Le comte de Monte-Cristo
Préface de Jean-Yves Tadié
Alexandre Dumas
Le Comte
de Monte-Cristo
Préface de Jean-Yves Tadié
Professeur émérite à l’Université de Paris-Sorbonne
Texte établi et annoté
par Gilbert Sigaux
Gallimard
OceanofPDF.com
PRÉFACE
Minuit sonne. L’ombre de l’empoisonneuse se glisse jusqu’au lit
de sa victime. Minuit sonne. Des coups retentissent à la porte de
Villers-Cotterêts ; un petit garçon, qui est en train de perdre son
père, s’écrie : « C’est papa qui vient me dire au revoir 1 ! » Il s’appelle
Alexandre Dumas. Le chef-d’œuvre de Dumas n’est ni un roman
historique ni un livre d’enfants. Comme Goethe ou Byron, Hugo ou
Vigny, il a pris l’Histoire pour masque de sa subjectivité et de la vie
contemporaine. Tantôt il oppose à la prose du monde louis-
philippard (le nôtre) les héros des temps révolus, tantôt un tout-
puissant redresseur de torts, où il se reconnaît lui-même. Le comte
de Monte-Cristo est un peu Dumas 2 : la fortune, le savoir, le faste,
la générosité, il en rêvait. Le personnage semble dû à Lord Byron : le
Dumas qui écrivait à vingt-huit ans son drame Antony, qui marque
l’époque, était byronien : « Alors, la seule gaieté permise était la
gaieté satanique, la gaieté de Méphistophélès ou de Manfred. […]
Comme on n’a, quand on est un tempérament impressionnable, de
ces sortes de travers-là qu’avec une époque tout entière, l’époque qui
posait elle-même pour le sombre et pour le terrible, après avoir fait
un succès à mes débuts comme poète dramatique, fit un succès à
mes débuts comme romancier 3. » Les débuts auxquels Dumas fait allusion et qui comptent ici pour nous sont Pauline en 1838 et
Georges en 1843. Dans le premier, le héros, Horace de Beuzeval, est
présenté par Dumas comme « une de ces organisations orageuses se
débattant au milieu des plates et communes exigences de notre
société », comme « le génie aux prises avec le monde 4 ». Georges,
homme supérieur écrasé par le destin, est un mulâtre humilié qui
prépare sa vengeance pendant quatorze ans, puis s’évade avec la
femme aimée.
Comment s’est formé le romancier ? Le théâtre, par lequel il a
commencé sa carrière, lui a donné le goût de la scène brillante, des
renversements brutaux de situation, des mots qui arrachent les rires
ou les applaudissements, des entrées à sensation : le langage et la
mise en scène passent du drame au roman ; le rideau tombe sur le
feuilleton quotidien. Il y a montré, sous les traits d’Antony, en 1831,
le héros romantique qu’il replace dans ses fictions. Or Dumas
compare Monte-Cristo, beau ténébreux, à Didier dans Marion
Delorme 5 et à son Antony.
Ce qu’il doit à la scène, il le complète par les leçons de quelques
maîtres du roman et de la poésie. D’abord, comme tout le siècle
jusqu’à Zola, Walter Scott : « On ne connaît le génie d’un auteur
qu’en l’analysant. L’analyse de Walter Scott m’avait fait comprendre
le roman sous un autre point de vue qu’on ne l’envisageait chez
nous. Une même fidélité de mœurs, de costumes et de caractères,
avec un dialogue plus vif et des passions plus réelles, me paraissait
être ce qui nous convenait 6. » Et surtout Byron. Dumas a consacré
deux chapitres de ses Mémoires à raconter la vie du poète
aventurier 7 8 , où il lit « mort et transfiguration ». Le personnage de
l’« homme fatal 9 », séducteur blasé et méprisant, qui joue au
surhomme, vient du Corsaire, de Manfred, de Harold, du Giaour. Il
emprunte aussi à Schiller : Karl Moor, dans Les Brigands, qui annoncent ceux de notre roman, est un redresseur de torts à l’âme
noble et généreuse 10. Dumas lui compare Monte-Cristo. À Faust, il
emprunte le savoir universel et la toute-puissance ; mais le
Méphisto du comte est intérieur. Scott, Goethe, Schiller, Byron,
voilà les sources littéraires directes de Dumas.
Si Dumas cite dans son roman Byron, Goethe et Schiller, il ne
mentionne pas Eugène Sue dont pourtant il écrira la biographie,
dans Mes Mémoires et Les morts vont vite. Les Mystères de Paris
viennent de connaître un triomphe en 1843. On a rapproché le
comte de Monte-Cristo du prince Rodolphe des Mystères de Paris.
Dans les deux romans, un aristocrate masqué joue un rôle de
vengeur. Mais à Sue manquent le style, la poésie, la puissance de
l’imagination : c’est un réaliste.
Ainsi le roman noir, la poésie romantique anglaise, le drame, le
feuilleton français, le roman historique, tant de livres, ou de genres
littéraires, aboutissent à cette seule œuvre, unique chez Dumas.
Son musée imaginaire compte plus que ses emprunts au monde
réel.
C’est pourtant une cause prochaine, une rencontre de hasard,
qui fait naître le roman : la lecture des Mémoires de d’Artagnan
pour Les Trois Mousquetaires, un archiviste de la préfecture de
police, Jacques Peuchet (1758-1830), pour Monte-Cristo. Dans ses
Mémoires historiques tirés des archives de la police de Paris,
Dumas avait lu « Le Diamant et la Vengeance », raconte-t-il 11 : un
jeune ouvrier, qui allait se marier, est dénoncé par un ami comme
agent des Anglais. Après sept ans de prison, il hérite d’un prélat
italien, prisonnier politique, un trésor caché à Milan. Revenu se
venger, après plusieurs crimes, il est lui-même assassiné. Dumas,
ayant signé un contrat pour des « Impressions de voyage dans
Paris », se voit demander par son éditeur de les transformer en roman : « Je résolus d’appliquer aux Impressions de voyage dans
Paris 12 l’intrigue que je tirerais de cette anecdote. » Survient
Maquet, qui suggère de développer l’épisode initial : Dantès à
Marseille, la prison. La série des Crimes célèbres, à laquelle Dumas
a collaboré (1839-1840), lui apportait d’autre part des exemples de
faits divers criminels, notamment des empoisonnements 13, et
l’histoire d’Ali Pacha. Ses Impressions de voyage déjà publiées, Le
Speronare, Le Corricolo nourrissent les chapitres italiens, comme
les histoires de bandits. Dumas, pour affirmer sa connaissance de
la péninsule, prétend avoir vécu en Italie cinq ou six ans 14. Le bal
masqué, la fête chez Torlonia, les soirées à l’opéra tirent de ces
souvenirs un parfum stendhalien.
Hors des textes littéraires, Dumas puise aussi dans la réalité
française. Deux exemples : l’abbé Faria a réellement existé. Joseph
Custodi de Faria, né à Goa vers 1755, comptait un brahmane parmi
ses ancêtres. Ordonné à Rome, il vient à Paris pendant la
Révolution, à laquelle il prend part, et s’acquiert une grande
réputation comme magnétiseur. Spécialiste du magnétisme,
initiateur de la méthode de suggestion, il fit un cours sur le
« somnambulisme lucide » rue de Clichy à partir de 1813 ; il est
mort d’apoplexie en 1819. Chateaubriand l’a connu, le grand
neurologue Gilles de La Tourette lui a rendu hommage 15. Son art
est passé à Joseph Balsamo, mais il garde ici un don de double vue,
une aura magique. Sa mort en prison est fictive.
Mme de Villefort est inspirée de Mme Lafarge 16, née en 1816,
mariée en 1839 à un maître de forges qu’elle déteste. À la mort de
son mari, elle fut accusée de l’avoir empoisonné à petit feu.
