Les Iris de Colombe (French Edition)
Si c’est un tombeur, ça change tout !
Quinze jours sont passés.
Pendant cette période, Colombe n’a pas revu Martin, tout juste aperçu de loin son gros véhicule déposant Iris devant le collège. La petite pipelette lui a raconté la fin de soirée au haras. Aux dires de la miss, Martin était vert de rage contre Olympe. Paul et Max lui avaient clairement signifié qu’elle devait quitter leur maison sur-le-champ. Emportée par sa jalousie, la blonde n’avait pas envisagé ce scénario. Elle avait bien essayé de faire son mea culpa, Martin ne lui avait pas pardonné. Elle était persona non grata, ce qui réjouissait Iris. Ce soir-là, le dîner avait été exclusivement masculin. Barbie avait gâché la soirée de tous, surtout celle de Max et Paul. Depuis, Max se refuse à la saluer lorsqu’il la croise.
La semaine dernière, Colombe a passé une excellente soirée avec les garçons. Cette fois, ils n’ont pas reproduit la même erreur, ils étaient seuls. Adorables, leurs discussions sont diverses et variées. Mais après l’apéritif catastrophe, les questionner sur Martin et Olympe, elle n’a pu s’y résoudre. Colombe en est partie enchantée, avec deux nouveaux amis, mais encore dans le flou en ce qui concerne le beau grisonnant.
Depuis deux jours, Scarlett l’inquiète, elle n’est pas comme d’habitude. Le traitement pour ses oreilles a bien fonctionné, mais sa boule de poils a grossi. Elle ne cesse de réclamer de la nourriture et n’est plus aussi vive. La crainte d’un gros problème la pousse à prendre rendez-vous pour la fin d’après-midi.
Dans la salle d’attente, Scarlett miaule sans discontinuer, l’amoureux transi rapplique. Assis comme une statue au pied de Colombe, il patiente sagement qu’elle la sorte de sa valise.
La porte s’ouvre sur Martin tout sourire en voyant Philibert vers Colombe. Dans un haut de pyjama de bloc bleu marine, elle le trouve encore plus beau et tente de le cacher derrière un visage impassible.
— En avant les amis…
Colombe pose Scarlett sur la table, aussitôt, Philibert se colle à elle.
— Comment va son oreille ? Je vous attends toujours pour la contrôler, la sermonne-t-il gentiment.
— Ce n’est pas ce qui m’amène. Scarlett n’est pas dans son état normal. Elle mange et elle dort, comme si elle était sous calmant.
Martin pince les lèvres.
— Alors Miss… Tu es contente de retrouver Philibert ? Scarlett a quel âge ? Vous avez son carnet de santé ?
— Huit mois.
Martin tourne rapidement les pages, le rend à Colombe.
— Je vais lui faire une échographie, je reviens…
Colombe sent son cœur battre dans ses tempes.
S’il fait une échographie, c’est qu’il craint une maladie grave.
L’angoisse lui provoque une arythmie. Appuyée contre la table d’examen, elle se projette dans une série d’hypothèses morbides.
La minette dans ses bras, il fait son retour.
— Bonne nouvelle, rien de grave !
— Super !
Elle aurait presque envie de lui sauter au cou.
— Pourquoi elle dévore ?
Il arrondit la bouche en papillonnant des yeux.
— Elle va avoir des petits…
Elle marque une pause en penchant légèrement la tête sur le côté.
— Vous avez trouvé votre diplôme dans une pochette-surprise ? Elle ne peut pas être enceinte, elle a huit mois ! C’est une ado et elle ne sort jamais de la maison.
Martin baisse son regard en direction de Philibert.
— Mon petit doigt me dit qu’ils n’ont pas fait que se planquer dans la réserve ! l’informe-t-il dans un éclat de rire et en caressant son chat.
— Oh putain… C’est pas vrai ? Et ça le fait marrer !
Colombe doit s’asseoir un moment, puis revient vers la table, ne s’adresse qu’à sa minette d’une voix sifflante.
