Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 18 sur 48

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Bodyguards Tome 4

16 - Billie

16

 

Billie

 

– Comme nous allons arriver à l’heure du dîner, je nous ai réservé une table dans l’un des restos les plus chics de New York, nous informe Eve en sirotant son smoothie, dont la couleur verte laisse deviner les ingrédients qui le composent. Je ne sais pas si Dovie a prévu d’organiser quelque chose ce week-end, mais en tout cas, sachez que j’ai mes entrées dans la plupart des endroits branchés de la ville, donc si vous avez envie d’aller quelque part, vous n’avez qu’à me demander.

Nous avons embarqué il y a cinquante minutes dans le jet qu’Eve utilise

généralement pour ses déplacements. La Grosse Pomme 1 n’étant pas très loin de Cape Cod, nous ne devrions pas tarder à atterrir.

Tout le monde semble heureux et excité à la perspective du week-end que nous allons passer ensemble. Il y a quelques jours encore, c’était aussi mon cas. Alors je continue de sourire devant ma famille, de prétendre que tout va pour le mieux, mais à l’intérieur, je me sens incroyablement vide… et un peu pitoyable après mon retour remarqué de la fête d’avant-hier.

Jaxon et moi ne nous sommes plus adressé la parole depuis qu’il m’a transportée dans mon lit. Je l’ai à peine croisé : il me fuit comme la peste et je l’évite, parce que j’ai trop peur de voir dans ses yeux le reflet de mon humiliation.

Voilà… nous en sommes là.

J’ai toujours entendu mon père nous dire que les sentiments changent tout, qu’ils avaient la force de construire ou de détruire les gens, et je comprends maintenant à quel point il avait raison.

– … qu’est-ce que tu en dis, Billie ?

Je tourne la tête vers Scarlett. Sawyer et elle sont collés l’un à l’autre, tout comme Eve et Cruz. Lennon et Jaxon sont assis côte à côte. Quant à moi, j’ai choisi la compagnie de Voldemort, qui se devait d’être de la partie. Il est tranquillement assis sur son siège et, pour une fois, il ne gronde ni ne grogne. Je crois qu’il est impressionné par son premier vol en jet privé. Le bouledogue manque cruellement à Dovie, et je suis certaine que ces deux-là seront heureux de se revoir.

– Pardon ? dis-je.

– Je proposais qu’on se fasse une soirée entre filles, toutes les quatre, répète Scarlett.

– Moi, ça me va, mais…

Je jette un regard à mes frères.

– Vous allez nous laisser sortir seules ? je demande.

– Pour qui tu nous prends ? s’indigne Cruz.

– On peut négocier ? suggère Sawyer.

– Sûrement pas ! tranche Lennon.

Nous nous tournons tous vers lui, et il se sent obligé de se justifier :

– Je n’ai pas vu ma petite amie depuis plusieurs semaines, alors je ne vais certainement pas me passer d’elle pendant une soirée entière. Donc, si vous voulez sortir, je devrai être de la partie.

– S’il vient, moi aussi, décrète Cruz.

– Si l’abruti est admis, il est hors de question que je reste à l’écart, renchérit Sawyer.

– L’abruti t’emmerde, lui renvoie Cruz en lui mettant un coup de poing dans l’épaule.

– Ne comptez pas sur moi pour garder le chien ! s’exclame Jaxon.

– Tu aurais dû me poser la question en leur absence, je glisse à Scarlett, qui fait la moue.

– Dans ce cas, prévient-elle, on est d’accord pour que vous veniez, mais c’est nous qui choisirons l’endroit où nous sortirons et ce ne sera pas négociable.

Mes frères et Jaxon haussent les épaules, rassurés de ne pas être laissés sur le carreau, mais Eve et moi semblons être les seules à remarquer l’œil pétillant de malice de Scarlett. Je ne sais pas ce qu’elle a en tête, mais si ça peut m’aider à me vider l’esprit, je suis partante.

