Les Iris de Colombe (French Edition)

Hélène Jasmé · Chapitre 31 sur 44

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Les Iris de Colombe (French Edition)

Le nuage

 

Derrière chaque nuage, il y a un rayon de soleil, mais cela reste un nuage. Il peut annoncer une courte averse ou une tempête, personne n’en sait rien.

Dès le lendemain, la main tremblante, Martin contacte le collaborateur de Léopoldine. Dans la journée, un avocat chevronné accepte leur dossier, et après quelques conversations téléphoniques, il a une vue claire de leur requête. Avec un certain soulagement, Martin et Colombe lui donnent carte blanche et dans la foulée, la procédure est lancée.

Tant de mois dans la clandestinité ont laissé des traces, revenir à une vie normale de couple est difficile. Malgré l’emballement d’Iris, Martin et Colombe ne peuvent s’y résoudre. La réaction de Nadine et Jacques à la suite de leur demande de garde est une inconnue, la prudence leur souffle de patienter. En accord avec Max et Paul, ils poursuivent comme prévu leurs vacances au haras.

Tous les matins, Iris travaille avec ses professeurs et ce n’est pas simple. Les programmes depuis septembre sont à revoir : le point noir étant les mathématiques. Aucun des trois amis ne possède de disposition pour cette discipline, Max a l’idée de contacter un collègue pour qu’il les aiguille. Les premières heures sont laborieuses, mais petit à petit, la situation s’améliore. Iris fait preuve de bonne volonté. En une semaine, les cours des différentes matières s’enchaînent, parfois des journées entières. Martin ne manque pas une occasion de l’encourager, de la féliciter. Tous les soirs, ils font de grandes balades, sans la présence de Colombe. Elle a trouvé une parade en leur expliquant qu’elle souffre d’une douleur à l’épaule, et répète à l’envi qu’elle préfère attendre d’être vraiment remise.

Ce samedi matin, Martin est parti aux aurores. Une journée chargée où il va enchaîner les opérations. Après une semaine de travail acharné, c’est la relâche pour les rattrapages de cours. Dans la joie et la bonne humeur, Iris seconde Paul. De la maison, Colombe les observe sauter d’un box à l’autre, seller les poneys, vérifier la longueur des étriers. En fin d’après-midi, elle sort ses juments, les brosses, puis passe à Black. De retour d’une balade avec Paul, dès qu’elle met pied à terre, Iris demande à monter sur le dos du bel équidé noir de jais. Il n’est pas question qu’elle se déplace avec, Colombe n’y voit aucun mal. Elle l’aide à grimper et la petite miss s’imagine dans quelques années faire de grandes chevauchées, agrippée à lui. S’apprêtant à en descendre, elle a déjà rabattu une jambe sur l’autre, un scooter pétaradant entre dans la cour. Surpris, Black fait un écart. Iris glisse sur le côté, se réceptionne sur son poignet gauche. Rapidement sur ses pieds, elle grimace en se tenant l’avant-bras. Colombe se précipite.

— Merde ! Tu as mal ma puce ?

— Regarde, ça gonfle !

— Ton poignet est peut-être cassé, on file aux urgences !

Sans prévenir Max et Paul, elles foncent en direction de l’hôpital.

Durant les quinze minutes de trajet, Colombe se maudit d’avoir cédé à sa demande. Son état ne présente aucune gravité, mais ses alarmes intérieures s’affolent.

Dans la salle d’attente des urgences, Colombe appelle Martin. Elle tombe sur sa messagerie, signe qu’il est au bloc, elle se rabat sur sa secrétaire.

— Claudie, pouvez-vous demander à Martin de nous rejoindre à l’hôpital ? Iris a fait une petite chute. Rassurez-le, elle n’a rien de grave, mais ils ont besoin de ses références.

— Je le préviens dès qu’il sort du bloc.

— Merci, Claudie.

— À bientôt, Colombe. Bon rétablissement à Iris.

