Les falsificateurs

Antoine Bello · Chapitre 32 sur 42

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Les falsificateurs

Chapitre 4

 

Les premières notes tombèrent en juin, et avec elles les espérances de certains. Le classement, remis à jour chaque semaine, était placardé au fond de la salle de cours. Je parvenais à me maintenir dans le trio de tête, au coude à coude avec Lena Thorsen et Ichiro Harakawa, le Japonais. J’avais espéré que ce serait plus facile, mais j’aurais été malvenu de me plaindre.

Début septembre, une série de bonnes notes me plaça provisoirement en tête du classement. Je n’en conçus pas d’allégresse particulière et calculai plutôt que, sauf accident improbable, j’étais d’ores et déjà assuré de pouvoir choisir mon corps d’affectation à la fin de l’année. J’allais donc pouvoir un peu relâcher la pression et m’attaquer à un projet qui me tenait à cœur : la rédaction de mon quatrième dossier. Quand je fis part de mes intentions à Quinteros, il me dévisagea comme si j’avais perdu le sens commun. Qu’allais-je risquer de compromettre mon avenir pour un dossier qui attendrait très bien un an ou deux ? Il proposa pour me fléchir d’introduire en mon nom une requête en antériorité, une procédure rarissime par laquelle un agent dévoile les grandes lignes de son scénario contre l’assurance que Londres bloquera les projets similaires pendant une durée limitée. J’expliquai le plus modestement possible à Quinteros que je me sentais capable de caser l’écriture d’un dossier dans mon emploi du temps et qu’en aucun cas je ne laisserais mon innocente marotte interférer avec sa diabolique course à l’échalote. En réalité, je sentais brûler en moi une énergie que mes randonnées en forêt ne suffisaient plus à éteindre.

Quinteros se rallia à mes arguments à contrecœur puis, beau joueur, me proposa son aide. J’allais en avoir besoin.

J’avais eu l’idée de ce dossier un an plus tôt lors de mon séjour à Brême, quand la chaîne ARD avait diffusé un programme sur la défunte police est-allemande, le Ministärium für Staatssicherheit plus connu sous le nom de Stasi. À mesure que d’anciens dirigeants de la Stasi passaient aux aveux, on mesurait mieux quelle emprise cette dernière avait exercé sur la société allemande pendant la guerre froide. Pour ne donner qu’un exemple des procédés que s’autorisait alors le bloc soviétique, la Stasi abritait en son sein une cellule spéciale chargée d’envoyer des lettres de menaces anonymes aux Juifs ouest-allemands pour leur faire croire à une résurgence de l’extrême droite. Elle possédait des dossiers sur toutes les personnalités ouest ou est-allemandes, mais aussi sur des centaines de milliers de citoyens ordinaires dont le seul crime était parfois d’avoir un jour renseigné un touriste étranger dans la rue.

Le reportage était devenu plus intéressant encore quand il avait abordé le sujet des archives de la Stasi. En 1989, sentant la fin proche, les dirigeants de la Stasi ordonnèrent la destruction de tous les documents compromettants, c’est-à-dire à peu de chose près de tout ce qui encombrait les armoires du siège de la Normannenstrasse. Des millions de pages furent passées dans des broyeuses qui n’étaient pas conçues pour résister à ce régime forcené et rendirent bientôt l’âme. On déchira alors tout ce qui pouvait l’être à mains nues. Quand le Mur tomba, le BND – le contre-espionnage ouest-allemand – saisit plus de dix-sept mille sacs qui contenaient, lacéré en fines lamelles imprimées, le récit exhaustif des activités secrètes de l’ex-Allemagne de l’Est.

