Les falsificateurs
Chapitre 4
La semaine suivante, je signai un bail de deux ans pour un trois-pièces dans le centre de Córdoba. J’en avais déjà assez d’habiter à l’hôtel et j’emménageai avec plaisir dans cet appartement lumineux, situé derrière le Cabildo, le bâtiment colonial le plus célèbre de Córdoba désormais reconverti en musée historique. J’étais à deux pas de la Plaza San Martin, où se retrouvent les étudiants en fin d’après-midi, et encore plus près de la cathédrale du XVI°siècle qui constitue encore aujourd’hui la principale attraction touristique de la ville. Je révisais progressivement mon jugement sur Córdoba. Si une promenade dans le centre historique ne suscitait aucune émotion architecturale (constructions lourdes et pompières pour la période coloniale, juste moches pour l’époque contemporaine), il était difficile de ne pas succomber au charme de la rue argentine, un mélange indéfinissable de nonchalance, de fierté et de douceur. S’ajoutait à cela, pour la première fois de ma vie, une agréable sensation de bien-être matériel. Gunnar m’avait augmenté deux fois en deux ans et l’agent immobilier, qui s’était excusé de me réclamer trois mois d’avance, ne pouvait pas imaginer que la liasse de pesos que je lui avais tendue représentait à peine le montant de mon loyer à Reykjavik. Bref, les éléments de ma nouvelle vie se mettaient gentiment en place et, pour un peu, j’en aurais presque oublié le fâcheux Ramirez.
Malheureusement, Ramirez, lui, ne m’oubliait pas. Diaz l’avait, à ma demande, averti de mon inexpérience totale des questions assurancielles et lui avait recommandé de me dispenser une formation accélerée. La Compania Argentina del Reaseguro m’avait officiellement choisi pour mes solides compétences géographiques et géologiques. Mon passage cher Baldur, Furuset & Thorberg était censé m’avoir appris à évaluer les conséquences qu’une construction ou un aménagement nouveau pouvait avoir sur l’écosystème. Je possédais également un petit vernis en sismologie, héritage de mon sujet de magistère, mais, même mis bout à bout, tous ces petits talents étaient loin de me qualifier pour exercer mes fonctions.
Pendant huit jours, je ne sortis pratiquement pas du bureau de Ramirez. Il m’initia à la lecture des tables de sinistralité, dépoussiéra mes rudiments de statistique et m’expliqua comment certaines catastrophes naturelles pouvaient se transformer en catastrophes économiques pour la compagnie. Je n’avais besoin de personne pour comprendre qu’un cyclone frappant les côtes de Floride coûtait nettement plus cher à nos clients, les assureurs, qu’un ouragan comparable au large du Bangladesh, mais Ramirez, lui, plaçait des chiffres et des ratios d’une précision terrifiante sur tous ces événements. Pour faire simple, un citoyen américain valait une famille d’Européens, un village sud-américain et une bourgade africaine de moyenne importance. Je n’ai du reste pas entendu dire que ces rapports aient beaucoup changé dernirement.
Ramirez semblait satisfait de mes progrès et, pour tout dire, je commençais moi-même à développer un intérêt authentique pour la matière. Même si ma formation peut suggérer le contraire, j’ai toujours goûté le contact des chiffres et éprouvé une certaine aisance à les classer, les manipuler, les appréhender. Je mémorise sans difficulté les indicateurs démographiques et économiques, moins bavards et paradoxalement plus évocateurs que les descriptions souvent oiseuses des anthropologues. Mon imagination vagabonde plus volontiers en apprenant que la population de la ville chinoise de Shenzhen est passée de 30 000 à 3 millions d’habitants en vingt ans qu’en lisant dans la presse magazine que « les rues grouillent d’hommes d’affaires » ou que « le conseil d’administration de l’aéroport vient de voter la construction d’un nouveau terminal ». Comment dès lors ne me serais-je pas entendu avec Ramirez, lui qui, pour dire : « Il fait beau », déclarait : « La température est de 27 degrés centigrades et la pression atmosphérique s’est stabilisée autour de 1 020 millibars » ?
