Les falsificateurs
Chapitre 10
« Trois dangers menacent le CFR : l’imprudence, la trahison et l’erreur. Retenez bien ces termes : vous les retrouverez à l’origine de tous les dossiers traités par les Opérations spéciales, le plus souvent séparément, parfois en tandem. Je vous raconterai tout à l’heure une histoire qui, exceptionnellement, les combina tous les trois. »
En écoutant Yakoub Khoyoulfaz discourir avec aisance, je me demandai une fois de plus comment j’avais pu le prendre pour un tueur. La veille au soir, en arrivant à la résidence, j’avais trouvé dans ma chambre une corbeille de fruits à laquelle était agrafée sa carte avec ces mots : « J’espère que les vacances ont été bonnes » ; et ce matin, il avait insisté pour nous servir lui-même le thé dans des tasses de porcelaine chinoise. Soit il était naturellement attentionné, soit il incarnait le gentilhomme avec autant de talent que le soudard.
Peu m’importait en fait. J’abordais cette deuxième année avec la gourmandise du patient qui, se croyant atteint d’une maladie incurable, vient d’apprendre que son médecin avait en fait commis une erreur de diagnostic. Il m’avait fallu quelques semaines pour prendre la mesure des révélations de Gunnar et sentir physiquement l’angoisse desserrer son étreinte. Le soutien de mes amis durant cette phase de transition s’était révélé décisif. Magawati m’avait réinitié à la convivialité dans les bars à tapas de Barcelone, tandis que Youssef, avec qui j’avais ensuite sillonné le Vietnam sac au dos pendant quinze jours, m’avait aidé à replacer mon aventure dans une perspective initiatique. Libéré du fardeau de ma culpabilité, j’étais désormais libre, selon lui, de me consacrer à la quête du Graal : découvrir la finalité du CFR et trouver ma place dans l’univers. Dans mes mots plus simples à moi, j’allais enfin pouvoir me refaire des amis et montrer au Comité exécutif ce dont j’étais capable.
« Commençons par l’imprudence, reprit Khoyoulfaz. Le, Comité exécutif a compris depuis belle lurette qu’il est impossible de définir précisément une telle notion dans une organisation dont les membres sont payés pour prendre des risques calculés. C’est pourquoi il préfère se reposer sur une classification qui a fait ses preuves et qui répartit les agents en trois groupes : les joueurs, les idéalistes et les gardiens du temple.
« Les joueurs fonctionnent à l’adrénaline. Ils prennent davantage de risques que les autres, car ils recherchent le gros coup qui leur assurera une place dans le panthéon du CFR. Ils sont généralement meilleurs scénaristes que falsificateurs, tolèrent mal l’autorité hiérarchique et méprisent les directives du Plan, qu’ils accusent de brider leur imagination. Ils se fichent pas mal d’améliorer le sort de l’humanité, évaluent les dossiers selon des critères purement esthétiques et tueraient père et mère pour voir une de leurs créations faire la une du Monde ou du New York Times. Peu d’entre eux passent par l’Académie ; ils finissent généralement agents de classe 2 ou 3. »
Lena me jeta un coup d’œil en biais. Il est vrai qu’à part le dernier point la description des joueurs semblait avoir été écrite pour moi.
« Les idéalistes constituent le deuxième groupe. Ils sont entrés au CFR pour changer le monde. Pour eux, un dossier sert à corriger une injustice ou à pointer un dysfonctionnement de la société. Ils privilégieront toujours la valeur morale d’un scénario à son ingéniosité. Ils s’entendent bien avec leurs supérieurs tant que ceux-ci partagent leurs préoccupations. Ils atterrissent presque tous au Plan. »
Youssef, pensai-je aussitôt.
