin, une serviette posée sur son avant-bras. Il me dévisage, visiblement inquiet.

– Vous allez bien ? me demande-t-il. Je ne voulais pas vous effrayer.

J’essuie les gouttes d’eau sur mon visage et plaque mes cheveux vers l’arrière.

– Pas de problème. Je ne vous avais pas entendu arriver, c’est tout.

– Ça ne vous dérange pas si je viens nager moi aussi ?

– Non, allez-y.

L’inconnu me remercie d’un sourire avant de rentrer dans l’eau en effectuant un plongeon parfait. Il se met ensuite à faire des longueurs tandis que je me contente de m’asseoir sur l’une des marches sur le bord du bassin. La bulle de calme et de solitude dans laquelle je me sentais bien vient d’être brisée… D’ailleurs, j’hésite même à remonter à l’appartement, mais finalement, je me dis que cette piscine est assez grande pour deux et que je peux faire abstraction de la présence d’une autre personne. Cependant, après encore quelques minutes, lorsque l’homme s’approche de moi en souriant, je me tends.

– Je ne crois pas vous avoir déjà vue ici, fait-il en s’arrêtant à une distance respectueuse, ce que j’apprécie. Vous êtes nouvelle dans l’immeuble ?

– Je suis venue rendre visite à une amie.

– Donc vous n’êtes pas de New York ?

– Non.

Mes réponses concises le font sourire. Il s’installe à son tour sur les marches, plus si loin de moi.

– Je crois que j’ai interrompu un précieux moment de solitude, je me trompe ? reprend-il.

Je hausse les sourcils tandis qu’il ajoute :

– À votre avis, pourquoi est-ce que je viens faire des longueurs au milieu de la nuit ? Moi aussi, j’aime le calme.

– Sauf qu’aucun de nous ne peut profiter du silence si vous n’arrêtez pas de parler.

Ma réponse nous surprend tous les deux, mais étonnamment, l’homme finit par rire. Je remarque alors de petites pattes d’oie qui commencent à se former au coin de ses yeux. Je lui donne trente-deux, peut-être trente-cinq ans. Il est plutôt grand et svelte, et ses cheveux ainsi que sa barbe blonde lui donnent un charme particulier.

– Vous avez raison, excusez-moi, déclare-t-il.

Sa réaction me fait réaliser que la mienne était peut-être excessive. Après tout, il est ici chez lui, et de ce que j’ai compris, venir nager le soir est l’une de ses habitudes. C’est moi qui les bouleverse, pas le contraire.

– Ne vous excusez pas, je réplique. En fait, c’est moi qui devrais le faire, je n’avais pas à vous répondre de cette manière.

L’homme hausse les épaules avant de s’adosser au muret de la piscine.

– Dure journée ? demande-t-il.

– Soirée intense, plutôt.

Il tend sa main dans ma direction, se présentant avec un sourire :

– Dean Clarke. J’habite au douzième étage.

– Billie Westwood, je vis dans une maison loin d’ici, je lui indique en acceptant sa poignée de main.

– Eh bien, Billie Westwood qui vit dans une maison loin d’ici, puisque vous n’êtes que de passage, je vais me jeter à l’eau et vous avouer que je vous trouve très attirante.

Oh.

En une seconde, nous venons de passer de présentations banales à une tentative de drague, ce qui me prend au dépourvu.

– Je vous choque, devine-t-il.

– Un peu… Disons que vous êtes direct et que je ne m’attendais pas à ça.

– Quand je vois une jolie femme, je ressens le besoin de le lui dire.

– Quel âge avez-vous ? je demande.

Dean plisse les lèvres avant de me répondre :

– Trente-quatre ans.

C’est bien ce que je pensais. Douze ans d’écart entre lui et moi, c’est énorme. Cependant, bien que je ne sois pas intéressée par cet homme, c’est agréable de voir que je l’attire. Mon esprit est obnubilé par Jaxon depuis si longtemps que j’en oublie que je peux plaire à quelqu’un… Même si cela me déstabilise, il va bien falloir que j’accepte de m’ouvrir aux autres, que j’oublie les sentiments que j’ai pour Jax et que j’essaye de trouver l’homme qui partagera ma vie, puisqu’il est désormais clair que ce ne sera pas lui.

– Et vous ? reprend Dean.

– J’ai vingt-deux ans.

Il me regarde un instant, puis il se rapproche un peu pour me souffler :

– Ravi de vous rencontrer, Billie.