De falsification, il ne fut pas beaucoup question pendant cette période. Je mourais d’envie de me frotter à mon nouveau poste, mais Ramirez ne me laissait pas une minute de libre. Je finis par comprendre qu’il me rendait involontairement service. En acceptant de travailler intensément pendant quelques semaines j’accroissais mes chances de dominer mon sujet et de parvenir à divertir un jour la plus grande part de mes heures sans me faire remarquer.
Environ un mois après mon arrivée, les événements prirent une tournure plus radicale et plus favorable que je n’avais osé l’espérer. Ramirez m’avait demandé d’évaluer notre exposition sismologique soit, en langage profane, de mettre une probabilité sur la survenance d’un tremblement de terre et d’en calculer l’impact financier sur la Compania Argentina del Reaseguro en fonction de la localisation et de la gravité du sinistre. Le Comité directeur jugerait au vu de mon étude s’il convenait de rééquilibrer nos engagements. Pendant une semaine, j’absorbai toute la littérature disponible sur le sujet, ce qui m’amena à réviser un certain nombre de préjugés. On aurait par exemple pu penser que les séismes récents étaient les plus meurtriers, ne serait-ce qu’en raison du regroupement urbain et d’une pression démographique accrue. Il n’en était rien : le tremblement de terre le plus grave qu’ait connu l’humanité avait eu lieu en 1556 dans la province du Shanxi, en Chine ; plus de 800 000 personnes y avaient trouvé la mort. La Chine pouvait d’ailleurs prétendre au titre de pays le plus dangereux, avec cinq des dix séismes les plus meurtriers à ce jour. Et encore fallait-il prendre les chiffres chinois avec des pincettes : il était couramment admis que Pékin sous-estimait d’au moins 30 % les bilans de victimes. J’appris également que les effets secondaires des tremblements de terre incendies, raz-de-marée ou scènes de panique —causaient souvent plus de dégâts que les secousses elles-mêmes. Le séisme qui ébranla la région du Kanto au Japon en 1923 aurait sans doute fait moins de 30 000 morts si le feu n’avait ensuite ravagé Tokyo et tué 120 000 personnes. Et que dire de Lisbonne qui, en 1755, avait été dévastée en moins de vingt-quatre heures par une secousse estimée à 9 sur l’échelle de Richter, un incendie géant et un raz-de-marée ? La distinction n’avait pas échappé aux assureurs, dont les polices « risques naturels » étaient toujours rédigées dans les termes les plus restrictifs. Quelques jours avant mon arrivée à Córdoba, un tsunami consécutif à un séisme de 7,8 avait balayé la petite île japonaise d’Okushiri, rasé la moitié des habitations et fait 200 morts. Je n’aurais pas voulu être l’expert expliquant aux veuves des pêcheurs disparus en mer que la société d’assurances leur déduirait deux fois le montant de la franchise au motif que la secousse et la vague géante devaient être considérées comme deux sinistres distincts.
Le découragement commença à s’emparer de moi quand j’attaquai la lecture des rapports hebdomadaires des centres d’observation sismique éparpillés sur toute la planète. Je m’étais naïvement attendu à y trouver des tables historiques, voire des probabilités que j’aurais pu recouper pour prédire le lieu du prochain emballement tectonique. Malheureusement, chaque rapport était plus prudent que le précédent et rappelait que la sismologie était une discipline fort jeune à l’échelle de l’humanité (un constat difficile à contester) et qu’elle aurait besoin de recueillir encore plusieurs siècles de données avant de livrer des oracles un peu fiables. Mon rapport, lui, était attendu avant la fin de la semaine, aussi résolus-je de prendre quelques libertés avec la démarche scientifique et d’inventer directement les conclusions que Ramirez s’attendait à me voir tirer de l’étude raisonnée de ses tableaux de chiffres.
