Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild · Chapitre 48 sur 48

Pages du PDF

Bodyguards Tome 4

Note

 

Vous voulez en savoir plus sur Austin et sa famille ? Ils ont été les héros d’Après la tempête, l’un des romans précédents de Laura S. Wild, également disponible chez Hugo New Romance. Les Seven n’attendent que vous pour vous livrer leur histoire… Découvrez-en le prologue dans les pages qui suivent !

OceanofPDF.com

OceanofPDF.com

Prologue

 

 

Ryan

 

Atlanta, Géorgie.

Les vendredis soir sont synonymes de fête entre amis pour la plupart des adolescents de seize ans des États-Unis. Pas pour moi. Ce moment de la semaine est celui que je redoute le plus, celui que je déteste par-dessus tout, car il lance les hostilités du week-end. Deux jours interminables…

Le clapotement de mes bottes dans les flaques d’eau commence à m’exaspérer. Il pleut à seaux, la température avoisine les deux degrés et je serai chanceux si je n’attrape pas une pneumonie. Mes vêtements complètement trempés me collent désagréablement à la peau, mais je ne me mets pas à couvert pour autant. Je continue à trottiner pour arriver plus vite à la maison.

Chaque jour, je parcours dix kilomètres aller-retour à pied pour me rendre au lycée. La plupart du temps, je m’en tape, mais pas le vendredi.

Je cours un peu plus vite. La nuit est déjà tombée, ce qui signifie qu’il va bientôt rentrer et que le cauchemar va commencer…

Lorsque j’atteins la rue sinistre dans laquelle nous vivons, je repère immédiatement la voiture garée dans l’allée. Mon pouls s’emballe et je sprinte sur les derniers mètres, défonçant presque la porte d’entrée lorsque des cris me parviennent au travers.

– Lâche-le, Randy !

C’est pour éviter ça que, chaque vendredi soir, je fais en sorte d’être rentré avant lui. Malheureusement, aujourd’hui, j’ai été retenu au lycée par l’un de mes profs, qui m’a reproché mon manque d’investissement… Je savais que les minutes que je perdais étaient précieuses, je le savais… mais je ne pouvais rien faire d’autre que de le laisser terminer son sermon. Et j’ai eu beau courir la majeure partie du chemin de retour, j’arrive tout de même trop tard.

La scène qui se joue devant moi, je la connais par cœur, sauf que d’habitude c’est moi qui me retrouve traîné sur le sol, à la place de mon petit frère.

Austin, six ans, hurle de terreur, le visage rouge, les larmes noyant ses joues d’enfant.

– Ryan, s’écrie-t-il en m’apercevant. Ryan, j’ai peur.

En entendant mon prénom, la brute épaisse qui me sert de beau-père se tourne dans ma direction. Son sourire froid me fait frissonner, mais ça ne m’empêche pas de lui foncer dessus et de le percuter de plein fouet.

– Lâche-le, enfoiré, je hurle en essayant d’arracher le col du pull d’Austin de ses grosses mains.

– Te voilà rentré, petite merde ! réplique Randy avant de me coller un coup de poing dans l’estomac.

Le choc m’envoie au sol. En me tenant le ventre, je m’écrie en toussant :

– Ne le touche pas. NON !

Je me jette en avant, mais trop tard. Austin reçoit une violente gifle du revers de la main, et il chute lui aussi. Mon cœur se brise devant le spectacle de cet enfant innocent qui se recroqueville en position fœtale pour absorber la douleur et pleurer en silence.

Cependant, ce n’est pas ce qui me fait le plus enrager. Ce qui m’est le plus insupportable, ce sont les sanglots de ma mère. Elle se tient dans l’embrasure de la porte du salon, les mains couvrant son visage, et elle pleure à chaudes larmes sans pour autant esquisser un pas dans notre direction, sans essayer de venir en aide à ses fils qui sont en train de se faire tabasser par l’ordure qu’elle a épousée. Elle demeure spectatrice de toute cette violence et je ne comprends pas comment elle peut l’accepter…

– Que des bons à rien, grogne mon beau-père, ivre mort, comme chaque vendredi soir.

À l’écouter, il a des centaines de raisons de boire. Son travail qui le pousse à bout, ma présence ainsi que celle d’Austin, ma mère qui a cramé le repas, la météo, bref, absolument tout et n’importe quoi est une excuse pour se soûler et nous violenter.