Au bout d’une heure d’attente, une infirmière vient chercher la miss pour sa radio. Colombe veut l’accompagner, mais la jeune femme s’y oppose, l’estimant suffisamment grande pour y aller seule. Elle insiste, la soignante s’énerve en lui demandant si elle est sa maman. Colombe baisse la tête avec un signe de négation. En la prenant par l’épaule, elle l’attire en direction d’une autre salle. À peine cinq minutes plus tard, Martin fait son apparition, le visage fermé. Colombe comprend immédiatement qu’il n’est pas dans un bon jour. Les mâchoires serrées, il s’adresse à elle d’un ton sec, sans prendre la peine de l’embrasser.

— Où est Iris ?

— À la radio, elle vient de partir.

— Pourquoi tu n’es pas avec elle ?

— L’infirmière n’a pas voulu.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

En quelques phrases et sans rien lui cacher, elle le lui résume.

— Ton imprudence va nous coûter cher ! Combien de fois dois-je te dire de ne pas la faire grimper sur Black ?

Son agressivité la décontenance, il évite son regard. Son visage a l’apparence d’un masque figé.

— Martin, c’est une petite chute, cela arrive. C’est son poignet gauche, elle pourra continuer à écrire. L’urgentiste ne pense pas à une fracture.

Il balaie son explication d’un geste de la main.

— Pourquoi font-ils une radio dans ce cas ?

Il s’agite, souffle en permanence sans effort pour dissimuler sa colère.

— Nous avons suffisamment de problèmes, rentre ! Je vais prendre le relais.

— Je vais attendre avec toi…

— Fais ce que je te demande ! Rentre ! Tu n’as rien à faire là !

Heurtée par son ton abrupt, sa manière de lui ordonner de partir, Colombe est sonnée. Aux dernières paroles, elle a même eu un mouvement de recul. Le cœur chagrin, elle file dans les couloirs avec l’impression qu’elle ne parviendra jamais à en sortir. Une fois dehors, elle court sous la pluie glaçante jusqu’à sa voiture, prend le chemin du haras.

Tout le trajet, elle retient ses larmes. Colombe a reçu ses reproches avec trop de forces. Des spasmes douloureux l’envahissent par vagues, lui oppressent la cage thoracique. Respirer normalement ne lui est pas possible.

Après avoir expliqué à Max et Paul le motif de leur absence, elle ramasse ses affaires, attrape sa ménagerie et entasse tout dans sa Coccinelle. Surpris par sa fuite, Max la bloque un instant.

— Colombe, qu’est-ce qu’il se passe ? Tes vêtements dégoulinent de pluie, prends le temps de te sécher un peu.

Elle s’en fiche d’être trempée, c’est le cadet de ses soucis. Colombe ressent à peine l’humidité de son blouson.

— Martin m’a très mal parlé et me tient responsable de la chute d’Iris. Je préfère rentrer. À demain, les garçons.

Les bras ballants, ils la regardent quitter la cour sans plus de détails et sans moyens pour la retenir.

En s’installant chez elle avec ses chats, elle enrage contre son amoureux. Sa peur, elle la comprend et il est vrai, cette blessure tombe mal, mais cela ne justifie en rien son agressivité à son égard et ses reproches.

Trois heures plus tard, le bolide de Martin se gare en trombe. Il est seul et à la manière dont il claque la portière, il n’est pas mieux disposé. Elle ne se lève pas pour l’accueillir. Devant sa table à dessin, elle n’a pas un regard pour lui. Planté face à elle, ce n’est pas le jour des salamalecs.

— En plus, tu te tires ! Putain, Colombe !

Elle pose son crayon, le mitraille.

— Je suis restée calme jusqu’à présent, mais tu vas changer de ton ! Je ne vais pas supporter tes humeurs très longtemps ! OK, j’ai eu tort… mais il n’y a pas mort d’homme ! Ce n’est qu’une entorse ! Cesse de me parler comme si j’avais deux ans !

— Ce n’est pas son poignet, le problème ! Je n’ai pas envie de me disputer avec toi, j’ai d’autres chats à fouetter !

Martin fait des allers-retours dans la pièce en essayant de maîtriser sa voix qui n’a pas encore retrouvé son timbre normal.

— C’est quoi, alors ?

