Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements
6. L’aliénation du pouvoir d’aimer
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 2 parties.
Jerry se sentit très « embarrassée » devant les extraterrestres lorsqu’ils lui ôtèrent son pyjama. « On dirait qu’ils se prennent pour des médecins ou je ne sais quoi du même genre. Je ne crois pas qu’ils soient médecins. » Allongée désormais sur le dos, Jerry « se décontracta » et apaisa un peu ses craintes. Un des êtres s’approcha et mit ses mains sur les yeux de Jerry en pressant quelque chose qui « ressemblait à un tuyau » contre la peau de son ventre, au-dessus du nombril, pour l’y faire rentrer. Une fois l’instrument profondément enfoncé à l’intérieur de l’abdomen, l’être retira ses mains et Jerry se sentit plus détendue, fatiguée, avec l’envie de dormir. Ensuite, elle remarqua qu’un des êtres tenait un objet brillant en forme de fer à cheval avec une poignée tandis que les autres se mettaient à relever ses genoux en les écartant. Jerry se mit à pleurer : « Il va encore me recouvrir les yeux. Pourquoi fait-il cela ? Je crois que je préfère ne pas savoir. Je ne veux pas savoir ce qu’ils font. » Elle dit aux êtres qu’elle répéterait tout à sa mère, mais ils lui répondirent qu’elle n’en ferait rien. « Elle ne les laisserait certainement pas faire si elle était là », se lamenta Jerry d’une voix cassée et poignante. Les êtres insistèrent sur le fait qu’elle ne dirait rien pour la bonne raison qu’elle ne se souviendrait de rien.
À ce stade de notre travail, je demandai à Jerry : « Vous sentez-vous prête à présent pour faire remonter les souvenirs ? » Elle acquiesça mais s’exclama en même temps : «C’est faux ! (J’approuvai, bien évidemment.) Ils essaient de me faire croire que tout cela n’est qu’un cauchemar, se plaignait-elle. Mais qu’est-ce qu’ils s’imaginent ? Que je ne suis qu’un animal ou quoi ? » La peur, encore une fois, envahissait toutes les fibres de ma patiente, surtout au moment où elle sentit une « pression » à l’intérieur de son vagin. Elle affirma que malgré le fait que les êtres n’arrêtaient pas de la persuader qu’elle ne se souviendrait de rien, elle se souvenait en fait de ce qui était arrivé. Puis elle s’est mise à pleurer et à gémir. C’est en sanglotant qu’elle exprima son désespoir : « Je veux ma maman... » Mais bientôt elle ressentit « quelque chose à l’intérieur », une crispation, une « sensation de pincement... Pourquoi me font-ils ça ? s’écria Jerry. Je ne les laisserai pas me refaire cela !». Je l’encourageai à extérioriser ses émotions. « Mais on n’en finira donc jamais ? Arrêtez ! »
Et puis, cette épreuve s’acheva enfin. Jerry eut l’impression que quelque chose avait été placé quelque part à l’intérieur de son corps, au-delà même du vagin, peut-être dans l’utérus. À l’âge adulte, elle avait fait un avortement et cette sensation le lui rappela. Elle vit qu’on lui retirait l’instrument en forme de fer à cheval et elle fit un effort pour se souvenir de ce qui venait avec : « Je ne veux pas aller plus loin », protesta-t-elle. Je lui fis sentir que j’étais là à ses côtés et que cette décision lui appartenait. « Ce n’est pas possible, fit-elle dans un murmure. Oh ! non, je ne peux pas y croire. Je suis trop jeune pour ça. Je n’ai que treize ans. » Je lui dis que cela n’aurait pas dû arriver, en effet, mais que d’un point de vue strictement biologique, elle était assez formée pour cela. « Je ne sais pas, gémissait-elle, oh ! oh ! Ça ne se peut pas. Non, ça ne peut pas arriver. Je devais être... je ne sais pas... »
Ce que Jerry voyait, c’était un « bébé extrêmement mince, voire décharné ». Les êtres avaient l’air très contents du résultat et le lui brandirent sous le nez. La petite créature avait peut-être trente centimètres de long. Jerry ne put guère récolter d’autres détails, excepté que l’être avait de toutes petites mains et que sa tête était disproportionnée comparativement à son corps. Le bébé fut placé dans « une chose cylindrique » en plastique transparent où il flottait dans une espèce de liquide. «Pourquoi est-ce qu’ils font ça ? s’exclama Jerry. Je n’y comprends rien. Je suis trop jeune pour avoir un bébé. Ils m’ont simplement dit de ne pas m’inquiéter. Je n’ai à me soucier de rien. » Je demandai à Jerry quel type de lien elle croyait avoir avec le fœtus et elle répondit : « Je crois qu’ils sont parvenus à ce que je ne ressente pas qu’il soit à moi. C’est le leur. C’est bien une partie d’eux-mêmes. » Tandis que Jerry demeurait sur la table pendant ce qui lui parut au moins une heure et demie, les extraterrestres semblaient « s’affairer autour du petit bébé ». Puis ils le lui montrèrent de près pour qu’elle le regarde : ils voulaient que Jerry se sente fière d’avoir permis de fabriquer cette créature. Mais, au contraire, elle éprouva de la colère, de l’embarras, de la fatigue et un sentiment d’avoir été trahie.
Jerry ne démordait pas de son effarement et de ses doutes : « Je ne savais même pas que je pouvais avoir quelque chose comme ça en moi ! fit-elle avec un petit rire douloureux. S’ils voulaient faire des trucs comme ça, ils auraient pu au moins m’avertir », ajouta-t-elle. Je la questionnai pour savoir si elle avait eu accès à d’autres informations concernant le but de toutes ces procédures. Elle me répondit : « Le chef m’a dit que c’était très beau et qu’un jour je comprendrais tout, et qu’il s’agissait de création.
Création de quoi ? demandai-je.
Un nouvel être, je suppose, répondit-elle. Une nouvelle
race, ou bien - je ne sais pas, moi. Il n’a pas donné de
précisions... Il a simplement dit qu’à un certain moment
dans leur temps à eux, je saurais tout. Ils ont dit que c’était
beau. Que c’était merveilleux... et qu’il fallait que je croie
qu’il s’agissait en effet de création. »
À ce stade de la séance, Jerry commença à débattre avec elle-même pour savoir si elle devait ou non me confier le nom du chef, qu’apparemment elle connaissait. « Révéler son nom le rendrait encore davantage réel, me dit-elle, lui donnerait une identité plus puissante. » Un jour qu’elle était en train d’écrire, elle crut l’entendre lui parler et lui demander : « Vous ne me croyez pas ? » « Je pense qu’il voulait que j’admette la réalité de son existence. Je crois qu’il voulait que je me souvienne. » Le nom que Jerry me révéla sonnait un peu comme : « Moolana ».