Il prend doucement ma main et sous mon regard surpris, la porte à ses lèvres pour y déposer un baiser.

– Je dérange ?

La voix de Jaxon claque dans l’air. Mains dans les poches de son jean, il s’approche du bassin en nous toisant sévèrement.

– Qu’est-ce que tu fais là ? je lui lance.

– Je venais voir si tu avais besoin de compagnie après ce qui s’est passé ce soir, mais tu n’as pas l’air aussi bouleversée que je le pensais.

Je ne comprends pas son ton cassant. Malgré tout, je retire ma main de celle de Dean, qui, à mes côtés, doit se demander ce qui se passe.

Pendant quelques secondes, aucun de nous trois ne parle. L’ambiance légère s’est soudain chargée avec l’arrivée de Jaxon.

– Tu penses rester encore longtemps ? s’enquiert ce dernier.

– Je ne sais pas.

– Moi, je crois que tu devrais remonter.

Je fronce les sourcils. Je ne saisis peut-être pas ce qui lui prend, mais ce qui est certain, c’est qu’il n’a aucun droit de se comporter de la sorte.

– Excusez-moi, mais qui êtes-vous ? intervient alors Dean.

– Je suis…

– C’est Jaxon, mon frère ! je le coupe avant qu’il puisse terminer sa phrase.

Ma réponse jette un froid glacial entre nous. Je n’avais pas prévu de retourner les mots de Jaxon contre lui, mais ils m’ont échappé sans que je puisse les retenir. Et franchement, vu la vigueur avec laquelle il s’obstine à répéter à qui veut l’entendre que je suis sa petite sœur, je ne comprends pas pourquoi il semble soudain si en colère que je parle de lui ainsi.

– Qu’est-ce que tu as, ce soir ? me lance-t-il.

– Je pourrais te retourner la question, mais franchement, je n’ai pas envie de me disputer avec toi ici.

– Alors remontons à l’appartement tous les deux.

L’expression de Jaxon se fait encore plus maussade, et pour ne pas placer Dean au centre d’un conflit qui ne le concerne pas, je décide de quitter la piscine. Mais que Jax ne voie pas cela comme une victoire. Dès que nous serons hors de portée d’oreilles indiscrètes, il aura droit à la bagarre qu’il semble être venu chercher.

– J’ai été ravie de vous rencontrer, Dean, dis-je en souriant au trentenaire.

– Moi de même, répond-il respectueusement. Si vous restez quelques jours chez votre amie, peut-être que nous nous recroiserons.

– Oui, peut-être.

Sur ce, je passe devant Jaxon sans lui accorder un regard, puis je m’empare de ma serviette de bain que je noue autour de ma taille avant de m’éloigner du bassin d’un pas rageur.

– Billie ! me hèle Jaxon.

Je pousse la porte qui mène au couloir et le remonte avant de pénétrer dans l’ascenseur. Jaxon s’y engouffre à ma suite et la cabine commence à monter.

– Je n’en reviens pas de la façon dont tu viens de me parler, je gronde.

– Et moi, je n’en reviens pas de ce à quoi je viens d’assister, me renvoie-t-il.

– Qu’est-ce que ça peut bien te faire que je discute avec un homme ?

Bras croisés sur ma poitrine, je le fusille du regard.

– J’ai le droit de faire ce que je veux, Jaxon, j’ajoute.

Il me fixe, plisse les lèvres puis, d’un geste rapide, presse un bouton qui bloque l’ascenseur.

– Qu’est-ce que…

– Tu as dit que tu m’aimais ! martèle-t-il.

Oh non… Je ne sais pas pourquoi il remet mes sentiments sur la table, mais immédiatement, mon cœur s’emballe.

– Quoi ? je souffle.

– Tu m’as dit que tu étais amoureuse de moi, et là, je te trouve en train de te laisser draguer par le premier venu. Tu as une conception bien étrange de l’amour, Billie.

Estomaquée, je reste figée sur place. Ma bouche s’entrouvre, parce que je n’arrive pas à croire qu’il ait osé me dire une chose pareille.

– Incroyable, je murmure.

Je bouscule violemment Jaxon, qui recule d’un pas, semblant soudain regretter ses paroles… mais c’est trop tard.

– Espèce d’enfoiré. Comment oses-tu te servir de ce que je t’ai dit de cette façon ?