— Iris va devoir partir lundi matin pour toute la semaine chez Nadine et Jacques, l’assistante sociale viendra la chercher. C’est une demande de la juge, on n’a pas le choix. Cette blessure va apporter de l’eau à leur moulin. Je te rappelle qu’ils ne cessent de répéter qu’ils estiment trop dangereuse l’équitation. Tu comprends maintenant ?

Il a tout sorti d’une traite, presque sans reprendre une respiration. Blessée par son argumentaire, elle souffre doublement. Le départ d’Iris lundi matin va être une torture et Martin ne cesse de l’accabler. Ratatinée devant sa table à dessin, elle s’enferme dans une bulle, ne lui répond plus.

La voyant sans réaction, toujours avec sa voix de chef de troupe, il se plante à nouveau devant elle.

— Iris nous attend chez moi et j’aimerais que tu viennes. Je ne supporterai pas qu’elle parte avec en plus le sentiment que tu nous fais un caca nerveux ! Ton attitude puérile me déçoit !

La colère se mélange à sa douleur, elle court vomir dans les toilettes. Martin ne s’en émeut pas plus que ça. Sa séparation avec Iris a pris toute la place dans sa tête, il n’est plus rationnel. Sa bienveillance et sa douceur envers son amoureuse ont disparu.

En bon petit soldat, elle attrape ses chats, jette dans un sac quelques vêtements pour le lendemain et la nuit. Elle étouffe sa révolte, mais refuse de monter avec lui, elle s’y rend avec sa voiture. Pendant le trajet, elle fait des exercices de respiration, se préparant à soutenir Iris en faisant abstraction des mots durs qu’il vient de prononcer. Elle les chasse de sa mémoire pour se concentrer sur sa petite fleur. Et du courage, il va lui en falloir. À peine la porte franchie, le torrent force le barrage. En larmes, Iris ne cesse de lui répéter qu’elle refuse d’y aller. Les reproches de Martin la bloquent, Colombe ne sait que lui dire pour lui remonter le moral et lui faire entrevoir ce séjour autrement. En lui caressant ses petits tortillons blonds, elle joint ses pleurs aux siens.

Après un dîner mortel, ils ont tous picoré, Colombe n’envisage pas de passer la nuit avec son amoureux. Elle propose à Iris de dormir avec elle. Sans intervenir, Martin se contente de la foudroyer du regard en serrant les mâchoires. Blotties l’une contre l’autre, elles se parlent dans le noir jusqu’à épuisement. Les cliquetis de la pluie contre les vitres produisent une musique apaisante, elles se laissent bercer.

La soirée a été sinistre, la matinée n’est pas mieux. Iris pleure sans discontinuer et Martin semble au fond du trou. Impuissant face à ce départ forcé, il ne le supporte pas. Il beurre des toasts qu’il ne mange pas, se contente de boire son café par petites gorgées sans même remarquer que sa douce n’a rien avalé. Ses tics sont plus présents que de coutume. Il ne cesse de souffler et de se gratter la barbe de longues minutes, le regard dans le vague.

En début d’après-midi et après un déjeuner de même nature que les autres repas, Martin emmène Iris embrasser sa jument. Leurs pensées se rejoignent : si elle ne revenait pas. Si Nadine et Jacques en profitaient pour la garder de gré ou de force chez eux. Que pourraient-ils y faire ? Sans doute rien. Ils sont ses grands-parents et si la juge le décide, Martin n’est qu’une bonne âme qui a pris soin d’elle durant huit ans.

Au haras, ils y retrouvent Max et Paul, consternés d’apprendre son départ. Ils parlent peu, se contentent de consoler la petite miss, si triste.

— Je la monterai tous les jours et je t’enverrai des photos, la rassure Paul.

— Merci. Si je ne reviens pas, tu la chouchouteras ?

En larmes, Iris entraîne avec elle les trois gaillards, Martin met cinq minutes à réagir.

— Ma puce, l’assistante sociale me l’a promis. Vendredi soir, elle te ramène.

