Les falsificateurs
Chapitre 3
Gunnar avait coutume de dire qu’il cessait de craindre la défection des agents qu’il avait recrutés le jour où ceux-ci entraient à l’Académie. Je n’étais pas encore prêt à jurer que je finirais mes jours au CFR, mais je pouvais comprendre la remarque de Gunnar. Comment ne pas se sentir flatté à l’idée de faire partie de la poignée d’élus qui dirigeraient un jour l’une des organisations les plus secrètes au monde ? Existait-il du reste un autre employeur capable d’investir autant sur la formation de ses futurs dirigeants ? Et qu’auraient pensé les directeurs des ressources humaines des grands groupes internationaux d’un cursus pédagogique de trois ans, eux qui rechignaient déjà à financer des programmes d’une
semaine ? En vérité, seules les académies militaires et autres écoles de guerre pouvaient valablement se comparer à Krasnoïarsk.
La similitude ne s’arrêtait pas là. L’emploi du temps hebdomadaire que nous recevions chaque dimanche soir disposait de nos heures avec une rigidité martiale. La plupart des cours – des modules, comme les appelait Quinteros dans son abominable jargon administratif – s’étalaient sur six ou huit semaines, à raison de deux séances hebdomadaires d’une demi-journée chacune. Les instructeurs, souvent d’anciens académiciens eux-mêmes, séjournaient à la résidence avec nous le temps de leur enseignement. Certains intervenants faisaient le déplacement pour une conférence unique. Ils arrivaient en Zil en fin de matinée, déjeunaient avec Quinteros dans sa salle à manger privée située à l’étage du pavillon de chasse, donnaient leur cours et repartaient aussitôt pour attraper l’avion du soir qui les ramènerait dans leurs unités. Exceptionnellement, un visiteur se posait en hélicoptère sur un terrain aménagé derrière le bâtiment des études. Cela en disait long sur la puissance financière du CFR, qui supportait sans broncher des dépenses d’exploitation aussi extravagantes. Car, même en y réfléchissant, j’aurais été bien en peine de citer un seul emplacement au monde à la fois aussi inhospitalier et coûteux que Krasnoïarsk. Le Groenland peut-être, ou la Terre de Feu.
La construction du programme d’enseignement ne devait rien au hasard. L’année s’ouvrit par une série de modules qui portaient sur le fonctionnement du CFR : sa structure hiérarchique, ses modes de financement, le rôle des corps, les techniques de recrutement, etc. Je, reviendrai plus loin sur les principales leçons que je glanai de ces cours, qui avaient pour mission essentielle d’harmoniser les connaissances entre les agents. Dans mon cas, par exemple, mon passage à Córdoba m’avait donné de solides notions sur les liens entre antennes, bureaux et centres ; il ne m’avait rien appris en revanche sur les défis que rencontraient les agents recruteurs de la maison ou sur le rigoureux processus budgétaire auquel la direction financière astreignait les entités. À l’issue du premier trimestre, nous en savions tous autant – ou aussi peu – sur le CFR. Trois mois de conférences intensives avaient méthodiquement nivelé huit années d’expériences individuelles.
Puis, pendant le reste de l’année, nous alternâmes cours théoriques et séances de travaux pratiques. Ces dernières, qui prenaient la forme d’études de cas, avaient ma préférence. Typiquement, notre instructeur nous exposait une situation réelle, puis nous posait une question précise, à résoudre pour le lendemain. Les cas, brillamment introduits et parfaitement délimités, éveillaient presque toujours en moi un écho familier ; on ne pouvait douter qu’ils eussent été conçus par des agents. Je reconnus d’ailleurs certains dossiers qui m’étaient passés entre les mains à Córdoba, comme celui du Corporate DNA. Les cours théoriques abordaient les sujets les plus éclectiques et souvent les plus inattendus : techniques littéraires, informatique, géopolitique, histoire militaire, etc. Nous pouvions traiter de cabale juive le matin, discuter les mérites stratégiques du contrôle du canal de Suez l’après-midi et analyser après le dîner le rôle des langues vernaculaires dans la construction des mouvements indépendantistes.