On aurait pu penser que l’histoire s’arrêtait là. Mais non. Comprenant l’importance symbolique de ces sacs, le chancelier Kohl venait de les confier à une équipe d’experts de Zirndorf, en les chargeant de reconstituer les pages déchiquetées chaque fois que ce serait possible. Dans leur précipitation, les secrétaires de la Stasi avaient broyé certains documents dans le sens de la largeur plutôt que de la hauteur. Des lignes entières apparaissaient distinctement et avec un peu de chance et beaucoup de patience, des spécialistes parviendraient peut-être à remettre bout à bout des paragraphes, voire des pages entières. Pour ceux qui auraient cru à un canular, le reportage s’achevait sur des images fascinantes : un quidam bedonnant que la légende présentait comme Karl Vollbrecht, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Heidelberg, fouillait dans un monceau de confettis dont il extrayait des bandes prometteuses qu’il disposait méticuleusement devant lui en espérant qu’une ressemblance finirait par lui sauter aux yeux. N’eût été le commentaire mélodramatique évoquant « le nécessaire travail de mémoire du peuple allemand », on eût facilement pris le docteur Vollbrecht pour un pensionnaire de maison de retraite occupé à faire un puzzle.

La même pensée avait dû traverser l’étroit cerveau de mon beau-frère car, en éteignant la télévision, il avait relié en des termes rien moins qu’équivoques l’expérimentation de Zirndorf et la récente hausse des impôts. J’ignorais pour ma part si Kohl avait raison ou tort, mais je savais que je tenais quelque chose : ces sacs d’archives en lambeaux allaient m’aider à construire ce que j’avais toujours trouvé le plus délicat dans un dossier : la source de référence.

Mais avant toute chose, il me fallait imaginer un scénario. Dans les mois qui avaient suivi mon séjour à Brême, je m’étais copieusement documenté sur la Stasi. Comme je le faisais chaque fois que j’entrevoyais un sujet prometteur, j’avais acheté un calepin où je jetais en vrac mes réflexions, des notations sur mes personnages ou des références bibliographiques.

Depuis ce jour où Gunnar avait dû m’expliquer ce qu’était une légende, j’avais lu tout ce qu’on peut lire en matière d’espionnage et je mourais d’envie de produire un dossier qui se déroulerait dans l’univers des services secrets. Je m’intéressai en conséquence à la Hauptverwaltung Aufklärung (HVA), la plus mystérieuse entité de la Stasi et l’équivalent est-allemand de la CIA américaine ou du Premier Directorat du KGB. Dirigée d’une main de fer par Markus Wolf entre 1957 et 1986, la HVA supervisait les milliers d’agents implantés à l’étranger, qui, en livrant des renseignements souvent top secret, servaient ou croyaient servir la cause de la RDA. L’un d’entre eux, un Allemand du nom de Günter Guillaume, avait connu un destin extraordinaire. Envoyé en Allemagne de l’Ouest dans les années cinquante avec pour objectif d’infiltrer le microcosme politique, il avait gravi un à un les échelons du Parti social-démocrate, le SPD, jusqu’à devenir l’assistant personnel – et l’ami – du chancelier Willy Brandt.

En 1973, toutefois, des sources anonymes attirèrent l’attention du BND sur les activités de Guillaume. La police secrète ouest-allemande informa Brandt immédiatement, mais lui demanda dans un premier temps de ne rien changer à ses habitudes. Curieusement, l’arrestation de Guillaume n’intervint qu’en avril 1974. Le scandale fut immense. Il n’épargna pas Brandt, qui envisagea de mettre fin à ses jours (on retrouva une note de suicide écrite de sa main), puis se ravisa et se contenta de démissionner. Quinze ans plus tard, après la chute du mur de Berlin, Markus Wolf déclara qu’il n’avait jamais été prévu de faire tomber Brandt et que le démasquage de Guillaume constituait l’un des plus cuisants ratés de la Stasi.

Il y avait dans l’histoire de Günter Guillaume deux éléments qui défiaient la plausibilité. D’abord, la HVA, la branche secrète de la Stasi, était un corps d’élite, à peine moins craint et respecté que le Mossad israélien. On racontait que Markus Wolf, son patron, avait servi de modèle à John Le Carré, l’auteur de La Taupe, pour le personnage du maître espion Karla. J’avais du mal à croire qu’un tel professionnel qui, de surcroît, « traitait » Guillaume en direct ait pu laisser compromettre son agent ou ne l’ait pas exfiltré de RFA avant qu’il ne soit brûlé.