— Scarlett, il ne te ressemble même pas ! Je n’ose imaginer le mélange de vous deux ! Tomber amoureuse du premier qui passe. C’est n’importe quoi !
Son cerveau fonctionne à toute vitesse en fixant le sol.
— Elle peut avorter ?
Martin marque son désaccord en balançant la tête de gauche à droite.
— Pourquoi ne pas la laisser avoir ses petits ?
— Répondre à une question par une question va vite m’énerver ! Combien de bébés ?
— Deuxième bonne nouvelle… seulement deux !
— Elle pourrait en avoir combien ?
— Six ou huit, c’est courant.
— Ma grand-mère a raison… Je vais finir vieille fille avec mes chats ! bredouille-t-elle en se massant les tempes.
Martin continue à se marrer de plus en plus fort.
— Vieille fille, je ne sais pas. Avec des chats, il y a des chances !
— Vous trouvez ça drôle ? C’est votre Philibert… le responsable ! Vous devriez me chercher une solution au lieu de vous payer ma tête. Pousse-toi ! ordonne-t-elle au matou. Terminés les mamours… Faut pas déconner !
— Si tu ne veux pas les garder, on trouvera une solution.
Martin continue de caresser les amoureux en souriant.
— On peut se tutoyer… On fait partie de la même famille !
Les éclats de rire de Martin se succèdent. C’est la première fois qu’il voit Colombe totalement déstabilisée.
— Quand vous retrouverez Iris dans votre lit avec un copain de classe, vous vous souviendrez de ce moment !
Il la fixe, ouvre grands ses deux émeraudes.
— Ça sent le vécu. Raconte-moi ça !
— Ne vous emballez pas, on n’est pas suffisamment intime ! l’informe-t-elle avec une grimace forcée. Vous avez vu la tête de votre chat ? Qui va vouloir d’une bestiole, mélange de ces deux-là ?
— Je les garderai. Iris sera très contente si l’un d’eux ressemble à Scarlett.
— Comment je vais faire ? Les voir partir après les avoir dorlotés pendant trois mois ?
— Tu en gardes un et nous prenons le deuxième.
— T’as un Lexomil, un truc pour humain dans tout ton bazar ? Je suis au bord de la crise d’angoisse ! souffle-t-elle en se ventilant avec son foulard.
Et qui fait son entrée sans tambour ni trompette ? Iris !
— Qu’est-ce qu’il se passe ? Scarlett est malade ?
— Demande à Martin, répond Colombe en se laissant tomber sur le tabouret. C’est lui, le spécialiste !
— Scarlett va avoir deux petits !
Martin continue ses éclats de rire en pointant du doigt Philibert, toujours collé à Scarlett.
— Non ! Trop trop trop cool ! Le truc le plus cool de la journée ! s’exclame-t-elle avec une petite danse.
— Je suis tombée chez les fous.
Colombe ne cesse de se masser les tempes.
— Tu n’as pas de Lexomil, mais peut-être une molécule pour la migraine ? Un pic-vert cherche à extraire une chose de mon cerveau !
Le sourire aux oreilles et sans bouger les épaules, Iris tourne lentement la tête en direction de Martin.
— Je rêve ou elle te tutoie ?
— Va demander à Claudie un cachet de paracétamol et un verre d’eau.
Toute en caressant les deux chats, il la regarde.
— Alors… qu’est-ce qu’on fait ?
— Arrête de te marrer, ce sera un bon début !
Iris revient aussitôt avec le verre d’eau, Colombe avale le cachet illico.
— Ma puce, Martin t’a expliqué l’importance du préservatif ?
Ils se regardent du coin de l’œil, Iris attrape le verre qu’elle vient de lui donner et le sent.
— C’était bien de l’eau ! T’as picolé avant de venir ? glousse-t-elle en se tenant le ventre. J’ai onze ans !
— Mieux vaut prévenir que guérir ! On sous-estime la précocité de certaines ados. Regarde Scarlett ! Hier, elle était un bébé, aujourd’hui, elle est une future maman.