Un peu avant que la séance prit fin, Jerry se souvint qu’on l’aida à se rhabiller, mais les images concernant son retour à la maison et dans son lit demeuraient « plutôt floues ». Elle se réveilla sur le dos et ne se souvint que d’une chose, à savoir qu’un être se tenait penché sur elle « et pressait sur son ventre en faisant quelque chose de particulier au niveau de son sexe ». La mémoire consciente de Jerry avait ainsi condensé en une seule séquence ramassée le début de l’enlèvement et ce qui s’était déroulé dans le vaisseau spatial. En repassant les détails de son expérience, Jerry remarqua qu’elle n’avait pu exercer aucun contrôle sur tout le processus. Comme pour son kidnapping à l’époque de la petite enfance (objet de notre première séance de régression), Jerry avoua qu’elle n’aurait « jamais pu remonter vers tout ça » si elle avait dû revivre consciemment les traumatismes de cet épisode. Mais à présent, elle sentait qu’elle « pouvait raconter à quelqu’un » et qu’« ils avaient inauguré ce processus ».
Une fois sortie de la transe, Jerry se sentit détendue mais ses ressentiments à l’égard des extraterrestres persistaient. « Ils n’ont pas le droit de faire ce qu’ils font et il faut voir l’arrogance qu’ils y mettent... Rendez-vous compte, s’attaquer à... Mais ne savent-ils pas ça, nous connaissent-ils donc si mal pour ignorer qu’une fillette de treize ans ne peut pas faire ça ?... C’est pour réaliser leurs projets. Ils sont d’un égoïsme !» Et dans le même temps, elle sentait bien qu’elle n’avait été qu’un « outil pour leurs desseins ». Jerry savait qu’elle participait à un plan général qui venait d’« en haut ». « J’ai l’impression qu’il n’y a pas qu’eux. »
Jerry me parla ensuite de la résistance croissante de son mari, Bob, à accepter la réalité de ses expériences, notamment, croyait-elle, parce que leur fils Colin était impliqué dans le même genre d’affaire. Elle se rappelait qu’elle et le petit Colin avaient hérité d’une même petite malformation au niveau d’un orteil et que Colin s’était plaint de ce que « le hibou lui mordait le doigt de pied alors [qu’elle-même se faisait] ausculter les pieds par les extraterrestres curieux de cette anomalie ». Elle associa alors ces faits à l’éclair bleu acier qu’elle avait récemment observé une nuit ; elle allait s’endormir et soudain elle vit le sigle ADN en grosses lettres en relief et entendit ces mots : « the marker trait » (« le trait de marqueur », autrement dit l’indicateur), termes qui avaient une signification dans le langage des généticiens mais qui ne lui étaient absolument pas familiers.
Nous discutâmes ensemble de l’impact que cette expérience d’enlèvement avait eu sur sa vie sexuelle. Jerry avait été élevée dans l’idée de « se marier, d’avoir une vie sexuelle et des bébés », dit-elle. Pour elle « le sexe ramenait à être mariée, à avoir des enfants, à soigner, aimer et partager ». Mais de toute évidence, « ils [les extraterrestres] ne fonctionnent pas de cette façon... Ils n’ont aucun respect pour les sentiments ou l’amour ou les rapports entre les êtres ». Lorsqu’elle faisait l’amour, cela lui rappelait immanquablement les expérimentations traumatisantes auxquelles elle avait été soumise au cours du kidnapping que nous venions de traquer. « Quand je fais l’amour, voilà ce que je ressens. Ça me rappelle exactement ce qu’ils m’ont fait.
Faut que je serre les dents et que je supporte. C’est comme ça à chaque fois. Comme si je revivais ces événements à chaque fois... C’est un transfert, je sais bien... Mais je ne peux pas contrôler ce phénomène... Je n’avais jamais pu remonter à l’origine. » À la fin de la séance, Jerry me montra une petite cicatrice ronde et en dents de scie placée sur son ventre et qu’elle associe à ce qu’elle vient de ramener à la mémoire. Jusqu’à cette séance de régression, elle avait ignoré « d’où cela pouvait venir », et maintenant elle semble avoir compris qu’il pouvait s’agir de séquelles de kidnappings. Quant à Anna, qui avait assisté à tout ce travail, elle était tellement abasourdie que je ne pus rien obtenir d’elle concernant ses impressions.
Au cours des jours suivants, Jerry fut assez mal en point. Elle avait des insomnies, pleurait beaucoup et cherchait désespérément des explications alternatives. Elle me révéla qu’Anna avait subi un sacré choc durant notre séance. Elle ne pouvait « y croire » mais elle avait confié à Jerry : « Je sais très bien que tu ne racontes pas de sornettes. » Mais le scepticisme d’Anna freina les tentatives de Jerry pour intégrer ces expériences. Entre-temps, Jerry était allée consulter un autre thérapeute qui habitait beaucoup moins loin que moi, afin de continuer le travail d’analyse de manière plus soutenue. Mais les brèves séances d’hypnose qu’elle eut avec lui, tout au long de l’automne et de l’hiver, ne firent que raviver son traumatisme sans l’aider à le purger. « J’ai davantage de souvenirs qui reviennent en surface », écrivit-elle dans son journal. En fait, le thérapeute allait trop vite en besogne sans voir qu’elle n’était pas nécessairement prête ; il la pressait de venir une fois par semaine et la menaçait de conséquences négatives si elle n’obtempérait pas. Elle se sentit accablée et trouva un grand intérêt à participer à mes réunions de groupe mensuelles. Je la priai également de « ralentir » et d’interrompre ses séances avec l’autre thérapeute dans la mesure où l’intégration ne suivait pas le rythme de la mise au jour des informations ainsi obtenues.
Jerry décrivit très fidèlement dans son journal toutes les séances d’hypnose auxquelles elle voulut bien se soumettre avec son thérapeute durant l’automne et l’hiver de cette année-là. Ses craintes pour Colin, comme nous en avons déjà parlé, résultaient de l’évaluation des informations. Jerry elle-même avait eu plusieurs rêves mettant en scène une guerre nucléaire avec la panique générale que cela impliquait, et elle s’entendait dire : « Ça doit être Armageddon. » Dans un de ces rêves, elle « considéra une vaste étendue désertique et elle vit un ovni qui se déplaçait lentement, un faisceau lumineux plongeant vers le sol ». Les souvenirs de kidnapping arrivant en cascade au cours des séances avec son thérapeute, Jerry écrivait sur la « destruction des mécanismes de défense » et sur la nature extraordinaire de toute expérience terrifiante qui peut se reproduire à n’importe quel moment. « Je me pose la question de savoir si quelqu’un qui n’est pas un kidnappé pourrait comprendre ce que cela veut dire de n’avoir aucune idée du moment où un prochain enlèvement doit avoir lieu... J’aimerais voir comment un cerveau fonctionne quand une personne est soumise en permanence à des traumatismes dont elle sait qu’ils peuvent ne jamais s’arrêter. » (Journal de Jerry, début janvier.)
