Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements

John E. Mack · Chapitre 26 sur 57 · partie 2/3

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Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements

13. Le voyage de Peter

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

«Toutes les cellules de mon corps sont en train de vibrer, dit-il. Tout remue là-dedans. Tout vibre. » Je lui demandai où est-ce qu’il se trouvait à présent. « Je suis allongé à plat. Je suis comme en suspension, comme tenu avec des fils. Je suis suspendu. Je voyage. » Son esprit était de toute évidence retourné au départ du kidnapping ou à un autre de la même période. Peter parla de la terreur qu’il éprouvait à se sentir tout à coup soulevé, paralysé, avec des lumières tout autour de lui. « Je suis suspendu dans les airs ! Ils m’ont eu ! » s’écria-t-il en respirant péniblement, se souvenant alors « plus clairement » avoir été emmené à bord du vaisseau contre son gré et n’avoir été capable de bouger que la tête alors qu’il ressentait « sous la peau » vibrations et tremblements. S’il avait été libre, dit-il, il se serait débattu. Il se concentra sur « cette petite créature sur sa gauche ». « Je lui aurais arraché la tête si j’avais pu. Je l’aurais tuée. Je luttai avec toute l’énergie qui me restait dans le corps mais en vain », explosa-t-il, fou de rage.

Peter continuait de crier, d’exprimer sa fureur, tandis qu’il racontait qu’on l’avait emmené vers cette salle où se trouvait « la table d’opération avec toutes ces lumières au-dessus », et d’où il pouvait apercevoir une autre pièce à sa « droite avec une vitre derrière laquelle il y avait tous ces gens en suspension ». « Ils sont sur des tables et ils ont ces trucs sur le crâne, ces casques de métal sur la tête... Et maintenant c’est mon tour d’être suspendu. » Il se calma un peu, respira profondément. Peter se vit allongé sur une table, soumis à une procédure similaire à celle qu’il avait décrite dans la première régression. Une incision fut pratiquée à gauche des testicules : « Ils cherchent la cavité. » Un instrument semblable à une grosse seringue ou à un tuyau pompa le sperme. Un des êtres se pencha au-dessus de Peter et lui dit qu’« ils n’auront pas besoin de procéder ainsi de nouveau s’il se décontractait ». Mais qu’ils aient pris sa semence cette fois-là encore, ou non, par ce procédé quasi chirurgical, ce qui est sûr, c’est « qu’ils l’ont prise de l’autre manière » (c’est-à-dire par succion) « de nombreuses fois » durant toute la jeunesse de Peter.

Après que tout fut terminé : « Ils me remercièrent. Je restai là, allongé, à me reposer... Ils savaient que ça avait été pénible. » Ils dirent alors à Peter : « Tout va bien. » « Ils voudraient faire en sorte que je ne sois pas aussi commotionné. » Peter apparaissait de plus en plus fatigué et il gémissait doucement tandis qu’il se remémorait une autre procédure dans laquelle on « fourrageait » sous son bras : « On doit me faire des marques ou quelque chose comme ça... C’est beaucoup plus profond que ce qu’ils ont fait... notamment quelque chose qui a descendu toute ma trachée... Mais je crois que j’en ai assez, John, j’aimerais arrêter pour aujourd’hui. »

Le temps qu’il nous restait fut consacré à une discussion sur l’impact de telles expériences sur le subconscient de Peter. Peter estime que sa terreur venait principalement du fait qu’il lui fallait « élargir sa conscience jusqu’au point où il pouvait accepter les êtres et ce qu’ils faisaient ». Ce qui le terrorisait était d’« étendre sa propre réalité ». Je trouvai cela étonnant dans la mesure où il m’avait semblé qu’au cours de ses expériences il avait certainement accepté la réalité des êtres. Peter répondit : « La voie que tous nous suivons (les kidnappés et probablement les autres gens aussi) est celle qui ramène toutes ces choses à la conscience où nous pouvons nous remémorer nos expériences consciemment sans l’aide de l’hypnose. »

Peter tenta encore de me dire ce qu’il cherchait atteindre. à «La terreur, expliqua-t-il, concerna davantage le fait d’avoir une expérience qui dépasse ma perception habituelle et acceptée de la réalité que les expérimentations physiques ou diagnostics, quoi qu’ils fassent sur moi. » Les kidnappés, selon Peter, restent figés « à un degré de terreur qui se situe au-delà de notre perception de la réalité ». L’aspect physique de l’expérience, toujours selon Peter, est essentiel aux transformations de la conscience concernée. « Il vous faut expérimenter les choses dans votre corps avant de pouvoir l’accepter au niveau psychologique. C’est par le corps que passe l’expérience d’un individu. Lorsque les sensations physiques deviennent effectives, elles deviennent une partie de la réalité. Le simple fait d’accepter la réalité n’a pas cette force... Quant à eux, ils ont besoin que nous élargissions notre vision de la réalité pour pouvoir communiquer avec nous, et venir parmi nous... C’est une évolution de la conscience. »

Me faisant l’avocat du diable, je suggérai alors que peut-être les êtres n’avaient-ils en tête que le projet de lui voler son sperme afin de pouvoir repartir et se multiplier sur leur propre planète, et que ce n’était qu’une « vue de l’esprit » de penser qu’ils se sentiraient concernés par l’évolution de la conscience humaine. Il objecta avec véhémence : « Cela est impossible. Je sais qu’ils m’aident, qu’ils élargissent ma réalité, et qu’ils veulent que j’y arrive pour pouvoir communiquer avec moi... Ils ont besoin que ma conscience évolue. Ils ont besoin que mon cerveau se développe et se réveille.

Dans quel but ? demandai-je.

Pour avoir une interaction avec notre planète. Et ainsi

avoir une interaction avec notre force vitale.

Mais dans quel but ? insistai-je.