Pour la calmer, Iris lui tapote doucement la main en lui parlant avec douceur.
— Ça va aller. Philibert est beau gosse, Scarlett a bon goût. C’est un tombeur, les minettes sont toutes raides dingues de lui.
— Si c’est un tombeur… Ça change tout ! souffle Colombe en écartant les bras.
— Martin, il y en a combien ? Ils vont naître quand ? Je pourrai en avoir un ? C’est quoi la lettre cette année ? Je vais préparer une liste. Je suis tellement contente…
Iris est en orbite autour de la planète bonheur et Colombe l’observe presque en souriant avec tendresse. Martin comprend immédiatement. Jamais elle ne fera une chose pouvant l’attrister.
— Il y en a deux. La lettre c’est le T. Tu verras avec Colombe si elle t’en donne un.
— S’il y a une fille, on pourra l’appeler Tara ? Ça va bien avec Scarlett… Hein, Colombe ?
— C’est très mignon. Ton oncle a intérêt à être dispo pour l’accouchement !
— Son oncle ? De qui elle parle ?
En prétextant qu’elle va récupérer Scarlett et Philibert qui se sont fait la malle, Iris disparaît dans la réserve.
— Tu sniffes le désinfectant ? Si tu ne sais pas qui est son oncle, je ne peux rien pour toi !
— Je ne suis pas son oncle !
Elle le détaille plusieurs secondes en rassemblant péniblement les infos.
— Je vais essayer de résumer, ma migraine ne va pas passer ! Tu n’es ni son père ni son beau-père. Tu n’es pas son oncle et encore moins son grand-père.
Elle réfléchit deux secondes.
— Son cousin, son frère ?
— Nous n’avons aucun lien de parenté. Je suis son tuteur depuis sept ans et elle est la personne la plus importante de ma vie.
À cet instant, la carapace se fissure, Colombe ressent son émotion. Iris lui avait dit qu’il était son oncle, elle ne lui en parle pas. Désarmée face à ses questions, elle a trouvé cette échappatoire.
De retour, les matous dans les bras, Iris adopte une petite moue suppliante.
— Colombe, ce serait bien s’ils restaient tous les deux. Tu veux bien prendre Philibert chez toi, le temps qu’ils aient leurs bébés ?
— Combien de temps avant que je sois grand-mère ?
— Cinq, six semaines…
— Et après, je vais avoir quatre chats à la maison… Je vais me flinguer ! déclare-t-elle en ébouriffant ses cheveux.
— Philibert est très propre, lui précise la miss en posant sa main sur son bras. On va prendre un grand panier, ils pourront dormir tous les deux. T’es d’accord Martin ?
— Oui.
Iris est tellement contente, Colombe l’observe avec une infinie tendresse.
À coup sûr, elle va compter les jours.
— Je peux venir avec toi les installer ?
— Oui, Martin viendra te récupérer ce soir.
La Coccinelle chargée des deux chats, d’un panier familial, de croquettes et de vitamines pour Scarlett, la folle équipée regagne la maison de Colombe.
Bénédicte s’apprête à partir en soirée, elle se stoppe en la voyant sortir les deux chats.
— Bonsoir, madame ! la salue poliment Iris.
— Bonsoir, Iris. Colombe, tu as un deuxième chat ?
N’y tenant plus, Boucle d’or se charge de l’informer.
— Scarlett est enceinte de Philibert, notre chat. Ils vont vivre ensemble chez Colombe. C’est une belle histoire… vous ne trouvez pas ?
Impossible pour Bénédicte de se contenir, son rire cristallin résonne dans la nuit qui tombe. Après quelques minutes, elle reprend son souffle, ajoute en douce sans être entendue par leur élève.
— Excuse-moi ! Punaise… Si seulement le maître pouvait être aussi rapide !
— La sorcière blonde m’a jeté un sort, je ne vois que ça !
Colombe la détaille un instant.
