Célubée

Célubée · Chapitre 16 sur 42

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Célubée

Chapitre X

 

À la fin de l’après-midi, quand les bruits reprirent dans la villa, je m’éveillai. Le soleil était très bas et j’aurais dû me lever, mais je ne m’en sentis pas le courage. Aussi restai-je allongée, à repenser à la scène du matin. Je refaisais sans cesse son histoire, cherchant à quel moment tout avait basculé, ce que j’aurais pu ou dû dire. Je la réinventais, ayant peine cependant à lui trouver une issue satisfaisante, dans l’ignorance où j’étais des sentiments d’Anticléridès.

Je rêvais ainsi dans la pénombre, quand ma porte s’ouvrit brutalement sur Phoil. Il semblait fou de colère et se précipita sur moi.

« Où est Nagar ?

— Je ne sais pas. Elle était partie quand nous sommes arrivés. Le portier dit qu’elle est allée à la Cité.

— Au palais, veux-tu dire ! Sais-tu ce qu’elle avait à y faire ? Et ce qui l’amena à s’y rendre si secrètement ?

— Mais non, je ne le sais pas. Comment le saurais-je ? Tu le lui demanderas à son retour. »

Il jeta sur moi un regard incrédule et sortit aussi précipitamment qu’il était entré. Nagar revint peu après, s’enferma dans sa chambre, dont elle refusa l’entrée au prince. Lorsque je vins l’habiller, je tentai d’obtenir qu’elle me découvre la raison de son départ pour le palais. Le mystère dont elle avait entouré sa sortie autant que la fureur de Phoil excitaient fortement ma curiosité. Mais elle ne voulut rien dire et écarta toutes mes questions d’un revers de main, comme chaque fois qu’elle était énervée.

Nous allâmes ensemble sur la terrasse où nous attendaient le prince et le poète. Un long moment de gêne s’établit entre nous quatre. Phoil n’osait questionner Nagar devant nous, mais ne se sentait pas le calme nécessaire pour se montrer aimable avec elle. Nagar, sur la défensive, ne parvenait pas davantage à trouver quelque banalité afin d’engager la conversation. Quant à Anticléridès et moi-même, nous aurions voulu nous bouder, mais nous ne pouvions que cacher notre rancune respective sous des sourires malhabiles. J’allais prendre ma cithare abandonnée dans un coin afin, sinon de détendre l’atmosphère, du moins de m’en éloigner provisoirement, mais Nagar m’ordonna de m’asseoir avec eux.