Pour empêcher notre espèce de s’éteindre. »

Donc, nos intérêts et les leurs sembleraient coïncider si l’on en croit toujours Peter, qui affirmait que les êtres « manifestaient de l’intérêt » pour notre planète, et leur mauvais vouloir, ou leur désaccord, correspondrait à ceux « des personnes âgées qui prévoient qu’un enfant va faire une bêtise ou va se blesser... Nous fonçons droit vers un cataclysme et ils veulent nous aider... Mais tant que les kidnappés ne pourront pas sortir de l’ombre, accepter et vivre avec ce qu’ils savent, ils ne pourront rien faire ». Ma dernière question touchait à l’origine même des intentions des êtres -tout cela était-il de leur fait ou bien « y avait-il derrière tout cela une force spirituelle quelconque» ? Le sentiment de Peter : «Ils agissent grâce à une puissance supérieure », tout en ignorant tout de cette puissance. « J’ai la sensation qu’il existe des êtres réels, physiques, qui ont su maîtriser le temps ou l’espace ou tout ce que vous voudrez. Ils voient bien ce qui se passe. Ils voient aussi les possibilités qui peuvent exister, et ils sont là pour nous aider, c’est un peu comme nous sauver, nous empêcher de nous faire du mal à nous-mêmes ! »

La séance s’achevait. Peter réitéra son idée selon laquelle l’aspect physique lui paraissait central pour l’expansion de la conscience. « La mémoire du corps rend les choses réelles », dit-il. « Il y a deux choses. » Le prélèvement de sperme se distingue du développement de la conscience même s’il prend l’aspect d’expériences physiques terrorisantes ; mais les objectifs « sont entremêlés ». Pour les êtres humains, suggéra Pam, par le fait qu’ils sont incarnés physiquement, le corps « est notre moyen d’apprendre ». Peter acquiesça « absolument ». Les êtres seraient comparables « à des anges de Dieu d’une forme un peu spéciale ». « Des messagers ou des êtres à travers lesquels Dieu travaille, comme il le fait à travers vous ou moi ou Pam... La pure conscience de la forme sur le plan spirituel ne peut pas avoir l’expérience du corps physique, fit observer Peter. Elle doit s’incarner afin de connaître toutes les expériences du corps physique. Un peu comme si la conscience disait : “ Bien, aujourd’hui, qu’ai-je envie d’apprendre ? ” et qu’elle choisissait la Terre comme endroit adéquat pour apprendre des choses physiques. »

La quatrième régression que nous avions prévue se déroula six semaines plus tard, le 14 mai. La dernière séance avait beaucoup aidé Peter à accepter ses expériences mais, en même temps, il se sentait plus isolé et solitaire. Pourtant, « plonger au plus profond d’une telle agonie » l’avait entraîné vers « le sentiment d’être heureux de vivre ». Il avait enfin accepté pleinement que « cela fût réel, et non plus des inventions de l’imagination », et en même temps il avait accepté qu’il n’était pas lui-même « un monstre ». Il se sentait davantage « complet » et ses expériences étaient une sorte de « cadeau » - « cela m’a ouvert sur moi-même ». Reconnaître le caractère unique de ce qu’il venait de traverser permit à Peter de mieux supporter son isolement moral. Avant, dit-il « il se sentait isolé et exclu du reste des gens. Ce travail m’a permis de m’en rendre compte...

À présent, j’ai le sentiment qu’il m’arrive quelque chose de singulier dans la vie, mais je ne me sens plus solitaire et délaissé. Je suis tout seul... Connecté au tout mais encore seul ». (Je ne fis aucun commentaire sur la complexité de ces sentiments.)

Dans ce contexte, les kidnappings eux-mêmes n’étaient « plus aussi terribles, horribles, traumatisants, méprisables, cruels, etc. ». Je priai Peter d’essayer de préciser la nature de la connexion qu’il avait découverte. « J’ai l’impression de faire partie d’un continuum », dit-il. J’appartiens à un réseau. Je suis une perle dans tout un collier, en quelque sorte. Je suis une des perles, et pourtant je suis relié au processus dans son entier. Je peux être heureux dans ma solitude... C’était vraiment très important pour moi d’être connecté. Maintenant, je sais que je le suis. D’une certaine manière, je l’ai appris. C’est simplement quelque chose d’un peu plus profond... Ce travail a accéléré tout le processus en moi, d’une manière ou d’une autre. » Une fois encore, nous décidâmes de laisser le « radar intérieur » de Peter choisir la direction qu’il souhaitait emprunter au cours de la régression.

Dès qu’il fut en transe, la peur se saisit à nouveau de Peter. Il se trouvait à Hawaï, avant de vivre avec Jamy, et quatre êtres entouraient son lit. Son camarade de chambre se trouvait dans une autre pièce. Peter commença à crier, submergé par la panique et la colère : « Ils vont encore remettre ça ! Ils vont encore remettre ça ! J’en ai tellement marre de remettre ça, merde ! » Il se remémora qu’on lui avait alors donné le choix de pouvoir se souvenir ou non de l’expérience, mais « de toute façon fallait y passer ». On aurait dit qu’ils étaient revenus après « un long laps de temps » et qu’ils voulaient voir « comment il avait évolué, qui il était ». « Comme s’il fallait qu’ils vérifient comment leurs expérimentations fonctionnent. » Et il se retrouva encore une fois dans le vaisseau où des expérimentations allaient être effectuées sur beaucoup d’autres êtres humains.