Fin janvier, Jerry eut ce qu’elle appelle un « rêve de cheval » dans lequel elle cherchait « son cheval » dans une salle genre laboratoire où l’on voyait des réserves d’eau dans des cuves. En les regardant, elle fut envahie de tristesse. « C’était presque pathétique. » Elle remarqua un des chevaux tout près d’elle. Quand l’animal tourna sa tête vers elle, il la regarda « avec de grands yeux sombres ».
« Ces petits chevaux étaient accrochés à des fils et trempaient dans l’eau. Ils avaient de longs membres et ils étaient tous très maigres. Leur tête pendouillait sans qu’ils puissent, semble-t-il, la redresser. Mais celui-là est parvenu à tourner la tête vers moi et à me regarder droit dans les yeux. Je ne suis pas très sûre de ce que j’ai alors ressenti, mais j’ai compris que dans ses yeux il y avait une conscience qui dépassait de loin ce qu’on peut imaginer. »
Le 4 mars 1993, Jerry vint me rendre visite, accompagnée d’un ami proche qui était lui-même un kidnappé. L’objectif de cette séance fut alors de passer en revue les événements de sa vie actuelle et de voir comment planifier l’avenir. Jerry me confia combien elle se sentait seule et rejetée, notamment par sa belle-famille, et combien elle aspirait à se retrouver au sein d’une communauté humaine chaleureuse qui comprendrait les phénomènes d’enlèvement. Elle se remémorait à présent les fausses couches spontanées que sa mère et sa sœur avaient malheureusement subies. Une analyse plus approfondie des rêves où il est question des petits chevaux permit à Jerry de les rapprocher d’un autre rêve où elle voyait des bébés filles hybrides avec qui elle se sentait un lien très fort. « Tu es notre mère », avaient dit les petites filles, et Jerry sentit ce même attachement avec les petits chevaux qui, à présent elle s’en rendait compte, représentaient des enfants humains ou hybrides.
Jerry sollicita une troisième séance d’hypnose parce que, selon elle, il restait encore « quelques points » obscurs concernant ses kidnappings qui continuaient à la « tracasser ». Elle gardait tout particulièrement présent à l’esprit le pénible épisode de 1990 où « elle avait hurlé et hurlé et hurlé » ainsi que la rencontre de 1991 dont elle conserve l’odeur d’embruns marins et le bruit du ressac sur la plage. Comme cela fut vérifié ensuite, sa psyché avait « choisi » un incident en septembre 1992 qui avait eu un impact profond et spécifique sur sa vie intime.
Nous nous réunîmes le 27 mai et, cette fois-là, Jerry vint seule. Avant d’entamer le travail de mise en transe, Jerry m’exposa combien elle sentait la famille de son mari s’éloigner d’elle de plus en plus, au point qu’elle cessa toute discussion avec elle sur les sujets qui nous concernaient aujourd’hui sauf si on la questionnait. « Ma belle-mère, me confia-t-elle, ne peut rien accepter de tout ce dont nous débattons. Elle pense que si je continue d’être une brave fille et de dire mes prières, tout cela passera. » Dans le même temps, Jerry se demanda ce qui, en fait, pourrait bien affecter ces mêmes expériences d’enlèvement, car pour l’instant elle se contentait de faire office de « jouet ». Elle avait l’intuition, cependant, que sa peur ne faisait qu’empirer les choses. Elle se souvint qu’une fois elle était parvenue à se détendre un peu, à « cesser de lutter », et « cela avait été moins douloureux ». « Ils faisaient des choses. Ils m’ont fait quelque chose au bras qui s’est mis à enfler. Ils me montraient des choses... Je crois que j’ai davantage éprouvé le sentiment que je pouvais communiquer avec eux, que j’étais capable de parler avec eux et de poser des questions, mais je ne me souviens pas qu’on m’ait donné de vraies réponses. »
Jerry n’a pas l’impression qu’ils veulent lui « causer des peurs, de la douleur, de l’agonie » : « Très profondément en moi, j’ai l’idée que ce qu’ils font est d’une certaine manière nécessaire. » Cela aurait à voir, selon elle, avec « les races, les êtres et tout ce que vous voudrez pour les mélanger afin de créer quelque chose d’autre ». Toujours selon Jerry, « cela était très important » : « [...] Et en tant qu’individu, comparé à toute cette énorme engeance, je dois regarder plus loin que le bout de mon nez et me rendre compte que c’est pour un bien supérieur. » Jerry remarquait au passage que depuis environ un an, elle avait appris à réfléchir de manière beaucoup plus indépendante. « Je sens bien que j’ai laissé tomber de vieilles croyances », me dit-elle. Elle ne suivait plus « aveuglément quelqu’un d’autre ou les instructions de tel ou tel organisme ». Comme pratiquante catholique, elle aurait pu également estimer qu’elle « désobéissait à Dieu » lorsqu’elle suivait ses « propres instincts » ou posait des questions qui défiaient les préceptes de l’Église. Tandis que Jerry et moi nous nous préparions à commencer notre travail, elle préféra cette fois casser avec les habitudes en s’installant sur le divan non pas sur le dos mais en s’enroulant sur elle-même. Elle m’expliqua qu’elle se pelotonnait toujours ainsi la nuit pour dormir : « Ainsi j’ai l’impression que je peux m’enfoncer, me cacher et faire comme si je n’étais pas là. »
À son grand étonnement, Jerry s’attacha non pas aux kidnappings dont nous avions débattu, mais à un incident du mois de septembre 1992 où une lumière dorée, et si brillante que Jerry en eut mal aux yeux, illumina toute sa chambre. Les extraterrestres parurent flotter et descendre ainsi vers le sol pour enfin passer à travers sa porte fermée. « Ils ont vraiment des allures bizarres. Leurs yeux. Je les déteste, ça oui. Je les hais... On dirait qu’ils vous transpercent avec leurs yeux... Ils vous pénètrent à l’intérieur... et cela me donne une très étrange sensation d’être vidée de mon énergie. » Elle évitait du mieux qu’elle pouvait de les regarder en face : « Parce que c’est difficile à exprimer. C’est comme si je perdais mon moi, et je sens que je perds tout contrôle. » Cette fois encore, les êtres la rassurèrent télépathiquement. « Je crois que je ne me ferai jamais à leurs manières de procéder. Jamais encore je ne suis allée là où j’avais envie d’aller en passant par les fenêtres. » Jerry n’aime pas cet aspect sensationnel mais elle demeure curieuse du phénomène : « Comment font-ils pour manipuler ainsi la matière, la matière solide ? »
Jerry éprouva à nouveau toutes les frayeurs possibles et fut emmenée à travers la fenêtre pour rejoindre un endroit qu’elle connaissait bien. « Je connais cette salle », dit-elle. Elle éprouvait « des sentiments contradictoires » envers le chef qu’elle connaissait également. « Il me parle. Pas les autres. » Mais elle avait beaucoup de crainte quant à ce qu’on lui ferait subir lorsqu’il était là. L’angoisse de Jerry s’accentuait et je lui suggérai quelques moyens pour l’atténuer. Elle devait essayer de scinder en deux sa conscience de sorte que la Jerry n° 1, avec mon aide, observerait la Jerry n° 2 dans la salle des extraterrestres. Grâce à ce stratagème, Jerry n° 1 put en effet « observer » que Jerry n° 2 était nue sur la table et incapable d’effectuer le moindre mouvement des bras et des jambes ; dans la salle, elle vit des quantités vertigineuses de récipients rectangulaires, « comme des tiroirs dans une commode avec très peu d’espace entre eux ». Dans ces tiroirs, ou incubateurs » comme elle les appellera plus tard, il y « « avait des centaines de... je ne sais pas si vous pouvez appeler cela des bébés ou non, mais je crois que ce n’était pas plus gros que des fœtus ».
