Les Iris de Colombe (French Edition)
Un jour, ça va Deux jours, bonjour les dégâts
Un jour, ça va
Deux jours, bonjour les dégâts
La nuit fut excellente… le réveil est… tonitruant !
Colombe sursaute en entendant des cris. Ceux d’Iris et la voix d’une autre personne qu’elle n’identifie pas immédiatement. Elle tâtonne le lit, Martin n’est plus là. En vitesse, elle saute de son matelas, enfile un sweat sur son pyjama et descend pieds nus. Face à face, les deux rivales s’écharpent au milieu du salon. Marthe, la mèche impeccable dans une robe de chambre à fleurs, Iris la bouclette hirsute dans sa combinaison panda lui tient le verbe haut. Martin semble dépassé par la situation.
Dès qu’elle aperçoit Colombe au pied de l’escalier, Iris se précipite en enroulant ses bras autour d’elle.
— Ma biquette, qu’est-ce qu’il se passe ?
Iris sanglote, Marthe présente des signes d’agacement. Son amoureuse questionne Martin du regard. Déjà habillé, il revient à l’instant de la boulangerie avec du pain frais et des viennoiseries. Après un baiser, il se lance d’un air désolé.
— Hier soir, Iris a entendu une partie d’une conversation la concernant. Elle a dû ruminer ça toute la nuit et ce matin : boum ! Marthe lui a fait remarquer qu’elle devait s’asseoir pour prendre son petit déjeuner, elle lui a sauté à la gorge.
— Qu’est-ce qui t’a mis dans cet état ? lui demande Colombe en la serrant contre elle et en lui caressant le dos.
— Elle a dit à Martin qu’il devait me laisser partir chez mes grands-parents.
Le visage interrogatif, Colombe le questionne du regard. D’un clignement de paupières, il ne peut que confirmer.
— Va te changer. Je te déposerai chez Solène en allant au collège. Tu prendras tes céréales quand ils auront quitté la cuisine.
La miss grimpe l’étage fissa. Martin l’embrasse à nouveau.
— Iris n’a pas cours ce matin ?
— Deux profs sont absents, elle déjeune chez Solène et sa maman les conduira au haras en début d’après-midi. Tu peux développer l’embrouille ? C’est quoi cette histoire ?
Marthe se lève de table, les rejoint dans le salon.
— J’ai simplement dit à Martin que parfois il ne sert à rien de s’obstiner. S’ils ont la loi pour eux, il serait sans doute plus judicieux de la laisser partir. Au fond de moi, j’ai toujours pensé que cela se terminerait de cette façon.
Tout en parlant, Marthe replace d’un geste souple ses cheveux.
De quoi je me mêle ? Elle ne va pas commencer à nous emmerder !
— Rien n’est terminé et il n’est pas question de la laisser partir ! Notre équilibre est fragile, nous encaissons les coups depuis des mois. Iris n’a pas besoin d’entendre ce genre de commentaire et moi non plus ! rétorque Colombe en la fusillant.
Colombe tourne les talons, se sert une tasse de thé et file s’installer sur la table basse du salon. Sentant le tonnerre qui gronde, conforme à ses habitudes, Mathieu pique du nez dans son bol sans la regarder. Martin s’assied à côté d’elle en lui proposant un croissant. Sa douce est sur le point d’exploser et il le sait.
— Colombe, j’ai réagi à cette remarque. Ce sont des paroles malheureuses, ma mère n’a aucune idée du combat que nous menons.
— Par principe, quand on ne sait pas, on se tait. Mieux vaut qu’elle garde son clapet fermé jusqu’à leur départ. Dans le cas contraire, je ne réponds de rien.
Sentant l’électricité dans l’air, belle-maman ne peut s’empêcher une fois de plus de mettre son grain de sel. Elle s’assied à côté de son fils.
— S’il te plaît, maman. Tu en as assez dit !
— Nous ne souhaitons que ton bonheur et force est de constater que cette situation ne vous apporte que des problèmes.
Colombe en lâche son croissant, le petit déjeuner est terminé.
