Le comte de Monte-Cristo

Alexandre Dumas · Chapitre 123 sur 132

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Le comte de Monte-Cristo

Représentations du Comte de Monte-Cristo

 

1. AU THÉÂTRE

Comme il l’avait fait pour nombre de ses romans à succès, Dumas porta Le Comte de Monte-Cristo à la scène. L’œuvre était longue : elle exigea quatre drames auxquels Maquet collabora. Trois années séparent les deux premiers drames – les deux parties de Monte-Cristo – et les deux derniers. Monte-Cristo I et II ont été créés en 1848, Le Comte de Morcerf et Villefort en 1851.

Monte-Cristo est donc une pièce en deux parties. La première comprend cinq actes

et onze tableaux. Elle fut jouée pour la première fois au Théâtre historique 1 le 3 février 1848. La seconde, en cinq actes et six tableaux, suivit immédiatement, le 4 février. Les dates suffisent à expliquer pourquoi les deux pièces n’eurent que trois semaines d’existence.

Mélingue, un des grands interprètes du drame romantique, jouait le rôle d’Edmond

Dantès. Laissons la parole à son biographe Jules Truffier 2. « Dumas et Maquet brisèrent en plus de morceaux encore que leurs devanciers le vieux moule des unités d’Aristote. La première soirée (de six heures à minuit) commençait par l’arrivée du Pharaon à Marseille et finissait par l’évasion de Dantès du château d’If… On plaisanta fort la longueur inaccoutumée de ce spectacle. Le caricaturiste Chasse s’empressa de dessiner, dans son journal satirique, un éphèbe entrant au théâtre, avant la représentation, et en partant après, le front dégarni, avec une couronne de cheveux blancs… Les décors firent impression ; l’entrée du port de Marseille, la Réserve, le château d’If, la mer mobile du fond de laquelle on voyait Dantès remonter à la surface après avoir fendu le sac dans lequel il était enfermé. Le “sauvé” provoquait six rappels. Dans la seconde soirée : l’île de Monte-Cristo, l’auberge de Caderousse, l’orage, l’autre vue du port de Marseille vu de la Canebière, l’arrivée du faux Pharaon n’ont point été picturalement surpassés par les décorations des adaptateurs sempiternels du cinéma… On resta confondu par la puissance absolue et le “frégolisme” des transformations de Mélingue. Le marin, le prisonnier, le fugitif, l’abbé Busoni, l’anglais Wilmore et le comte de Monte-Cristo ne furent jamais représentés avec autant de souplesse, de variété, de dextérité. »

Théophile Gautier consacra un feuilleton plein d’esprit et de gaîté à cette double

représentation 3. Après avoir décrit la salle, les habitudes prises d’une représentation à l’autre, après avoir rapporté des mots et tracé quelques portraits de spectateurs, il compare Monte-Cristo aux mystères du Moyen Âge, en partant de cette remarque que les personnages des mystères étaient connus de tous et faisaient pour ainsi dire partie de la vie quotidienne des spectateurs. « Maintenant – commente Gautier – on ne lit guère autre chose que les feuilletons d’Alexandre Dumas ; leurs longs développements, leurs suites et les suites des suites arrivent à se graver dans les mémoires populaires comme des faits contemporains… Les héros de Dumas ont remplacé pour nous les personnages légendaires ; et ce qui nous a surtout frappé dans la salle, c’est la parfaite et facile compréhension d’un drame qui ne serait pas sans obscurité pour quelqu’un qui n’aurait pas lu le livre ; mais ce quelqu’un n’existe pas et la pièce est comprise par tout le monde, de même qu’autrefois le mystère de La Passion était compris aisément des intelligences les plus bornées. »

Puis Gautier faisait une remarque importante, d’ordre sociologique plus qu’esthétique : « Nous avons déjà parlé de l’argent introduit dans le roman ou le drame, comme idéal, comme but à poursuivre. Autrefois, c’était la Toison d’or, la demeure inconnue d’Arthus dans la forêt de Brocéliande, le pourchas du Saint-Graal, qui symbolisaient l’inquiétude et l’aspiration humaines. Plus tard, une femme parée de toutes les grâces et de toutes les perfections et dont il fallait conquérir l’amour, a été le motif des poèmes, des drames et des romans. Maintenant, l’idéal qui émeut le plus vivement l’imagination des lecteurs, de quelque classe, de quelque sexe et de quelque âge qu’ils soient, est la conquête d’une somme énorme, fabuleuse, au-dessus des désirs et des espérances. Dix millions font de l’effet, mais vingt-cinq millions frappent un coup irrésistible… Si à la possession de richesses invraisemblables, vous joignez la puissance secrète de récompenser et de punir en dehors de l’action des lois, vous aurez la réalisation de l’idéal du roman moderne. »

En plus de Mélingue, vingt-six comédiens et comédiennes jouaient dans la première partie, dix-huit dans la deuxième. On peut citer Lacressonnière et sa femme, Mme Perrier-Lacressonnière, Béatrix Person qui était la maîtresse de Dumas, Cretté qui sera d’Artagnan dans La Jeunesse des mousquetaires.