Condamnée aux travaux forcés à perpétuité en 1840, graciée en
1852, elle mourut en 1853. Elle a toujours protesté de son
innocence. Balzac qui raconte déjà une histoire d’empoisonnement
dans 17 Ferragus, et évoque cette affaire Lafarge, a pu y songer dans
Le Cousin Pons où figure un empoisonnement lent.
Dumas n’a donc plus qu’à écrire. Ce formidable travailleur n’a
jamais connu l’angoisse de la page blanche. Il s’en est expliqué :
« J’ai la gaieté persistante, la gaieté qui se fait jour […] à travers les
tracas, les chagrins matériels, et même les dangers secondaires. On
a de la verve, parce qu’on est gai. Mais souvent cette verve s’éteint
comme une flamme de punch, s’évapore comme une mousse de vin
de champagne. Un homme gai, nerveux, plein d’entrain en paroles,
est parfois lourd et maussade seul, en face de son papier, la plume à
la main. Au contraire, le travail m’excite ; dès que j’ai la plume à la
main, ma réaction s’opère ; mes plus folles fantaisies sont souvent
sorties de mes jours les plus nébuleux 18. » Il arrive alors, comme
Monte-Cristo, à l’impossible, « cupitor impossibilium », « en
travaillant comme personne ne travaille, en retranchant de la vie
tous ses détails, en supprimant le sommeil 19 ». Ce trait est prêté à
Villefort qui déclare : « Quand je travaille, il y a des moments où je
ne me souviens plus, et quand je ne me souviens plus, je suis
heureux à la manière des morts : mais cela vaut encore mieux que
de souffrir 20. » D’où huit années extraordinaires, de Monte-Cristo à
Bragelonne, de 1844 à 1852, et la rédaction simultanée de quatre,
de six suites romanesques à la fois.
L’intrigue est très simple : un jeune homme emprisonné
injustement pendant quatorze ans revient se venger après son
évasion. Un complot joue le rôle de la fatalité antique : « Je crois,
dit l’un des traîtres, que maintenant la chose est bien lancée, et qu’il
n’y a plus qu’à la laisser marcher toute seule 21. » La première partie
mène jusqu’à l’évasion et aux débuts de l’enquête que conduit
Edmond Dantès sur la trahison dont il a été victime, dans le midi
de la France. Le chapitre XXXI est le commencement de la deuxième
partie : « Italie. — Simbad le marin ». Le chapitre XL, « Le
Déjeuner 22 », ouvre la troisième partie. Les « impressions de
voyage » métamorphosées nous mènent donc à Marseille, à Rome,
puis à Paris. C’est là que le héros s’engage volontairement « dans
l’enfer 23 ». Le cachot, puis l’extrême liberté : le malheur, la revanche.
Et une longue conclusion : les regrets. Cette structure en cache
d’autres, jusqu’à celle du mythe. C’est la carrière du héros épique.
Un navire amène le héros à la première page, à la dernière un autre
le remporte, comme le cygne de Lohengrin.
Edmond Dantès est un officier de marine marchande sans
histoires, sur le point de célébrer son mariage avec la charmante
Mercédès. Dénoncé par deux hommes jaloux de lui, Danglars et
Morcerf, qui ont un pâle complice, Caderousse, il est mis au
château d’If par le procureur Villefort. Là, il se retrouve au cachot.
Ses efforts pour survivre, son désespoir, sa volonté de mourir
mènent à la rencontre de son compagnon d’infortune, détenu dans
une cellule voisine, l’abbé Faria. Dumas, comme Hugo, est hanté
par la prison, et il inaugure un thème tristement moderne, celui du
prisonnier politique condamné injustement, ou pire, détenu sans
jugement. L’angoisse, le frémissement indigné qui traversent ces
belles pages protestent au nom du père d’Alexandre, le général
Dumas, héros de la Révolution, abandonné dans les prisons du
royaume de Naples 24. D’autres prisonniers, réels ou imaginaires,
l’incarnent encore dans l’œuvre de son fils, de Charles Ier au Masque
de fer, à Louis XVI ou Marie-Antoinette. En même temps, de
manière symbolique, la culture et l’art libèrent de la prison : « En
descendant dans le passé, j’oublie le présent ; en marchant libre et
indépendant dans l’histoire, je ne me souviens plus que je suis
prisonnier », dit Faria 25.
Le caractère et les tourments de Dantès sont vus de l’intérieur,
par nous, avec lui. Il n’en sera plus de même après son évasion,
qui, dans le linceul de l’abbé Faria et les flots, est une mort et une
résurrection. Pourvu de la puissance que donne un immense trésor,
le comte de Monte-Cristo est, après quatorze ans, littéralement un
autre homme, en qui l’on ne reconnaît plus le charmant Dantès. Et
il est impénétrable, parce qu’il est vu de l’extérieur, par les autres
personnages du roman. Ce remarquable changement technique est
lié à un trait important du héros : le secret.
Les pseudonymes et déguisements en sont la forme la plus
élémentaire : Dantès se cache sous les traits du représentant d’une
banque anglaise, de Lord Wilmore (et de Lord Ruthwen 26, pour
plaisanter), de l’abbé Busoni, de Simbad, et, évidemment, de Monte-
Cristo, qui n’a pas de prénom. On n’imagine pas Edmond de
Monte-Cristo : c’est qu’il n’a plus de vie privée. Le dévoilement du
vrai nom prend alors, à l’autre bout du récit, une allure dramatique.
L’ancienne fiancée d’Edmond, Mercédès, dit à son fils : « Croyez-
vous que le comte soit ce qu’il paraît réellement être 27 ? » Ni
Danglars, ni Morcerf, ni Villefort ne sont ce qu’ils paraissent être.
Pour Dumas, l’apparence cache la réalité : vérité psychologique,
sociale et romanesque ; vérité philosophique aussi. Le secret de
Monte-Cristo est au moins double, son passé, c’est-à-dire sa terrible
épreuve, qu’il ne raconte jamais, et son avenir, c’est-à-dire la
mission qu’il s’est donnée, la punition de ses bourreaux qui sont en
outre ceux de son vieux père, mort de faim. Les autres personnages
ont aussi leurs secrets, l’origine criminelle de leur fortune,
l’assassinat, la trahison : après la gaieté des Mousquetaires et du
style Louis XIII, quelle sombre humanité ! Dantès connaît l’identité
de ses bourreaux grâce à son protecteur, l’abbé Faria, qui lui a
expliqué tous les mystères : pourquoi Edmond a été arrêté, où se trouve le trésor dont le prêtre avait gardé, malgré lui, le secret
jusqu’à la rencontre d’Edmond Dantès, et comment s’évader. Mais
aussi les secrets de la vie, dans un extraordinaire cycle
d’enseignement. Pour un lecteur de l’époque romantique, ce secret
du héros évoque le roman noir, ou gothique, comme L’Italien,
d’Ann Radcliffe, et les héros de Byron, le Corsaire, le Giaour, Lara.
Aussi, lorsque Monte-Cristo fait une entrée de théâtre, tout le
personnage est ainsi résumé : « Il pouvait y avoir des hommes plus
beaux, mais il n’y en avait certes pas de plus significatifs […] une
mystérieuse histoire dorée par une immense fortune 28. »
Le secret, c’est aussi le pouvoir sur les hommes. Monte-Cristo
détient le secret de ses voisins (qui pourrit en eux) sans livrer le
sien. Il leur reste énigmatique, au point qu’ils ne devinent pas que
les coups qui les frappent viennent de lui. Quant à l’auteur, en
cachant ses secrets, en construisant une intrigue toujours
surprenante, il détient aussi un pouvoir sur le lecteur, jusqu’à ce
que les scènes de révélation et de reconnaissance mettent
progressivement fin à la tension.