— Vous êtes venus pour convaincre Martin d’abandonner ?
— Non, bien sûr que non. Il y a huit ans, ses grands-parents ne pouvaient s’en occuper. Iris était petite et ne les connaissait pas. La situation est différente, je comprends leur souhait. Pensez à vous ! Repartez de zéro, votre vie de couple est devant vous !
Malgré sa voix douce, qui se veut dans l’apaisement, Colombe produit un effort surhumain pour ne pas exploser. Martin la laisse régler le différend.
Mieux vaut crever l’abcès dans l’instant. Colombe ne passera pas à autre chose sans lui dire le fond de sa pensée.
— Ma maman a souvent été à côté de la plaque, mais je dois le reconnaître, vous la battez à plate couture ! Martin n’élève pas Iris par obligation, inutile d’avoir fait des études de psycho pour le voir et le comprendre.
Marthe a une maîtrise de sa personne impressionnante, elle reste de glace sans désarmer.
— Je l’entends, mais il y a une différence entre le vouloir et le pouvoir.
— Et qui vous dit que nous ne le pouvons pas ?
— Mes enfants, cette voie est sans issue. Vous n’avez aucun lien de parenté avec elle. Quel juge vous en donnera la garde alors que ses grands-parents la veulent ? Nous avons un ami avocat qui nous l’a confirmé. La situation d’il y a huit ans n’est pas celle d’aujourd’hui.
— Les nôtres pensent le contraire. Et même si nous n’avions qu’une chance sur un milliard, nous la tenterions.
— Cette procédure peut durer des années. Vos avocats ne voient que leurs intérêts, l’argent que cette affaire va leur rapporter.
Colombe jette un regard furtif à Martin.
— Vous avez peur pour la situation financière de votre fils ?
— N’en soyez pas choquée, Colombe. C’est bien naturel de la part de parents.
— Maman, c’est ridicule. Je gagne suffisamment ma vie pour me lancer dans cette procédure.
— Aujourd’hui, mais si elle devait durer des années ?
Colombe est consternée.
— Nous ne roulons pas sur l’or, mais rassurez-vous, cette démarche ne le laissera pas sur la paille. Ma grand-mère était prête à prendre en charge les frais des deux avocats.
— J’ai peur, je le reconnais. Martin a travaillé si dur pour offrir à Iris une maison confortable et lui donner la possibilité de grandir dans un cadre agréable.
— Maman, si je devais la vendre pour payer nos avocats ou pour nous assurer de garder Iris avec nous, je le ferais dans la seconde.
— Ce serait une folie ! Si nous le pouvons, nous vous aiderons également. Mais cela reste une folie.
— Nous n’avons nullement besoin de votre argent, mais de votre soutien moral. Que cela vous plaise ou non, nous poursuivrons dans cette voie jusqu’à épuisement des recours s’il le faut. Faites preuve d’un peu d’intelligence en cessant de verbaliser votre désaccord dont nous n’avons que faire. Notre sac à dos est suffisamment lourd, inutile de nous imposer une charge supplémentaire. Cette conversation est terminée. J’ai mon compte d’inepties pour le reste de ma journée !
La petite séance de remise à niveau lui a fait perdre du temps, Colombe doit se préparer pour filer au collège. Martin la retrouve dans la salle de bains et la prend longuement dans ses bras.
— Ne lui en veux pas. Ils ne nous voient que de l’extérieur, n’ont aucune idée de ce que nous vivons.
— Je comprends pourquoi Iris dit : « un jour, ça va, deux jours, bonjour, les dégâts ». Hier, ça allait, c’était presque trop beau, mais ce matin, ça commence fort ! Ta mère me fait tellement penser à mes tantes, c’est dingue ! Elle est froide, sèche comme une biscotte. Tu élèves Iris depuis huit ans et tout ce qu’elle trouve à te dire c’est : « Laisse tomber ! ».
— Je comprends ton agacement, mais reconnais que tu ne te mets pas à leur place non plus. Ils ont peur et j’en tiens compte.