Le comportement du BND dans cette affaire me laissait non moins perplexe. Les services secrets ouest-allemands avaient mis près de neuf mois à se décider à arrêter Guillaume, neuf mois pendant lesquels ce dernier avait pu continuer à trahir des secrets d’État, neuf mois pendant lesquels il aurait pu attenter à la vie de Brandt, qu’il côtoyait quotidiennement. Comment expliquer que le BND ait ainsi manqué à son devoir de prudence ? J’en étais réduit à des conjectures : Brandt avait-il d’abord refusé de croire à la culpabilité de son ami et interdit aux services secrets de procéder à son arrestation ? C’était fort possible : Brandt et Guillaume étaient même partis en vacances ensemble pendant la période en question ! Le BND avait-il confondu et « retourné » Guillaume, le forçant à livrer à la Stasi des faux documents spécialement préparés à son intention ? J’en doutais un peu. Ou le BND s’était-il méfié des motifs de son indicateur et avait-il hésité à accuser Guillaume sans preuves ? Je sentais, sans pouvoir l’expliquer, que cette troisième hypothèse était la plus vraisemblable.

En approfondissant mes recherches, j’exhumai un autre scandale. En mai 1972, le chancelier Brandt avait repoussé d’extrême justesse – par deux voix d’écart seulement dans un vote à bulletins secrets – une motion de censure parlementaire. De nombreux historiens estimaient vingt-cinq ans plus tard que Brandt n’avait dû sa survie politique qu’à la défection d’une poignée de députés de la CDU dont le vote avait été acheté par la Stasi. Cet épisode, pour peu qu’il fût authentique, apportait du poids aux propos de Markus Wolf : la Stasi, qui était prête à payer pour maintenir Brandt au pouvoir, ne s’était certainement pas réjouie de voir ce dernier démissionner. J’essayai de me mettre à la place de Wolf : il lui avait fallu vingt ans pour placer un informateur au sommet de l’État ouest-allemand ; maintenant que le plus dur était fait, il avait tout intérêt à ce que Brandt reste chancelier le plus longtemps possible.

Mais la bienveillance de la Stasi à l’égard de Brandt avait peut-être une autre explication. Sitôt élu, Brandt s’était démarqué de tous ses prédécesseurs en menant une politique d’ouverture en direction du Bloc de l’Est. On ne parlait pas encore à l’époque de réunir les deux Allemagnes, mais Brandt déclarait à qui voulait l’entendre qu’il ne craignait pas de dialoguer avec la RDA, la Pologne et même l’Union soviétique. Ce pragmatisme, qui faisait grincer des dents chez les conservateurs, valait au chancelier une popularité incomparable auprès des jeunes et des intellectuels.

Il m’avait fallu plusieurs mois pour rassembler tous ces éléments et surtout pour m’imprégner du climat extraordinairement complexe de l’époque. Enfin, un soir, je me sentis prêt à combler les blancs de l’Histoire et je me lançai dans l’écriture du scénario. Je voyais les choses ainsi :

Il existait au sein de la HVA un petit groupe d’officiers qui étaient résolument – mais secrètement —opposés au chancelier ouest-allemand. Ils étaient emmenés par un certain Andreas Stepanek, un immigré tchèque ultra-politisé qui avait le rang de colonel dans la Stasi. Stepanek se méfiait instinctivement de Brandt, à qui il prêtait un dessein machiavélique. Selon lui, l’Ostpolitik complaisamment décrite par les médias occidentaux était un leurre qu’agitait le chancelier pour amadouer la population est-allemande et lui faire avaler le moment venu une réunification qui fissurerait irrémédiablement le bloc socialiste. Stepanek avait des raisons d’en vouloir à l’Allemagne. Ses parents, qui avaient participé à la création du Parti communiste tchèque, le KSC, en 1921, avaient été déportés par les nazis et étaient morts à Terezin en 1943. À la libération, le jeune Andreas, désormais orphelin, avait été placé dans une famille d’accueil à Magdebourg. Il s’était enrôlé dans les jeunesses communistes, où il avait été remarqué par Erich Mielke, qui allait devenir par la suite le chef de la Stasi. En 1962, Mielke avait écrit à son « collègue et ami » Markus Wolf (en fait son suborsdonné) pour lui demander de trouver une place pour Stepanek à la HVA.