Le prisonnier Dantès relevait du monde des régimes despotiques,
des prisons politiques, de la liberté écrasée. Dumas s’est battu en
1830 pour la démocratie et, après la mort en 1842 du duc
d’Orléans, grande figure libérale, s’est éloigné de la monarchie de
Juillet. Monte-Cristo introduit dans le roman un autre univers :
l’imaginaire, le fantasme, le mythe, celui du surhomme fatal et
satanique. Il aurait pu paraître gratuit, un effet de mode, s’il ne
s’unissait au thème du vengeur. Au reste, Dumas retrouve ici le
protagoniste de son drame Antony. Il avait voulu montrer un héros
moderne : « L’histoire nous lègue des faits, ils nous appartiennent
par un droit d’héritage, ils sont incontestables, ils sont au poète : il
exhume les hommes d’autrefois, les revêt de leurs costumes, les agite de leurs passions, qu’il augmente ou diminue suivant le point
où il veut porter le dramatique. Mais que nous essayions, nous, au
milieu de notre société moderne, sous notre frac gauche et écourté,
de montrer le cœur de l’homme, on ne le reconnaîtra pas 29… » Ce
héros moderne est atteint d’un mal :
Mon cœur, au milieu des délices,
D’un souvenir jaloux constamment oppressé,
Froid au bonheur présent, va chercher ses supplices
Dans l’avenir et le passé ! […]
Malheur, malheur à moi que le ciel en ce monde
A jeté comme un hôte à ses lois étranger !
À moi qui ne sais pas, dans ma douleur profonde,
Souffrir longtemps sans me venger 30 !
Monte-Cristo incarne ce mal qui, au lieu d’être gratuit, a ici
rencontré sa raison ou son objet. À la fatalité sans cause du héros
byronien ou de René, il donne une raison d’être. Mais le vengeur, le
surhomme fatal, l’être bienfaisant et malfaisant à la fois, « Ange ou
démon ? », vient du poète anglais si souvent évoqué par Dumas.
D’où le secret de ses pâleurs subites 31 qu’il partage avec Byron et
l’Italien d’Ann Radcliffe. Au chapitre « Apparition », Monte-Cristo a
le visage d’un blême ineffaçable, comme s’il ne guérissait pas du
cachot. Une comtesse romaine le fuit comme un fantôme, ou
comme un vampire 32, comme un souvenir de Byron : « un de ces
hommes de Byron, que le malheur a marqués d’un sceau fatal ;
quelque Manfred, quelque Lara, quelque Werner ». Son génie
aventureux l’« a mis au-dessus des lois de la société 33 ». Franz ne
peut voir le « visage sombre » de Monte-Cristo que « sur les épaules
de Manfred ou sous la toque de Lara », pseudonyme de Conrad, le
Corsaire 34. Le visage blafard, la main glacée : signes de la mort qu’il a subie, qu’il porte en lui que l’on croit mort, mort qu’il va donner à
ses bourreaux.
Il y a un enfer du héros. Il a été trop longtemps brisé, et a même
peine à éprouver des « émotions douces 35 ». Lorsqu’il redécouvre
l’amour, il lui est difficile d’y croire, comme de réapprendre à
vivre 36. Proche de Satan, il assiste avec une joie sombre à une
horrible exécution publique 37 38 : tenant des propos sadiques, « le
comte était debout et triomphant comme le mauvais ange 39 ». On
retrouve alors l’obsession du supplice et de la tête coupée 40, l’esprit
frénétique moqué par Jules Janin dans L’Âne mort et la femme
guillotinée. Enlevé par Satan sur la plus haute montagne, il a
voulu être la Providence, qui récompense et punit. Satan n’a pu le
rendre qu’« un des agents de cette Providence 41 ».
Le mal est l’instrument de la vengeance, dont Monte-Cristo
expose la théorie : « Pour une douleur lente, profonde, infinie,
éternelle, je rendrais, s’il était possible, une douleur pareille à celle
que l’on m’aurait faite 42. » Et à Villefort : « La loi du talion, que j’ai
le plus trouvée selon le cœur de Dieu 43. » D’où une philosophie
pessimiste : « L’homme est une laide chenille pour celui qui l’étudie
au microscope solaire 44. » La volonté de puissance ne contredit ni
ce pessimisme ni ce satanisme : « Une fois dans mon existence j’ai
été aussi puissant que si Dieu m’eût fait naître sur les marches d’un
trône 45. » Tel personnage « savait qu’il [Monte-Cristo] était, comme
Néron, à la recherche de l’impossible 46 ». Le pouvoir est ambigu,
mène au bien et au mal. « L’homme ne sera parfait que lorsqu’il
saura créer et détruire comme Dieu ; il sait déjà détruire, c’est la
moitié du chemin de fait 47. » Dans un rêve fou, Monte-Cristo s’est
voulu aussi fort que Dieu, et que le diable, dépassant ainsi
singulièrement la dimension des personnages de romans-feuilletons
à quoi on voudrait parfois le réduire : « Par la vie qu’il avait menée, par la décision qu’il avait prise et qu’il avait tenue de ne reculer
devant rien, le comte en était venu à savourer des jouissances
inconnues dans les luttes qu’il entreprenait parfois contre la nature,
qui est Dieu, et contre le monde, qui peut bien passer pour le
diable 48. » Par-delà ses aventures, qui d’ailleurs l’expriment, la vie
de Monte-Cristo illustre sa dangereuse philosophie de l’homme
exceptionnel, qui imprègne le siècle, de Chateaubriand à Hugo, au
Musset de Lorenzaccio, au Vigny de « Moïse », au Gobineau des
Pléiades, à Baudelaire. On pense certes à Napoléon, que Dumas ne
cite pas ici, parmi les habitants de ces « sphères supérieures »,
lorsque son personnage se dévoile de manière menaçante au
procureur du roi, Villefort : « Je suis un de ces êtres exceptionnels
[…]. Mon royaume, à moi, est grand comme le monde […]. Je n’ai
que deux adversaires : […] la distance et le temps. Le troisième, et le
plus terrible, c’est ma condition d’homme mortel […]. Je dépose cet
orgueil devant Dieu 49. »
D’où le cynisme avec lequel le comte s’exprime, et qui donne aux
dialogues leur ironie et leur vivacité. Ainsi, Mercédès (qui l’a
reconnu, mais le lecteur l’ignore) lui disant : « Il y a une touchante
coutume arabe qui fait amis éternellement ceux qui ont partagé le
pain et le sel sous le même toit. — Je la connais, madame, répondit
le comte ; mais nous sommes en France et non en Arabie, et en
France, il n’y a pas plus d’amitiés éternelles que de partage du sel et
du pain 50. » Cet esprit sarcastique s’adresse à ses adversaires, tel ce
mot de théâtre à Villefort : « Vous venez de dire, je crois, que je
n’avais rien à faire. Voyons, par hasard, croyez-vous avoir quelque
chose à faire, vous, monsieur ? ou, pour parler plus clairement,
croyez-vous que ce que vous faites vaille la peine de s’appeler
quelque chose 51 ? »
Mais il y a un autre Monte-Cristo, à une troisième étape dans
l’évolution du héros. Il redécouvre l’amour tardivement, « une
seconde Mercédès », en Haydée 52… C’est que la joie ne peut rentrer
d’un coup dans « cette âme brisée 53 ». Nous le verrons changer
lorsque la mort aura frappé chez Villefort sa femme et son fils 54. Il
décide alors d’épargner Danglars, conçoit des doutes sur sa mission
(un moment dissipés après sa prière), rencontre une sorte de
désespoir et veut même quitter Haydée. Il sera sauvé par l’amour de
la jeune fille et passe ainsi de la loi du talion à celle du pardon.
Dumas ne peut s’empêcher, plus que dans aucun autre de ses
romans, de parler de Dieu. La conception de son héros l’imposait :
elle a une dimension religieuse, celle d’une conversion.