Après la mort de notre père, peu de temps après la naissance d’Austin, ma mère, incapable de vivre seule, a rapidement refait sa vie. Il y a cinq ans que cet enfoiré de Randy est entré dans notre vie et bientôt trois ans que mon petit frère et moi sommes ses souffre-douleur. Parmi ses collègues, personne ne le soupçonne d’être un sac d’alcool violent. Avec eux, il se montre sous son meilleur jour et il se garde bien de faire le moindre écart. Mais quand vient le vendredi, il quitte son job plus tôt pour se réfugier dans un bar et boire jusqu’à se griller les neurones. Ensuite, il revient ici… et s’adonne à son activité favorite. Jusqu’à maintenant, j’ai toujours fait en sorte d’être son seul défouloir. J’en ai pris, des coups, j’ai reçu mon lot d’insultes et de menaces de mort. Au début, cela me terrifiait et j’étais désespéré par tant de haine à mon égard. Mais avec le temps, j’ai appris à ne plus faire attention à toute la merde qui sort de la bouche de cet enfoiré. Je me suis concentré sur mon objectif : être le bouclier de mon petit frère.

Ce soir, c’est la troisième fois qu’il lève la main sur lui, la troisième fois que j’échoue à le protéger.

La fois de trop…

La douleur dans mon estomac se dissipant un peu, je me redresse et prends Austin dans mes bras. Je monte à l’étage, chargé de son petit corps endolori, tandis que l’alcoolique s’égosille depuis le bas de l’escalier :

– Reviens ici, sale merde ! J’en ai pas fini avec toi.

Je m’enferme avec Austin dans la chambre que nous partageons. Il sanglote contre moi, dévasté.

– Hé, regarde-moi, lui dis-je d’une voix douce.

Ses épaules frêles se soulèvent rapidement. Sa lèvre inférieure fendue saigne à cause du coup qu’il a reçu et cette vision me donne envie de hurler.

– Je n’ai rien fait de mal, je te le jure, hoquette-t-il. Je suis resté bien sage et silencieux dans notre chambre comme me le demande toujours maman. Je ne l’ai pas provoqué.

– Je sais, mon grand, je sais. Ne t’inquiète pas, tu n’y es pour rien.

– J’ai mal, gémit-il.

Il se force à chuchoter de peur que quelqu’un d’autre que moi ne l’entende se plaindre.

– Ne bouge pas, dis-je en le déposant sur le lit.

Je me baisse et attrape sous le sommier la petite trousse à pharmacie que j’ai rassemblée au fil du temps. Je prends de quoi soigner Austin, puis je retourne vers lui. Ma gorge se serre quand je le vois combattre ses larmes et tenter d’étouffer la douleur pour ne surtout pas envenimer les choses avec le démon qui nous empoisonne l’existence.

– SORTEZ DE LÀ !

Mon frère et moi sursautons en même temps lorsque deux poings furieux s’écrasent contre la porte.

– Randy, je t’en prie, gémit ma mère.

– La ferme ! Dégage de là et va préparer à bouffer. Comment peut-elle accepter de se laisser traiter ainsi ?

Ça me sidère. Je sais qu’elle est terrifiée par son mari et qu’elle craint de se faire rouer de coups elle aussi, mais tout de même…

Dire que, depuis le début, tous les signes étaient là, devant ses yeux… Mais elle a préféré les ignorer. À peine ont-ils été mariés que Randy a commencé à lui imposer sa volonté, à la rendre dépendante de lui. Il lui a d’abord suggéré de quitter son emploi de réceptionniste, affirmant que son salaire suffisait largement à entretenir le foyer. Puis il a commencé à ne plus aimer les amis qu’elle fréquentait. Ma mère, aveuglément amoureuse, a petit à petit coupé les ponts avec tous ceux qu’elle connaissait. Enfin, Randy a décidé que nous devions déménager à plus de mille kilomètres de Dallas, où nous vivions auparavant… À partir de là, ma mère, financièrement et affectivement sous emprise, est devenue « l’épouse de… » et plus une personne à part entière.

En grandissant, j’ai tenté de lui ouvrir les yeux, en vain. La première fois que Randy a levé la main sur moi, j’ai cru que cela agirait comme un électrochoc sur elle, mais au lieu de s’interposer, elle a fui dans une autre pièce lorsqu’il a menacé de lui faire subir bien pire si elle s’en mêlait.