Stepanek était un fanatique. Il appelait de ses vœux la réunification allemande, mais une réunification pilotée par la RDA, qui préfigurerait le basculement de l’Europe de l’Ouest dans le giron soviétique. À la fin des années soixante, il réunit autour de lui une quinzaine d’autres officiers de la Stasi, principalement des collègues de la HVA. Tous n’agissaient pas par idéologie, loin s’en faut. L’un d’entre eux avait un enfant handicapé qu’il n’aurait pas les moyens de faire soigner à l’Ouest. Un autre en voulait à Brandt, qui avait eu une aventure avec sa femme du temps où il était maire de Berlin (Brandt était un don juan notoire). Un troisième avait tué un agent de police à Munich avant la guerre et savait qu’il irait en prison en cas de réunification. Mais les alliances de circonstances ne sont pas forcément les moins solides et, du jour où Brandt devint chancelier, les conspirateurs – qui résistèrent à la tentation de se donner un nom ou de choisir un signe de reconnaissance – firent tout ce qui était en leur pouvoir pour ramener la CDU aux affaires. Mieux valait à les entendre un ennemi indiscutable qu’un franc-tireur charismatique aux intentions suspectes.

En 1972, Stepanek crut le jour de gloire arrivé. La CDU s’apprêtait à déposer une motion de censure qui, selon toute probabilité, entraînerait la chute du gouvernement Brandt. Les journaux présentaient déjà le leader de la CDU, Rainer Barzel, comme le futur chancelier de la RFA. Pourtant, contre toute attente, Brandt sauva sa tête. Quand Stepanek apprit que la Stasi avait acheté les votes de deux parlementaires de la CDU (qui auraient dû censurer Brandt mais l’avaient en fait soutenu), il entra dans une rage folle contre Markus Wolf et comprit que, s’il espérait précipiter la chute de Brandt, il ferait mieux de s’en occuper personnellement.

La chance le servit. Au printemps 1973, Stepanek dîna avec son mentor, Erich Mielke. Ce n’était pas si souvent que Mielke partageait un repas avec quelqu’un en qui il avait toute confiance, et ce soir-là il força un peu sur le schnaps et se laissa aller à des confidences. La HVA avait une source haut placée au sein de l’administration Brandt. Cet enfoiré de Wolf (les deux hommes se détestaient) refusait de lui révéler l’identité de son agent, même à lui, le patron de la Stasi, mais il était parvenu à la conclusion que l’agent en question ne pouvait être que Guillaume. Stepanek, qui avait jusqu’alors adroitement orienté la conversation, se garda d’insister. Il réfléchissait déjà à la façon dont il allait livrer Guillaume au BND.

Il resta délibérément dans le classique. Il recruta les services d’une call-girl tchèque, Eva Brzyna, installée à Berlin-Ouest, qu’il avait déjà utilisée quelques années plus tôt pour compromettre un industriel bavarois. Évidemment jamais le BND n’ajouterait foi à la confession spontanée d’une marchande d’amour, aussi Stepanek avait-il tricoté une historiette : la prochaine fois que Brzyna participerait à une « soirée privée », il préviendrait anonymement la police des mœurs ouest-allemande, qui mènerait une descente en règle et embarquerait toute l’assistance. Brzyna proposerait alors un pacte aux flics : si on lui garantissait l’impunité, elle pourrait peut-être aider l’État allemand à démasquer une crapule, un de ses clients, qu’elle avait surpris une nuit à envoyer des messages codés sur une drôle de petite machine et qu’elle avait reconnu peu après sur « une photo du gouvernement » (c’est Stepanek qui lui avait soufflé cette formulation volontairement vague). Tout se déroula comme prévu : la police des mœurs interrompit brutalement une partie fine qui rassemblait la meilleure société hambourgeoise, coffra une demi-douzaine de prostituées, puis prêta une oreille intéressée au marché que présenta Brzyna quand on menaça de la déférer au parquet. Dans la nuit même, un fonctionnaire du BND se déplaça pour montrer des photos à Eva, qui identifia formellement Günter Guillaume. Une fois relâchée, Brzyna laissa passer quelques jours puis reprit contact avec Stepanek pour collecter ses « honoraires » de 150 000 DM.