Il résume pour Mercédès les deux versants de sa vie antérieure,
allée de l’abandon à la fortune, et lui explique comment il a pensé
être l’instrument du Seigneur : « Cette fortune m’a semblé être un
sacerdoce. » Sa vie était cependant sans douceur : « Je me sentais
poussé comme le nuage de feu passant dans le ciel pour aller brûler
les villes maudites. » Il évoque alors son entraînement, s’instruisant
à tuer et à voir souffrir : « De bon, de confiant, d’oublieux que
j’étais, je me suis fait vindicatif, dissimulé, méchant, ou plutôt
impassible comme la sourde et aveugle fatalité. Alors […] j’ai
touché au but : malheur à ceux que j’ai rencontrés sur mon
chemin 55 ! »
Au long des scènes où les adversaires de Monte-Cristo
commencent de connaître le malheur, on le voit triste et parfois
compatissant 56. Il verse ses premières larmes lorsqu’il décide
d’épargner le fils de Mercédès, précieuses « aux yeux du Seigneur ».
Car le problème posé, dans ce roman chrétien, est celui du salut
spirituel : la vengeance, c’est l’Ancien Testament, pas le Nouveau.
Face aux cadavres de Mme de Villefort et de son fils, Monte-Cristo « comprit qu’il venait d’outrepasser les droits de la vengeance ; il
comprit qu’il ne pouvait plus dire : “Dieu est pour moi et avec
moi 57.” » Il décide alors de « sauver le dernier », Danglars.
Le comte découvre qu’il est impossible de regarder la marche du
monde un sourire ironique aux lèvres, sans souffrir : « Moi qui
regardais, assistant impassible et curieux, moi qui regardais le
développement de cette lugubre tragédie ; moi qui, pareil au
mauvais ange, riais du mal que font les hommes, à l’abri derrière le
secret (et le secret est facile à garder pour les riches et les puissants),
voilà qu’à mon tour je me sens mordu par ce serpent dont je
regardais la marche tortueuse, et mordu au cœur 58 ! » Un petit
coup de pouce a mis en marche le mécanisme tragique ; mais
Monte-Cristo a été pris au piège, lui l’impassible, de son affection
pour le fils Morrel et pour Valentine de Villefort. Redécouvrant la
vie, il s’oppose au suicide de Morrel ; il a pourtant, en prison,
éprouvé la tentation du désespoir : « Vivez ! un jour viendra où […]
vous bénirez la vie […], la douleur est comme la vie, et il y a
toujours quelque chose d’inconnu au-delà 59. »
Le héros cesse alors d’être un surhomme byronien pour devenir
une figure christique, face à son jeune ami Morrel : « Et Monte-
Cristo, majestueux, transfiguré, sublime, s’avança […] vers le jeune
homme palpitant, qui, vaincu malgré lui par la presque divinité de
cet homme, recula d’un pas 60. » Et lorsqu’il annonce à la famille
Morrel qu’il s’en va pour toujours : « Mais ce n’est donc pas un
homme, c’est donc un dieu qui nous quitte, et ce dieu va donc
remonter au ciel après être apparu sur la terre pour y faire le
bien 61 ! » Il proteste alors : « Les dieux ne font jamais le mal, les
dieux s’arrêtent où ils veulent s’arrêter ; le hasard n’est pas plus fort
qu’eux. » Le héros avoue ainsi qu’il a été dépassé par les
événements, par l’enchaînement qu’il avait provoqué, et rejette ces paroles « sacrilèges ». La volonté apprend à vaincre les autres, puis
à se vaincre elle-même. Il peut alors s’attendrir : « Le regard
humide, joyeux et tendre de mes semblables me fait du bien 62. »
C’est alors l’adieu à Paris, envers de Rastignac et de Balzac, dans
ce roman de l’ambition perdue 63, où tout s’est déroulé en « moins
de six mois ». Il y a de l’Athos chez Monte-Cristo, une blessure
inguérissable masquée par une philosophie stoïque. Cet adieu
témoigne qu’il se retire « sans haine et sans orgueil, mais non sans
regrets ». De la puissance confiée par Dieu, il n’a pas fait usage
pour lui, « ni pour de vaines causes ». Il a fait « sortir le mal » des
entrailles de la ville, et se retire sa mission terminée. Son regard est
celui d’un « génie nocturne ». Et jusque dans sa dernière lettre, sa
lettre d’adieu, le remords le dispute à l’espérance 64.
Écrasés par la figure centrale, les autres personnages, qui se
divisent en amis et adversaires, tissent d’abord des rapports de
famille. C’est ici le roman de la paternité. Edmond doit écouter le
récit de la lente agonie de son père qui s’est laissé mourir de faim,
en des minutes d’autant plus déchirantes que, devant Caderousse
qui raconte cette histoire, il doit contenir son émotion. Villefort,
monarchiste opportuniste et criminel, a un père intègre et
bonapartiste, mais frappé d’hémiplégie et qui ne communique que
par clignements d’yeux sa volonté de fer : « Chaque fois qu’il s’était
trouvé en contact avec son père, il s’était toujours passé quelque
chose de terrible 65. » Lui-même, qui pense avoir enterré son fils
nouveau-né, ne peut croire sa fille coupable. Face au destin de ses
deux fils : le meurtrier et l’enfant assassiné par sa mère, il devient
fou. Morrel, l’armateur qui a toujours défendu Dantès et l’a traité
comme son fils, laisse deux enfants que Monte-Cristo protégera.
L’abbé Faria 66 est pour Dantès un substitut paternel. À Valentine,
Monte-Cristo dit : « Vous êtes ma fille bien-aimée 67. » Ali, pacha de
Janina, a pour enfant Haydée, qui raconte sa fin 68, et venge son
père en témoignant contre Morcerf devant les pairs 69. Comme elle,
Albert de Morcerf veut poursuivre le dénonciateur de son père 70.
Monte-Cristo n’a pas d’amis. Il aura des enfants adoptifs,
Haydée, Morrel, père à son tour, comme le romancier. Monte-Cristo
aura eu deux pères, le vieux Dantès et Faria. Les amis que nous
avons perdus nous accompagnent toujours dans notre cœur :
« Moi, j’ai deux amis qui m’accompagnent toujours ainsi : l’un est
celui qui m’a donné la vie, l’autre est celui qui m’a donné
l’intelligence. Leur esprit à tous deux vit en moi 71. » Il a aimé deux
femmes. Le roman d’amour se fait nostalgique : Mercédès n’est pas
Milady, mais Dantès est trahi. Comme le chante Werther dans la
grande plainte romantique que l’on entend depuis La Nouvelle
Héloïse et Le Lys dans la vallée jusqu’à L’Éducation
sentimentale : « Un autre est son époux. » La jeune Marseillaise a
trahi Dantès en épousant Morcerf : de l’entrevue entre cette femme
et le comte, Dumas tire une scène déchirante, qui annonce celle de
l’Éducation entre Frédéric et Mme Arnoux, celle du Temps retrouvé
entre Gilberte et le Narrateur : le « colloque sentimental » entre celle
qui aime encore et celui qui n’aime plus.
Des personnages plus étranges, ces méchants que « Dieu semble
prendre sous sa garde pour en faire l’instrument de ses
vengeances 72 », rôdent dans l’ombre, certains monstrueux : Mme de
Villefort, femme fatale comme d’autres créatures de Dumas :
Milady, Catherine de Médicis, Mme de Montespan, et ancêtre de
Thérèse Desqueyroux. Elles font partie de l’univers fantastique de
l’auteur des Crimes célèbres et des Mille et Un Fantômes : « Cette
lueur lugubre, ce silence, cette terrible poésie de la nuit venaient
sans doute se combiner avec l’épouvantable poésie de sa
conscience 73. » Le mari n’est guère meilleur : en chaque coupable qu’il frappe, il reconnaît la preuve qu’il n’est pas une hideuse
exception : « Tout le monde est méchant, prouvons-le et frappons le
méchant 74 ! » Mais il y a une sorte de pathétique dans cette âme
damnée.