J’avais lu, lors de ma mission en Savoie dix-huit mois plus tôt, un article passionnant d’un géologue britannique qui considérait que le génie civil sous-estimait systématiquement la pression hydrostatique que faisaient peser les eaux de retenue d’un barrage sur les failles tectoniques. « Espérons, écrivait-il alors, que les bâtisseurs de barrages intégreront cette contrainte supplémentaire avant qu’un incident tragique ne la place sur le devant de la scène. » Comme de si nombreux vœux pieux, celui-ci était à ma connaissance resté lettre morte. Je décidai de croiser une carte des failles géologiques connues avec les emplacements des barrages construits au cours des trente dernières années. Plusieurs superpositions sautaient aux yeux et je passai les jours suivants à les étudier une à une. À la quatrième, je poussai un cri de joie et de surprise mêlées : en 1962, l’État indien du Maharashtra avait achevé la construction d’un barrage à Koyna. Le réservoir, d’une capacité de 2,8 milliards de mètres cubes, avait été rempli en 1963. Personne à l’époque ne prêta attention au fait que Koyna se trouve à proximité de deux failles bien connues des sismologues : la faille holocène et la faille donichiwada. Au printemps 1967, les sismographes enregistrèrent plusieurs secousses d’intensité comprise entre 3 et 4, mais les autorités ne jugèrent pas utile de faire évacuer la population. Le 10 décembre de la même année, un séisme mesuré à 7 ravagea la ville de Koyna Nagar, faisant 2 000 morts et 50 000 sans-abri.
La plus grande démocratie du monde avait-elle fermé le barrage ? Évidemment non. Les industriels avaient besoin de l’hydroélectricité induite et les cultivateurs s’étaient habitués à l’irrigation régulière que leur procurait le réservoir. Mais l’étude de la géographie m’a appris que la nature est têtue et que les mêmes causes engendrent presque toujours les mêmes effets. La question n’était pas de savoir si la terre tremblerait de nouveau au Maharashtra, mais quand elle le ferait. Aussi ne fus-je guère surpris de constater en dépouillant les mesures récentes de la station sismique de Bombay que la région de Koyna avait enregistré depuis le début de l’année plusieurs secousses d’intensité comprise entre 2 et 3 sur l’échelle de Richter.
Je rédigeai mon rapport en trois jours, aussi facilement que j’avais écrit le scénario du Bettlerkönig. Ce que je ne pouvais référencer, je l’inventai en l’attribuant à « un faisceau de sources concordantes » ou à « plusieurs laboratoires américains à la pointe de la recherche sismique ». Je citai abondamment un expert japonais, le professeur Yuichiro Nakasone, « dont les travaux sur la structure interne de la Terre à l’Université de Waseda ont révolutionné la compréhension de la propagation des ondes de surface ».
Je décrétai au final qu’un tremblement de terre engendrant des pertes humaines et matérielles significatives (expression que les réassureurs préfèrent à « sinistre coûteux ») avait 30 % de chances de survenir dans les deux ans, une probabilité qui peut paraître faible, mais est en fait énorme dans un métier où les risques se mesurent généralement en pour-mille Quant au terme de deux ans, je ne l’avais pas tout à fait choisi au hasard : c’était à peu près le temps que je m’attendais à passer à Córdoba. Si après tout la terre ne tremblait pas dans les vingt-quatre mois, au moins ne serais-je plus là pour affronter les foudres de ma hiérarchie. « En conclusion, écrivais-je, nous ne saurions trop recommander de revoir nos engagements dans le sous-continent indien, un seul sinistre de l’ampleur du tremblement de terre de Koyna pouvant coûter l’équivalent d’un siècle de primes d’assurance. »
Ramirez prit connaissance de mon rapport avec délectation. J’avais eu soin de lui demander son aide et, comme je l’avais prévu, le plaisir de retrouver ses chères équations riemaniennes au milieu de mon argumentaire suffit à lui faire avaler l’ensemble. Il transmit mon rapport – j’allais dire mon dossier —au Comité directeur de la Compania Argentina del Reaseguro en y ajoutant une notation manuscrite merveilleuse : « niveau de fiabilité : 4/5 ».