Après quelques minutes, le pilote nous annonce que l’atterrissage est imminent. Je prends soin d’attacher Voldi sous les regards amusés de Cruz et Sawyer, puis nous arrivons enfin à New York. Par le hublot, j’aperçois Dovie qui nous attend sur le tarmac, sa chevelure flamboyante rayonnant à la lumière du soleil. Lenny est si pressé de la rejoindre qu’il ne patiente même pas jusqu’à ce que le jet soit totalement à l’arrêt pour se lever. Dès que l’escalier télescopique est mis en place, il s’élance à l’extérieur en direction de sa petite amie, qui court déjà pour se jeter dans ses bras. Il l’attrape au vol tandis que je m’engage à mon tour sur la passerelle et lui donne un baiser si passionné que j’en rougis. Derrière moi, le reste du groupe émet des sifflements approbateurs tandis que, dans mes bras, Voldi aboie comme un fou maintenant qu’il a repéré sa maîtresse… qui finit par être libérée par mon colosse de frère. Elle s’approche alors de son chien en lui parlant d’une voix haut perchée :

– Mon Voldi chéri, j’espère que ton papa s’occupe bien de toi pendant que maman travaille.

Je me pince les lèvres pour ne pas rire. Lennon est donc devenu en l’espace de quelques mois l’heureux parent d’un bouledogue qui est si excité de revoir « sa mère » qu’il ronfle, bondit et se roule même par terre.

Après les retrouvailles et les embrassades avec Dovie, nous nous répartissons en deux voitures pour nous rendre jusqu’à l’appartement d’Eve, qui est assez grand pour accueillir toute notre tribu durant le week-end. Et lorsque nous y arrivons, l’endroit me coupe le souffle tant il est spacieux, lumineux et aménagé avec goût.

– La décoratrice a vraiment fait du bon travail, nous dit Eve, ravie. Oh, d’ailleurs, si ça vous intéresse, l’immeuble possède une salle de sport et une piscine. N’hésitez pas à vous en servir quand vous voulez, Barry, le concierge, ne vous posera pas de problème.

– Ce bon vieux Barry, ricane Cruz.

– Très bien, tout le monde, reprend Eve, vous pouvez aller choisir vos chambres. À part celle au fond à droite qui est la nôtre, à Cruz et moi, les autres sont disponibles. Jaxon, Billie, je n’en ai que quatre, alors je me suis dit que vous pourriez en partager une tous les deux. Comme vous avez l’habitude de dormir ensemble, ça ne devrait pas…

– Je prendrai le canapé.

– Ne t’inquiète pas, le canapé sera parfait.

L’empressement avec lequel Jax et moi avons répondu tous les deux en même temps en est presque triste.

– Pourquoi vous voulez dormir dans le salon ? nous demande Cruz, suspicieux.

– Parce que c’est plus simple, prétend Jaxon.

Mon frère nous dévisage tour à tour.

– Je vous trouve bizarres depuis plusieurs jours, commente-t-il. Il y a un problème ?

– Pas du tout !

Je vois dans le regard d’Eve qu’elle a compris que quelque chose s’est produit depuis la discussion que nous avons eue lors de notre virée shopping. Elle s’apprête à parler mais, à mon grand dam, Jaxon la devance :

– Tu sais quoi ? Ce n’est pas grave. Billie et moi allons partager la même chambre ce week-end.

Non !

– Parfait ! réagit Cruz. Bon, allez vous installer, on se retrouve tous ici quand vous serez prêts. Notre table est réservée pour vingt heures trente.

Le cœur battant, je traîne ma valise dans le couloir, précédée par Jaxon dont les épaules sont raides. Sans un mot, nous pénétrons dans la chambre qui sera la nôtre pour les jours à venir, spacieuse et sobrement décorée dans des tons clairs. Instinctivement, Jax se dirige vers le côté gauche du lit, me laissant le droit. Le fait qu’il sache que c’est celui que je préfère, qu’il y pense malgré ce qui s’est passé entre nous, me serre l’estomac. Je suis dévastée à l’idée que, désormais, je ne pourrai plus jamais être proche de lui comme par le passé, que je ne sentirai plus la sécurité de ses bras autour de moi au moment de m’endormir, que je ne respirerai plus son parfum entêtant comme lorsque j’avais encore le droit de me blottir contre son torse, de poser ma tête contre son cou. Sentant ma gorge se serrer, je m’empresse d’ouvrir ma valise et d’en sortir mes vêtements pour qu’il ne remarque pas mon moment de faiblesse. Je manque de le heurter lorsque nous pénétrons tous les deux dans le dressing et je recule immédiatement, l’évitant autant que possible, ce qui le fait soupirer.