Haletant, Peter remarqua à présent qu’il lui fallait « franchir le pas ». « Les êtres me veulent pour ce que je suis. Ils me veulent pour ce que je représente, pour ce que j’ai à l’intérieur. » Il porta une main à son cœur : « C’est là, c’est là, et ils me veulent pour ça... J’ai la sensation qu’ils cherchent à m’extirper quelque chose de là. C’est en moi. Comme s’ils voulaient mon amour... Ils voudraient que je les aime. Ils voudraient que je sois attentionné envers eux. » J’observai la peur et la haine qu’exprimait Peter. Toujours haletant, il dit encore : « Faut dépasser ça. » Le processus avait dépassé les expérimentations, dit Peter. « Ils veulent que je les comprenne. Ils veulent que je comprenne ce qu’ils font. Je commence à vibrer. » Je l’encourageai à laisser venir ces vibrations. « Ils veulent que je comprenne qu’ici il existe de la compréhension, de la vérité. Il y a un sens à tout ça. »

En dépit de ces affirmations positives, l’expérience devenait encore une fois très stressante pour Peter. Je veux arrêter », « gémit-il, tandis que la peur et l’intensité de la vibration dans son corps augmentaient. Puis il se mit à hurler d’une manière effrayante : « Je ne veux pas le perdre. Je veux m’en aller. Je ne veux pas plonger dans ces profondeurs. J’essayai de le » réconforter et de le rassurer, et lui demandai de rester centré sur lui-même en se concentrant sur sa respiration. C’est alors qu’il dit qu’il se sentait serein tandis qu’il partait dans les airs avec de petits êtres et qu’il quittait la maison d’Hawaii pour rejoindre « un gros vaisseau ». Tandis qu’ils décollaient, un des êtres mâles qui était « toujours avec eux » (« C’est celui qui veille sur moi ») assura Peter que tout allait bien. « J’ai confiance en lui », fit Peter.

Il était important pour Peter de me faire savoir que malgré sa propre détresse, les êtres n’étaient pas là pour faire du « mal à qui que ce soit ». Ils sont là depuis longtemps, expliqua-t-il, « et ils nous connaissent très bien... Ils ont cette sagesse à nous communiquer. Ils peuvent voir ce qui risque de nous arriver, et ils nous observent». Tandis qu’il s’exprimait ainsi, l’esprit de Peter avait des « visions éclairs » des pyramides d’Égypte et des « aspects de Mars ». Mais la colère et la peur l’envahirent à nouveau comme il revoyait la salle au sol noir et la table sur laquelle on le forçait à s’allonger. Un être posa ses longs doigts maigres « comme des serres » sur sa poitrine et plongea dans ses yeux. « Ces yeux. Ces yeux », dit Peter. Cette fois encore, un tube fut introduit près de ses testicules, avec le même résultat ; mais Peter était plus calme à présent. Il « avait appris à ne plus avoir peur ». Puis il quitta cette salle pour se rendre dans une autre où il y avait une vingtaine de personnes, essentiellement des femmes et des enfants.

Ce que Peter sembla alors revivre fut son retour vers sa maison des Caraïbes, comme cela a été décrit dans la première régression. Il traversa la porte d’un grand vaisseau pour pénétrer dans un plus petit qui se mit à descendre. Puis une ouverture sous ce petit vaisseau laissa passer Peter, qui atterrit en volant sur le perron de sa maison. Il s’observa lui-même en train d’entrer chez lui et s’étendre sur le divan. «Tout ceci a rapport à ma masculinité pour une raison que j’ignore. Ça a rapport avec moi. Ils me veulent. Ils veulent mon cœur. Ils veulent ce qui m’anime... Ils peuvent travailler ainsi avec vous toute une vie, commenta-t-il. Ils aiment les gens ouverts », quel que soit leur âge, même des gens très âgés. « Ils cherchent à découvrir comment nous rendre ouverts à eux. Ils essaient de trouver ce qui rend quelqu’un plus ouvert, moins craintif qu’un autre, et ils se soucient véritablement de notre cas. » Les êtres ont peur de nous, dit encore Peter : « Parce qu’ils ne possèdent pas cet “ instinct du tueur ”, comme je dirais, que nous avons, et la capacité de se battre et de s’entre-tuer. C’est de cela qu’ils ont peur... C’est ce qu’il y a de plus effrayant pour eux, notre faculté de haïr... C’est comme ma fureur pendant qu’ils se livrent à des expérimentations sur moi, ça leur est tellement étranger. Ils n’y comprennent rien. Ils ont peur de nous. »

Peter remarqua que « c’est notre perception des événements. Personne parmi nous n’a réellement été blessé. Certains kidnappés disent avoir des cicatrices et autres dommages psychologiques, mais je veux dire ceci : “ Ne voyez-vous pas que vous ne savez plus où vous en êtes ? ” Les êtres avec qui j’ai travaillé, ajouta-t-il, sont ici pour trouver le moyen de communiquer avec nous, ainsi qu’une ouverture et un terrain communs ». Les être avec qui Peter se sent connecté, du moins, sont des êtres qui commencent de bonne heure avec des enfants, « prennent soin d’eux, travaillent avec eux, les étudient pour savoir comment ils fonctionnent et ce qui les rendraient ouverts, aimants et attentionnés, car ce sont les qualités que les êtres recherchent ».

Beaucoup de gens plus âgés, continue Peter, ont vécu des enlèvements dans leur enfance « et ne s’en souviennent plus ». Alors les êtres reviennent et étudient les mêmes gens lorsqu’ils ont pris de l’âge pour voir quelles qualités d’ouverture ils auraient en commun et ce qui les développerait encore davantage. « Ils essaient d’étudier une chose précise. Ils sont conscients de la colère, de la haine et de l’aptitude que nous avons à leur faire du mal. Leur évolution leur a ôté le sens de la lutte... C’est un peu comme si, étant tellement ouverts, ils savaient que nous pouvons leur faire du mal plus facilement... Ils désirent notre amour et la façon dont nous aimons, prenons soin des autres et avons de la compassion. Ils sont également terrifiés par notre rage, notre puissance de haine, nos facultés de tuer et tout ce qui va avec, alors ils essaient de séparer ces deux aspects... Ils tentent génétiquement de prendre les plus hautes qualités humaines en les séparant des plus basses pour, dirais-je, les réincorporer dans leur propre espèce... Toutes ces histoires de sperme et de reproduction... c’est vraiment pour nous aider à acquérir les plus hautes qualités de l’espèce humaine. » Les êtres ne peuvent pas se manifester de manière plus évidente actuellement sur la planète, sinon « nous les attaquerions ». Si nous devions « réagir militairement, avec cette fureur, tout serait perdu. Alors ils prennent des précautions. Ils ne peuvent pas débarquer comme ça ».