— Tu es drôlement pomponnée ! Tu sors ?
Sur des talons de dix centimètres et moulée dans une petite robe noire, Bénédicte est une bombe.
— Pas du tout. Je me suis habillée comme ça pour faire la vaisselle ! déclare-t-elle avec un geste d’évidence. J’ai un rencart avec Jérôme !
— Oh… Belle soirée alors !
— Tu ferais mieux de me souhaiter une bonne nuit !
Elle éclate de rire, disparaît au volant de sa voiture.
Après quelques tergiversations, le panier du couple est installé dans un coin tranquille, pas loin de la chambre de Colombe. Iris dépose une couverture bien douce dans le fond en prenant plaisir dans ces préparatifs.
— Je meurs de faim. Les émotions, ça creuse ! Demande à Martin si vous voulez dîner avec moi ce soir.
Malheureusement, le beau véto doit pratiquer une opération urgente sur un chien qui vient de se faire renverser par une voiture. Les filles dînent seules. Deux croque-monsieur et une salade plus tard, à vingt heures trente, Colombe raccompagne Iris chez elle. Ils habitent à deux kilomètres, une maison moderne, avec seulement quatre voisins en bout de rue. Colombe s’étonne de la trouver dans le noir.
— Martin n’est pas rentré ?
— Mince, j’aime pas être toute seule le soir !
— Comment tu fais quand il a des urgences la nuit ?
— À la clinique, il m’a aménagé une chambre. Des fois, je dors chez Garance.
— Je vais attendre avec toi, il ne devrait plus tarder.
Colombe laisse sa voiture devant la maison, Iris n’a pas le bip pour ouvrir le portail. Elles accèdent au jardin par une petite grille blanche. Dès l’ouverture de la porte d’entrée et des lumières, Colombe est sous le charme. L’intérieur est aussi moderne que l’extérieur. Manifestement, le maître des lieux ne s’encombre pas de bibelots et autres babioles inutiles. Dans un style épuré, pas un meuble ancien : le blanc domine avec quelques touches bleues. La cuisine ressemble à un laboratoire. Tout est nickel et le plan de travail est totalement vide. L’électroménager est caché par des placards qui coulissent. Elle grimpe rapidement à l’étage et il est composé de quatre chambres. Martin et Iris ont chacun leur salle de bains. Dans celle du beau grisonnant, Colombe y reconnaît son parfum. Au bout du couloir, la chambre de la miss est grande, beaucoup de mauve et de rose se mélangent dans un joyeux bazar. Celle de Martin est plus petite, dépourvue de meubles à l’exception de deux tables de nuit en bois presque noir. Un parquet moderne au sol, le pan de mur bleu canard derrière la tête de lit est la seule touche de couleur. Boucle d’or lui fait visiter chaque pièce avec un plaisir qu’elle ne cherche pas à dissimuler. Elle lui montre son doudou. Un ours de couleur miel.
— Tu sais comment il s’appelle ?
— Non.
Iris retourne la peluche en lui désignant une étiquette bleue, un peu délavée.
— Martin ! C’est l’ours Martin, éclate de rire Iris. Tu sais qui me l’a offert à ma naissance ?
— Martin ! Il est en excellent état pour un ours de onze ans !
— J’en avais deux. L’autre est rangé, il est plus amoché. Tous les deux, on a vécu de folles aventures !
— Votre maison est extra !
— On a tout choisi ensemble.
— Quelqu’un vous aide pour le ménage ?
— T’as vu sa clinique ? Tout est au carré, ici c’est pareil. Martin est maniaque. La maison a été pensée pour être pratique. Il me dit toujours : « Iris, tout à une place. Range ce que tu utilises au fur et à mesure ! ». Ma chambre, il me laisse dans mon petit foutoir. Des fois, on fait le ménage ensemble. Il ne veut pas que quelqu’un le fasse pour nous. Je dois apprendre à me débrouiller par moi-même.
— Va vite prendre ta douche. Tu as des leçons à réviser ?