Le 23 juin 1848, la troupe du Théâtre historique joua Monte-Cristo au théâtre de Drury Lane à Londres – dans de si mauvaises conditions qu’elle dut émigrer au Théâtre Saint-James où elle donna une brève série de représentations, avec au demeurant le plus grand succès.

Les deux parties de Monte-Cristo furent publiées chez Tresse en deux brochures, dès 1848. Dans l’édition Calmann-Lévy du Théâtre complet en vingt-cinq volumes, elles occupent ensemble tout le volume XII.

Enfin signalons une curiosité, la parodie, par Deforges et Clairville, du double drame de Dumas : Le Comte de Monte-Fiasco ou la Répétition générale d’un drame en trente actes et cent tableaux. Le texte de cette parodie fut publié chez Delacombe en 1847 – près d’un an avant la représentation de l’œuvre de Dumas.

Dumas dut fermer les portes du Théâtre historique en octobre 1850, moins de quatre ans après l’inauguration. Il n’était pas question pourtant qu’il renonçât à la représentation des deux drames qui achevaient la mise à la scène du Comte de Monte-Cristo. Il passa donc contrat avec l’Ambigu.

Le Comte de Morcerf, drame en cinq actes et dix tableaux, troisième partie de Monte-Cristo er , fut créé le 1 avril 1851. La quatrième et dernière partie, Villefort, cinq actes et dix tableaux, suivit à un peu plus d’un mois de distance, le 8 mai. Vingt comédiens et comédiennes dans la première pièce, vingt-deux dans la seconde. Arnault jouait Monte-Cristo, et Chilly, Villefort. Les autres interprètes, bien connus en leur temps, ne le sont plus que des spécialistes de l’histoire du théâtre.

Les deux pièces n’eurent pas un grand succès. Publiées dès 1851 chez Tresse, en brochures séparées, elles forment tout le tome XIII de l’édition Calmann-Lévy du Théâtre complet en vingt-cinq volumes.

En 1862, Maquet fondit les deux premières parties en une seule pièce en cinq actes et douze tableaux, pour permettre une reprise au théâtre de la Gaîté. C’est cette version que le même théâtre redonna plusieurs fois, notamment en 1867 et en 1881.

 

Le 15 mars 1894 le théâtre de la Porte-Saint-Martin donnait une « version nouvelle et définitive » de Monte-Cristo – drame en cinq actes et quinze tableaux, qui condensait en une seule les quatres soirées de Dumas. Émile Blavet était l’auteur de cette

adaptation qu’avait approuvée Dumas fils. Selon Antoine 4, « la nouvelle version […] est restée divertissante dans son absurdité ». On donna cinquante-quatre représentations.

La même tentative – condenser les quatre pièces en une seule – a été faite par Gaston Baty, pour la radio (diffusion le 26 avril 1953).

 

G. S.

 

2. AU CINÉMA

Les films inspirés par le Comte de Monte-Cristo (le premier est de 1907) sont trop nombreux pour être énumérés ici. Les lecteurs que la question intéresse se reporteront utilement au travail de M. Hervé Dumont, Filmographie d’Alexandre Dumas, publié dans le numéro de février-mars 1974 de la revue de cinéma lausannoise Travelling. Vingt-huit films y sont décrits, le dernier datant de 1971.

 

3. À LA TÉLÉVISION

En 1998, Josée Dayan présente une série (en quatre épisodes de 100 minutes) du Comte de Monte-Cristo avec Gérard Depardieu, Ornella Muti, Jean Rochefort…

 

1. Fondé par Dumas, dirigé conjointement par Hippolyte Hostein, le Théâtre

historique, construit en 1846 sur le boulevard du Temple, fut inauguré le

20 février 1847 – avec La Reine Margot, cinq actes et quatre tableaux de Dumas et

Maquet. Il avait d’abord été question de jouer Monte-Cristo. On ignore pourquoi les

plans furent changés – mais nous savons par ce détail que Monte-Cristo était déjà

écrit fin 1846.

2. Mélingue, Alcan, 1925. Jules Truffier (1856-1943) fut comédien au Théâtre-

Français, professeur au Conservatoire et auteur dramatique.

3. Histoire de l’art dramatique en France depuis vingt-cinq ans, Hetzel, 1858-

1859, t. V, p. 218-226.

4. Le Théâtre, Éditions de France, 1932, p. 306.