Avec le recul, les événements s’enchaînèrent de façon quasi miraculeuse. Secoué par le niveau de probabilité de mon pronostic, le Comité directeur décida de revisiter l’ensemble de nos contrats en Inde. Il liquida les moins rentables (qui par une coïncidence inouïe arrivaient à échéance le mois suivant) et força des hausses de prix de 50% sur les autres. Un tel parti pris alimenta les rumeurs. Il se murmurait dans les couloirs que la société se préparait à annoncer son retrait définitif des marchés émergents. Mes collègues commencèrent à me regarder bizarrement, hésitant sur la conduite à adopter : étais-je un visionnaire qui lisait dans les entrailles de la Terre ou la Cassandre qui signait le repli commercial de la Compania ? Pendant six semaines, cette question nourrit les discussions à la machine à café. Et puis, le 30 septembre, j’arrachai une dépêche qui venait d’arriver sur le téléscripteur Reuters et je la posai sur le bureau de Ramirez. Elle n’était pas bien longue mais elle suffit à établir ma réputation dans le monde très fermé de la réassurance : « Tremblement de terre majeur à Killari dans le district de Latur (Maharashtra, Inde). Milliers de victimes redoutées. Destructions matérielles très importantes. »
« Fantastico ! » hurla mon patron sans compassion excessive pour les milliers d’Indiens ensevelis sous. les décombres à l’heure où nous parlions. « Riemann justificado ! » Riemann justifié, ma foi, c’était une façon de voir les choses.
« Absolument, dis-je, et une sacrée économie pour la Compania.
— Oui, oui, bien sûr », répondit machinalement Ramirez, déjà préoccupé de la meilleure façon d’exploiter la situation.
Les dépêches qui continuèrent de tomber pendant plusieurs jours achevèrent de compléter la légende. Vers 3 heures du matin dans la nuit du 29 au 30 septembre, les chiens et les animaux des fermes avaient commencé à montrer des signes de nervosité. Mais les villageois, qui avaient célébré la veille la fête religieuse de Ganesh Chethurthee, dormaient profondément. Beaucoup moururent dans leur sommeil, quand le plafond s’effondra sur leur tête. D’autres, réveillés par la première secousse, eurent juste le temps de se ruer dehors avant que la terre ne tremble à nouveau et ne jette à bas les derniers immeubles. Les paysans racontèrent qu’ils se doutaient de quelque chose depuis que le puits du temple de Nilkantheshwar s’était brutalement tari deux mois plus tôt, en pleine période de mousson. On rapprocha le sinistre de celui de Koyna, sans insister sur le rôle potentiellement néfaste du barrage.
Le tremblement de terre de Killari dévasta entièrement dix-sept villages, laissant 10 000 morts sur son passage, soit un cinquième de la population des cent kilomètres carrés entourant l’épicentre. 150 000 logements furent endommagés. L’État indien chiffra initialement le coût de la reconstruction à 2 milliards de roupies, mais les dépenses réelles excédèrent largement ce total. Bien sûr, la grande majorité des habitations n’étaient pas assurées. Un tremblement de terre de cette magnitude aurait fait infiniment plus de dégâts à Bombay, située deux cent cinquante kilomètres plus à l’est. La Compania calcula quand même que mon mémo lui avait fait économiser 800 000 dollars. Le Comité directeur m’attribua généreusement un bonus de 10 000 dollars, dont je rétrocédai 1 000 dollars à chacun de mes six collègues. On s’en doute, ce geste scella définitivement mon intégration.
Toutefois mon coup d’éclat avait été diversement apprécié. Alonso Diaz, que je n’avais pas revu depuis la discussion dans son bureau, me fit passer un mot dans lequel il me mettait en garde contre une certaine confusion des genres. Gunnar, que j’eus peu après au téléphone, se montra encore plus mesuré : « Ne vous trompez pas de casquette, mon garçon : la Compania Argentina del Reaseguro a recruté un analyste, pas un scénariste », dit-il avant de me conseiller de rentrer dans le rang. Mais la plus remontée était incontestablement Lena Thorsen. Le jour même de mon triomphe, elle fit irruption dans mon bureau, toutes griffes dehors et la chevelure en bataille, alors que je regardais pour la énième fois les images de CNN, confortablement renversé sur ma chaise. Si j’avais cru un instant que mon mémo la ferait sourire, ses premières paroles levèrent rapidement toute ambiguïté :
« Bon Dieu, Dartunghuver, dites-moi que ce n’est pas vrai ! » hurla-t-elle en couvrant la voix du présentateur de CNN à l’accent texan qui s’entêtait à appeler le Maharashtra « Maharadja ».