Les semaines passèrent et Stepanek devint de plus en plus nerveux. Guillaume continuait de suivre Brandt dans tous ses déplacements, le sourire aux lèvres et ses lunettes noires sur le nez. Les révélations de Brzyna n’étaient pourtant pas passées inaperçues. Le BND les jugeait crédibles, au moins en apparence. Guillaume aimait le commerce des femmes et ne dédaignait pas les femmes qui faisaient du commerce. Brzyna n’était pas fichée. Il y avait bien sûr la question de ses origines tchécoslovaques, mais elle vivait en Allemagne depuis bientôt vingt ans et rien n’indiquait qu’elle eût de près ou de loin jamais travaillé pour Moscou.

Mais Stepanek n’avait, malgré sa position, qu’une médiocre connaissance des techniques de contre-espionnage, sans quoi il aurait su que le patron du BND, Gerhard Wessel, consulterait longuement avant de faire quoi que ce soit. De fait, Wessel ne prit que deux décisions : il informa personnellement Willy Brandt et fit ouvrir une enquête sur Guillaume. Par un hasard moins extraordinaire qu’il n’y paraît (la Stasi avait infiltré tout l’appareil policier de la RFA), un des enquêteurs travaillait pour Wolf. Celui-ci comprit que les jours de Guillaume étaient probablement comptés. Comme il n’était pas du genre à voir un de ses agents se faire compromettre sans réagir, il demanda à ses contacts du BND le nom de celui qui avait dénoncé Guillaume. On lui rapporta le rôle joué par Brzyna, en ajoutant que la call-girl était inconnue des services de police ouest-allemands. Par réflexe, Wolf interrogea le sommier de la Stasi. Eva Brzyna avait un dossier : elle avait aidé à compromettre un homme d’affaires bavarois, une opération mineure pilotée par le colonel Stepanek. Stepanek ? Le Stepanek qu’il avait embauché sur ordre de ce rat puant de Mielke ? Il fallut moins de trois minutes à Wolf pour reconstituer le cours des événements.

Ce qu’il ne parvint pas à deviner, il l’obtint par la torture. L’entretien eut lieu dans une petite salle insonorisée dans les sous-sols de la Normannenstrasse. Stepanek joua d’abord les bravaches, puis se mit à table quand Wolf proposa de mesurer sa capacité de conduction électrique. Il donna quantité de détails, même ceux qu’on ne lui demandait pas, et notamment le nom de ses quatorze coconspirateurs. Wolf prenait force notes.

La suite était malheureusement prévisible. Wolf mit tous ses agents du BND à contribution pour ralentir l’enquête au maximum. Il laissa filtrer qu’Eva Brzyna travaillait occasionnellement pour la Stasi, en espérant que le BND soupçonnerait alors une tentative de déstabilisation de l’Allemagne de l’Est et réfléchirait à deux fois avant d’inculper Guillaume.

Ledit Guillaume avait évidemment suspendu ses activités illicites. Il inférait du silence de Brandt que celui-ci ne croyait pas à sa culpabilité, aussi refusa-t-il les propositions d’exfiltration que lui fit plusieurs fois Wolf.

Wolf ne tenait pas ses homologues du BND en haute estime, mais il ne douta jamais que ceux-ci finiraient quand même par confondre Guillaume. L’assistant du chancelier fut arrêté le 24 avril 1974. Il ne cacha pas sa surprise. Le jour même, la cour martiale de la Stasi reconnut Stepanek et sa clique coupables de haute trahison. La sentence était la mort. Elle fut administrée immédiatement, d’une balle dans la tête.

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