La qualité de l’enseignement était tout bonnement prodigieuse. Je ne crois pas avoir subi un seul mauvais cours en trois ans d’Académie. Certains instructeurs me marquèrent à jamais, tel ce Roumain, professeur de littérature russe à l’Université de Bucarest, qui nous apprit à caractériser un personnage sans jamais le décrire, ou ce Texan, ancien colonel, qui nous expliqua comment l’armée américaine avait perdu le soutien de l’opinion publique pendant la guerre du Vietnam. Tous m’éblouirent par leur capacité à s’élever au-dessus des dogmes et des préjugés, y compris ceux d’entre eux qui avaient grandi à l’ombre d’idéologies écrasantes, comme par exemple cet Arménien dont le père avait été déporté sous Staline pour crimes économiques et qui dissertait aujourd’hui sur les défauts de la cuirasse capitaliste. Il faut dire aussi que sur les sujets les plus polémiques, comme l’Inquisition, le colonialisme et les droits des minorités, le CFR avait soin de nous donner plusieurs sons de cloches.
J’appréciais évidemment le fait que nos dirigeants reconnaissent et aillent parfois même jusqu’à sanctifier la complexité du monde. Rien n’est blanc ou noir et, comme le rappelèrent plusieurs intervenants, l’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Mais cela n’empêchait pas nos instructeurs d’appeler un chat un chat, au risque de choquer les tenants du politiquement correct qui se glissaient jusque dans nos rangs. Je me souviens d’un cours au titre en apparence anodin – « De l’inné et de l’acquis » – qui faillit dégénérer, quand le conférencier, un Britannique du nom de Wilkin, nous présenta les résultats d’une étude selon laquelle les Américains de race noire avaient un quotient intellectuel légèrement inférieur à la moyenne nationale, leurs compatriotes d’origine asiatique battant eux la moyenne dans des proportions à peu près semblables. Plusieurs – parmi lesquels Stéphane et Buha le seul noir de la promotion – se récrièrent et menacèrent de quitter la salle si Wilkin ne condamnait pas immédiatement l’étude. De toute évidence, le Britannique s’attendait à provoquer un tollé, car il expliqua en des termes merveilleusement choisis que s’il réprouvait par avance toute interprétation politique partisane on ne l’entendrait jamais critiquer le principe même d’une étude scientifique , surtout si celle-ci était conduite suivant un strict protocole scientifique, ce dont il répondait dans le cas présent. « Attention à la confusion des ordres, poursuivit-il. Un chercheur a besoin de toute l’information disponible. S’il s’interdit de collecter certaines données sous prétexte que celles-ci risquent de remettre en cause son interprétation du monde, il trahit sa vocation de scientifique et se transforme en censeur. Les résultats de l’étude dont je vous parle sont indiscutables, mais le débat ne s’arrête évidemment pas là. Les chercheurs doivent maintenant trancher entre trois explications possibles : l’hypothèse du protocole défaillant (les tests de QI actuels contiennent un biais qui désavantage les Noirs et dans une moindre mesure, les Blancs au profit des asiatiques) ; l’hypothèse dite sociale (l’intelligence qu’on considère traditionnellement comme innée recouvre en fait une part d’acquis et les moins bons résultats des Noirs s’expliquent par le fait qu’ils grandissent en moyenne dans des environnement moins privilégiés) ; l’hypothèse génétique (les Noirs sont véritablement moins intelligents que les autres races). Contrairement à ce que vous pouvez penser, ceux qui refusent d’engager la discussion rendent un mauvais service à ceux qu’ils prétendent défendre. En désertant la scène scientifique, ils laissent le champ libre aux charlatans et aux populistes. Ils feraient mieux de consacrer leur énergie à éduquer les masses, qui en ont bien besoin, et à leur rappeler qu’en tout état de cause un être humain ne se résume pas à une poignée d’indicateurs. » Finalement, tout le monde avait regagné sa place et la discussion avait pu s’engager. Stéphane reconnut par la suite que la tirade de Wilkin l’avait amené à revisiter son mode de pensée. (J’ai toujours pensé qu’au-delà d’un certain âge, changer d’avis constitue une preuve de courage et non d’inconstance.)