Je demandai à Peter comment nos qualités d’ouverture et d’amour pouvaient servir les êtres dans leurs objectifs. « Ils sont aussi humains », suggéra-t-il, et dans leur évolution, ils ont « suivi la voie de l’intellectualisme rationnel ou peu s’en faut et perdu la plupart de leurs émotions, et c’est ce qu’ils cherchent à retrouver. Et cela se fera à travers notre espèce et notre planète... Ce sont des humanoïdes et nous venons de la même origine qu’eux, à cette différence que nous, nous sommes restés au cœur de nos émotions et que ce sont ces émotions qui ont régi notre planète... La façon dont nous réagissons en tant qu’espèce vient de nos émotions... Dans leur évolution, eux, ils ont choisi de réagir depuis l’intellect, le mental... Ils souhaitent partager cette croissance intellectuelle avec nous si dans le même temps nous pouvons partager nos émotions avec eux ». Mais parallèlement, ils redoutent notre aspect destructeur. « Cela pourrait faire un beau mariage en un sens », observa Peter.

Ma dernière question à Peter concerna le fait de plonger dans les yeux de ces êtres et la qualité de ce regard. Pour Peter, regarder intensément dans les yeux des êtres renvoie à « une aspiration à la connexion ». « Quand un être me regarde... c’est qu’il aspire à se connecter avec moi, avec nous, comme s’il disait : “ Je voudrais tant que tu nous comprennes, que tu ressentes ce que nous ressentons. ” » Je demandai à Peter ce que les êtres attendaient de nous. « C’est comme une fraternité qu’on aurait oubliée. C’est comme une amitié perdue, et que nous ne comprenons plus. » Ils aspirent à l’amour, la compassion, la joie, « tout ce qui guérit sur cette planète, toute la bonté qu’ils peuvent voir ici... cette aptitude au contact entre humains et qu’ils connaissent si peu ». Je demandai à Peter s’il pouvait lire tout cela dans leurs yeux. « Dans leurs yeux, il existe une froideur, répliqua-t-il. Il y a une froideur, un vide absolu, mais derrière leurs yeux, il y a, comment dirais-je, comme un autre œil. Et cet autre œil derrière l’œil est, je dois dire, triste et mélancolique, et il essaie de me rassurer, mais en même temps il voudrait que je l’aide. Il veut entrer en contact avec moi. Il veut vraiment se connecter à moi. C’est presque comme regarder un petit enfant (Peter sanglote à présent). Imaginez seulement que vous soyez quelqu’un d’un peu plus âgé et d’un peu plus sage, et nous pourrions avoir une relation ou quelque chose comme ça. »

Je questionnai Peter sur la tristesse qu’il semblait éprouver ainsi que sur ses larmes. Il répondit : « Je suis triste parce que je suis faible et infirme et que je ne peux rien faire. J’ai tellement peur de ne pas pouvoir leur apporter ce qu’ils désirent tant, et je pleure comme quelqu’un qui ne pourrait pas protéger ceux qu’il aime... Un peu comme une mère et son fils. Comme une mère qui ne pourrait pas donner son amour, qui ne pourrait pas vraiment se connecter à son enfant. » Nous nous acheminions vers la fin de cette séance. « Cela va au-delà des expériences, à présent », dit Peter.

Je remarquai que pour de nombreux kidnappés la résistance se concentrait principalement sur la reconnaissance des yeux. Peter répondit à cela : « Il y a vraiment dans leurs yeux de profondes aspirations. C’est un peu comme un sentiment amoureux qui ne trouverait pas les voies de son expression. Ils ont une formidable compassion pour nous dans leurs yeux... Quand vous regardez la première fois cet œil, se souvient alors Peter, c’est d’abord quelque chose de mécanique, de froid, de pas humain. C’est glacé et indifférent, mais si vous regardez mieux, si vous le fixez, comme je le fais moi-même, alors je peux voir plus profondément dans cet œil. C’est exactement comme regarder un humain. Vous voyez l’œil, mais après vous conservez le contact et vous voyez la personne, et c’est ça qui se produit... De l’autre côté de la pupille, il y a l’être, la créature », conclut-il. Dans ce sens, notai-je, les êtres « n’ont pas encore été trouvés ou reconnus par nous ». Peter répéta alors combien nos deux espèces étaient apparentées, quelle fraternité nous liait et quelle humanité les habitait. « J’ai simplement l’impression qu’ils sont un peu décalés... Ils ont choisi une autre manière de créer... Ils ont des émotions, fit-il avec emphase, mais pas aussi développées que les nôtres, ou bien ils ont connu ça et ils l’ont perdu et à présent c’est ce que nous avons à offrir, nos émotions... Ils ne sont pas tellement différents de nous », conclut-il.

J’avais déjà pris la décision en mai, c’est-à-dire avant cette régression, de demander à un collègue psychologue clinicien de soumettre Peter à une série de tests. C’est généralement coûteux en temps et en argent et il m’est pratiquement impossible de soumettre ainsi tous mes patients, ou même ne serait-ce qu’un certain nombre. Je choisis pour cette tâche le docteur Steven Shapse de l’hôpital McLean de Harvard, parce les résultats ne sauraient manquer d’attester une valeur scientifique. Dans le même temps, connaissant mieux Peter, il m’apparaissait évident qu’aucune pathologie même sous-jacente ne pouvait rendre compte, ou même simplement éclairer, les expériences dont il avait été le héros. Certaines, reliées à des phénomènes de kidnapping, ainsi que les divers ajustements personnels qu’elles ont imposés au sujet, furent très évidemment d’énormes stress. Mais Peter n’en demeura pas moins un individu sain d’esprit, stable de caractère et agréable de compagnie, qui a toujours entretenu des rapports excellents avec son entourage.

