Célubée
Chapitre VIII
Le lendemain, en m’éveillant, je vis un rouleau déposé sur le sol de ma chambre. C’était un poème d’Anticléridès pour moi, ainsi que je le compris à voir la disposition des caractères. Je courus le trouver pour le remercier et m’excuser de ce qui avait provoqué notre brouille. Nous nous réconciliâmes. Il me lut son poème jusqu’à ce que je le connusse par cœur. Pour ne pas être en reste, je lui racontai, non l’incantation de Nagar, mais ce qu’elle m’avait révélé la veille au soir sur le futur rationnement. Anticléridès parut intrigué, moins par ce que je lui disais que par les confidences que me faisait ma maîtresse. J’hésitai à lui en dire davantage, mais je ne pus m’y résoudre. J’emportai son poème dans ma mémoire et occupai ma journée à le mettre en musique sur ma cithare.
Bien que je me fusse installée à un endroit de la terrasse d’où Anticléridès ne pouvait manquer de m’entendre, il ne parut pas. J’en fus quelque peu déçue, mais, à dire vrai, pas autant que je l’aurais cru, parce que la mélodie que je recherchais pour ce mélancolique poème ne me venait pas naturellement. Comme, en outre, je ne voulais pas sacrifier à l’usage de la Cité et composer une chanson strophique, j’eus plus de travail que si j’avais respecté les canons musicaux. Je voulais isoler chacun des sept premiers quatrains par une mélodie qui fût différente de la précédente. Pour les quatrains suivants, je composai des variations sur les thèmes de chacune des quatre premières strophes auxquelles ils répondaient. Toutefois, afin de souligner la transperçante nostalgie de ce poème, je décidai de rejouer toujours les mêmes notes tristes pour accompagner le dernier vers, souvent très court, de chaque strophe.
Lorsque le crépuscule se dessina dans le ciel et que repassèrent les grues fatiguées, j’avais enfin achevé mon travail. Soudain Nagar se montra. Je cessai aussitôt ma chanson et me levai.
« Reste assise, Coelia. Reste assise et dis-moi plutôt ce que tu chantes.