— Elle reste à sa place et je reste à la mienne. Dans le cas contraire, la cohabitation sera impossible.
Martin la rassure comme il peut. Sans doute parce qu’il en a l’habitude, les paroles de sa mère glissent sur lui. Il n’y aura jamais de cohabitation, ses parents ne sont pas si présents dans sa vie. Il se contente de l’embrasser pour la calmer.
— On déjeune tous les quatre ?
— Tu ne travailles pas cet après-midi ?
— Je vais rester avec eux. Mes parents ont réservé dans une brasserie qu’ils aiment bien.
— Si c’est pour avoir la tronche de Marthe vexée ou qu’elle continue ses speechs, mieux vaut que je m’abstienne.
— Faire la gueule n’est pas dans son caractère. Pour le reste, je ne peux rien te garantir.
Colombe hésite dans un premier temps, puis accepte pour lui faire plaisir. Ses beaux-parents ne leur rendront sans doute pas visite avant plusieurs mois, un petit effort lui est possible.
Contre toute attente, le déjeuner se passe bien. En boucle sur leur voilier, Colombe survole la conversation. Mathieu le remarque et pour l’inciter à entrer dans l’échange, il la questionne.
— Colombe, vous aimez la voile ?
Dans ses pensées, elle a tout juste entendu la fin de sa phrase.
— Vous aimez la voile ? répète Marthe.
— Pas vraiment. Pour être honnête, j’ai assez peu d’expériences.
— L’été prochain, nous pourrions faire une croisière. Notre voilier n’est pas très grand, mais suffisant pour quatre ou cinq personnes.
Belle-maman ne semble pas lui en vouloir de la conversation musclée de ce matin. Comme elle l’avait promis à son fils, elle s’est excusée auprès d’Iris et cette dernière les a acceptées du bout des lèvres. Marthe ne ménage pas ses efforts pour lui être agréable, Colombe fait de même. Une croisière avec eux est un joli mirage, leur bébé pointera le bout de son nez en début d’été. La future maman sourit intérieurement en imaginant la cohabitation des rivales sur un si petit espace. Même avec beaucoup de magie… qui le souhaiterait ?
— Pourquoi pas ? Rien n’est impossible à qui veut s’en donner les moyens !
Ravie de sa réponse, Marthe poursuit dans une description imagée.
— Quand nous sommes au large, sur une mer d’huile, un sentiment de plénitude nous transporte. Martin n’aime pas, les grands espaces l’oppressent. L’océan à perte de vue peut impressionner, raconte Marthe. Il est sauvage, indomptable et silencieux. La nuit en mer donne la sensation d’être seul au monde. Lorsque la lune se reflète à la surface de l’eau, le paysage devient inquiétant, fascinant, tellement grisant. Tous nos sens sont en éveil.
Elle sourit tendrement à Martin.
— La passion de notre fils est ailleurs, nous avons toujours respecté son choix.
Au fond d’elle, Colombe lui en veut d’avoir provoqué les larmes d’Iris, mais elle reconnaît qu’elle n’est pas l’aigle noir décrit par leur petite fleur. Marthe est loin du rapace qui guette l’instant où il pourra les déchiqueter. Lorsqu’elle raconte Martin, son visage s’illumine. Ils aiment leur fils unique, et c’est cet amour qui provoque ces maladresses, ces mots malheureux. Dans les montagnes russes de ses sentiments, elle se laisse porter par l’instant.
En sortant du restaurant, Martin et ses parents rejoignent sa clinique. Depuis leur dernière visite, des travaux ont été réalisés dans son bloc, il tient à le leur montrer. Colombe part récupérer Iris au haras, mais avant, elle s’arrête chez elle récupérer son courrier. Belle comme un cœur, Bénédicte s’apprête à retrouver son amoureux et des collègues dans une crêperie. Le sourire canaille, elle se frotte les mains dans l’espoir d’avoir quelques scoops croustillants.
— Alors… raconte-moi, beau-papa et belle-maman ?