Mon idée était que si cette impression toute personnelle était partagée et confirmée par un clinicien de talent, cela aiderait considérablement à dissiper sur ce cas la suspicion selon laquelle les rapports de kidnappés ne sont que le produit de troubles psychiatriques. Car même si certains kidnappés peuvent manifester parfois une certaine pathologie significative à cet égard, le fait que quelques sujets, ou même un seul, échappent à ce jugement permettrait d’éliminer toute interprétation des phénomènes en cause au moyen de dérangements psychologiques. Au moment où je priai le docteur Shapse de faire passer à Peter tous ces tests, je ne doutais pas moi-même qu’une explication psychiatrique serait écartée, car je n’en avais encore à ce jour trouvé aucune dans tous les cas qu’il m’avait été donné d’étudier.

En mai et au début de juin, le docteur Shapse et Peter se rencontrèrent par deux fois et, en plus d’une entrevue clinique classique, travaillèrent sur le WAIS-R (Wechler Adult Intelligence Scale-Revised = test d’intelligence standard dit de Wechler pour les adultes) ; le BVMG (the Bender Visual Motor Gestalt Test = test destiné à évaluer les dysfonctions organiques du cerveau) ; ainsi que le TAT (the Thematic Apperception Test), le MMPI-2 (the Minnesota Multiphasic Personality Inventory-2), et enfin le RIBT (Rorschach Inkblot Test), autant de tests d’expression destinés à révéler la nature du fonctionnement et de la structure psychologique du sujet.

Le docteur Shapse trouva que Peter « fonctionnait à un haut degré, qu’il avait l’esprit alerte, qu’il était doué de concentration, d’intelligence, d’élocution, et ce sans visible anxiété ». On ne découvrit aucun dysfonctionnement neurologique à caractère organique. « Le stress situationnel est situé à haut niveau et l’expérience de ce stress se révèle sévère. » Peter exprima de la tristesse au cours du TAT et on aurait dit qu’il « combattait des forces mauvaises ». Le docteur Shapse en arriva à cette conclusion : « Très significative est cette absence de pathologie. Pas de psychose ou même de désordre affectif majeur ne peuvent être diagnostiqués... On remarque également un niveau moyen concernant les préoccupations sexuelles. Ce profil peut laisser supposer que le sujet aurait subi des violences sexuelles... Il semblerait que les thèmes psychologiques sous-jacents n’aient pas d’impact générant un dysfonctionnement à l’heure actuelle. » Aucun diagnostic d’ordre psychiatrique ne put donc être établi. « Les stress psychosociaux » furent déclarés modérés dans ce cas : « Remémorisation d’expériences déstabilisantes inhabituelles. » Lorsque je demandai en privé au docteur Shapse ce qui, dans ses résultats, pouvait relever d’une affaire d’enlèvement, il me répondit : « Je ne vois rien qui s’y rapporte. » La suggestion d’abus sexuel est intéressante à la lumière des procédures traumatisantes infligées par les extraterrestres à leurs victimes. Rien dans l’histoire personnelle de Peter ne fait référence à un abus sexuel quelconque de la part d’un être humain.

Dès juin 1992, Peter commença à jouer un rôle important dans la communauté des kidnappés, prenant souvent la parole en public et apparaissant à la télévision pour décrire ses expériences. Le 15 juin, il participa à un colloque de kidnappés, organisé par le physicien du MIT David Pritchard et moi-même. Dans une déclaration d’une dizaine de minutes, Peter donna le détail des expériences traumatisantes qu’il avait pu reconstituer au cours des séances de régression et expliqua comment il était parvenu « à une certaine compréhension après être passé par une rage indicible et un violent ressentiment ». Comme nous l’avions fait nous-mêmes quelque temps auparavant, il évoqua le grand intérêt que les êtres portaient à « notre capacité de ressentir, d’avoir des émotions, d’éprouver de la compassion et de l’affection, et de nous élever vers une fulgurante spiritualité, qualités qui nous rendent humains et qui sont partagées par toutes les races de cette planète ». Le fait que l’on soit obnubilé par les aspects traumatisants des procédures et expérimentations vécues au cours des enlèvements, ajouta-t-il, était dû à notre incapacité à « intégrer ces expériences dans notre entendement conscient de la réalité perçue tout simplement parce que l’on n’a pas pensé que cela soit possible ». Il s’adressa enfin aux chercheurs et enquêteurs présents dans l’assistance (au nombre de quatre-vingts environ) pour leur confier qu’il pensait sincèrement que les extraterrestres n’avaient aucune intention de nous faire du mal et que leur objectif était « de nous amener au niveau où nous pourrions avoir consciemment une interaction avec eux sans que cela nous paraisse terrorisant ».

Le 15 août, le producteur David Cherniack vint filmer Peter en conversation avec moi pour la chaîne publique canadienne ; il s’agissait d’une émission d’une heure sur les phénomènes d’enlèvement intitulée Sky Magic (Ciel magique) dans la série Man Alive (L’Homme vivant). Dans cette discussion, Peter évoqua la manière « instinctuelle animale » avec laquelle il avait réagi à ses expériences, comment on se retrouve embarqué en un lieu où l’on est tellement « distendu que l’esprit manque d’exploser », les changements dans la qualité même des enlèvements, leur remémorisation au cours des régressions hypnotiques, la trouille de constater que tout ce qu’on a pensé est possible, et combien c’était « hallucinant » de « se heurter à une réalité tout autre », et divers autres sujets que nous avions abordés au cours de nos séances de travail. Ce qui fut assez impressionnant, ce fut le passage, dix minutes environ, d’une bande enregistrée au cours de la régression du 12 avril et où Peter avait eu des réactions spectaculaires ; la caméra, pendant ce temps, prit des gros plans de Peter qui revivait l’horreur de ces moments dans la peur, les tremblements et les larmes. Ce programme fut diffusé en octobre à la télévision canadienne et reçut des critiques très favorables. Il n’a pas été programmé, en revanche, aux États-Unis.