« Enfin, les gardiens du temple sont les plus dévoués au CFR. Ils se sentent investis de la responsabilité de protéger notre organisation contre le monde extérieur mais aussi contre ses propres démons. Meilleurs falsificateurs que scénaristes, ils ont tendance à produire des dossiers solides mais sans imagination. Vous les trouverez rarement sur le podium à Honolulu, mais ils fournissent des bataillons réguliers d’académiciens. Les meilleurs sortent dans l’Inspection générale, où ils peuvent se consacrer sans retenue à leur passion pour les normes et les procédures. »
Je retrouvais là certaines caractéristiques de Lena. Mais Lena était trop ambitieuse pour l’Inspection générale. Elle ne visait rien de moins que le Comité exécutif.
« Chaque agent emprunte à ces archétypes à des degrés divers. Nous somme tous entrés au CFR par goût du jeu, nous avons tous peur d’être démasqués et nous préférons tous – chaque fois que c’est possible en tout cas – rectifier les inégalités plutôt que les encourager. C’est la répartition de ces trois ingrédients fondamentaux qui nous rend uniques ; je n’ai jamais rencontré à ce jour d’agent qui soit tout d’un bloc. »
Il faudrait que je lui présente Youssef. Mon ami soudanais ressemblait à un monolithe – dans tous les sens du terme.
« Vous l’aurez compris, les joueurs sont les plus susceptibles de se rendre coupables d’imprudence et de mettre le CFR en danger. Même les meilleurs joueurs perdent parfois, à ceci près que, dans notre cas, chaque défaite menace la sécurité de milliers d’individus. C’est le nœud gordien de notre organisation : nous avons besoin des joueurs, mais ils peuvent à tout moment nous coûter la vie. C’est pourquoi nous nous attachons à circonscrire le risque qu’ils représentent en les plaçant sous la responsabilité d’officiers traitants chevronnés, voire en les faisant surveiller par l’Inspection générale. »
Parfois même, nous leur faisons croire qu’ils ont un mort sur la conscience, complétai-je mentalement. Effet immédiat garanti.
« Si encore nous n’avions à nous soucier que d’imprudents, les Opérations spéciales seraient une sinécure. Malheureusement, nous faisons régulièrement face à des cas de trahison autrement plus graves. Je ne pense pas à ces minables maîtres chanteurs qui se verraient bien prendre une retraite anticipée et se figurent que le CFR sera prêt à acheter leur silence à prix d’or. Je parle d’agents qui, le plus souvent par intérêt, mettent leurs talents de falsificateurs au service d’une cause qui n’a pas été préalablement approuvée par notre organisation, comme cet agent de Stuttgart qui commandita au faussaire Konrad Kujau la production de carnets du Führer qu’il vendit ensuite pour dix millions de marks au magazine Stem, ou comme cet Américain qui nous avait dénoncés au FBI et que nous réussîmes in extremis à faire interner dans un hôpital psychiatrique…»
Khoyoulfaz, qui m’avait vu frémir, m’adressa un sourire. Je ne l’imaginais que trop bien en blouse blanche brandissant des radios du cerveau pour expliquer que la schizophrénie de son patient avait ses origines dans une chute de cheval survenue à l’adolescence.
« Mais je ne m’étendrai pas davantage sur la question, reprit Khoyoulfaz. Vous ne serez habilités à enquêter sur les cas de trahison qu’à votre sortie de l’Académie. »
Dommage, pensai-je, c’étaient probablement les plus intéressants. Ceux aussi où les Opérations spéciales usaient des méthodes les moins avouables, ce qui expliquait la réserve de Khoyoulfaz.
« Les erreurs, poursuivit ce dernier, représentent de loin la cause principale de nos interventions. Vous devinez sans peine les plus fréquentes : éventement de la source de référence, altérations contradictoires, précisions excessives…
— Incohérences historiques, impossibilités matérielles, faux grossiers…», compléta Lena en me regardant comme pour me rappeler que j’avais commis chacune de ces bévues une douzaine de fois à Córdoba.