La famille Danglars n’est pas moins étrange ; la mère est
complice d’un infanticide ; la fille est lesbienne et porte « la cuirasse
de Minerve que quelques philosophes prétendent recouvrir parfois la
poitrine de Sapho 75 ». Avant les « femmes damnées » de Baudelaire
et « les amies » de Courbet, Dumas esquisse la peinture de
Gomorrhe : « On vit alors les deux jeunes filles assises sur le même
siège, devant le même piano. Elles accompagnaient chacune d’une
main… » Elle se prend pour une héroïne romantique : « Dans le
naufrage de la vie, car la vie est un naufrage éternel de nos
espérances, je jette à la mer mon bagage inutile, voilà tout, et je reste
avec ma volonté, disposée à vivre parfaitement seule et par
conséquent parfaitement libre 76. » Eugénie, qui sait chanter (elle a
une voix de contralto 77), veut mener « la vie d’artiste, la vie libre,
indépendante, où l’on ne relève que de soi, où l’on ne doit de compte
qu’à soi 78 ». Lesbienne et féministe, « véritable amazone », ou
« Hercule 79 80 », elle s’enfuit, d’ailleurs déguisée en homme, avec
Louise, sa compagne de piano, « Omphale 81 ».
Comme toujours, Dumas mélange les personnages d’origine
réelle aux imaginaires. Un fait divers raconté par Peuchet, un
« crime célèbre », l’affaire Lafarge, et des types qui proviennent de la
société de la monarchie de Juillet et de la littérature, y compris celle
de Dumas. Mais aussi de Balzac.
Le roman présente en effet des personnages balzaciens : jeunes
gens du monde, comme Albert de Morcerf ou Franz d’Épinay, mais
surtout, parmi les premiers rôles, un général, un magistrat, un
banquier. La carrière du premier est résumée par Monte-Cristo : « N’êtes-vous pas le soldat Fernand qui a déserté la veille de la
bataille de Waterloo ? N’êtes-vous pas le lieutenant Fernand qui a
servi de guide et d’espion à l’armée française en Espagne ? N’êtes-
vous pas le colonel Fernand qui a trahi, vendu, assassiné son
bienfaiteur Ali ? Et tous ces Fernand-là réunis n’ont-ils pas fait le
lieutenant-général comte de Morcerf, pair de France 82 ? » Balzac ne
flatte pas non plus les militaires : violeurs, pillards, brutes, sans
courage moral : « Il s’est trouvé dans le ramas d’hommes
enrégimentés par Napoléon beaucoup de gens qui […] avaient le
courage tout physique du champ de bataille, sans avoir le courage
moral qui rend un homme aussi grand dans le crime qu’il pourrait
l’être dans la vertu 83. » Dans La Rabouilleuse, l’ancien militaire
Bridau est scélérat, criminel dans le civil. Toutefois, il se rallie aux
Bourbons, reprend du service, devient comte de Brambourg et sera
tué en Algérie. Le général de Montcornet des Paysans, qui paraissent
en même temps que Monte-Cristo, moralement lâche, se rallie à
tous les régimes. Parmi tous les anciens combattants de l’Empire,
on ne trouve cependant pas cette superbe invention de Dumas : le
traître. C’est Morcerf qui incarne dans le roman de Dumas l’armée
et une fausse aristocratie.
Dans l’art de dénoncer la corruption des puissants, Dumas
rejoint Balzac. Chez celui-ci déjà, on voit la justice protéger le
crime 84. Villefort, dont on connaît la culpabilité, représente la
justice et la haute fonction publique ; il est conseiller du pouvoir,
« comme un Harlay ou un Molé 85 ». Le procureur général Granville,
dans Splendeurs et misères des courtisanes, fait pression sur un
juge d’instruction et laisse une comtesse brûler un dossier dans son
propre bureau 86. Au contraire, c’est un ancien forçat, Vautrin, qui
venge l’innocent.
Les banquiers sont nombreux dans La Comédie humaine ;
comme Danglars, Nucingen est fait baron de manière obscure, mais
ne commet pas d’insigne malhonnêteté ; Du Tillet au contraire a
volé dans la caisse de son patron Birotteau, fondé une banque avec
les économies de sa maîtresse, poussé Birotteau à la ruine ; député,
comme Danglars encore, il siège au centre gauche. C’est tout le
système de Louis-Philippe qui est moqué par la satire de Danglars,
baron et député sous un « gouvernement populaire 87 », et qui
spécule sur les chemins de fer, « seule industrie qui de nos jours
présente ces chances fabuleuses de succès immédiat qu’autrefois
Law appliqua pour les bons Parisiens, ces éternels badauds de la
spéculation, à un Mississippi fantastique 88 ». Ce financier véreux,
Dumas le compare à Robert Macaire 89. Dumas, comme Balzac,
dénonce le règne de l’argent 90. La Légion d’honneur traverse les
personnages du roman comme « une ligne de sang tracée au
pinceau 91 ». Il y a « les titulaires des places » et, au-dessus, « ceux à
qui Dieu a donné une mission à poursuivre au lieu d’une place à
remplir 92 ». Les premiers sont sans convictions : Morrel, officier, est
considéré par Villefort et Danglars comme l’un « de ces enragés
bonapartistes » que leur empereur traitait comme de la chair à
canon ; l’Algérie servira à cela « quoiqu’elle nous coûte un peu
cher 93 ». Sur eux plane l’ombre de Napoléon, signalé, au début du
roman, à l’île d’Elbe, autre prison, « cet homme dont cinq ans d’exil
devaient faire un martyr, et quinze ans de Restauration un dieu 94 ».
Quel contraste avec « la vapeur glaciale du siècle et le prosaïsme de
l’époque 95 » : pour Dumas, la poésie et l’héroïsme se sont réfugiés
au théâtre et dans le roman 96.
Ces criminels distingués ont pour contrepartie les brigands de
Luigi Vampa, venus de Schiller et des Impressions de voyage de
Dumas. Ils ont, eux, une sorte d’honneur et de vertu, l’héroïsme asocial cher au drame romantique. Toute la société est en effet
violente : dans Les Trois Mousquetaires et Vingt ans après, les
aventures, duels ou guerres, étaient d’une violence physique,
brutale, classique ; dans Le Comte de Monte-Cristo, la violence est
morale, psychologique, moderne.
La peinture sociale est enserrée dans son contraire, l’art
romanesque.
« Avez-vous lu Les Mille et Une Nuits ? » Déguisements,
cavernes mystérieuses, trésors résument le discours du jeune
Morcerf sur son sauveur 97. Dumas, avant Proust, a voulu écrire les
Mille et Une Nuits d’une autre époque. D’abord par l’orientalisme :
Haydée, la belle Grecque, incarne un rêve d’odalisque et d’amour
oriental 98, une image chère à Ingres et au peintre aimé de Dumas,
Delacroix, « notre Rubens moderne 99 ». Haydée est la fille de
l’Albanais Ali de Tebelen (1741-1822), pacha de Janina, assassiné
par les Turcs (après avoir, dans le roman, qui mêle ainsi histoire et
fiction, été trahi par Morcerf 100). Franz d’Épinay se juge « embarqué
dans un conte des Mille et Une Nuits » et rencontre « Simbad le
marin 101 ». La grotte dans l’île de Monte-Cristo a un décor oriental.