Tout au bout sur la droite, vers le fond, il y avait un petit fœtus ou bébé que Jerry reconnut pour être le sien. Notre système de dissociation commençait à être moins opérant car Jerry déclara : « Cela m’est impossible d’être émotionnellement détachée... Cela dure depuis que j’ai treize ans. Jerry estima que le nombre de « procédures », incluant »
des implants ou des extractions de quelque chose par le vagin, qu’elle avait subies depuis toutes ces années devait avoisiner la cinquantaine. « Ça arrive par vagues... Parfois ils me fichent la paix pendant un certain temps... et puis ils reviennent et on dirait que ça fonctionne toujours pareil. » Un grand nombre de fois, elle ne saurait dire combien exactement, elle se souvient d’avoir été emmenée dans un endroit où on lui montrait ce qui semblait être des êtres hybrides. « C’est ce moment-là que je déteste le plus... Je pense à eux, à ces tout-petits, comme des petits chevaux.
Ils ressemblent à des chevaux ? demandai-je. Seulement les yeux... et ils sont tellement malingres, si
vous saviez, avec leurs longs membres, comme de jeunes
poulains. Voilà ce que j’en pense. »
Elle revit alors plus particulièrement les petites jumelles dont elle avait l’impression d’être la mère, mais elle ne se souvint pas qu’on les lui ait montrées avant qu’elles fussent aussi grandes que son fils Colin, qui était à présent âgé de trois ans.
Jerry est persuadée qu’au cours de l’épisode que nous sommes justement en train d’explorer, un embryon a été placé dans son ventre. Ce qui lui faisait penser cela était que l’épisode avait été relativement bref - « ce sont ceux-là qui sont rapides ». Les extraterrestres l’avaient informée qu’ils prélevaient l’ADN sur un humain mâle - « le sperme pourrait venir de mon mari » ou de n’importe qui d’autre - et le combinaient avec un ovule. Les germes mâle et femelle étant mélangés dans une même substance, les extraterrestres faisaient subir à l’embryon quelque altération ; on peut imaginer, par exemple, qu’ils y ajoutaient un principe génétique de leur cru. Cet embryon transformé était alors réintroduit dans le corps de la femme, comme celui de Jerry à cette occasion, pour une période de « gestation ».
Puis Jerry se remémora les souvenirs attachés à ce kidnapping : elle décrivit alors comment les êtres lui ouvrirent les jambes « comme chez le gynécologue » mais comme elle était paralysée, les étriers furent inutiles. Un long tube pénétra dans son vagin et elle éprouva « un pincement ». Elle savait que c’était une de ces fois-là qu’un embryon avait été implanté en elle parce qu’elle avait « subi cela auparavant et qu’elle connaissait la routine ». Le chef sortit d’un des tiroirs un embryon et s’approcha de Jerry. « L’autre séance [quand ils retirent un fœtus du ventre de la victime], c’est pire que la première », car les douleurs sont insupportables.
Jerry reliait les violences qu’elle avait subies au cours de ses expériences d’enlèvement au fait qu’elle refusait que son mari la touchât. Elle commençait, disait-elle, à prendre conscience « de l’association, des liens entre ces deux choses », et combien ces kidnappings et leurs processus proches du viol avaient influencé sa vie intime. « Ils me l’ont massacrée... J’ignore ce que c’est que de faire l’amour parce que je suis encore trop engluée dans mes angoisses, mes peurs d’avoir mal, et j’associe toujours sexe et douleur. » Puis elle ajouta : « Je ne crois pas que c’était leur intention de briser ma vie de femme. » Avant d’interrompre notre exploration, je demandai à Jerry si aucun autre souvenir ne revenait en surface. « J’aurais préféré que vous ne me posiez pas la question... Je n’aime pas quand ils me touchent. Ils me tripotent partout... Parfois ils se livrent à de petites caresses, mais je me bloque de la même façon... C’est comme avec mon mari quand il me touche, où que ce soit, je le repousse... Ce n’est pas que je ne l’aime pas. Je l’aime, mais je n’ai jamais su ce que c’était. Je n’ai jamais compris ça... Je me sens si malheureuse... Il est très, très aimant et il adore être étreint, caressé, et moi je ne peux pas répondre à cette attente. J’ai une peur bleue qu’on me touche. J’aimerais tant savoir enfin ce que c’est que d’être heureux à deux. »
Jerry et moi continuâmes à travailler ensemble dans l’espoir de bien distinguer d’un côté les procédures extraterrestres qui semblent froidement analytiques et de l’autre l’attention aimante et protectrice de son mari. « Ils se contentent de faire ce qu’ils ont à faire sans égards pour mes sentiments, et Bob, lui, manifeste un respect total pour mes sentiments... mais je ne peux pas m’empêcher de réagir de la même manière. » Jusqu’à présent elle éprouvait un « merveilleux » soulagement à se refuser aux caresses de son mari parce que du même coup elle avait l’impression d’arrêter, à travers lui, les agissements des extraterrestres. « J’en pleurerais de bonheur pendant des jours et des jours », dit-elle, si seulement elle pouvait prendre du plaisir à être dans les bras de son mari. Nous parlâmes encore un moment de sa solitude profonde, de sa fringale de connaître le bonheur d’être caressée et aimée, « de se sentir en sécurité, au chaud, comme quand sa mère la prenait dans ses bras » : « Bon Dieu, ce que je pouvais aimer ça. Cela fait tellement longtemps que je n’ai pas ressenti cela...Ils sont toujours là, entre nous. »
Une « aliénation du pouvoir d’aimer », fis-je observer, ce qui réjouit beaucoup Jerry.