Le niveau de mes condisciples m’impressionnait au moins autant que celui de nos instructeurs. Certains projets se menaient en petits groupes, si bien qu’en quelques semaines à peine j’appris à connaître, au moins superficiellement, les dix-neuf autres académiciens. Nous allions facilement les uns au-devant des autres, sans doute autant par curiosité naturelle que par peur de rester à l’écart des coteries qui se formeraient inévitablement. La camaraderie n’était du reste pas incompatible avec l’esprit de compétition. Les premières séances de travaux pratiques, où la participation était vivement encouragée, établirent sans équivoque que personne n’avait volé sa place en Sibérie. Moi qui avais cru que je pourrais me reposer sur mes facilités, je compris très vite que j’allais devoir en mettre un coup si je voulais rester maître de mon destin. Les premiers mois furent les plus intenses : personne n’avait encore abdiqué l’espoir de sortir dans le haut du classement et chacun surveillait les notes de son voisin, tout en prétendant évidemment ne se soucier que des siennes. Nous gérions tous notre stress différemment, depuis Stéphane qui racontait à qui voulait l’entendre qu’il n’en fichait pas une ramée (ce dont je doutais fortement, connaissant sa puissance de travail) jusqu’à Amanda, la Sud-Africaine, qui m’avoua plusieurs années après qu’il lui était arrivé d’aller se coucher la lumière allumée pour nous faire croire qu’elle bûchait toute la nuit.
En tout cas, certains signes ne trompaient pas. Tous les soirs à minuit, la bibliothécaire devait mettre à la porte la dizaine de pensionnaires qui continuaient à fatiguer les encyclopédies à la lueur de leurs loupiotes vertes. Le matin au petit déjeuner, on pouvait reconnaître à leur mine blafarde ceux – dont je faisais souvent partie – qui avaient prolongé la séance dans la solitude de leur chambrette. Quand un cas me plaisait, j’étais capable de travailler toute la nuit, pour traquer le personnage ou la source qui améliorerait de manière décisive le ratio risque-rentabilité du dossier. Ma jeunesse me conférait un avantage indiscutable par rapport à d’autres agents, plus âgés, qui peinaient à se remettre dans le rythme. J’avais l’impression de n’avoir jamais quitté les bancs de l’école ; depuis maintenant dix ans, je rendais des copies : à mes professeurs d’université, à Gunnar Eriksson, à Lena Thorsen et aujourd’hui aux correcteurs de l’Académie.
Une chose avait changé cependant : l’essor de l’Internet, qui rendait les recherches si fluides. Je ne prétendrai pas avoir pressenti dès mon arrivée à Krasnoïarsk la place centrale que finirait par occuper le Web dans la vie quotidienne, mais j’eus vite l’intuition qu’il représentait une opportunité extraordinaire pour le CFR et permettrait à terme des gains de productivité phénoménaux. Les scénaristes, dont une part importante du travail consiste à s’immerger dans le texte, pouvaient enfin suivre leurs idées sans effort et découvrir au détour d’un lien l’improbable analogie d’où naîtrait l’illumination. Les falsificateurs avaient peut-être encore plus à gagner : lancer des rumeurs, créer des sources de référence, corrompre des bases de données devenait un jeu d’enfant pour quiconque maîtrisait les arcanes des réseaux et savait recouvrir ses traces. Quinteros, qu’on imaginait pourtant plus volontiers avec, dans la main, un stylo à plume qu’une souris, prit très tôt la mesure de cette révolution et inscrivit au programme des séminaires facultatifs au cours desquels des spécialistes russes que je soupçonnais d’émarger au KGB nous initiaient aux techniques élémentaires du piratage informatique. Je ne manquai aucune séance.