— Non, je me suis avancée.
Colombe patiente à l’étage en attendant qu’elle sorte de la salle de bains. Dans sa chambre, une photo sur sa table de nuit attire son attention. Un couple avec un bébé de quelques mois dans les bras. Les petits tortillons qui composent la chevelure de la jeune femme ne laissent aucun doute, elle est sa maman. Ils sont beaux, souriant. Colombe est de plus en plus intriguée.
Où sont-ils ? Pourquoi est-ce Martin qui élève leur fille ?
Tel un ourson dans sa combinaison pyjama en pilou-pilou et le visage rosi par la douche, Iris est prête pour la nuit.
— Prépare ton sac pour demain et au lit ! Je ne partirai pas avant son retour.
Le sourire aux lèvres, elle s’installe au milieu de ses peluches.
— Tu peux dormir avec moi, Martin ne sera pas fâché.
— Il ne devrait plus tarder.
Colombe pose un baiser sur son front.
— Bonne nuit, petite fleur.
— Bonne nuit, Colombe. Merci de rester avec moi.
Iris dort depuis deux heures, Martin est toujours aux abonnés absents. Elle retire ses baskets, s’allonge sur le canapé. Elle allume la télé quelques minutes, puis surfe sur les réseaux sociaux avec son téléphone avant de sombrer.
À une heure, profondément endormie, Colombe ne sent pas la couverture qu’il dépose sur elle. Il se contente de la regarder. La dévorer des yeux conviendrait davantage.
Quand elle émerge, elle essaie de se souvenir où elle est. Tout ce qui se trouve autour d’elle lui est étranger. La petite voix d’Iris la ramène à la réalité. Ils papotent et rient dans la cuisine.
Assise sur le bord du canapé, elle s’étire.
Dormir avec mes vêtements n’est pas une expérience à renouveler. Je ne l’ai pas entendu rentrer, encore moins déposer la couverture sur moi. J’espère que je ne ronflais pas. Martin va m’asticoter pendant des semaines !
Elle enfile ses baskets, les rejoint en replaçant ses boucles.
— Bonjour. Tu as bien dormi ?
Iris se lève aussitôt pour l’embrasser.
— Si on veut.
Douché et beau comme un dieu dans son polo vert bouteille, Martin la détaille en souriant.
Il m’énerve. Il s’est couché en milieu de nuit et il est frais comme une rose, alors que moi je ressemble à un épouvantail qui émerge d’un after bien arrosé.
— Tu veux du thé, du café ? On est en panne de lait, donc pas de chocolat !
— Un thé sera parfait, lui dit-elle en prenant place à côté de la petite miss, le sourire jusqu’aux oreilles.
Martin fait le service. Il lui propose des toasts, qu’elle refuse. Voyant Iris la fixer, elle sourit à son tour.
— Qu’est-ce qui te met de si bonne humeur ?
— Rien. Je suis contente que tu sois encore là !
— Ne traîne pas, ma puce, lui dit gentiment Martin. Tu vas être en retard.
Colombe pose sa tasse d’un geste brusque.
— Il est quelle heure ?
— Sept heures et quart.
Elle se redresse, ajoute d’une voix aiguë.
— Sept heures et quart ! Et j’ai cours à huit heures !
Elle s’éjecte de son siège, ferme un œil en réfléchissant tout haut.
— Je suis venue comment ? J’ai ma voiture ?
— Les chevaux n’étant pas accrochés à la grille du jardin, ton tacot ne doit pas être bien loin. Oh quelle chance, je le vois ! Il est garé juste devant la maison, se gausse Martin en le pointant du doigt à travers la baie vitrée de la cuisine.
— Je file. Je ne serais jamais à l’heure au collège !
— Je peux te faire un mot d’excuse, ça marche assez bien pour Iris, se moque-t-il encore. En dernier recours, j’ai le numéro de portable de Max !
