Bodyguards Tome 4
13 - Billie
13
Billie
Trois heures du matin… L’heure clignote en rouge sur l’écran de mon réveil. Je ne sais pas depuis combien de temps je fixe la pénombre de ma chambre : après les larmes et la peine, j’ai essayé de trouver le sommeil, en vain.
Jaxon ne m’aime pas.
À cette pensée, mes pleurs menacent de rejaillir et je remonte la couette sous mon menton, me forçant à fermer les yeux pour les retenir. L’affrontement que Jaxon et moi avons eu me hante, chaque mot qu’il a prononcé ne cesse de passer en boucle dans mon esprit. Qu’il me jette mes sentiments au visage était ce que je redoutais le plus et c’est en grande partie pour cela que je les avais gardés secrets pendant si longtemps. Durant toutes ces années, j’ai vécu avec l’espoir ; aujourd’hui, il n’y a même plus de place pour lui. Parce que je sais.
Jaxon ne m’aime pas.
Entendre de la personne dont on est folle amoureuse qu’elle ne ressent rien pour nous est dévastateur. Comment est-ce que je vais réussir à continuer désormais ? À le voir, le croiser tous les jours ?
– Billie.
Mes paupières s’ouvrent brusquement. Ai-je rêvé ? Mais quelques coups résonnent alors contre la porte de ma chambre.
– Billie.
Je me redresse dans mon lit, déboussolée. Cette fois, aucun doute, c’est bien la voix de Jaxon que je viens d’entendre.
Je ne sais pas pourquoi il vient me voir au beau milieu de la nuit, mais peu importe. Après notre conversation, je suis incapable de lui faire face. Si je me retrouve dans une pièce seule avec lui, je vais craquer et le supplier de m’aimer.
Il ne faut surtout pas que ça arrive.
Paniquée à l’idée qu’il tente d’entrer dans ma chambre, je bondis hors de mon lit et me précipite sur la poignée de la porte. Là, je tourne le verrou… et Jaxon l’entend.
– Billie, s’il te plaît, laisse-moi entrer, plaide-t-il.
– Va-t’en.
– Je t’en prie… Je n’arrive pas à fermer l’œil, j’ai besoin qu’on parle de ce qui s’est passé tout à l’heure sur la plage.
La gorge nouée, je pose mon front contre le battant.
– Il n’y a rien à dire, j’affirme. S’il te plaît, laisse-moi tranquille.
Il ne répond rien, et pendant quelques secondes, j’espère qu’il a quitté le couloir. Mais il finit par me demander :
– Dis-moi ce que je dois faire pour que rien ne change entre nous, Billie.
Je retiens un sanglot tout en me laissant glisser le long de la porte.
– C’est impossible, je murmure.
– Mais merde, je ne veux pas que tu t’éloignes… Je ne veux pas te perdre.
– Je ne peux pas rester proche de toi, Jaxon. Ça me fait trop mal.
Je ne parviens plus à cacher les sanglots dans ma voix. Il le perçoit et me souffle :
– Ne pleure pas…
Je m’essuie les joues, puis je pousse un profond soupir.
– Laisse-moi, s’il te plaît, j’ai besoin d’être seule.
– Billie…
– Jaxon, je t’en prie. Laisse-moi.
Après encore quelques secondes, j’entends des pas s’éloigner. En ce qui me concerne, je reste encore un long moment assise sur le sol, le dos contre ma porte. À l’instant où je vais me coucher, la tête aussi lourde qu’un boulet de canon, mon réveil indique quatre heures du matin. J’ai envie de prétexter un rhume pour ne pas avoir à me rendre à la fac demain, mais je me souviens alors que j’ai promis à Austin de l’accompagner à sa fête. Bizarrement, alors que l’idée d’être entourée d’étudiants surexcités devrait me rebuter, j’y vois une manière bienvenue de m’éloigner du manoir et de Jaxon. Je ne sais pas encore si je réussirai à donner le change, mais une chose est sûre, je dois éviter autant que possible de me trouver sous le même toit que Jax. Pour le moment en tout cas. Alors, même si ce n’est que pour quelques heures, tous les moyens seront bons pour m’échapper d’ici.
– Tu sors ?
Je relève la tête après avoir rangé mon smartphone dans mon sac à main. Lennon est installé au salon et à ses côtés se trouve… Jaxon. Je ne sais par quel miracle nous avons réussi à ne pas nous croiser de la journée, alors le voir là me trouble. Cependant, je garde un air détaché et je souris à mon frère.
– Je suis invitée à une petite fête avec Austin, lui dis-je. D’ailleurs, je dois passer le prendre.
– Tu penses rentrer tard ? s’enquiert Lennon innocemment.
Je m’esclaffe.
– Oui. Tu dormiras d’ailleurs déjà sûrement à ce moment-là, donc…
Je m’avance près de mon frère et je dépose un baiser sur sa joue avant de lâcher :
– Bonne nuit.
– Attends… Jaxon va t’accompagner.
– Non ! je réagis aussitôt, crispée.
De son côté, Jaxon a la mâchoire contractée. Percevant ma tension, Lenny se lève avant de prendre doucement mon visage entre ses mains.
– Ce n’est pas du tout pour te fliquer, se défend-il. C’est juste que j’ai l’impression qu’il y a des étincelles entre vous deux depuis quelques jours, et j’aimerais que les choses s’arrangent.
– Il n’y a rien, Lennon, je t’assure que…
– Je sais que vous me cachez quelque chose, tranche mon frère.
Mes yeux s’écarquillent, et sur ma droite, je remarque que Jaxon se redresse subitement.
– C’est normal, reprend Lennon. Dans une famille, il y a régulièrement des disputes et des désaccords, mais le plus important, c’est de réussir à les régler. Et je suis certain que sortir tous les deux vous fera du bien.
Bon sang, mais c’est pas vrai. Je n’ai qu’une idée en tête, m’éloigner de Jaxon… et voilà que mon frère me jette droit dans ses bras.
– C’est une fête étudiante, je plaide. Jax n’a pas envie de se retrouver avec des gamins.
Oh… Apparemment, ma rancune a envie de se manifester.
Jaxon ne réagit pas mais Lennon, lui, fronce les sourcils.
– Voilà pourquoi je veux que vous vous réconciliiez tous les deux, déclare-t-il. Notre famille doit rester soudée quoi qu’il arrive.
Je pousse un profond soupir, puis je remonte la bandoulière de mon sac sur mon épaule. J’ai souvent pris en considération les besoins et les inquiétudes des triplés, mais cette fois, j’en suis incapable. Accepter de passer la soirée en compagnie de Jaxon, comme le propose Lennon, serait une véritable torture pour mon cœur. Je dois me protéger.
– Non, j’insiste en regardant mon frère dans les yeux. Je l’ai déjà dit et je continuerai à le répéter jusqu’à ce que le message s’imprime dans vos esprits : je n’ai plus l’âge qu’on me dise ce que je peux ou ne peux pas faire, pas plus que l’on m’impose quoi que ce soit. Alors je vais me rendre à cette fête en compagnie d’Austin, je vais m’amuser et nous nous reverrons demain matin.
Sur ce, je quitte le manoir à grandes enjambées.
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