Avant Gautier ou Baudelaire, Dumas consacre un long passage au
hachisch 102. Monte-Cristo consomme des pilules d’opium et de
hachisch pour dormir 103. Ces drogues entraînent des rêves, grâce
aux « Orientaux, nos maîtres en toutes choses, ces élus de la
création qui ont su faire une vie de rêves et un paradis de
réalités 104 ». Le thème du rêve sous l’empire de la drogue est repris
lorsque Morrel est endormi dans la grotte de Monte-Cristo et voit sa
fiancée ressuscitée 105. Dumas emprunte donc aux Mille et Une
Nuits le merveilleux dans le quotidien (comme dans Le Paysan de
Paris), les personnages fabuleux, les événements si imprévus qu’ils
en sont magiques. Mais aussi l’Orient des mauvais génies 106, des
philtres et des poisons 107 : « C’est donc en réalité la Bagdad ou la
Bassora de M. Galland ? » demande Mme de Villefort 108.
Réintroduire dans le roman de mœurs contemporaines le
charme de l’aventure exotique, faire comme le souhaitait son
éditeur du voyage dans Paris un voyage en Orient, tel est donc le
propos de Dumas. C’est pourquoi, rompant avec ses maîtres Scott
et Balzac 109, il veut « commencer par l’intérêt, au lieu de
commencer par l’ennui ; commencer par l’action, au lieu de
commencer par la préparation ; parler des personnages après les
avoir fait paraître, au lieu de les faire paraître après avoir parlé
d’eux 110 ». Le récit est donc construit comme un mélodrame :
l’expérience d’Antony se conjugue avec celle des premiers romans,
puis des Mousquetaires. Monte-Cristo progresse implacablement
vers la vengeance en montant trois machines infernales contre les
trois coupables, en devinant ses ennemis 111, en leur tendant des
pièges dans des lieux malsains. Nul n’égale Dumas dans l’art de
mêler les lieux à l’action, parce que chacun d’eux réveille une
histoire : c’est la « maison maudite 112 113 ». La maison du crime
dégage une atmosphère trouble, soulignée par le romancier, et par
ses personnages. L’autre maison de Villefort n’est pas plus gaie, ni
la chambre où Valentine est empoisonnée. Et, dans le Midi, la
pauvre maison du père Dantès où il est mort de faim, le cachot d’If,
l’auberge « rouge » du Pont-du-Gard avaient d’abord donné leur
note sinistre. Seule la maison des enfants Morrel est une maison
gaie et sans aventures, pareille à « ces maisons que nous avons
depuis longtemps chéries, et dans lesquelles, lorsque par malheur
nous les quittons, nous laissons involontairement une partie de
notre âme 114 ».
La progression du récit se fait selon un rythme savant de tension
et de détente, le comique, les scènes d’amour, apportant un soulagement momentané au lecteur, puis le récit repart de plus
belle : l’auteur se dit lui-même « entraîné par la rapidité du
récit 115 116 ». Le style souligne cet art du temps : « Minuit sonna. »
« La personne qui en veut à votre vie », dit le comte à Valentine,
« vous allez la connaître, […] parce que voilà minuit qui sonne et
que c’est l’heure des assassins […]. En effet, minuit sonnait
lentement et tristement, on eût dit que chaque coup du marteau de
bronze frappait sur le cœur de la jeune fille 117. » Et, comme si cela
ne suffisait pas, deux autres pendules sonnent encore minuit.
La progression dramatique a ses sommets : les coups de théâtre.
Dantès, d’abord cru mort, s’évade ; Mme de Villefort empoisonne la
belle-mère de son mari, le mariage de Valentine de Villefort avec
Franz d’Épinay échoue grâce à un paralytique muet. Les gendarmes
viennent arrêter un futur marié, Dantès au début du roman, Andrea
à la fin. Le style commente, fait retentir l’événement : « Mais au
même instant la foule des assistants reflua, terrifiée, dans le salon
principal, comme si quelque monstre effroyable fût entré dans les
appartements, quaerens quem devoret. Il y avait en effet de quoi
reculer, s’effrayer, crier 118. » La liste de ces coups de théâtre pourrait
être beaucoup plus longue. Ici, on approche de la frontière qui
sépare le dramatique du mélodramatique. Le second s’intéresse à
l’effet pour lui-même ; le dramatique nous rend sensibles à des
forces obscures qui dépassent les connaissances humaines 119.
Ces forces s’opposent selon un rythme qui, pour tout le
romantisme, est celui de l’antithèse, également figure du roman
d’aventures. Elle oppose les pensées : Faria expliquait à Dantès
« tout ce qu’avec treize ou quatorze millions de fortune un homme
dans nos temps modernes pouvait faire de bien à ses amis ; et alors
le visage de Dantès se rembrunissait, car le serment de vengeance
qu’il avait fait se représentait à sa pensée, et il songeait, lui, combien dans nos temps modernes aussi un homme avec treize ou
quatorze millions de fortune pouvait faire de mal à ses
ennemis 120 ». L’antithèse oppose aussi les personnages : le fils
Morcerf au désespoir voit passer Morrel et se dit : « Voilà un
homme heureux ! » Morrel est heureux et voici qu’il assiste à un
empoisonnement 121. Elle peut encore servir la métamorphose, telle
celle du pseudo-prince Cavalcanti : « l’homme du monde
dépouillant son enveloppe et redevenant l’homme du bagne 122 ». Le
romancier est un Ovide moderne, quand il n’est pas un Suétone 123.
L’antithèse centrale est celle qui donne au roman sa dimension
mythique, celle de la mort et de la résurrection. Dantès enseveli
dans le linceul de Faria ressuscite dans les flots et devient un autre :
le comte de Monte-Cristo. Valentine de Villefort, empoisonnée, est
ensevelie, puis, plus tard, ranimée par le comte 124. On peut être
frappé par l’invraisemblance de la catalepsie de Valentine, dont le
cœur ne bat plus et qui n’est pas morte. Il est vrai que le e XIX siècle
en a vu d’autres, du Colonel Chabert et d’Ursule Mirouët au
Roman de la momie, et au conte fantastique. Dumas est attiré par
l’occultisme et le magnétisme, du vrai Faria à Balsamo ; il aime les
médiums et en endormit un ; il organisera dans son château de
Monte-Cristo des séances d’hypnotisme 125 ; le somnambulisme est à
la mode, jusque dans l’opéra de Bellini. Mais l’épisode, ou le
stratagème, de Valentine a une source littéraire : il est inspiré de
Roméo et Juliette, et d’un roman d’Auguste Lafontaine, que
Dumas résume dans Mes Mémoires à propos de la genèse de sa
pièce Édith aux longs cheveux (1829) : « On faisait prendre un
narcotique à cette Jacobine, on l’endormait, on la faisait passer
pour morte, et, grâce à cette mort supposée qui la déliait des
entraves de la terre, elle pouvait épouser son amant. Cela
ressemblait bien un peu à Roméo et Juliette, mais quelle est ici-bas
l’idée qui ne ressemble pas peu ou prou à une autre idée 126 ? »
Dumas a d’abord repris dans sa pièce l’idée de « ce puissant
narcotique qui n’existe qu’au théâtre, et qu’on ne trouve que chez
les pharmaciens de Shakespeare 127 ». Sur le plan moral, le fils
Morcerf expose le même schéma : des hommes ont beaucoup
souffert, mais ne sont pas morts, et sont ressortis de l’abîme ; lui-
même rompt avec son nom et son passé pour reparaître un jour
dans le monde plus brillant encore de son passé tragique 128. Ainsi
on retrouve dans ce roman les grandes structures du mythe du
héros : la quête de l’immortalité, qui suppose la victoire sur un
monstre, une mort et une résurrection, une purification par les
eaux, et l’accès à l’objet de la quête. L’exploit héroïque assure le
salut spirituel 129.