— T’as avalé un clown, ce matin ? Désolée, je n’ai pas le temps de chercher un truc ironique à te répondre. Merci pour tout… et à bientôt !
Elle embrasse Iris, se contente de lui dire salut et disparaît au volant de sa Coccinelle.
Ils se regardent en rigolant.
— Tu l’aimes bien ?
— Elle est marrante. Pourquoi cette question ?
— Elle croit que tu ne l’aimes pas. Je l’ai entendue ronchonner l’autre jour. Elle se parlait tout haut : « Ce mec me déteste… il doit régulièrement rêver qu’il me roule dessus avec sa grosse bagnole ! »
Martin n’argumente pas. Il se contente de sourire en terminant son café.
— Tu la trouves jolie ?
— Qui ?
— T’es chiant… Colombe !
— Iris, ne me parle pas comme ça !
— Réponds, s’il te plaît ?
— Elle est très jolie. Elle a un style, surprenant !
— C’est sur… ça change d’Olympe la Barbie !
— Pourquoi tu ne l’aimes pas ?
— Elle a le rire d’une hyène.
Il hoche la tête en ouvrant le lave-vaisselle.
— Ce n’est pas faux. Je crois qu’elle t’aime bien.
— C’est ce qu’elle aimerait te faire croire. Elle crève d’envie que tu lui passes la bague au doigt !
— Je te l’ai déjà dit plusieurs fois et elle le sait. Personne ne vivra avec nous !
— Je l’ai entendue discuter au téléphone avec une copine. Elle était dans le jardin sous ma fenêtre de chambre et lui disait qu’elle était en train de me mettre dans sa poche, et qu’après ça, te décider sera un jeu d’enfant !
— Ça n’arrivera pas !
— Olympe essaie de te piéger !
— Soit tu lis trop de romans policiers, soit tu as une imagination débordante !
— Ce jour-là, elle a dit à sa copine qu’elle se croyait enceinte, mais qu’elle venait de faire un test et qu’il était négatif. Ne déconne pas… je ne veux pas vivre avec elle !
Il se contente d’ouvrir des yeux comme des soucoupes, toussote plusieurs fois.
— Merci pour tes mises en garde, mais je ne suis pas en couple avec Olympe.
Les paroles de Martin l’ont boostée pour la journée. Si Olympe n’est pas son amoureuse, la place est libre…
En arrivant chez elle, Bénédicte rentre elle aussi. La chevelure hirsute et pas gênée pour deux sous, elle y va de son commentaire en détaillant Colombe.
— Les mêmes vêtements qu’hier et les cheveux en pagaille, t’aurais pas oublié de me raconter un truc ?
— T’as bonne mine, mon crayon ! Tu t’es regardée ? T’as dormi avec ta robe ?
— La meilleure nuit depuis longtemps, confirme la miss en s’étirant. Et non, j’étais à poil ! Je peux te demander où tu as passé la tienne, et si elle a été bonne ?
Colombe claque la portière de sa voiture, lui décroche une moue déçue.
— J’ai dormi sur le canapé, habillée !
Bénédicte se stoppe, se met face à elle.
— Martin est gay ? Ma parole, on les attire !
— Ben non… il est avec Olympe !
— Une nana canon dort chez lui… et il la fait dormir sur le canapé ! Plusieurs infos me manquent. Il n’a pas une chambre pour ses invités ? Es-tu sûr de sa santé mentale ?
Colombe souffle bruyamment.
— On est super en retard, je te raconterai à midi.
— T’as intérêt. Et je veux tous les détails ! la menace-t-elle en poussant la grille du jardin.
— Ne sois pas trop impatiente, rien de bien croustillant à l’horizon. Ça ne semble pas ton cas ! Je vais compter les minutes, glousse-t-elle en ouvrant la porte de chez elle.
Installé de tous leurs longs sur le canapé, son petit couple d’amoureux ronronne de concert. Après avoir vérifié qu’ils ont à boire, les croquettes pour la journée, elle file sous la douche et saute dans ses vêtements à la vitesse de la lumière.
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