Après deux ans à Córdoba où je m’étais souvent fait l’effet d’un poisson échoué sur le sable, je me sentais enfin dans mon élément. Le cursus semblait avoir été conçu pour moi, pour flatter mes forces et gommer mes faiblesses. Le froid polaire, la charge de travail ou la concurrence exacerbée ne parvinrent jamais à me faire regretter d’avoir regagné le bercail. Je me frottais chaque jour aux esprits les plus affûtés de la planète, des hommes et des femmes qui, malgré leurs différences ethniques, culturelles ou religieuses, parlaient un langage commun et cherchaient constamment à apprendre les uns des autres. Mais surtout j’éprouvais une jubilation intellectuelle quasi permanente, cette forme de jouissance en vérité supérieure à toutes les autres et qui, fort heureusement, nous reste accessible jusqu’au bout de la vie. Tout y était prétexte : le patronyme d’une légende, trop beau pour être vrai et qui de fait était faux ; les Rapports trimestriels sur l’avancement du Plan d’Angoua Djibo ; la révélation qu’une idée de dossier qui vous était venue soudainement avait été réalisée par un agent slovène sept ans plus tôt ; la sensation délectable de façonner l’actualité internationale alors même qu’on se trouvait caserné au fin fond de la Sibérie.
Et pourtant, même si j’avais choisi de lier à nouveau mon destin avec celui du CFR, je restais perpétuellement sur mes gardes. Je me défiais désormais de mes instincts. Plus un élan était spontané et plus il me paraissait suspect. Je n’accordais de crédit aux paroles de nos dirigeants qu’à la hauteur de ce que je pouvais vérifier moi-même. J’avais notamment reçu avec la plus extrême circonspection les fameuses révélations qui nous avaient été distillées pendant les premiers cours. Qu’avions-nous appris ? Que seuls les membres du Comité exécutif connaissaient l’origine et la finalité du CFR et que nous userions en vain notre salive à poser la question une fois de plus. Que ces membres, au nombre de six, se cooptaient entre eux et prenaient leurs décisions sur une base collégiale, sans voix prépondérante. Que l’organisation tirait ses ressources d’un pactole apporté par son ou ses fondateurs et qui avait depuis fructifié dans des proportions fabuleuses. Que les fonds étaient gérés par trois institutions financières parmi les plus renommées au monde et qui s’imaginaient travailler pour une fondation américaine.
L’un dans l’autre, je jugeais ces nouvelles plutôt positives. Je n’apprendrais pas de sitôt le secret du CFR, mais au moins ne tenait-il qu’à moi d’y parvenir un jour ; j’avais six fois plus de chances que prévu de me hisser au sommet de l’organisation ; et enfin le CFR paraissait suffisamment riche pour résister à la tentation d’utiliser son savoir-faire à mauvais escient. Je n’avais rien trouvé à redire non plus aux « trois binômes de valeurs fondatrices », pour reprendre l’expression de Quinteros, dont celui-ci nous gratifia un jour solennellement : tolérance et relativité, liberté de corps et d’esprit, science et progrès. Je retrouvai dans cette devise les principaux attributs qui m’avaient séduit chez Gunnar Eriksson ou Angoua Djibo. Encore eût-il fallu la compléter pour rendre compte de la lâcheté d’un Diaz ou de la cruauté d’un Khoyoulfaz. J’avais payé pour savoir que la vérité du CFR résidait au moins autant dans ce qu’il taisait que dans ce dont il se glorifiait.