Je demandai à nouveau à Jerry si elle ne se souvenait de rien d’autre concernant cet épisode. Elle ajouta qu’elle voyait un couloir sombre le long duquel on l’emmenait pour déboucher sur une autre salle, toute petite celle-là, avec une table où les mains des extraterrestres l’installèrent en dépit de sa résistance.
Plusieurs êtres l’inspectèrent au niveau de l’« entrejambes », après quoi elle se sentit complètement paralysée. Ils lui firent diverses piqûres aux pieds, au bras et à la main droits. Le « plus grand » s’approcha d’elle et elle éprouva de la gratitude envers lui, car il l’aida en la rassurant et en la touchant, « parfois au niveau de l’épaule... Ça ne me fait rien que lui me touche, mais je n’aime pas quand il plonge dans mes yeux car c’est comme s’il entrait en moi. C’est bien trop...
Trop quoi ? demandai-je.
Je ne sais pas. Comme si quelqu’un se glissait à l’intérieur
de vous et savait tout de vous... En quelque sorte, je me
perds, et lui il s’installe en moi et je n’aime pas du tout ça.
Existe-t-il quelque chose que vous aimiez ? Ah ! oui, de temps à autre, je crois oui... Je crois que
j’aime un truc dont j’ai honte parce que c’est sexuel... Mais
ce n’est pas moi. C’est lui... moi, je ne contrôle rien du tout.
»
Tandis que les êtres faisaient des piqûres dans les pieds de Jerry, elle fut priée de regarder un écran, comme celui d’un poste de télévision, qu’on rapprocha très près de sa tête. Elle ragea en voyant sur l’écran des images prises en famille où elle dansait avec son petit Colin. Un des êtres ne la quittait pas des yeux, notant toutes ses réactions devant ces scènes intimistes. Elle sentit la colère l’envahir devant cette violation de sa vie privée. C’est à ce moment-là qu’elle remarqua qu’on avait relié un appareil à un de ses orteils qui était devenu tout engourdi. C’était précisément ce doigt de pied qui était légèrement tordu, comme c’était le cas pour Colin, comme si on avait « tiré dessus » puis replié. « J’ai transmis ce défaut à mon fils », remarqua-t-elle et les extraterrestres semblaient « curieux » de cela ou « attentifs » à cela.
Puis elle vit sur l’écran une image ou une peinture de Jésus en longue robe blanche. Cette fois encore, les êtres souhaitaient observer les réactions de Jerry devant cette représentation, mais Jerry eut sommeil et ne se souvint de rien d’autre. Elle retourna dans la salle où on avait laissé ses vêtements ; elle les renfila en se faisant aider des êtres tellement elle piquait du nez de sommeil. Puis elle eut la « vision » de « voler à travers le gros arbre de sa cour et d’atterrir dans son lit en passant par la fenêtre », avec encore des douleurs dans la main. Bob dormait et bien évidemment il a tout ignoré de cette aventure.
Avant de nous séparer, Jerry et moi révisâmes toutes les manières dont Jerry avait concentré ses expériences d’enlèvement sur sa vie intime de femme. Son ex-mari avait insisté sur l’éventualité de sévices sexuels passés : « Et nous nous rendîmes chez un conseiller matrimonial » pour tenter, sans succès, de découvrir un responsable. Jerry pense que s’ils avaient pu découvrir un responsable « autre que mon père ou mon beau-père », elle aurait connu moins de difficultés à résoudre ses problèmes sexuels. Les convictions de Jerry au sujet de la réalité de ces expériences furent étayées par le fait que son frère cadet a les mêmes problèmes qu’elle dans l’intimité. « Je plains sa femme qui n’arrête pas de pleurer : “ Il ne me touche jamais. Et il ne faut surtout pas que je le touche... ” Qu’ils aient eu une petite fille est un vrai miracle. » La fille de son frère aîné a raconté une histoire de « lumière par la fenêtre et dans le salon, c’est comme ça que les monstres arrivent ».
À la fin de la séance, Jerry me confia : « Je pense vraiment qu’ils existent. C’est une réalité. Ils existent et il y a interaction avec nous, mais bien sûr sous aucune forme à laquelle nous soyons habitués... Il y a une raison pour qu’ils fassent tout ça. » Elle a l’impression qu’« ils sont en train de créer - quel que soit le terme que vous emploierez - une tout autre civilisation ». Jerry ignore « s’ils vont l’emporter quelque part ailleurs ou s’ils vont l’établir ici ». Jerry, comme de nombreux kidnappés, fait des rêves où notre monde est détruit et où son rôle de procréatrice prend alors tout son sens.
Nous décidâmes d’envisager une quatrième séance de régression er d’ici à cinq semaines, à savoir le 1 juillet, afin de ne pas interrompre le travail de Jerry consistant à « séparer » graduellement sa vie amoureuse et sexuelle avec Bob de ses souvenirs dramatiques de kidnappings. Le fait qu’elle ait compris où se situait la source de ses problèmes « l’aida un peu », mais encore fallait-il qu’« elle se répète encore et encore que son mari n’avait rien à voir avec eux ». Avant la régression, Jerry et moi étions convenus d’une stratégie selon laquelle, au cours de la séance, je m’emploierais à renforcer de manière très spécifique la distinction entre le traumatisme que nous allions explorer et qui avait été causé par les extraterrestres et ses souvenirs de vie intime avec Bob. Cette stratégie thérapeutique intéressait d’autant plus Jerry que les membres de sa famille avaient tendance à lui demander de se résigner : « Faut s’accepter comme on est... Bob commence à prendre les choses du bon côté... » Jerry elle-même commençait à accepter l’idée que « le sexe n’était pas pour elle ». Nous démarrâmes la séance en nous concentrant sur le moment d’intimité que Bob et Jerry avaient vécu dans l’après-midi du samedi précédent (« On dirait que ça va mieux quand c’est pendant la journée »). Colin était endormi et on avait dit aux plus grands de ficher la paix aux parents. Je demandai à Jerry de se remémorer cet après-midi-là et de me décrire toutes les pensées parasites qui lui étaient alors passées par la tête, et celles qui lui venaient maintenant à cause de cette évocation.