En quelques phrases, elle lui fait un résumé des dernières vingt-quatre heures. Certes, Mathieu est effacé, mais pour Marthe, Colombe est incapable de dire si le courant passe ou pas.
— La suite au prochain épisode, lui sourit son amie. En même temps, tu ne vis pas avec eux.
Une main sur le cœur, elle émet un rire cristallin.
— Heureusement, si en plus on devait cohabiter avec nos beaux-parents, au secours ! J’aime follement Jérôme, mais là, je rends mon tablier. C’est une question de survie, ma belle-mère est une vraie emmerdeuse. Elle sait tout sur tout, me fait des cours sur l’écologie. Si seulement elle pouvait la mettre en veilleuse, ce serait déjà une belle contribution !
— Eh ben, c’est les grands amours !
— Tu te souviens quand Jérôme a eu la grippe ?
Colombe hoche la tête en gloussant d’avance.
— Elle me téléphonait trois fois par jour pour me rappeler de bien lui donner ses médocs. J’étais au bout du rouleau. À deux doigts de lui balancer que je suis sa nana, pas son infirmière, et qu’il est suffisamment grand pour se soigner seul.
— Tu aurais dû ! Remettre sa belle-maman à sa place, ça fait du bien parfois !
— Oui, mais non. Tu ne la connais pas ! Dans l’heure, elle aurait débarqué avec son thermomètre frontal et tous ces remèdes de grand-mère. On ne rigole pas avec la santé de son bébé ! Par contre, s’il m’entraîne dans des sports plus dangereux les uns que les autres, elle n’en a rien à cirer !
— Son bébé à presque trente ans et il fait un mètre quatre-vingt-dix ! Marthe est peut-être cool, en fin de compte !
— Elle est restée bloquée à six ans, et encore ! Pendant un déjeuner, elle m’a dressé une liste exhaustive de tous les plats qu’il aime, et m’a fait la gueule lorsqu’elle a compris que la yaourtière qu’elle m’a offerte pour mon anniversaire n’est toujours pas en action. Qui offre une yaourtière à sa belle-fille pour son anniversaire ? Les névrosées de la cuillère en bois ! Les excitées de la cocotte-minute ? Les obsédées du « je fais tout moi-même » ?
— Pourquoi tu lui as dit ? glousse Colombe.
— L’anguille est vicieuse, elle me tend des pièges ! L’air de rien, elle m’a demandé quel ferment j’utilisais ? J’avais l’impression qu’elle me parlait dans une langue inconnue ! J’ai juste répondu : « Du quoi ? ». Trop tard ! Le visage luisant et le ton péremptoire, elle m’a fait un cours sur l’importance de se nourrir de plat fait maison… et patati et patata ! Je me suis bien gardée de lui dire qu’elle ferait mieux de l’expliquer à son bébé. En apprenant qu’il est le chef des fourneaux, la pauvre aurait fait une attaque ! Je ne souhaite pas sa mort… Pas encore !
Colombe éclate de rire.
— Mouais… Il est aussi celui du fer à repasser, du lave-vaisselle et du lave-linge !
— Exact, mais elle ne le sait pas ! Jérôme adore… et il est tellement sexy, un batteur à la main, se justifie-t-elle en roucoulant. En plus, il est doué.
Bénédicte plisse le nez.
— Et si je le lui glissais discrètement, en faisant l’anguille, comme elle ? Si ça se trouve, belle-maman nous offrirait les services d’une femme de ménage pour soulager son bébé !
— Fais gaffe ! La possibilité qu’elle déboule avec sa centrale à vapeur et tout son attirail est réelle !
— T’as raison, très mauvaise idée ! glousse Bénédicte en levant les mains.
Les deux amies montent dans leurs voitures respectives en se moquant l’une de l’autre.
La mine renfrognée, Iris patiente près du box de Sultane. La soirée qui les attend ne la plonge pas dans l’allégresse. En bouclant sa ceinture, elle ronchonne.
— Ils repartent quand ?
Avant de mettre le contact, Colombe tente de la rassurer. En lui replaçant quelques boucles, elle lui sourit longuement.