« Tout le monde fait des erreurs, nota Khoyoulfaz en venant involontairement à ma rescousse. Méfiez-vous des agents qui se croient infaillibles : comme ils sont trop fiers pour appeler les renforts, ils essaient de réparer leurs bêtises eux-mêmes et ne réussissent généralement qu’à aggraver la situation. C’est d’autant plus stupide que nous réussissons à traiter 99 % des problèmes qui nous sont signalés immédiatement. Du reste, ce que nous appelons erreur relève parfois simplement de la malchance : par exemple, un historien découvre une nouvelle source que vous n’aviez pas pu falsifier – et pour cause, vous ignoriez alors son existence.
« Face à une erreur, nous n’avons véritablement que trois options : la correction, l’abandon et la rescénarisation. La correction est évidemment la solution préférable, mais elle n’est pas toujours possible. Prenons un cas d’école : un jeune agent nous appelle parce qu’il s’est rendu compte qu’il avait oublié d’inscrire la naissance d’une de ses créations à l’état civil.
— Peuh ! lâcha dédaigneusement Lena comme si Khoyoulfaz venait d’insulter son intelligence.
— C’est pourtant le genre d’affaires que nous traitons tous les jours, continua Khoyoulfaz. Votre premier réflexe consistera à appeler Berlin, qui rémunère occultement des milliers d’officiers d’état civil dans le monde entier. Ils vous tireront d’affaire le plus souvent, mais pas toujours.
— Qu’est-ce qui pourrait les en empêcher ? demanda Ichiro.
— Le registre dort au fond d’un coffre-fort ou bien les pages sont numérotées et les entrées trop rapprochées pour qu’on puisse en insérer une nouvelle. Vous devrez alors vous demander s’il ne vaut mieux pas en rester là.
— Abandonner ? demanda Lena d’un ton incrédule.
— C’est parfois la meilleure décision, expliqua Khoyoulfaz. Car que risquons-nous au fond ? Même en cas de contrôle – et franchement, qui épluche les registres d’état civil ? – les historiens noteront la carence et échafauderont toutes sortes d’hypothèses : notre personnage serait-il né de parents inconnus ? Aurait-il changé d’identité pour échapper à la conscription ou à une épouse envahissante ? Avec un peu de chance, ce flou servira même le dossier.
— La chance…, releva Lena, méprisante.
— Absolument, répliqua Khoyoulfaz en dissimulant à peine son irritation. Nous ne faisons rien d’autre ici que d’évaluer des probabilités, mettez-vous cela dans la tête une bonne fois pour toutes. S’il est moins risqué de ne rien faire que de monter une expédition nocturne pour s’introduire aux Archives nationales, vous ne ferez rien, c’est moi qui vous le dis.
— Vous parliez d’une troisième option…, dis-je pour détendre l’atmosphère.
— Oui, merci, Sliv. Si vous ne parvenez pas à corriger l’erreur et si vous ne voulez pas vous en remettre à la chance, vous pouvez toujours rescénariser, autrement dit inventer un nouveau scénario qui expliquera l’erreur au lieu de la dissimuler. Toujours dans notre exemple, vous insérerez la naissance dans le registre d’une ville de cure pas trop éloignée où vous raconterez que la mère était allée se reposer après l’accouchement. J’attire cependant votre attention sur le fait que, comme tout scénario, celui-ci nécessitera un travail de falsification rigoureux et peut-être même plus lourd que dans le dossier de départ. Mais cela ne devrait pas vous déplaire, n’est-ce pas, Lena ? »
Thorsen rougit mais ne desserra pas la mâchoire. Ichiro sourit poliment. Quant à moi, je savourai la fin de l’exposé de Khoyoulfaz. Le directeur des Opérations spéciales n’avait pas mentionné l’élimination physique comme une issue possible à nos interventions. Il était juste passé un peu vite à mon goût sur la question de la trahison, peut-être parce qu’il s’agissait du seul cas où le CFR s’autorisait à supprimer ses adversaires. Étais-je prêt à l’accepter ? Il faudrait que j’y réfléchisse.