La résurrection appelle un procédé qui vient de l’Antiquité et du
mélodrame, la scène de reconnaissance : Monte-Cristo à
Caderousse mourant : « “Je suis…, lui dit-il à l’oreille, je suis…” Et
ses lèvres, à peine ouvertes, donnèrent passage à un nom prononcé
si bas, que le comte semblait craindre de l’entendre lui-même 130. »
Mercédès avait reconnu Dantès, mais ne l’avait pas dit : « Edmond,
vous ne tuerez pas mon fils ! […] Mercédès se souvient, car seule
elle vous a reconnu lorsqu’elle vous a vu, et même sans vous voir, à
votre voix 131. » Pour Fernand de Morcerf, Monte-Cristo se rhabille
en marin, comme Edmond Dantès 132. Face à Morrel qui ne voit pas
pourquoi il obéirait au comte : « parce que je suis Edmond
Dantès 133 ». Face à Villefort : « Je suis Edmond Dantès ! » Mais le
procureur lui retire son effet : en lui montrant le cadavre de sa
femme et le corps de son fils : « Tiens ! regarde, es-tu bien
vengé 134 ? »
Monte-Cristo se révèle enfin à Danglars, dans une scène
d’opéra : d’abord « un homme enveloppé d’un manteau et perdu dans l’ombre » parle, d’une « voix sombre et solennelle » qui appelle
au repentir, puis résume sa vie : « Je suis celui que vous avez
vendu, livré, déshonoré ; je suis celui dont vous avez prostitué la
fiancée ; je suis celui sur lequel vous avez marché pour vous
hausser jusqu’à la fortune ; je suis celui dont vous avez fait mourir
le père de faim, qui vous avait condamné à mourir de faim, et qui
cependant vous pardonne, parce qu’il a besoin lui-même d’être
pardonné : je suis Edmond Dantès 135 ! » Danglars pousse un cri et
tombe prosterné. La cruauté de ces scènes, et leur progression
dramatique, montrent que la situation initiale ne sera jamais
rétablie, ni la nostalgie oubliée, ni la blessure guérie 136.
L’homme qui ressuscite vient d’un passé que tous ont voulu
oublier, et il n’est plus sûr d’être lui-même. Dantès, après son
évasion, « ne se reconnaissait même pas lui-même 137 ». Cette
réflexion sur le temps perdu d’un homme à qui on a volé sa
jeunesse et son bonheur culmine à la fin du roman, au chapitre
CXIII , « Le Passé ». Monte-Cristo retourne à Marseille pour retrouver
« l’appréciation exacte du passé » : « En effet, à mesure que l’on
s’avance, le passé pareil au paysage à travers lequel on marche,
s’efface à mesure qu’on s’éloigne. Il m’arrive ce qui arrive aux gens
qui se sont blessés en rêve, ils regardent et sentent leur blessure, et
ne se souviennent pas de l’avoir reçue. » Monte-Cristo a perdu de
vue la source de sa vengeance, déformée par l’oubli. C’est pourquoi
il décide de se replacer dans le décor d’autrefois : « Repasse par les
chemins où la fatalité t’a poussé […]. Riche, retrouve le pauvre ;
libre, retrouve le prisonnier ; ressuscité, retrouve le cadavre 138. » Se
rendant au château d’If, il se rappelle un à un les détails de son
terrible voyage de jadis : par-delà, c’est « ce vieux fiel extravasé qui
avait autrefois inondé le cœur d’Edmond Dantès » qui sourd dans
sa poitrine. Descendant dans la prison, « une froide pâleur envahit son front », dans le cachot, ses jambes faiblissent. La remémoration
produit maintenant une sensation pénible. Effrayé d’entendre sa
propre histoire racontée par le gardien, il comprime « un violent
battement de cœur ». Il ressent « toutes les impressions qu’il avait
éprouvées », l’angoisse lui serre le cœur, il respire avec peine. C’est
alors qu’il lit, sur le mur de son cachot : « Mon Dieu conservez-moi
la mémoire ! » Il avait alors en effet craint de devenir fou et
d’oublier. C’est la mémoire qui l’a conservé homme. À la vue du
cachot de Faria, c’est au contraire « un sentiment doux et tendre »,
deux larmes 139. Enfin, une citation de l’Écriture recueillie par l’abbé
Faria le rassure : il a raison de vouloir punir. Dans la scène de
reconnaissance et de résurrection, Dumas dépasse le procédé
mélodramatique pour atteindre le paradis où il rejoint Rousseau et
Nerval, Baudelaire et Proust, celui de la mémoire : « Quand je
marche dans les ténèbres des jours écoulés, je dois aller les mains
étendues devant moi et joindre le toucher à la vue. Oh ! alors mon
libre-arbitre disparaît, et il y a tel ou tel souvenir qui vous barre le
passage, et qui vous dit péremptoirement : Arrête ici, tu as un
compte à régler avec moi. Et il faut en passer par où veut le
souvenir 140 ». La remémoration de tout le passé tel qu’il a été, cette
anamnèse ou auto-analyse permet au héros de se regarder de
nouveau en face et d’affronter l’avenir : les derniers mots de Monte-
Cristo sont « attendre et espérer ! ». Par-delà la morale, le
romancier propose une poétique de la lecture qui dépasse notre
attente et notre espérance.
JEAN-YVES TADIÉ
1. Le Comte de Monte-Cristo, ici ; Mes Mémoires, éd. Bouquins, t. I, p. 158 : « Je
me débattais, […] criant de toutes mes forces : “Adieu, papa ! Adieu, papa !” » Le
sous-titre du chapitre est « Apparition », qui sera un titre de chapitre de Monte-
Cristo, et de beaucoup d’autres romans de Dumas, comme si pour un instant il
retrouvait son père.
2. Comme le note H. Clouard, Alexandre Dumas, p. 302.
3. Mes Mémoires, t. II, p. 698.
4. Pauline, Gallimard, Folio classique, 2002, p. 104.
5. Ici. Monte-Cristo dit toutefois à Andrea Cavalcanti : « Le temps des Antony
est un peu passé » (ici). Il ne cite ni Horace (héros sadique de Pauline) ni Georges.
6. Mes Mémoires, t. II, p. 918.
7. Chap. XCV et XCVI.
8. Mes Mémoires, t. I, p. 708. Nous verrons comment cette antithèse est au
cœur du roman.
9. Dumas, Le Trou de l’enfer (1851), Nelson, 1937, p. 309.
10. « On le sait, Les Brigands de Schiller sont un des cris les plus poignants, les
plus hardis, les plus terribles qui aient été jetés contre la vieille société » (Le Trou
de l’enfer, chap. LIII, « Les Brigands », p. 282. Ce chapitre décrit une représentation
de la pièce).
11. Dans un article de 1857 repris en 1860 dans le premier volume des
Causeries ; on trouvera le texte du « Diamant et la Vengeance » dans l’Annexe II.
12. Annexe I.
13. Voir Annexe III.
14. Ici, deux seulement, d’après les calculs de Cl. Schopp.
15. Voir Clouard, Alexandre Dumas, p. 301.
16. Marie-Fortunée Cappelle, épouse Pouch-Lafarge. Elle a publié ses
Mémoires (1841).
17. « Très célèbre empoisonnement d’un mari par l’arsenic » (Petites misères de
la vie conjugale, La Comédie humaine, Bibl. de la Pléiade, 1981, t. XII, p 133).
18. Mes Mémoires, t. II, p. 697.
19. Ibid., p. 698.
20. Ici.
21. Ici.
22. La deuxième partie (avec la mention « fin de la deuxième partie », mention
du feuilleton qui disparaîtra de l’édition en volume) s’arrête au chapitre XXXIX.
Entre le 26 novembre 1844 et le 20 juin 1845, Dumas s’arrête de publier Monte-
Cristo. La troisième partie paraît dans le Journal des Débats sept mois après la fin
de la deuxième partie.