Dans les mois qui suivirent, avec l’autorisation de Peter, je me suis servi à plusieurs reprises de la vidéo de cette émission, notamment pour les besoins d’un exposé au Département de psychiatrie de l’hôpital Brigham & Women de Harvard, afin que l’assistance puisse ressentir la puissance émotionnelle qui se dégage de ces phénomènes. Mais j’ai cessé de me servir de cette vidéo lorsqu’il m’est apparu que de nombreuses personnes, y compris des kidnappés, étaient trop secouées par les images qu’elle contenait et que cela risquait de susciter de nouvelles défenses plutôt qu’une ouverture accrue sur toutes ces expériences. Il m’est arrivé de montrer en novembre la cassette au cours d’un dîner-rencontre des Skeptical Inquirers (« Enquêteurs sceptiques ») de Nouvelle-Angleterre et de voir plusieurs des personnes de l’assistance se trouver tellement mal l’aise qu’elles tournèrent le dos à à l’écran et qu’elles n’eurent de cesse de trouver mille interprétations les plus extravagantes des phénomènes de kidnapping.

Le 2 décembre, Peter et moi nous présentâmes devant un public de deux cents cinquante personnes à la Divinity School de Harvard pour parler des « Phénomènes d’enlèvement extraterrestre ». Je fis d’abord un exposé général sur la question et montrai un passage de la cassette vidéo. Puis Peter prit la parole pour raconter ses expériences pendant une quinzaine de minutes. Suivait une heure de discussion avec l’assistance. Pour préparer notre prestation, Peter et moi avions discuté au préalable par téléphone quelques jours avant. Peter me disait combien s’était senti « nu devant Dieu il » quand il s’était trouvé au cœur même du cyclone de la terreur et de la désespérance, comme il avait dû abandonner tout contrôle et tout choix, et pourtant il était resté connecté à quelque chose de plus grand.

Dans son propre exposé, il déclara que ce « voyage » lui a permis de « trouver sa place dans l’univers ». Il avait cru être abandonné de Dieu et réduit « à un simple échantillon de sperme ». Pourtant, après les régressions hypnotiques, il avait acquis « la sensation d’un formidable élargissement ». Dans sa solitude, il avait découvert qu’il ne faisait qu’un avec Dieu et l’esprit. « L’expérience d’enlèvement, dit-il, m’a permis d’éprouver cette solitude tout en me sentant totalement connecté à cette source une et indivisible. » Il parla aussi de « la ressemblance à Dieu » partagée par tous les peuples de la Terre qui ont en commun cette même humanité et qui « luttent tous pour comprendre les mystères du monde spirituel et de la connexion que nous avons avec lui ».

Plus tard, il dit encore : « J’ai commencé à savoir, à un niveau strictement cellulaire, que nous n’étions pas seuls dans l’univers, que Dieu créait de nombreuses créatures à son image. » Les êtres extraterrestres « ne sont pas tout à fait comme nous. Eux aussi luttent. Eux aussi posent des questions à l’existence. Eux aussi cherchent. Ils se nourrissent. Ils procréent et meurent. Ils désirent être acceptés pour ce qu’ils sont... Dieu créé bien plus de choses encore dans l’univers dont nous n’avons pas la moindre idée. Comme des milliers d’autres gens comme moi qui ont vécu ce type d’expérience, qui ont vu la création divine sous d’autres formes, je sais au plus profond de moi-même que les êtres sont à bien des égards semblables à nous ». Puis il conclut sur ce qu’il avait découvert à travers ses enlèvements : « Je suis connecté à un processus de création qui possède des dimensions beaucoup plus vastes que celles qu’on m’a jamais demandé d’imaginer au cours d’enseignements précédents touchant à telle ou telle spiritualité. »

Entre mai et novembre 1992, Peter confia à Pam puis à moi-même qu’il se sentait en paix, relativement à l’aise avec toutes ces expériences, bien dans sa peau, et qu’il avait « recollé tous les morceaux » avec sa famille et ses amis. Mais dix jours après notre intervention à la Divinity School, Peter m’écrivit que depuis novembre dernier il souhaitait se « souvenir davantage », « aller plus profondément » et me demanda s’il était possible de prévoir d’autres séances de régression. Il précisait aussi qu’il venait d’avoir son diplôme national d’acupuncture. Nous décidâmes donc d’une séance pour le 14 janvier 1993. Au début de notre entretien, il m’avoua qu’il s’était « fait violence » pendant un certain temps, mais qu’il n’y tenait plus et qu’il était prêt « à faire resurgir quelque chose de plus important, de plus vaste ». Tandis que nous déterminions ensemble l’objectif de notre travail, Peter se souvint d’un incident à Hawaii où trois per « sonnes » qu’il identifia comme des « témoins de Jéhovah, ou quelque chose du même genre », frappèrent à sa porte. « Je revois encore le visage de la femme, dit-il, qui me fixait comme si elle savait quelque chose sur moi. »

Peter raccrocha vaguement ce souvenir à une expérience d’enlèvement qui s’était produite fin août sur l’île de Nantucket. Il rendait visite à un ami, Craig, chargé de surveiller les incendies. Au cours de la nuit, Peter entendit un bruit effrayant, vit des lumières, et eut dans la tête une vision où un être traversait la chambre en volant pour atterrir près du lit de Craig puis revenir à Peter et lui dire : « Voilà, c’est le moment de partir. » « Alors nous sommes partis et nous sommes revenus », dit Peter. Le lendemain matin, Craig déclara que lui aussi avait entendu un bruit assourdissant qu’il avait préféré interpréter comme celui de « criquets » mais il avait eu peur de seulement se rendre dans la salle de bains. Avant d’entamer la régression, nous repassâmes en revue ce qui était arrivé dans l’existence de Peter, notamment les progrès de Jamy en tant que thérapeute et leur désir d’avoir des enfants. Peter se sentait lui-même davantage en confiance : « A un certain niveau, on prend soin de moi... La route est dégagée pour moi et je peux faire mon travail. »