Bien sûr, un jour est venu où il a fini par s’en prendre à elle aussi.

Pas une fois elle n’a appelé la police. Moi, j’ai tenté d’agir. J’avais quatorze ans et ma mère venait de dévaler l’escalier après y avoir été poussée. Ce soir-là, j’ai appelé la police en cachette et une patrouille a sonné à notre porte. J’espérais tant que cela signerait la fin de ce cauchemar… Mais j’ai vu ma mère afficher son sourire des beaux jours, faire face aux policiers, leur dire que j’étais en pleine crise d’ado et que j’avais menti… C’est à cet instant que j’ai arrêté de lui faire confiance, à cet instant que j’ai arrêté de la respecter.

– SORTEZ ! continue de s’époumoner Randy derrière la porte.

Entre ses hurlements, les gémissements de ma mère et les pleurs de mon petit frère, quelque chose se rompt en moi, et je prends une décision radicale. J’attrape le sac à dos rempli d’affaires de première nécessité pour Austin et moi que j’ai préparé il y a quatre mois déjà.

Cela fait des semaines que je n’en peux plus d’encaisser sans rien dire. Dans ma tête, je suis prêt à cette éventualité depuis un moment : partir, quitter ce foyer malsain où règnent la haine et la violence…

Oui, dans ma tête, je suis déjà loin. Mais il est hors de question que je laisse Austin derrière moi. Il est ma seule famille, le seul pour qui je suis prêt à tout.

– Austin, écoute-moi, dis-je après avoir rassemblé d’autres vêtements dans un sac de voyage.

Je m’accroupis pour essuyer ses larmes et caresser ses cheveux noirs identiques aux miens, alors même que le fou furieux continue de tambouriner contre la porte.

– Écoute-moi, je répète pour obtenir l’attention de mon petit frère. On va s’en aller, d’accord ? On va partir d’ici tous les deux et ne jamais revenir. Tu veux bien ?

Sans hésiter, il hoche vivement la tête, puis il se jette à mon cou.

– Je ne veux plus rester ici, Ryan, pleure-t-il contre moi.

J’ai trop peur. Et je ne veux plus qu’on me fasse mal.

Ma gorge se serre un peu plus.

– Je suis pas méchant, poursuit-il tout bas. Il dit que je suis méchant mais je sais que c’est pas vrai. Je mérite pas d’être puni tout le temps.

Si j’avais encore une hésitation, elle s’évapore à cet instant. Cet enfant mérite autant de bonheur que je peux lui en apporter.

Je lui dois une belle vie.

– Fais-moi confiance, tu ne seras plus jamais puni.

Je soulève mon matelas pour y récupérer le canif qui appartenait à mon père et que je n’ai jamais quitté.

– Mets-toi derrière moi, dis-je à Austin. Ne t’inquiète pas, il ne te touchera pas.

Les bras de mon frère se serrent autour de ma taille. Je suis prêt à parier qu’il ferme les yeux de toutes ses forces pour ne pas voir ce qui va se passer.

J’attends que les coups contre le battant se calment, puis je déverrouille doucement la porte avant de l’ouvrir violemment. Surpris, Randy recule et titube. Derrière lui se trouve l’escalier et je ne rêve que d’une chose : qu’il le dévale tête la première.

Alors qu’il retrouve l’équilibre, je pointe le couteau sous son visage.

– Fous-nous la paix, sinon je te plante, j’affirme le plus sérieusement du monde.

Mon frère se serre plus fort contre moi, et ma mère, debout à côté de son mari, me regarde avec de grands yeux.

– On va partir, je leur annonce. Austin et moi, on se casse et on vous laisse dans votre merde tous les deux.

– Non ! s’écrie ma mère. Tu ne peux pas emmener mon bébé.

Elle esquisse un pas dans ma direction mais je la menace avec mon arme elle aussi.

– Ton bébé ? Le même qui vient de se prendre une raclée gratuitement ? Celui que tu n’as jamais défendu et à qui tu demandes de rester enfermé en silence dans sa chambre pour ne pas faire de vagues ? Celui-là, de bébé ?

– Où crois-tu pouvoir aller comme ça ? crache Randy. T’es mineur et tu te trimballes avec un enfant. Tu ne tiendras pas un jour sans être ramené ici.