Après des caresses et des baisers humides et salés à Sultane, ils regagnent leur maison. Prostrée sur le canapé et les chats vautrés sur elle, Colombe n’a pas bougé d’un cil. Tara accourt en sautillant. Iris se baisse, la prend dans ses bras, s’étonne qu’elle ne soit pas planquée dans un coin pour faire sa nuit. Elle s’assied à côté de Colombe, câline longuement les trois boules de poils en leur chuchotant qu’ils vont lui manquer.

L’assistante sociale sera là dès huit heures le lendemain matin. Martin attire Iris à l’étage, ils doivent préparer quelques vêtements pour sa semaine. Pas motivée, elle s’allonge sur le lit, l’observe constituer sa valise. Son poignet lui fait mal, elle ne cesse de bouger son attelle.

— T’es fâché contre Colombe parce qu’elle m’a laissé monter sur Black ?

— Non.

— Pourquoi vous ne vous parlez pas ?

— On est malheureux de te voir partir.

Au dîner, ils se contentent de grignoter, et comme la nuit précédente, les filles dorment ensemble. Martin s’allonge avec elles une heure, le temps que la miss trouve son sommeil, et il rejoint son lit, seul. Entre les amoureux, le contact est rompu. Chacun bloqué dans sa tristesse et ses angoisses qu’ils ne verbalisent pas, ils ne ferment pas l’œil.

Le lendemain matin, avant l’arrivée de l’assistante sociale, Iris est une fontaine. Elle demande à Colombe d’échanger son pendentif avec le sien : les cadeaux de Suzette à Noël.

— Comme ça, je serais avec toi et tu seras avec moi, marmonne-t-elle entre deux hoquets.

Martin a toutes les difficultés du monde à garder ses larmes à l’intérieur, Colombe en est incapable.

À l’arrivée du taxi, ils ont tous les yeux rouges, peinent à se quitter. L’assistante sociale ne les brusque pas, mais Iris la suit en pleurant de plus belle. Derrière la baie vitrée, Colombe sanglote, sa boîte de mouchoirs rivée à sa main. Sans un mot, Martin part aussitôt à la clinique. Son besoin immédiat est de s’étourdir en travaillant. Depuis la veille, Colombe ne pense qu’à une chose : fuir Concarneau. Elle a annulé son rendez-vous pour sa première échographie, rien ne presse. Son cerveau n’étant plus capable de raisonner de manière logique, ce bébé, elle ne sait plus si elle le veut, et d’ailleurs, elle ne se sent pas enceinte. Autant les premiers symptômes lui sont apparus très vite, autant maintenant, elle ne ressent plus rien. Elle n’a quasiment rien mangé depuis deux jours, a juste le sentiment de flotter au-dessus de son corps. Elle rassemble ses affaires quand Martin lui envoie un message.

« Rejoins-moi à la clinique avec Tara, je dois la vacciner. »

Sans même s’offusquer de la froideur inhabituelle de sa demande, Colombe enferme la chipie dans son panier de transport, file à la clinique. En son for intérieur, elle espère une réconciliation ou au moins un moment plus doux qui effacera les deux derniers jours et les paroles blessantes.

Dans la nuit, la pluie a cessé, laissant place au brouillard. Il s’est infiltré dans les rues concarnoises, ne se dissipe pas. Ce matin, l’aube s’est fait attendre. C’est à présent une matinée austère, elle le remarque à peine. Nous avons pour habitude de dire que tout est plus beau sous le soleil, mais tout n’est pas plus laid sous le gris. Quand tout va mal, c’est notre regard sur les choses qui les grise, la météo n’a rien à voir.

Garée sur le parking, Colombe fait le tour de sa voiture, ouvre la portière du côté passager. Un claquement de porte lui fait tourner la tête. Olympe sort de la clinique en ajustant sa veste de tailleur et en replaçant ses cheveux. Colombe n’avait pas remarqué sa Barbie mobile, un véhicule utilitaire la cache en partie. Ce n’est pas le cas de la blonde vipère. Malgré ses stilettos de dix centimètres, en quatre pas elle se plante devant Colombe, la fusille de ses prunelles noires.