Nous convînmes avec Peter de laisser faire les choses durant la régression, sans se préoccuper plus particulièrement d’un épisode de son histoire personnelle. Le premier souvenir qui revint à la mémoire de Peter fut qu’il observait de nuit, depuis une hauteur où il vivait à Hawaï, « cet énorme vaisseau qui surplombe le golfe ». À ce moment-là, trois personnes, « genre ces fous de Dieu », passèrent la porte du salon. « Je crois qu’ils me parlaient de Dieu, de la religion, qu’ils voulaient me convertir à quelque chose... C’étaient eux ! » s’exclama Peter. « Il y a un rapport entre eux et le vaisseau. Ce serait en quelque sorte leur forme humaine d’emprunt. Les voilà revenus. Les voilà revenus. Je ne peux pas me défendre contre eux. Je ne peux pas lutter. »

L’attention de Peter se reporta alors sur Nantucket. Il revoit un être voler vers le lit de Craig et il commence à avoir peur pour lui, mais : « C’est le moment de partir... J’ai toujours très froid quand ça arrive », dit Peter. Du brouillard emplit alors toute la pièce : « Cela me glace... et cela me calme aussi. » Deux êtres sont venus le chercher : « Mais c’est plus subtil à présent... Il y a tout un tas de formalités qui n’ont plus cours... ce n’est plus la peine d’avoir peur... C’est une sorte d’entraînement, une initiation pour accepter ce qui est vraiment la vérité. » Néanmoins, Peter s’assit sur le lit en claquant des dents tellement il avait peur. « Comme si son « esprit » était grimpé au plafond, il pouvait voir son corps allongé dans son lit. Les êtres l’attendaient : « Ils ne me forçaient pas la main. » Il voulait être sûr que Craig était hors de danger.

La peur de Peter s’accentuait à présent tandis qu’il se remémorait qu’on lui donnait le choix d’accompagner ou non les êtres, « de traverser la cloison, de traverser le plafond du second étage ». Ce choix prit un pouvoir métaphorique dans cette séance, incluant, selon les termes de Peter, « la liberté de se rendre au niveau supérieur. C’est le niveau d’où l’on part avec eux ». Il évoqua un « immense réseau » de connexion, une « conscience du grand tout »... « Je suis eux et ils sont moi et il y a le vaisseau ! » Sa pensée retourna la à femme plantée à sa porte à Hawaï et qui « le fixait du regard ». « Je n’étais pas prêt à accepter Dieu ou Jésus ou tout ce que vous voudrez... Ce qui m’effraie, c’est qu’ils prennent des formes humaines lorsqu’ils viennent à vous. Ils sont rentrés directement par la porte. Ce qui m’effraie c’est que n’importe qui que vous pouvez rencontrer dans la rue pourrait être un de ces foutus extraterrestres ou quelque chose de la même engeance. »

Peter en revint encore à Nantucket et il s’assit en se balançant sur le lit, les genoux relevés sur sa poitrine, les bras autour des jambes. Le choix qui consistait à accepter ou non de se « lever et de plonger » à travers le mur d’angle ou la toiture en pente de la maison revenait à présent à passer dans « une autre dimension ». « Cela n’a rien à voir avec traverser physiquement un mur. C’est plutôt comme pénétrer dans un champ d’énergie... Cette fois-ci, ils ne m’ont pas fait traverser le mur. Je l’ai fait moi-même. Je regarde en bas et je peux voir que monte, je d’un degré, de deux degrés, de trois degrés, et je pénètre dans le champ. Un, deux trois », murmura-t-il.

Je lui demandai : « Et le quatrième degré ? Y en a-t-il seulement un ? »

Il est difficile de rapporter les événements qui se sont alors déroulés dans cette régression. Ce « quatrième degré » devint symboliquement très important. Signification et action, passé et présent, événement physique et métaphore semblaient se condenser dans ce seul choix du « quatrième degré » qui représentait donc une participation volontaire. Peter s’assit au bord du lit en proie « à la terreur de l’acceptation, de l’acceptation de la responsabilité ». Ce qui était en jeu c’était « un pas de plus dans 1’évolution, laissant loin derrière la nature animale ». sentit qu’en traversant le mur, il pouvait « Il

transcender le temps et l’espace ». Il voulait « pousser un cri de guerre et d’assaut et partir avec eux ». Mais la lutte dura encore quelques minutes. « Personne ne peut m’aider, dit-il. Il n’y a même plus de terreur. C’est un choix. » Mais il avait peur « qu’une fois ce pas franchi, il n’y eût rien derrière ». Contrairement aux autres kidnappings, les êtres « ne vont rien faire cette fois... Il ne se passe rien sinon cet instant du temps en moi ». J’essayai de maintenir Peter sur cette notion de choix individuel et solitaire mais je ne pus rien faire d’autre que d’être avec lui.

Le quatrième degré touchait donc dans une certaine mesure à une question de foi. En effet, que se produirait-il s’il se lançait et découvrait qu’« il n’y avait rien derrière » ? Voilà ce qui le tourmentait toujours. « Et s’il n’y avait rien de l’autre côté du mur ? » Cela signifiait l’« échec » total pour Peter : «Tout ça pour rien, tout ce travail pour du vent... Et qu’est-ce qui arriverait si je ne me décide pas ! Si je craque ! Si je ne fais que la moitié du chemin ! Si je n’y arrive pas ! Comment vous faire confiance ? Comment être sûr que je peux y arriver ? Et s’il n’y a rien ? » Peter répétait sans arrêt ce type de questions. Je ne pouvais que l’encourager à approfondir encore davantage son doute et sa peur. Il cria, gémit, et son corps se mit à trembler lorsqu’il se rapprocha du moment fatidique du choix existentiel. Il se détendit un bref instant, le temps de faire une plaisanterie : « J’ai le vertige en altitude. Et si je me cassais la figure en bas ? »

Finalement, il déclara : « J’ai foncé tête baissée à travers ce mur. » Mais ça manquait de conviction et sa conscience retourna vers le lit. «D’accord, je vais me lever !» dit-il. «Je marche, je marche ! Je ne cours pas. » Il siffla entre ses dents tandis que l’action était revécue jusqu’à son maximum. Mais le doute persistait. « Je fais des aller et retour à présent », dit-il en revenant vers sa chambre pour vérifier s’il avait véritablement passé au travers de la cloison. « Est-ce que j’ai vraiment traversé ce mur ? » demanda-t-il. J’éclatai de rire. « Ça s’est fait en une fraction de seconde », dit-il. Alors il éprouva un sentiment de « grande certitude et de sérénité pour avoir traversé le mur comme Peter Pan », et il voyait à présent les sapins au-dessous de lui.