— Sans doute demain. Ma louloute, leurs présences te chagrinent, ne t’offusque pas outre mesure s’ils ont quelques paroles malheureuses. Martin est heureux d’avoir un peu ses parents. Je ne me sens pas particulièrement bien avec eux, je le fais pour lui. Je ne laisse pas mes préjugés me dicter ma conduite.
— Je vais essayer. Ce matin, tu l’as bien remise à sa place.
— Elle n’a pas un fond méchant. Je ne parviens pas à savoir si je l’aime ou pas, et en même temps, cela n’a pas d’importance. Ce n’est pas comme si elle était notre voisine.
— Ne parle pas de malheur ! s’exclame la miss en se ventilant le visage de la main. Je les ai entendus hier soir, ils vont bientôt prendre leur retraite. J’espère qu’ils n’envisagent pas de venir s’installer ici !
Colombe se contente de lever les sourcils.
Moi aussi. Une petite prière est de mise !
Les Legwen papotent autour d’un thé, Colombe et Iris se débarrassent de leurs manteaux et chaussures dans la buanderie. Une odeur de produits d’entretien leur titille les narines. Des gants de ménages et des bidons de nettoyant ont fait leurs apparitions dans le placard à cet effet. En les détaillant, Colombe réfléchit tout haut :
— C’est quoi ce délire ? Elle nous a acheté des trucs ? Elle veut nous faire comprendre que notre maison est sale ?
— Ma vieille, tu ne les connais pas. Chez eux, tout brille. Une maison témoin ! Quand tu t’assieds sur le canapé, dès que tu te relèves, elle tapote le coussin pour qu’il reprenne sa forme. L’enfer !
Colombe les rejoint et constate que Marthe et peut-être Mathieu ont fait le ménage. L’odeur entêtante d’un produit pour les sols à la senteur fleuris embaume tout le rez-de-chaussée. Iris a filé dans sa chambre sans demander son reste et pousse un cri d’effroi en appelant Colombe. Elle grimpe, la retrouve plantée devant la porte, les bras ballants, sa besace à ses pieds. Dès qu’elle est près d’elle, Colombe est sans voix. Tout est rangé, briqué, astiqué, absolument rien ne dépasse.
— Elle est tarée ! Je vais la tuer ! hurle Iris. Je te l’ai dit qu’elle est maniaque et psychorigide !
— Calme-toi, ma biquette ! Je vais gérer. Respire, respire ! la rassure Colombe en faisant l’inventaire de son nid.
Plus aucun vêtement ne squatte le sol, son bureau est méconnaissable et les livres sont regroupés sur leurs rayonnages. Sa salle de bains rutile. D’un coup, Colombe se fige en cogitant.
Elle n’a pas dû s’arrêter à la chambre d’Iris.
Elle fonce dans la leur et tout est nickel. Le dressing n’a jamais été aussi bien rangé. Les piles de pulls et autres tee-shirts parfaitement alignés, on se croirait dans une boutique haut de gamme. Les chemises de Martin sont même regroupées par couleur. Colombe sent la colère monter en elle. Iris tente de l’apaiser en rigolant.
— Calme-toi, ma biquette ! Respire, respire !
— Ça, je ne l’ai pas vu venir ! Moi qui me gaussais de Bénédicte et sa belle-maman il y a quelques heures, je vais avoir des trucs à lui raconter ! La mère de Jérôme ne lui arrive pas à la cheville !
Colombe se détend les vertèbres cervicales avec des mouvements lents de la tête et appelle Martin. Il rapplique en deux minutes. Le regard noir et la bouche de travers, elles l’attendent de pied ferme dans le couloir. De l’index, elles se contentent de lui indiquer le dressing et la chambre d’Iris. Martin n’est pas étonné, il est stupéfait.
— Qu’est-ce qui lui arrive ? Elle n’a jamais fait ça ?
— Habituellement, ils restent trop peu de temps… tout simplement !