« Pas de questions ? demanda Khoyoulfaz. L’histoire à présent : je la tiens d’un des protagonistes, le Turc Memet Okür, qui fut mon professeur à Hambourg il y a vingt-cinq ans. À quatre-vingts et quelques printemps, cet ancien directeur des OS n’aimait rien tant que faire partager son expérience aux académiciens. Lui-même avait fait ses classes dans les années vingt, à une époque où le CFR, qui était alors une organisation plus ramassée et moins bureaucratique, n’hésitait pas à confier d’énormes responsabilités à ses jeunes agents. Okür venait tout juste d’être coopté aux Opérations spéciales – l’Académie n’existait pas encore – quand son patron l’envoya à Londres pour, lui dit-il, éclaircir l’affaire de la lettre de Zinoviev.
« Okür tomba des nues. La lettre de Zinoviev défrayait la chronique depuis plusieurs semaines déjà et il n’avait jamais soupçonné que le CFR pût y être mêlé. Juste par curiosité, l’un de vous connaît-il les grandes lignes de cette affaire ? »
J’en entendais parler pour la première fois. Un bref coup d’œil à Lena et Ichiro me confirma qu’ils partageaient mon ignorance.
« Je me demande ce qu’on vous apprend à l’Académie, bougonna Khoyoulfaz. En 1924, quatre jours seulement avant des élections générales, le journal britannique Daily Mail publia une lettre censément écrite par Grigori Zinoviev, alors leader du Komintern soviétique, et adressée au comité central du Parti communiste britannique. Zinoviev y exhortait ses camarades anglais à organiser des troubles sociaux afin de préparer la révolution qui écraserait un jour la classe bourgeoise dominante. La publication de cette missive n’aurait pu intervenir à un moment plus inopportun pour le gouvernement travailliste Emmené par Ramsay MacDonald, celui-ci négociait depuis plusieurs mois un traité de paix avec la Russie, contre l’avis des parlementaires conservateurs, qui récusaient le principe même d’une alliance avec un État bolchevique. La lettre de Zinoviev, qui éclairait d’un jour fort cru les motivations de l’Union soviétique, jeta un terrible discrédit sur la politique du gouvernement, d’autant plus terrible d’ailleurs que Zinoviev attendit plusieurs semaines pour démentir être l’auteur du courrier. MacDonald eut beau contester publiquement l’authenticité de la lettre, il ne parvint pas à renverser la tendance et les travaillistes furent largement battus dans les urnes. Un mois plus tard, le nouveau gouvernement conservateur se prononça contre la ratification du traité anglo-russe.
« Comme vous probablement en ce moment, Memet Okür envisagea plusieurs possibilités. La lettre pouvait naturellement être authentique, le Komintern ayant déjà à l’époque la réputation de soutenir logistiquement et financièrement les partis communistes européens. Mais Okür acquit rapidement la conviction que la lettre était un faux. Zinoviev s’y présentait en effet comme le Président du Praesidium du Comité exécutif du Komintern alors qu’il était en fait Président du Comité exécutif. Il se référait en outre dans un autre passage de la lettre à la III° Internationale bolchevique, une expression que seuls les Occidentaux employaient alors. Si Zinoviev n’était pas l’auteur du courrier, qui donc selon vous pouvait l’avoir écrit ?
— Les conservateurs britanniques pour compromettre MacDonald ? suggéra Lena.
— Le NKVD, la police secrète soviétique, pour semer la confusion en Grande-Bretagne ? proposa Ichiro.
— Nous ? » avançai-je.
Khoyoulfaz nous dévisagea avec satisfaction.
« On dirait que je ne me suis pas trompé sur votre compte, dit-il en souriant. Okür présenta ces trois hypothèses à son patron qui l’écouta attentivement avant de lui dire qu’il connaissait le coupable, un agent du CFR de l’antenne de Birmingham du nom de Philip Murray. Murray, un agent de classe 2 spécialisé dans les mouvements révolutionnaires, avait parié cent livres avec un collègue sur la victoire des conservateurs aux prochaines élections générales. Comme, à un mois du scrutin, les travaillistes conservaient quelque espoir de l’emporter, il conçut le plan de la lettre de Zinoviev. En grand connaisseur du communisme, il trouva facilement le ton juste, commettant toutefois deux erreurs techniques qui, plus tard, attirèrent l’attention des experts chargés d’évaluer l’authenticité du document. Restait à trouver un moyen de mettre la lettre en circulation : Murray s’acoquina avec un agent hors classe du bureau de Manchester qui accepta pour des raisons idéologiques – il détestait les travaillistes – de transmettre une copie du courrier aux services secrets britanniques, où quelqu’un orchestra la fuite vers le Daily Mail.