« Des éclairs de souvenirs » remontèrent en effet à la surface concernant un incident qui avait eu lieu alors que Jerry avait huit ans. Plusieurs membres de sa famille rentraient à la maison de nuit après une visite chez leur tante. Jerry s’était endormie et se réveilla à un moment pour constater que la voiture s’était arrêtée sur la route. Elle fut saisie de frayeur lorsqu’elle vit « un visage par la fenêtre, juste là, tout près », et un engin grisâtre d’aspect métallique qui planait à proximité, juste au-dessus du sol « avec des lumières qui partaient d’en dessous ». Sa mère, qui conduisait la voiture, un de ses frères ainsi que sa sœur semblaient dormir à poings fermés. Le visage de l’être avait « des yeux de démons ou quelque chose du même genre ». Bientôt, Jerry sentit que ses pieds et ses jambes perdaient de leur sensibilité « comme quand on sombre dans le sommeil » et elle ne pouvait plus les bouger tandis qu’elle entendait sans arrêt dans sa tête : « Tout va bien. » Puis elle ressentit « comme une piqûre d’abeille » qui lui causa « une drôle d’impression » qui descendait le long de son épaule et de son bras gauches pour finalement l’endormir.
À son réveil, elle était sur le dos, apparemment seule, dans un endroit sombre qu’elle ne reconnaissait pas. Elle avait tellement peur qu’elle claquait des dents. L’être qu’elle avait aperçu par la vitre de la voiture était à présent près d’elle ; « [...] Sur ma figure, en train de me regarder... Ça doit être un diable, tellement je le trouve laid. » L’être lui dit « qu’il allait simplement faire sur elle quelques chose et qu’ensuite elle rentrerait chez elle ». C’est alors qu’elle sentit une sorte de pression au niveau de la gorge, comme si des mains extraterrestres voulaient l’étrangler et elle eut peur qu’ils « veuillent la tuer ». Ensuite, un autre être arriva pour la faire rouler sur le côté et, semble-t-il, ausculter son dos. Malgré ses craintes les plus folles sur ce qu’on pourrait lui faire, Jerry eut l’impression « de les connaître... Et de ne pas leur faire confiance... parce que vous ne savez jamais à l’avance ce qu’ils vont faire », se plaignit-elle.
« Je n’aime pas qu’ils me touchent », dit-elle en se souvenant qu’ils la tripotaient partout dans le dos. On aurait dit une multitude de « petits coups d’aiguille » et « un petit pincement ». Sa terreur venait du fait que contrairement à « la situation classique où l’on se rend chez son médecin quand il le faut, que vous apprenez ce qui ne va pas et que votre maman vous accompagne », dans celle-ci « vous ne savez rien, mais vous vous attendez à tout instant à ce que l’on vous fasse du mal ». Puis Jerry se rappela qu’« ils la remirent sur le dos » et ne firent plus que « l’observer » sur toutes les coutures. Elle se sentit un peu « mieux » pendant un court moment « parce qu’il [le chef] ne me fait plus rien mais j’avais l’impression que quelque chose se passait derrière mon dos ».
Jerry se sentit extrêmement gênée de me raconter que le chef releva et écarta ses jambes « pour l’ausculter avec une lampe, cette même lampe très brillante. [...] Et je me demande ce qu’ils vont bien pouvoir me faire. Je n’aime pas ça. En un sens, tant qu’ils m’enfoncent des aiguilles un peu partout, disons que ça va, mais ça, je n’aime pas. C’est un endroit tellement intime, et je pense qu’ils ne devraient pas faire quoi que ce soit à cet endroit, et je ne pense pas que ma mère serait très contente d’apprendre cela... D’abord, ils se sont contentés de regarder à l’intérieur de mon vagin, puis ils y ont introduit quelque chose qui ressemblait à ce dont le gynécologue se sert quand vous êtes adulte, vous savez ». Cette procédure fut douloureuse et Jerry hurla de terreur en appelant sa mère. « Mais ce n’est pas ça qui les a arrêtés... Ça s’est passé très rapidement. » Après maintes observations et « auscultations », l’être qui opérait se retourna vers le chef et lui dit « Non » ou fit un signe de signification similaire en réponse à une question que l’autre lui avait posée. L’interprétation de Jerry est qu’elle n’était pas encore prête pour subir leurs expérimentations de reproduction. Cet examen vaginal, d’après Jerry, semblait faire partie d’un ensemble plus général d’« examens » auxquels les extraterrestres soumettaient leurs victimes.
Cette expérience était pour Jerry au plus haut point mortifiante. Elle se retrouva « comme une poupée de chiffon » après ces épreuves comme si elle « ne pouvait plus avoir le moindre contrôle » sur son corps. À cette occasion, Jerry put décrire l’étrange appareil d’éclairage que l’on fit pénétrer dans son ventre, mais elle ne put revivre les sensations qu’elle éprouva alors. À cet âge-là, « je ne connaissais pas le mot “ viol ”, dit-elle, ou tout ce que vous voudrez mais c’est la même chose ».
Je priai Jerry d’essayer de se souvenir si elle avait un hymen, mais elle me dit qu’enfant et adolescente, elle ne s’était pas aventurée à des explorations intimes telles qu’elle pût me répondre, peut-être parce que, notamment, elle avait subi ce type de traumatisme. Jerry était « toujours très timide » à propos de son propre corps, et sa mère en parlait quelquefois. Puis j’osai lui demander si elle avait aussi subi un examen anal. Elle n’avait pas eu l’intention de m’en parler parce que, disait-elle, « c’était encore pire que l’autre » et qu’il avait eu lieu avant l’examen vaginal. « J’ai simplement éludé la question. »
Je lui demandai pourquoi cela avait été « pire ».
« Parce que c’était absolument dégoûtant et extrêmement gênant. »
À ce stade de notre travail, Jerry fut très frappée de voir de quelle manière ses réactions aux avances amoureuses de Bob étaient structurées par les « scénarios » de ses kidnappings. Elle fit de la main un geste circulaire pour décrire la façon dont ses souvenirs d’enlèvement étaient ravivés par les caresses de Bob et avec quelle intensité les expériences humaines et extraterrestres s’étaient imbriquées les unes dans les autres. Par exemple, il suffisait que Bob lui passe la main dans le dos pour qu’aussitôt elle revive les attouchements des extraterrestres sur cette partie de son corps. « Dès que Bob m’effleure, ça y est, l’enregistrement est reparti pour un tour dans ma cervelle », commenta-t-elle. Lorsqu’elle commence à écarter les jambes avant l’amour, les visions des extraterrestres lui tirant les genoux de chaque côté de la table d’opération lui sautent à la figure. L’acte d’amour lui-même équivaut pour elle à des expérimentations d’ordre sexuel traumatisantes à bord des vaisseaux et contre lesquelles elle ne peut rien faire, aussi lorsqu’elle peut dire « non » à son mari et obtenir qu’il la laisse tranquille, c’est comme si elle parvenait à arrêter les extraterrestres dans leurs pénibles manipulations, « même si elle sait pertinemment qu’en fait elle ne pourra jamais véritablement les arrêter ».