23. Ici.
24. Mes Mémoires, chap. XIV-XV.
25. Ici.
26. Chap. XXXIV. Nom du héros du Vampire, mélodrame de Carmouche,
Jouffroy et Nodier, que Dumas a vu à la Porte-Saint-Martin en 1823 et qu’il raconte
aux chapitres LXXIV-LXXVII de Mes Mémoires. Il est adapté d’un récit de Byron
(1816), terminé par Polidori. Lord Ruthwen connaît une mort et une résurrection,
mais c’est un vampire : d’où les allusions au teint pâle et suspect de Monte-Cristo,
dans la bouche de ses jeunes amis.
27. Ici.
28. Ici.
29. Antony, IV, 6, Gallimard, Folio théâtre, 2002, p. 127. Ce sont les termes
mêmes que reprendra Baudelaire dans le salon de 1846 après avoir cité Antony
(XVIII, « De l’héroïsme de la vie moderne »).
30. Antony, prologue en vers, éd. cit., p. 39.
31. Ici : « Le comte […] devint pâle comme la mort. »
32. Ici. Voir ici : « Vous verrez que c’est un vampire. »
33. Ici.
34. Ici.
35. Ici.
36. Ici.
37. Chap. XXXV, « La mazzolata ».
38. Ici : « Souvenez-vous des anciens Romains du Cirque, des chasses où l’on
tuait trois cents lions et une centaine d’hommes. »
39. Ici.
40 er . Les Mille et Un Fantômes, Murat , Milady, Charles I, Louis XVI et Marie-
Antoinette.
41. Ici.
42. Ici.
43. Ici.
44. Ici.
45. Ici ; pour avoir fait libérer une femme par le sultan, et un homme par le
pape.
46. Ici. Voir Ici : il « se raidissait contre l’impossible avec cette énergie qui fait
seule les hommes supérieurs ». Et Mes Mémoires, t. II, p. 698 : « Mon premier désir
est toujours illimité ; ma première inspiration est toujours pour l’impossible. »
47. Ici.
48. Ici.
49. Ici.
50. Ici.
51. Ici.
52. « Depuis quelques jours Monte-Cristo comprenait une chose que depuis
longtemps il n’osait plus croire, c’est qu’il y avait deux Mercédès au monde, c’est
qu’il pouvait encore être heureux » (ici). Dumas a si souvent redécouvert l’amour…
53. Ici.
54. « Depuis la mort du petit Édouard, un grand changement s’était fait dans
Monte-Cristo », Ici.
55. Ici.
56. À la mort de Caderousse, Ici.
57. Ici.
58. Ici.
59. Ici. Le suicide est un thème important du roman : Dantès, le père Morrel y
ont songé ; Morcerf se tuera.
60. Ici.
61. Ici.
62. Ici.
63. Ici.
64. Ici.
65. Ici.
66. Ici : « Je vous aimerai comme j’aimais mon père », lui dit Edmond.
67. Ici.
68. Ici sq.
69. Chap. LXXXVII.
70. Chap. LXXXVI.
71. Ici.
72. Ici.
73. Ici.
74. Ici.
75. Ici.
76. Ici.
77. Ici.
78. Ici.
79. Ici. « Forte comme une Judith ou une Dalila » (ici).
80. « Ce n’était sans doute pas la première fois », note Dumas (ici).
81. Ici.
82. Ici.
83. Melmoth réconcilié.
84. Voir Le Curé de Tours, Le Colonel Chabert, Illusions perdues.
85. Voir son important portrait, ici, digne de Saint-Simon ou de Tocqueville.
86. Voir F. Marceau, Balzac et son monde, Gallimard, 1955, p. 388 sq., 428,
448.
87. Ici.
88. Ici.
89. Ici. Robert Macaire est un personnage de L’Auberge des Adrets (1823) et de
Robert Macaire (1834), d’Antier et Saint-Amant.
90. « Vous pouvez sacrifier votre titre de baron, vous resterez encore
millionnaire. — Ce qui me paraît le plus beau titre sous la royauté de Juillet, reprit
Danglars. — Malheureusement, dit Monte-Cristo, on n’est pas millionnaire à vie
comme on est baron, pair de France ou académicien » (ici).
91. Ici.
92. Ici.
93. Ici.
94. Ici.
95. Ici.
96. Voir Pauline.
97. Ici.
98. Chap. XCII.
99. Ici. Baudelaire consacrera trois pages dans Le Salon de 1859 à
l’imagination de Dumas appliquée aussi à la critique d’art et à son admiration pour
Delacroix.
100. Ici.
101. Ici.
102. Ici sq.
103. Ici.
104. Ici. Voirici : « Je n’ai guère jusqu’à présent pratiqué que la vie orientale. »
Ici : « un sultan des Mille et Une Nuits ».
105. Ici.
106. Ces gens riches, remarque Julie Morrel, ont oublié, « dans le calcul sur
lequel ils avaient établi leur fortune, […] la part du mauvais génie » (ici).
107. Ici, chap. LII, « Toxicologie », Monte-Cristo à Mme de Villefort.
108. Ici.
109. Qu’il classe parmi ceux qu’on admire mais que l’on n’aime pas. « Ce
n’était ni un ami, ni un frère, c’était plutôt un rival, presque un ennemi » (Le
Mousquetaire o , n 41, 30 décembre 1853, cité par Cl. Schopp, Mes Mémoires, t. II,
Quid d’Alexandre Dumas, p. 1320).
110 er . Histoire de mes bêtes (1867), chap. I.
111. À propos de Mme de Villefort : « Notre ennemie est vaincue, puisqu’elle
est devinée » (chap. CI, « Locuste »).
112. L’expression revient souvent : pour la maison d’Auteuil, et pour celle des
Villefort (par exemple ici ; p. ici : après la mort apparente de Valentine, les
domestiques désertent « la maison maudite »).
113. Chap. LXII, « Les fantômes ».
114. Ici. Dumas affirme d’ailleurs ne pouvoir décrire un lieu sans l’avoir vu :
« Pour faire Monte-Cristo, je suis retourné aux Catalans et au château d’If »
(Causeries, I, 21 mai 1857).
115. Ici.
116. Ici (Villefort à Auteuil et son paquet).
117. Ici.
118. Ici.
119. W. Collins, The Moonstone, préface de T. S. Eliot, p. x (Oxford University
Press, World’s Classics, 1963).
120. Ici.
121. Chap. LXXX.
122. Ici. Thème de Gabriel Lambert (1844).
123. Les allusions à Néron ou à Caligula sont fréquentes.
124. Chap. CII sq.
125. J. A. Gentil, Initiation aux mystères de la théorie et de la pratique du
magnétisme animal, suivi d’expériences faites à Monte-Cristo chez Alexandre Dumas,
Paris, 1849.
126. Mes Mémoires, t. II, p. 703 ; cité par Cl. Schopp, Le Comte de Monte-
Cristo, Bouquins, p. 1050.
127. Mes Mémoires, t. II, p. 704 ; p. 705 : « Édith, restée seule, se réveille
comme Juliette. » Du mythe, La Belle au bois dormant est une version douce.
128. Ici.
129. Voir Ch. Baudouin, Le Triomphe du héros, Plon, 1952, p. 9-10 et 227-232.
Dans cette optique psychanalytique, le héros s’arrache à la mère (ici représentée
par Mercédès et, comme « mère terrible », par le gouffre), au principe de plaisir,
pour conquérir le principe de réalité. « C’est l’arrachement sans cesse nécessaire
aux prestiges envoûtants du passé, pour la conquête de l’avenir, nouvelle
naissance » (Baudouin, p. 228). Persée tue le dragon pour délivrer Andromède, qui
est Haydée.
130. Ici.
131. Ici.
132. Ici.
133. Ici.
134. Ici.
135. Ici.
136. Voir T. Cave, Recognitions.
137. Ici.
138. Ici.
139. Ici.
140. Dumas, Sur Gérard de Nerval (1866), Nouveaux Mémoires, p. 230 (éd.
Complexe, 1990). Dans cette page, Dumas compare la liberté de l’imagination aux
contraintes de la mémoire.
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