– Billie…

– Tu m’as repoussée ! j’explose. Tu m’as dit que tu ne ressentais rien pour moi, que tu me trouvais fragile, que tu avais pitié de moi. Tu m’as interdit d’en reparler, et là, tu oses utiliser ce que j’ai dit pour m’attaquer !

– Comment est-ce que je suis censé réagir ? s’écrie-t-il. Je suis descendu parce que j’avais peur que tu ne sois bouleversée à cause du bain de foule que tu as subi à la sortie du restaurant, et je te retrouve à moitié nue dans une piscine avec un inconnu.

– À moitié nue ? Mais tu débloques complètement !

Jaxon se passe rageusement une main dans les cheveux. Me rapprochant encore, je plante un doigt contre son torse et reprends :

– Qu’est-ce que tu attends de moi exactement ? Tu étais au téléphone avec Bianca quand je suis partie. Alors quoi ? Tu as le droit de te taper tout ce qui bouge, mais moi, je dois passer le reste de ma vie toute seule ? Eh bien, ça n’arrivera pas.

– Tu es censée m’aimer, Billie, s’insurge-t-il. Pas lui, ni aucun autre, juste moi.

– Mais toi, tu ne m’aimes pas ! je réplique, au bord des larmes.

D’un coup, il fonce sur moi. Ses mains se referment autour de ma taille, mon dos rencontre la paroi froide de l’ascenseur et son corps chaud se plaque contre le mien.

– Jaxon… je souffle, troublée par sa réaction.

Les traits tirés, les yeux fermés, il semble torturé. Son front se pose contre le mien, et doucement, il me murmure :

– Pardon… Pardon pour ce que je dis, pour ce que je fais… Toute cette situation me fout en l’air, Billie.

Il cale son visage contre mon cou avant d’inspirer profondément. Naturellement, mes paumes remontent sur son dos et je le serre contre moi.

– J’ai besoin que tu m’aimes, me glisse-t-il.

Ses lèvres effleurent ma peau à chacun des mots qu’il prononce, faisant naître une chair de poule partout sur mon épiderme.

– Je ne peux pas t’aimer à sens unique, Jaxon, je lui réponds d’une voix rauque. Ce n’est pas juste pour moi.

Il redresse alors sa tête, et nos regards se croisent. La lueur de souffrance que je perçois dans ses pupilles me paralyse.

Et si…

Non !

Mais peut-être que…

Mon Dieu, et si Austin avait raison ? Et si Jaxon ressentait lui aussi quelque chose pour moi, mais qu’il s’efforçait de le nier ? Tout le crie, de sa réaction lorsqu’il m’a vue avec Dean à la façon dont il m’a dit qu’il a besoin que je l’aime en passant par la colère, la frustration et le désespoir qu’il dégage depuis que j’ai commencé à instaurer une distance entre nous, alors qu’il est d’habitude si posé, si enjoué, si calme…

Lentement, je déglutis avant de caresser délicatement sa joue.

– Jax…

– Je sais ce que tu veux mais je ne peux pas te le donner… lâche-t-il.

Ses mains quittent ma taille et trop vite, il s’éloigne, me laissant pantelante contre la paroi froide de la cabine d’ascenseur.

– Dors avec moi, Billie, me demande-t-il alors. Je sais que tu ne veux plus qu’on soit proches de cette façon tous les deux, mais je t’en prie, dors avec moi et laisse-moi te garder dans mes bras cette nuit. Ça, je peux te le donner, alors laisse-moi faire.

J’aimerais avoir la force de refuser, mais c’est impossible. L’amour que je porte à Jaxon me pousse à accepter, parce que c’est ce que je désire, même si je sais parfaitement que souffrirai de ce moment de faiblesse lorsque, demain, la réalité s’imposera de nouveau à moi. Pour l’instant, j’ai besoin de cette proximité autant que lui. J’ai besoin de sentir cet homme contre moi et d’imaginer un instant qu’il est irrévocablement mien.

– D’accord.

Il soupire, soulagé, puis il débloque l’ascenseur et nous montons jusqu’à l’appartement d’Eve. Le calme y règne, brisé uniquement par le bruit de la télé qui résonne en fond sonore. Scarlett et Sawyer sont assoupis l’un contre l’autre sur le canapé, tandis que le reste de notre famille n’est nulle part en vue.