– Ne t’inquiète pas, je me débrouillerai. N’importe où, ce sera toujours mieux qu’avec vous deux. N’allez pas nous chercher ni prévenir qui que ce soit, c’est clair ? J’ai assez de preuves pour vous faire mettre en prison pour des années, alors si vous ne voulez pas que ça arrive, vous nous foutez la paix. Sur ce, j’entraîne Austin avec moi au rez-de-chaussée.

Je passe dans la cuisine et remplis un sac vide d’autant de nourriture que je le peux. Randy et ma mère débarquent sur mes talons, mais je les menace à nouveau de mon couteau. L’alcoolique, qui croit certainement que je bluffe, s’approche de moi, sa grosse main tendue en avant. Sans réfléchir, je lève l’arme et lui fais fendre l’air. L’enfoiré recule et crie de douleur en se tenant le bras.

– La prochaine fois, c’est dans la gorge, t’as compris ? je grogne.

Ma mère tente encore une fois de protester :

– Ryan, tu ne peux pas…

– Si, je peux, et je vais le faire, je réplique. Moi, j’ai l’habitude, maintenant, mais vous n’avez pas le droit de pourrir l’enfance d’Austin. Tu aurais dû dire la vérité à la police quand tu en as eu l’occasion. À présent…

Malgré la colère que je ressens à l’égard de cette femme qui a démissionné de son rôle de mère, une pointe de tristesse m’envahit alors que je m’apprête à lui dire mes derniers mots.

– Tu l’as laissé s’installer avec ses démons, je reprends.

Et un jour… un jour, il t’emportera avec lui, maman.

J’attrape nos sacs puis je prends la main d’Austin. Je récupère les clés de la voiture de ma mère dans l’entrée et nous quittons la maison en trombe, mon frère et moi. J’ignore encore où nous allons : je sais simplement que je dois nous éloigner d’ici, et vite.

 

– Qu’est-ce qu’on va faire maintenant, Ryan ? me demande Austin quelques heures plus tard.

J’ai réussi à nous trouver une chambre dans un motel à peine salubre, et mon frère me paraît encore plus petit, assis au bord du lit double que nous allons devoir partager cette nuit. Je tente de me montrer aussi rassurant que possible en lui répondant :

– On va commencer par changer de ville, s’éloigner un maximum de la maison.

– Où est-ce qu’on va aller ?

– Est-ce qu’il y a une ville que tu voudrais découvrir ?

– Je ne sais pas trop.

Austin fronce les sourcils, puis il ajoute :

– Je crois que j’aimerais voir l’océan.

– Alors c’est là qu’on ira.

Je m’approche et m’agenouille devant lui.

– Je ne veux pas que tu t’inquiètes, d’accord ? lui dis-je.

Plus personne ne te fera de mal. On va s’en sortir.

– D’accord.

Sa lèvre est encore gonflée. Je déglutis et embrasse son front.

– Je vais te préparer un sandwich, j’annonce en ouvrant le sac de provisions. Ensuite, tu essayeras de dormir un peu.

– Merci, Ryan.

Le regard triste d’Austin me serre le cœur mais je m’oblige à afficher une assurance à toute épreuve.

– Je suis content que tu sois mon grand frère, déclare-t-il avant de retirer ses chaussures.

Ma gorge se noue, mes yeux se remplissent de larmes, mais je garde le dos tourné, me concentrant sur la préparation du sandwich. Je sais que fuir était la meilleure des solutions, mais je sais aussi que l’avenir s’annonce sombre. Je suis encore un adolescent, et j’ai maintenant avec moi un petit garçon dont je dois prendre soin.

À l’extérieur, la pluie tombe, encore plus fort que tout à l’heure. Le vent se lève, sifflant bruyamment lorsqu’il s’engouffre entre les immeubles. On dirait qu’une tempête est en train de se préparer, et curieusement, je trouve cela réconfortant, raccord avec ce qui vient de se passer ce soir, avec la décision que j’ai prise.

En un instant, tout a été détruit.

Maintenant, il ne reste plus qu’à reconstruire.

OceanofPDF.com

OceanofPDF.com

 

Vous avez terminé Bodyguards Tome 4

Laura S. Wild

Des livres comme celui-ci

Après le livre

Pages fournies avec cette édition, gardées ici pour référence.