« Notez bien que Murray n’aurait probablement jamais été inquiété s’il n’avait cru malin d’insinuer qu’il avait un peu forcé le destin pour remporter son pari. Son collègue, soupçonnant un coup fourré, alerta les Opérations spéciales, qui ouvrirent une enquête.
« Okür adorait raconter cette histoire, car elle réunit tous les comportements qui justifient l’existence des Opérations spéciales.
« L’imprudence d’abord, incarnée par ce crétin de Murray qui était prêt à faire dérailler l’Histoire pour gagner un pari – l’enquête montra d’ailleurs qu’il jouait aux courses et que l’Inspection générale l’avait placé sous surveillance un an plus tôt.
« La trahison ensuite : l’agent de Manchester qui prit le risque de brûler le CFR parce qu’il n’aimait pas Ramsey MacDonald.
« Les erreurs enfin, qui se glissent inévitablement dans un dossier quand celui-ci n’est pas relu.
« Et l’ironie du sort, c’est que Murray réussit à faire battre les travaillistes. Nous ne saurons jamais si MacDonald aurait été reconduit, mais tous les historiens reconnaissent que la lettre de Zinoviev pesa lourdement sur les derniers jours de la campagne.
— Mais quel rôle a joué Okür si son patron connaissait déjà le coupable ? » demandai-je.
Ichiro opina du chef. Il se posait la même question que moi.
« Il était chargé de rescénariser, répondit Khoyoulfaz, qui ne se lassait visiblement pas de raconter cette histoire. Réfléchissez. Il n’était plus question de corriger : la lettre avait été publiée. Abandonner ? Hors de question : les services secrets anglais et russes avaient déjà ouvert une enquête. Il ne restait qu’une solution : désigner aux enquêteurs un coupable plausible, mais qui se révélerait impossible à appréhender. Vous ne voyez pas ?
— Les Russes blancs ? » suggéra Ichiro.
Khoyoulfaz en resta muet d’admiration pendant quelques secondes.
« Dans le mille Okür imagina que ces monarchistes russes qui avaient fui le régime des soviets avaient été outrés d’apprendre que l’Angleterre négociait un traité de paix avec les Bolcheviques et qu’ils avaient engagé des faussaires baltes pour écrire la lettre de Zinoviev. Il sema quelques indices ici et là : des télégrammes entre les différents groupuscules de Russes blancs éparpillés dans les grandes capitales européennes, des traces de paiement à un émissaire lituanien, une note à demi effacée retraçant l’itinéraire de la lettre au sein du MI-5. Ce dernier document, qui avait pour seul objectif de dissuader les services secrets britanniques de pousser trop avant leur enquête, remplit admirablement sa fonction. Le scandale de la lettre de Zinoviev s’éteignit doucement et le CFR ne fut jamais inquiété.
— Et Murray ? demandai-je.
— Ah oui ! Murray, répéta Khoyoulfaz comme si le nom du fauteur de trouble lui revenait soudain en mémoire. C’est Okür qui a négocié avec lui les termes de son départ. Il a été convenu qu’il démissionnerait. Je crois qu’il aurait bien conservé ses droits à la retraite, mais il a fini par y renoncer quand Okür lui a montré une autre lettre : celle qu’il avait écrite au camarade Zinoviev pour lui révéler le nom de l’homme qui avait fait capoter le traité anglo-russe en usurpant son identité. C’est que les soviets, voyez-vous, ne badinaient pas avec la discipline. D’ailleurs, je me demande si cet imbécile a restitué les cent livres », ajouta-t-il, songeur.
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