Jax prend ma main et nous nous dirigeons vers notre chambre, dont il referme la porte derrière nous. Lorsque nous nous retrouvons face au grand lit double, j’ai le sentiment que l’atmosphère de la pièce se charge d’électricité. Il y a une semaine encore, nous allonger l’un contre l’autre était on ne peut plus naturel. Aujourd’hui, je suis fébrile à l’idée de passer la nuit avec Jaxon.

– Je vais aller prendre une douche, dis-je alors qu’il commence à s’installer sur le matelas.

– Je t’attend, me répond-il.

Aussitôt, je m’enferme dans la salle de bain attenante à la chambre. L’eau chaude m’aide à calmer les battements frénétiques de mon cœur et à reprendre mes esprits. Je ne cesse de me rejouer la scène qui s’est déroulée il y a quelques minutes.

La façon dont Jax m’a plaquée contre la paroi de l’ascenseur.

Son souffle contre mon cou.

« Tu es censée m’aimer, Billie. Pas lui, ni aucun autre, juste moi. »

Mon pouls s’emballe de nouveau. Je soupire et coupe l’eau de la douche puis j’attrape une grande serviette et commence à éponger ma peau mouillée. Je repère alors, posé sur le porte-serviettes, un sweat appartenant à Jaxon. Lui emprunter ses vêtements est quelque chose que j’ai toujours adoré faire : lorsque mes sentiments pour lui étaient encore secrets et que la frustration de l’aimer en silence menaçait de me rendre folle, cela m’apaisait de me sentir enveloppée par son odeur.

Instinctivement, je m’empare du sweat et le passe. Même si cette nuit, ce sont les bras de Jaxon qui vont me tenir chaud, j’ai tout de même envie de porter quelque chose qui lui appartient.

Assis au bord du lit en t-shirt et bas de survêtement, il redresse la tête lorsqu’il m’entend sortir de la salle de bain. Ses yeux voyagent sur ma tenue et je détourne rapidement le regard lorsqu’il déglutit.

Sans un mot, je me dirige vers la table de nuit et m’empare de ma brosse à cheveux. À l’instant où je m’apprête à retourner dans la salle de bain pour démêler mes mèches humides, Jaxon me lance :

– Laisse-moi faire…

Je me fige.

– Faire quoi ? je réplique en lui jetant un coup d’œil.

– Te brosser les cheveux.

Il me rejoint, s’empare de ma brosse et prend doucement ma main pour m’entraîner près du lit, sur lequel il se rassoit avant de m’inciter à m’installer entre ses jambes. La gorge nouée, le cœur battant, je prends place contre lui. Avec des gestes tendres, il glisse ses doigts sur ma nuque pour rattrouper ma tignasse dans mon dos, puis il commence à la démêler en prenant soin d’être le plus doux possible.

Pendant quelques minutes, seul le bruit des picots qui passent dans mes cheveux résonne dans la pièce. Je sens le souffle régulier de Jaxon caresser ma nuque et je ferme les yeux. Au bout d’un moment, il repose la brosse sur le lit et glisse ses doigts entre mes mèches.

– J’aime quand tu m’empruntes mes vêtements, murmure-t-il soudain.

Mes paupières se rouvrent.

– Jaxon…

– Il y en a même certains qui te vont bien mieux qu’à moi.

Je me lève d’un bond pour m’éloigner, prendre de la distance.

– Billie…

– Pourquoi tu fais ça ? je m’insurge. Tu sais ce que je ressens pour toi, tu sais que tes mots auront un impact sur moi. Qu’est-ce que tu cherches à faire ?

– J’essaye de te retenir, m’avoue Jaxon. J’ai l’impression que tu vas m’accorder une nuit avant de définitivement t’éloigner de moi, alors j’essaye nous donner un peu plus de temps, de garder ce qu’on avait et ce qu’on était.

Je détaille son beau visage que je rêve de couvrir de baisers, et ma volonté s’évapore complètement. Je reviens près du lit, grimpe dessus, puis me couche sur le côté. Jax ne tarde pas à s’étendre à son tour. Il éteint la petite lampe de chevet avant de remonter la couverture sur nous et de se coller contre moi. Son corps s’emboîte parfaitement contre le mien, c’est fou…

Cet homme m’est destiné, je le sais, je le sens, encore plus lorsque nous partageons de tels moments d’intimité.

– Tu m’as manqué, murmure-t-il contre mon oreille en passant un bras sur mon ventre.

Et toi, je pense, tu me manqueras demain, lorsque tu auras retrouvé la maîtrise de toi-même et que tu me repousseras à nouveau…

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