Les Iris de Colombe (French Edition)

Hélène Jasmé · Chapitre 1 sur 44

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Les Iris de Colombe (French Edition)

Prologue

 

Le carrousel de la vie ne s’arrête jamais de tourner, quoi qu’il arrive. Nous devrions pouvoir le stopper, revenir en arrière et prendre un nouveau départ. Anticiper tous les drames, toutes les pertes. Personne ne sait comment il va réagir face au pire. Personne ne le sait, jusqu’à ce qu’il se produise.

Devant la tombe ouverte, soutenue par ses parents, eux aussi dévastés, Colombe est l’ombre d’elle-même. Un fantôme qui lui ressemble plus ou moins.

Des larmes, elle n’en a plus, la source est tarie. La douleur atroce qui lui oppressait la poitrine depuis deux semaines a disparu. Elle ne ressent plus rien. Derrière ses lunettes de soleil, on aperçoit à peine ses yeux gonflés et cernés. Elle fixe le cercueil en bois clair, presque blanc, sans vraiment le voir.

Le cimetière rennais est noir de monde : des jeunes, des moins jeunes et des familles en larmes agglutinés les uns contre les autres. Des sanglots brisent le silence glaçant. Ceux qui accompagnent les obsèques, les adieux à des êtres chers. Ceux que l’on ne voudrait jamais vivre et que l’on déteste. Ceux que l’on voudrait très vite oublier, mais qui restent à jamais gravés dans nos mémoires.

Les discours se succèdent. Colombe n’entend rien, tout juste un bourdonnement lointain qu’elle ne tente pas de comprendre. Que peuvent-ils bien dire, raconter qu’elle ne sait déjà ?

Comme une poupée désarticulée, elle dépose un iris blanc sur le cercueil. En fixant le ciel, elle caresse de sa main glacée malgré la chaleur, le bois lisse et brillant. Le ciel est si bleu, lumineux, indécent au milieu de tout ce noir et ce gris. Elle est là, sans être là. Personne n’ose la brusquer. Son papa s’approche, elle doit laisser la place aux nombreuses personnes présentes. Il l’entraîne avec douceur, elle le suit telle une malvoyante avec son guide.

Ses amis essaient de lui parler, de l’embrasser, elle ne répond pas à leurs étreintes. Ils l’étouffent, l’oppressent. Antonin s’agrippe à elle en sanglotant, Colombe n’a pas un geste, pas une parole pour le réconforter, sa peine est trop grande pour pouvoir consoler qui que ce soit. Quand enfin il la lâche, elle vacille, son papa la rattrape de justesse avant qu’elle ne heurte une tombe. La chaleur de cette belle journée d’août, l’odeur entêtante de toutes ces fleurs lui ont fait perdre pied quelques secondes.

Capucine abandonne sa famille, rejoint Colombe. Elle glisse sa main dans la sienne, pose sa tête sur son épaule. Emportés par une brise légère, leurs cheveux se mélangent dans un contraste saisissant.

Enveloppées d’un flou nauséeux, assises sur le bord d’un monument tombal, elles assistent à la fin de la cérémonie, les yeux fermés.

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