Jerry et moi essayâmes alors de développer une stratégie qui l’aiderait à améliorer les rapports intimes avec Bob en maximisant la distinction entre les expériences de kidnapping et sa relation sentimentale avec son mari. D’abord, je suggérai à Jerry qu’ils discutent pour se mettre d’accord à l’avance pour la laisser, elle, entamer les préliminaires, les caresses avant l’acte lui-même ; il était nécessaire que le couple parlât longuement et tendrement avant toute « entreprise » décisive en se réservant la possibilité pour Jerry d’arrêter complètement le déroulement des événements sans pour autant éprouver de la culpabilité. C’est elle qui dirigerait les caresses de son mari sur son corps, caresses qui devraient être très douces et très lentes, avec une préférence pour la poitrine (parce que les extraterrestres ne semblent pas s’y intéresser). Cela ne manquerait pas de contraster heureusement avec les attouchements expéditifs comme des coups d’aiguille qu’affectionnent les extraterrestres. C’est encore Jerry qui déciderait du moment où les zones génitales interviendraient ; c’est elle qui caresserait alors Bob et qui, après l’érection, prendrait l’initiative de le chevaucher. Elle deviendrait ainsi le partenaire actif, ce que son mari ne pourrait qu’apprécier, j’en étais sûr, et perdrait sa posture de victime (par référence à ce qui arrive dans le vaisseau). À tous les stades de la relation, Jerry conserverait de la sorte la responsabilité et le contrôle parfait.
À la fin de notre séance, je résumai pour Jerry les deux aspects du plan de bataille que nous venions de mettre au point - insister psychologiquement sur la distinction, qu’elle doit garder à l’esprit, entre ses expériences humaines et ses expériences extraterrestres d’une part, et une tactique qui renforcerait cette distinction d’autre part. Elle était impatiente de passer à l’action. Je ne doutais pas un seul instant de l’importance du traumatisme qu’une gamine de huit ans peut éprouver à cause de pénétrations anales et génitales. À cet âge, bien plus qu’à treize ans, un enfant n’a aucun moyen de comprendre ou d’enregistrer consciemment de tels souvenirs, car la psyché est trop immature. C’est pourquoi le souvenir douloureux s’enfouit profondément dans l’inconscient pour ressortir plus tard sous forme de symptômes, ce qui veut dire qu’il affecte, perturbe, pollue de nouveaux sentiments et de nouveaux comportements d’une manière incompréhensible.
Cinq jours plus tard, Jerry passa rapidement à mon bureau après un autre rendez-vous à l’hôpital. Elle semblait aller beaucoup mieux- elle paraissait même heureuse et elle me confia que notre stratégie avait bien fonctionné. Deux jours après, Pam l’appela et elle lui dit : « Tout ce que nous avons fait est un succès total. » Elle essaya de se comporter avec Bob comme nous l’avions envisagé, s’attendant malgré tout à sentir fondre sur elle ses vieilles angoisses. « Mais il n’en fut rien. » Bob se prêta de bonne grâce à tout ce qu’elle lui avait demandé, se détendit très complaisamment et subit avec plaisir les derniers outrages. Jerry est persuadée aujourd’hui que ce qui l’avait tellement entravée dans sa vie intime n’avait rien à voir avec son époux, sinon la sexualité qu’elle partageait avec lui désormais l’aurait aussitôt ennuyée à mourir. Elle se félicitait de penser que les troubles passés ne reviendraient plus lui gâcher l’existence. Bob est ravi, on s’en serait douté, d’un tel changement. « Je ne peux pas y croire », siffla-t-il entre ses dents. Quelques mois ont passé et cette transformation spectaculaire semble installée durablement.
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Commentaire
Le cas de Jerry nous permet d’accéder à un large éventail de phénomènes concernant les enlèvements extraterrestres. Jerry a, en effet, subi des procédures très complexes et très pénibles à bord du vaisseau spatial, y compris l’implantation et le prélèvement de ce qui nous semble être des fœtus d’une nature particulière, ainsi que des rencontres avec des entités hybrides. Dans le même temps, elle a été le siège de transformations personnelles importantes et d’une ouverture de conscience, tant au niveau spirituel que philosophique, qui semblent accompagner très souvent tous ces phénomènes. Il est intéressant de noter que les écrits philosophiques et poétiques de Jerry avaient précédé notre travail commun et ne peuvent donc pas lui être attribués. Ses trois enfants, nés de deux mariages, seraient également impliqués dans des affaires de kidnapping.
La représentation, d’abord inconsciente, dans sa psyché, de bébés hybrides sous forme de chevaux ou de poulains, nous rappelle combien les formes animales, incluant des daims et différents oiseaux, sous lesquelles les extraterrestres se manifestent au cours des rapts peuvent être variées. Cette symbolisation élaborée peut être un produit de la psyché quand elle use de son pouvoir subconscient de maquiller les éléments effrayants, ou bien peut être induite par cette aptitude qu’ont les extraterrestres d’altérer les fonctions mentales de leurs victimes. Imaginons une autre possibilité qui voudrait qu’un certain type de connexion profonde entre les extraterrestres et des esprits animaux puisse se réaliser, un peu à la manière dont les chamans savent la susciter au sein de leurs pratiques.
Les kidnappings de Jerry, qui ont débuté dès l’enfance, l’ont extrêmement marquée, surtout dans toutes les procédures touchant au sexe et à la reproduction. Sa psyché a été griffée, comme si Jerry avait subi des viols répétés. Comme ces souvenirs étaient restés inconscients, Jerry était incapable de faire la part de sa vie humaine, avec les aspects sexuels de sa vie intime de femme mariée, et de ses drames en compagnie des extraterrestres. Le résultat était que Jerry ne pouvait plus trouver de bonheur aux caresses amoureuses et ne supportait même plus que son mari la touche, alors qu’ils s’aimaient vraiment. Le fait de faire remonter à la surface de la conscience tous ces traumatismes autrefois complètement verrouillés, et ce au bout de quatre longues séances de régression hypnotique, permit à Jerry de bien faire la séparation, psychologiquement parlant, entre ces deux mondes et de bâtir des stratégies qui l’encourageraient à développer tous les jours davantage ce distinguo salvateur. Jerry put enfin vivre une relation sexuelle harmonieuse avec Bob.