Une fois dehors, Peter regarda vers le bas. « Je me rends compte que je suis en train de voler et je vois le sol. je vois le côté de la maison... Je vois le vaisseau au-dessus de nous et je me dirige vers lui... puis je me retrouve à l’intérieur... Dedans, tous les bébés sont là, tous les enfants sont là. » Il se tenait dans une salle qui était « comme en marbre noir ou quelque chose comme ça ». Tout autour, le long d’un mur incurvé qui semblait suivre la ligne générale du vaisseau, il y avait de petites lumières à hauteur de hanche. Il pénétra dans la salle où il vit trois chaises et une table ainsi qu’« une autre chaise pour lui à l’autre bout ». « Des images et encore des images » arrivaient, mais la conscience de Peter continuait à divaguer dans tous les sens, comme pour éviter d’affronter ce qui allait arriver présent. à

Peter vit trois êtres. Le premier, directement face à lui, possédait « un front vraiment énorme » et paraissait plus âgé que les deux autres. Celui qui était sur sa gauche était un extraterrestre femelle. Le troisième était aussi un extraterrestre. C’étaient ces trois-là qui lui avaient rendu visite à Hawaï. Peter était là « pour apprendre des choses sur le futur », déclara-t-il. Le large front du premier était comme éclaté en son milieu. « C’est le même qui a surveillé toutes les opérations... J’ai l’impression qu’il est plus beau, enfin, je veux dire que c’est incontestablement lui le chef. » L’être femelle se révéla être son professeur. « Elle va être mon gardien, ou quelque chose du même genre. Elle va veiller sur moi. Elle est... il y a quelque chose qui va apparaître... Oh ! mon Dieu !

Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.

C’est qu’on va... on va baiser. » À ce moment-là, la peur, et

non le désir, s’empara de Peter. « Je vais faire l’amour avec

elle, dit-il. Je comprends tout maintenant. C’est ça qui se

préparait », qui lui était communiqué principalement par

l’être le plus vieux et que Peter appelait aussi « Monsieur Je-

sais-tout » ou « Grosse-Bulle ».

« Je ne veux pas faire ça, dit-il. Je veux foutre le camp d’ici. »

Peter reçut un choc quand on lui annonça que les bébés qu’il avait vus en entrant dans le vaisseau étaient ses enfants hybrides ou extraterrestres et qu’il « procréait avec des extraterrestres ». « C’était à ça que servait mon sperme », dit-il. Sa peur augmentait de seconde en seconde tandis qu’il considérait les implications d’une telle révélation. Il se rappela qu’en effet il avait à maintes reprises copulé avec un extraterrestre femelle. « J’ai la drôle de sensation qu’elle est ma véritable épouse. C’est la personne à qui je suis le plus relié, et c’est elle que je vais retrouver ici, ou avec qui je suis, bref... » Cette information lui fut communiquée par « Grosse-Bulle » et la femelle en personne, et cela ne laissa plus aucun doute en lui. Tandis qu’il parlait de tout cela, Peter sentait que sa conscience était comme séparée de son corps physique, « comme si elle se trouvait sur des hauteurs d’où elle pouvait me percevoir en bas Peter assis sur cette table ».

C’en était « trop » pour Peter. « Ce n’est pas tellement la question de faire ou non l’amour, mais procréer avec elle !... dit-il. Oh ! mon Dieu, John, le plus dur à avaler, c’est que cette femme est également humaine, et qu’ils lui ont pris des ovules et à moi mon sperme pour les mettre en contact et fabriquer des enfants ici. » En pensant à ce qu’il venait de déclarer, Peter ajouta : « Ça m’est difficile de trouver les mots pour exprimer à quel point je suis choqué, écœuré par ce que je viens de voir... La pensée qui m’horrifie le plus, c’est qu’elle pourrait bien être une pure extraterrestre et que moi je la percevrais comme une humaine, bref que j’aurais fait l’amour avec une extraterrestre. » Je demandai alors à Peter ce que cela pouvait avoir de « si horrible ». « Ils voudraient que je l’aime comme on aime un être humain, répondit-il, et que je prenne autant de plaisir amoureux avec elle qu’avec ma femme... Le problème, c’est mon attachement et mon amour pour elle en tant qu’extraterrestre. Parce que, dans ce cas-là, qu’est-ce que devient ma femme sur Terre, John ? Hein ? Qu’est-ce qu’on en fait ?»

En outre, Peter avoua quelque répulsion d’ordre physique. « Je ne peux pas faire abstraction du fait qu’il s’agit de créatures d’une laideur effrayante qui m’ont terrorisé avec leur peau lisse et glacée et faudrait que je fasse l’amour avec ça... Je veux croire que je n’ai pas fait l’amour avec une extraterrestre. » Peter exprima encore ses craintes d’être coupé de la Terre et de sa « famille terrestre », de perdre le contact « avec tout ce qu’il aime ici ». Ses pensées tournèrent à la confusion lorsqu’il se mit à considérer « tous ces enfants » qu’il devait avoir, si l’on tient compte, en effet, de tous les prélèvements de sperme auxquels il avait été soumis.

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