Malheureusement – ou heureusement pour eux –, mes condisciples ne possédaient pas mon expérience. Leur angélisme me stupéfiait. Ils protestaient quand nos instructeurs ne répondaient pas à leurs questions, mais concevaient à peine qu’on pût leur mentir. Quand le directeur financier avait évoqué l’ampleur des moyens dont il disposait, Stéphane Brioncet s’était tourné vers moi et m’avait chuchoté à l’oreille :
« Au moins savons-nous maintenant que le CFR n’est pas la sixième famille de la mafia. » Je lui avais répliqué du tac au tac : « Ah bon ? Tu penses qu’il nous l’aurait dit si ç’avait été le cas ? »
Je n’avais pas le cœur d’accabler Stéphane. Moi aussi j’avais pris pour argent comptant les discours de mon officier traitant. Et s’il m’avait fallu la mort d’un homme pour apprendre à lire entre les lignes, pouvais-je décemment souhaiter la même initiation à chaque académicien ?
En attendant, je boudais consciencieusement les soirées d’anniversaires et autres libations que mes condisciples organisaient à la moindre occasion. Oh, bien sûr, je restais urbain et bon camarade, mais je ne faisais de confidences à personne. Dans une autre vie, j’aurais sans doute pu me lier d’amitié avec Amanda ou avec Ichiro, le Japonais, mais je n’en trouvais tout simplement pas la force. Bien qu’ils me rendissent six ou sept ans chacun, je me sentais trop vieux pour eux, usé avant l’âge. Leur naïveté m’émouvait parfois, me suffoquait le plus souvent. Et quelle ironie que la seule personne de l’Académie avec qui j’aurais pu avoir une conversation d’égal à égal fût justement celle qui refusait de me parler…
Les premiers mois furent les plus durs. Personne ne m’écrivait et je n’écrivais à personne. Gunnar ne se manifestait pas ; sans doute prenait-il ses nouvelles directement auprès de Quinteros. Youssef et Magawati me manquaient. J’avais décrété une fois pour toutes qu’ils me repousseraient si j’allais vers eux. Je ne me sentais pas la force d’être repoussé.
Je consolais ma solitude en arpentant les alentours, qui se métamorphosaient avec l’arrivée des beaux jours. La croyance populaire veut que le mot « Sibérie » vienne de la langue turque, dans laquelle il signifie « terre endormie ». Comme dans les contes de fées, la forêt se réveillait d’une nuit qui avait duré huit mois. La vie reprenait peu à peu ses droits. La neige avait fondu, révélant un sol tourbier et spongieux dont les Mongols se servaient jadis comme combustible. Les arbres, des conifères et des bouleaux, se redressaient sous la poussée de sève printanière tout en faisant face aux assauts des castors qui sortaient affamés de leur tanière et plantaient leurs dents dans l’écorce fraîche. Les esturgeons naguère confinés sous un mètre de glace nageaient paresseusement le ventre au soleil. En s’éloignant un peu de l’Académie, on pouvait apercevoir des hordes de rennes qui remontaient vers la toundra où ils passeraient l’été, comme chaque année depuis des millénaires.
Plus je me sentais seul et plus je recherchais l’isolement. Je partais sans crier gare, pour deux heures ou pour deux jours, un sac au dos et mes jumelles autour du cou. Quand j’étais fatigué de marcher, je fermais les yeux et j’emplissais mes poumons de ce parfum indescriptible, mélange de senteurs boisées, de méthane et de pollen, qui ressemblait si fort à celui qu’on pouvait respirer dans la forêt islandaise. Plus d’une fois, l’idée me traversa que je pourrais facilement me perdre. Je me demandais pour me torturer qui le premier remarquerait ma disparition. On ne retrouverait jamais ma dépouille.
L’Académie, la nature : j’aurais dû être heureux et je ne l’étais pas. J’excellais dans ma vie professionnelle, mais je n’aurais même pas su dire si j’avais une vie personnelle. Je me transformais peu à peu en machine – machine à ciseler des scénarios, à contrôler des sources. J’apercevais encore la beauté du monde – même au plus fort de ma détresse, l’ultime châtiment me fut épargné –, mais je me sentais socialement inadéquat.
Jamais mon lien avec l’humanité ne m’avait semblé si ténu.
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