Il est difficile pour quelqu’un qui n’a pas assisté à ces séances de régression d’apprécier l’intensité émotionnelle qui accompagnait ces expériences d’enlèvement. Les expressions verbales de colère, de rage et d’outrage de Jerry, comme les torsions de son corps, sont là pour en témoigner. Mais par-dessus toutes ces réactions, qui sont la porte ouverte à une intégration future de traumatismes passés, le cas de Jerry illustre très bien les autres dimensions que possède ce type de traumatisme - un isolement permanent de l’individu, le doute philosophique, et le fait que le phénomène se répète à n’importe quel moment en concernant aussi bien la victime que ses enfants. Jerry ne tarissait pas sur ce dernier problème. Elle termina pendant l’hiver 1992- 1993 un de ses poèmes intitulé « Régression » par ces mots : « Cette merveilleuse technique apaise les traumatismes du passé/ On les attrape, certes, mais tout finira-t-il avec le dernier ? / Parce que contrairement aux autres victimes de viol, d’inceste et même de guerre/ Nous ne serons jamais complètement délivrés de notre drame éternellement lancinant qui vient d’un autre monde. »
En dépit de toutes ces souffrances, Jerry, comme nombre d’autres kidnappés, n’a pas manqué de mettre le doigt sur un aspect d’une tout autre dimension et d’une valeur certaine : le côté « créatif » et « une raison précise » à tout ce processus -peut-être la création d’une nouvelle race d’êtres à laquelle elle participerait. Il n’est pas aisé de savoir si de telles idées représentent une réflexion authentique de la part des kidnappés eux-mêmes, ou si c’est le résultat d’« implants » signés par les extraterrestres, ou encore le résultat d’une sorte d’identification de la victime à son agresseur.
Comme de nombreux kidnappés, Jerry a ouvert son esprit et son cœur à de vastes problèmes philosophiques et spirituels. On le voit très clairement dans ses écrits. En novembre 1992, elle note dans son journal qu’elle vient de rêver de la future destruction de la planète à cause d’une guerre nucléaire. Le fait qu’elle se sente concernée par le destin de la Terre a largement devancé nos travaux (dès décembre 1991) d’au moins six mois. Elle écrit comme si elle recevait des informations provenant d’une source obscure et complexe ou d’une voix qui lui souffle les mots. C’est ainsi qu’elle se mit à décrire la forêt brésilienne et ses beautés, mais elle ajouta qu’elle était « en train de mourir lentement... Pourquoi un endroit aussi fantastique devrait-il être détruit ?... Vous avez commencé à chercher plus loin et vous avez découvert que ce n’était pas l’endroit qui se mourait. C’étaient les habitants de la forêt qui étaient en train de la tuer. Fatalement, vous vous sentez concerné par toutes ces choses et ne pouvez vous empêcher de chercher à en savoir davantage sur la Terre et ses habitants. Et c’est la même chose partout dans le monde, partout où vous êtes allé. Vous décidez alors qu’il faut absolument faire quelque chose. Mais quoi ? Comment ?... L’humanité nourrit-elle tant de haine pour son propre avenir qu’elle va le détruire ? » s’étonnait-elle.
On trouve aussi dans les textes de Jerry des considérations de haut niveau sur des sujets existentiels comme la nature du temps, de l’espace et de l’univers ; les grands cycles de la naissance, de la mort et de la création ; les mystères de la vérité, de l’esprit et de l’âme, les limites de la science physique. Elle a même cru qu’elle allait rédiger un livre entier sur l’univers, l’âme, Dieu et l’éternité, fondé sur les idées et les communications qui lui parvenaient et organisées en chapitres. Elle s’effraie parfois devant la puissance des informations qu’elle reçoit et de la responsabilité que cela représente pour elle. En décembre 1991, elle écrivait : « Mais pourquoi avez-vous choisi une ménagère aussi ordinaire pour lui confier un travail d’une telle importance ? Et qui donc comprendra et même achètera mon livre ? » La réponse qu’elle reçut fut qu’elle avait elle-même choisi ce rôle.
Le 22 novembre 1991, elle nota dans son journal, en adoptant le point de vue d’une force créatrice archétypale de l’univers : « Imaginez que votre essence, votre âme, fasse partie d’un tout, d’un tout auquel vous avez décidé de donner naissance, que vous voulez créer. Vous faites alors naître la pensée de créer et votre pensée se réalise matériellement. Cette naissance devient solide et vous décidez de continuer à créer, puis au bout d’un moment vous décidez de redevenir à nouveau ce tout. Mais pour redevenir ce tout, il vous faut rassembler tous les fragments ou morceaux de votre être tout entier. Pour redevenir un tout, il vous faut alors comprendre que vous devez encore créer et donner naissance à cette pensée même. Et pour réintégrer votre forme originelle, vous devez à nouveau inverser le processus. » Jerry relia ensuite ce processus à « l’union d’un homme et d’une femme. Les deux ensembles forment la pensée de créer un enfant. Leur pensée se matérialise alors sous la forme d’un bébé ». Beaucoup d’écrits de Jerry commentent la relation qui existe entre le monde de la matière, le monde spirituel et les limites d’une connaissance purement technique ou technologique. Par exemple, dans un passage daté du mois de novembre 1991, on trouve : « Les données techniques ne permettent pas de découvrir d’autres choses. Les données spirituelles, si. » Un mois plus tard, elle notait ceci :
La science : un voyage matérialisé dans le temps et l’espace La spiritualité : un voyage non matérialisé dans le temps et l’espace
La science : un voyage limité La spiritualité : un voyage illimité Les deux sont valables Quel ticket voulez-vous acheter ?
Jerry a fait preuve d’un courage et d’une détermination admirables dans sa recherche et les confrontations auxquelles elle a été amenée où elle dut revivre les souffrances de ses expériences passées, alors que tout son entourage l’avait privée du plus élémentaire soutien moral. Elle a également réussi à développer de façon remarquable son aptitude à penser par elle-même en dépit (ou à cause) de son isolement douloureux. Ces qualités se retrouvent dans l’un de ses poèmes intitulé « Décision », écrit au cours de l’hiver 1992-1993. Elle y parle de son combat contre ses peurs, le secret et le silence qui l’ont tant oppressée. Elle avait choisi, dit-elle, de « ne plus jamais » laisser ces expériences de kidnapping « lui dévorer » sa vie... « J’y gagnerai au moins la dignité, avait-elle conclu, de savoir et d’être maîtresse de mes propres souvenirs. »
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