Colombe coulisse le tiroir où sont rangés ses sous-vêtements. Tout est plié, parfaitement aligné à la manière de Marie Kondo. Colombe ouvre la bouche, mais rien ne sort dans un premier temps. Martin se frotte les sourcils en cherchant une chose à lui dire, sans trouver.
— Franchement… elle a un problème ! Elle ne va pas me faire gober qu’elle a malencontreusement confondu ton tiroir avec le mien !
Iris est pliée.
— Elle a peut-être eu un doute. Martin porte des caleçons roses, mais des petites culottes en dentelles dans la même teinte… jamais ! Bon, elle n’est pas futée, mais elle a bien dû voir que pour la taille, ça ne va pas !
L’humour d’Iris la fait sourire, elle se mordille la lèvre pour garder son sérieux.
— Martin, je te conseille de régler le problème. Si je le fais, ça va mal se terminer ! Je ne tolère pas qu’elle fouille dans nos placards, et la chambre d’Iris, c’est inadmissible ! Son comportement me choque. Je te laisse trente minutes, je file sous la douche.
— Je gère ! Pardon, mes belles. Je ne sais quoi vous dire, se contente-t-il d’articuler en les embrassant.
Il tourne les talons, les miss se précipitent en haut de l’escalier pour écouter l’échange.
— Maman, qu’est-ce qui t’a pris ? Pourquoi as-tu fait le ménage ?
Elle se lève, le fixe sans comprendre son mécontentement.
— Je voulais vous rendre service !
— Qui t’a autorisée à entrer dans notre chambre et dans celle d’Iris ?
Dans une attitude de repli sur elle, Marthe se frotte les mains.
— Les portes étaient ouvertes et il y régnait un tel bazar. Tu le sais bien, c’est maladif chez moi. J’ai commencé par ramasser une chose au sol, à ranger quelques livres, et tout y est passé. Elles sont fâchées ?
En haut de l’escalier, les filles sont mortes de rire. Entendre Marthe se faire sèchement rabrouer par son fils, elles jubilent.
— Fâchées ? Tu délires ? Tu aimerais qu’on débarque chez toi et qu’on fouille dans tes placards ? Tu as conscience du message que tu envoies ?
Elle marque une pause en regardant son mari.
— Non. Je ne vois pas !
— Maman, le tiroir de sous-vêtements de Colombe !
— J’adore sa lingerie. En les pliant, je ne pouvais m’empêcher de penser à la chance que tu as. Ta fiancée a très bon goût !
— Maman, que dirais-tu si elle faisait de même avec les tiens ?
— Elle ne serait pas emballée. Les miens sont moins folichons, ajoute Marthe en dodelinant de la tête.
Marthe essaie de sauver sa peau avec un peu d’humour. Elle connaît bien son fils, et sait parfaitement que son comportement est inacceptable. Elle tente juste de l’adoucir un peu.
— Je vais être clair avec vous deux une bonne fois pour toutes. Après ça, on reprendra notre soirée et je l’espère, elle sera bonne. Dans le cas contraire, on se voit peu, ce sera encore moins souvent. J’étais tellement heureux de vous présenter Colombe, mais depuis deux jours, vous cumulez les bourdes. Surtout toi, maman ! Je ne comprends pas, ce n’est pas dans tes habitudes. Tu es obsédée par l’ordre chez toi, mais chez moi tu n’as jamais rien rangé. C’est la présence de Colombe qui te pousse à ça ?
Comme une ado prise en faute, Marthe se contente de baisser la tête.
— À compter d’aujourd’hui, quand vous venez, vous êtes nos invités et vous ne touchez à rien. La buanderie t’est interdite. Je ne veux plus entendre une remarque sur Iris et ne t’avise plus jamais de franchir les seuils de nos chambres.
Dans un signe de victoire, les filles font une petite danse de la joie. Elles en ont presque oublié leur colère contre Marthe.
Avec l’aide de ses parents, Martin prépare le dîner. Belle-maman a commandé un plateau de fruits de mer pour eux, et pour Colombe et Iris, elle cuisine des raviolis frais.
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