— Ne savoure pas trop vite ta victoire, la ligne d’arrivée n’est pas en vue. Je connais Martin depuis des années et il n’est pas homme à s’enfermer dans une relation avec une minette insignifiante comme toi. Tu es le crush de sa petite protégée, mais dès qu’elle sera définitivement chez ses grands-parents, tu passeras à la trappe. Il ne t’a pas choisie, c’est elle qui t’a imposée !

Olympe la détaille avec dégoût.

— Sincèrement, comment peut-il te préférer à moi ? Tu es peut-être une bombe au lit, mais ça ne fait pas tout ! Ce ne sont pas quelques exceptionnels et inoubliables moments de plaisirs qui vont le retenir !

Statique dans l’ouverture de sa portière, Colombe est prise d’une bouffée délirante. Elle se voit lui enfoncer ses talons dans le fond de la gorge ; la traînant par sa tignasse sur plusieurs mètres ; lui arrachant ses extensions filasse, ses prothèses ongulaires une à une, et la piétinant en lui faisant ravaler chaque mot qu’elle vient de prononcer. Le visage impassible, elle se contente de la fixer en pensant à Iris. La voix de la garce blonde devient plus lointaine, comme si elle avait du coton dans les oreilles.

— Quel self-control ! Tu m’impressionnes ! Profite bien de tes derniers jours dans ses bras. Je ne suis pas inquiète, il me reviendra, Martin me revient toujours. Tu n’es pas la première qui s’aventure à me le piquer, même Max a essayé. Ton règne s’achève, je sais qu’au fond de lui il m’aime encore. Rester avec celle qui est à l’origine du départ d’Iris, il ne le pourra pas. Je dois tout de même te remercier, tu viens de me rendre un grand service. Je serai bientôt et définitivement débarrassée de la peste qui squatte sa maison depuis beaucoup trop longtemps !

Voyant une Concarnoise s’approcher d’elles, la blonde rejoint sa voiture en deux secondes. La dame qui vit au bout de leur rue se stoppe à sa hauteur en la dévisageant.

— Colombe, tout va bien ? Vous êtes si pâle !

Un goût de bile dans la bouche et le visage inexpressif, elle se contente de lui faire non de la tête. La colère forme une boule dans sa gorge l’empêchant de répondre. La garce vient de lui administrer plusieurs crochets du droit, même sa vue est brouillée. Tel un punching-ball, elle a encaissé les coups. Le front appuyé contre le toit de sa voiture, elle doit attendre pour quitter le parking. Au bord du malaise, ses oreilles bourdonnent, elle s’assied un instant du côté passager. Sans vraiment aller mieux, Colombe claque la portière, se glisse derrière le volant, totalement sonnée. En chemin, elle ressasse en boucle le monologue, ouvre la fenêtre pour ne pas vomir en conduisant. Son estomac est vide, que pourrait-elle vomir ? Consciente que cette femme est folle, et qu’elle serait prête à raconter n’importe quoi pour récupérer Martin, elle ne peut s’empêcher de penser qu’il y a un peu de vrai. Si Iris n’avait pas tout fait pour se rapprocher d’elle, y aurait-il eu une histoire entre eux ? Il lui dit qu’il l’aime. L’aime-t-il à travers les yeux d’Iris ? Que faisait-elle là ? Martin lui avait interdit l’accès à sa clinique. Le niveau de l’eau étant proche du bord, Colombe n’en peut plus de s’agripper pour ne pas couler. Elle lâche tout.

En arrivant chez Martin, transie et grelottante, Colombe se touche le visage en se pensant fiévreuse. Sa décision est prise. Elle doit s’éloigner pour quelques jours, poser sa vie et l’analyser de manière sereine. Avant de partir, elle embrasse la famille poilue, laisse un mot à l’intention de Martin sur la table.

Dans un état second, elle rejoint son appartement, avale deux verres d’eau dans l’espoir de faire passer ses vertiges. En une heure, dans un flou nauséeux, elle prépare sa valise, cherche son passeport et réserve son vol pour Londres. Elle ne prévient personne. Bénédicte et Jérôme sont à l’étage, elle ne prend pas la peine de leur dire qu’elle part. Se justifier ou expliquer les derniers jours est au-dessus de ses forces. Elle veut faire le vide, en a besoin.

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