« Sacrée coïncidence, en effet, dis-je en réalisant un peu tardivement que ma réponse ne prenait peut-être pas tout à fait la mesure de la colère perceptible dans sa question.
— Coïncidence ! Vous osez appeler ça une coïncidence. Mais ma parole, vous êtes dangereux.
— Allons, dis-je, bien décidé à éviter l’affrontement, vous avouerez que ma couverture d’expert en réassurance sort considérablement renforcée de cette aventure. »
Elle était sur le point de répondre, mais elle s’arrêta soudain et m’examina longuement comme si elle venait d’être assaillie de doutes sur ma santé mentale. « Incroyable, dit-elle à mi-voix, il faut vraiment tout lui expliquer. » Puis en reprenant son timbre de furie : « Vous n’êtes pas là pour poser à l’expert, Dartunghuver. Tout ce qu’on vous demande, c’est de ne pas faire de vagues. Ce n’est quand même pas sorcier. Approuvez tout ce que dit Ramirez, suggérez une modification imperceptible de la politique de couverture africaine de la Compania, laissez à la limite entendre que vous n’êtes pas tout à fait d’accord avec le plan d’engagement à vingt ans, mais que vous avez besoin de temps pour organiser vos réflexions. Dans deux ans, trois maximum, vous prendrez votre nouveau poste et plus personne ici n’entendra jamais reparler de Sliv Dartunghuver.
— Tout de même, me défendis-je en baissant le son de la télé, j’ai l’air autrement plus crédible à présent.
— Crédible ? hoqueta-t-elle. Vous avez dit crédible ? Mais c’est tout le contraire. Aucun expert en réassurance ne se hasarderait à mettre une probabilité de 30% sur une catastrophe naturelle, ou alors il étendrait l’horizon de sa prédiction à cinquante ans, quand il serait sûr d’être à la retraite.
— Je ne vois pas bien ce que vous me reprochez, Lena. D’avoir voulu soigner mon personnage ? D’avoir pris un risque ? D’accord, je ne le ferai plus. Mais, en attendant, reconnaissez les avantages de la situation. Je vais enfin pouvoir me mettre au boulot, le vrai, celui pour lequel j’ai traversé l’Atlantique. Si vous croyez que ça m’amuse d’éplucher les tableaux de pluviosité du Costa Rica !
— Et pour que les choses soient bien claires, je suis pressée de vous récupérer, enchaîna-t-elle. Avec Diaz cloué au lit et deux postes à pourvoir, je vous prie de croire que je ne peigne pas la girafe non plus. Mais je n’ai pas de place dans mon équipe pour un gugusse qui invente des experts japonais pour justifier ses élucubrations. Sans comparer la Compania Argentina del Reaseguro au Mossad israélien, sachez tout de même qu’elle emploie trois auditeurs internes. Imaginez que l’un d’eux relise votre mémo le stylo rouge à la main, imaginez qu’il appelle l’Université de Waseda, juste pour voir, hein, imaginez !
— Compris, ça n’arrivera plus, concédai-je en sou-tenant son regard et en remarquant, une fois de plus, combien la colère lui allait bien.
— Je n’ai pas fini Admettons que le Comité de direction vous démasque et qu’il remonte jusqu’à celui qui vous a embauché : Diaz. Vous ne pensez pas que le pauvre vieux a assez de soucis en ce moment ? Et s’il est établi que Diaz a recruté un guignol, on pensera qu’il a pu en recruter plusieurs. Vous avez pensé à tous les agents que vous mettez en danger avec votre inconscience ?
— Ça va, Lena, j’ai compris, dis-je, mal à l’aise depuis qu’elle avait mêlé Diaz à toute l’affaire. Je vous présente mes excuses.
— Je les accepte, dit-elle froidement, mais vous avez épuisé votre crédit. »
Si j’avais su ce que l’avenir nous réservait, j’aurais fait un meilleur usage de mon joker.
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