– Alors on ne va plus jamais s’adresser la parole ? lâche-t-il.

Je lève la tête, surprise d’entendre sa voix.

– Je ne sais pas, je lui réponds en haussant les épaules.

– C’est ridicule, putain, peste-t-il en se passant une main sur le visage.

Il s’éloigne de quelques pas, regarde un instant les buildings par la fenêtre avant de se tourner vers moi.

– Je n’ai pas envie que ça se passe comme ça entre nous… soupire-t-il.

– Moi non plus, mais je ne crois pas qu’on ait le choix.

– Pourquoi ? Écoute, Billie…

Il prend mes mains dans les siennes, ce qui fait immédiatement accélérer mon pouls.

– Oublions ce qui s’est passé, suggère-t-il. Nous avons dit des choses tous les deux… mais je crois que nous n’étions pas très cohérents. Les disputes sont fréquentes au sein d’une famille, et je n’ai pas envie que celle-ci nous éloigne. Donc, ce que je te propose, c’est qu’on fasse comme si la conversation sur la plage n’avait pas existé et qu’on reprenne notre relation comme avant.

Je le dévisage sans y croire. Qu’il ne ressente pas le moindre sentiment pour moi, d’accord : après tout, je ne peux pas l’obliger à m’aimer… mais qu’il veuille effacer ce que j’éprouve ? Faire comme si de rien n’était ?

Comment ose-t-il ?

Lentement, je retire mes mains des siennes et déclare :

– Je n’en ai pas envie, Jaxon. Je maintiens chaque mot qui est sorti de ma bouche ce soir-là. Tu aimerais qu’entre nous tout redevienne comme avant ? C’est impossible, parce que nous attendons des choses différentes l’un de l’autre…

– Billie, gronde-t-il en se passant une main dans les cheveux, visiblement torturé.

– Non, écoute-moi, je reprends. Tu as le droit de ne pas m’aimer, mais pas de me demander de renier mes sentiments juste parce qu’ils te dérangent. Rassure-toi, je ne mettrai plus jamais le sujet sur le tapis, une humiliation m’a suffi, mais ne pas en parler ne rendra pas ce que je ressens pour toi moins réel.

Face à face, nous restons plongés dans le regard l’un de l’autre.

– Je ne veux pas qu’on s’éloigne… murmure-t-il. Je ne veux pas te perdre.

– Moi non plus, je lui réponds en retenant mes larmes. Mais ne pas t’avoir comme je le voudrais me fait du mal, Jax. Alors j’ai besoin que tu me laisses du temps.

– Du temps ? Pour quoi faire ?

– Pour me guérir de toi. Et vivre dans la même maison que toi, te voir tous les jours, ne va pas m’aider, donc je dois m’éloigner autant que possible… ce qui signifie t’éviter.

Il a l’air de souffrir terriblement, et je m’en veux de lui infliger ça. En même temps, je dois me faire passer avant tout, prendre soin de moi.

– Donc… juste comme ça, on fout en l’air neuf ans de…

Je souris tristement en le voyant incapable de mettre des mots sur ce que nous sommes.

– De quoi, Jaxon ? je chuchote. D’amitié ? De relation fraternelle ? D’amour ? Qu’est-ce qu’on a été durant tout ce temps, toi et moi ?

Comme il garde le silence, je soupire avant d’ajouter :

– Quoi qu’il en soit, oui, pour l’instant, on va mettre tout ça sur pause.

– Super, lâche-t-il avant de quitter la chambre d’un pas rageur.

Après son départ, il me faut quelques minutes pour reprendre mes esprits et me forcer à me concentrer sur ce qui est prévu ce soir : le dîner avec toute ma famille.

 

1. Surnom donné à la ville de New York.

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