Les Iris de Colombe (French Edition)

Hélène Jasmé · Chapitre 4 sur 44

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Les Iris de Colombe (French Edition)

La rentrée

 

Sous un ciel laiteux, mais lumineux, les deux nouvelles amies font leur entrée dans le bâtiment.

Bénédicte arbore une robe cache-cœur en liberty à fleurs roses et au décolleté généreux. Pomponnée comme jamais, le brushing impeccable, elle déambule en se dandinant sur ses sandales compensées. Égale à elle-même, Colombe a enfilé un jean noir soulignant sa fine silhouette d’écuyère. Légèrement maquillée, ses cheveux platine en pétard, elle a fait l’effort de porter une chemise et des Converse blanches. Ne souhaitant pas se faire remarquer outre mesure le premier jour, elle fera preuve d’originalité une autre fois. Avec son allure juvénile, elle pourrait passer pour une étudiante.

Les premières minutes dans un nouvel établissement sont importantes. D’expérience, sa première impression est souvent la bonne. Elle saura immédiatement si elle s’y sentira bien ou pas. Les miss traversent le cloître, pour sûr, magnifique, Colombe prend des clichés. Au centre, le petit jardin bien entretenu est interdit aux élèves. Des rosiers, des massifs d’hortensias côtoient une statue de Jeanne d’Arc. Sous le charme, la nouvelle venue continue sa série de photos. Bénédicte la presse sans ménagement.

— À la bourre le premier jour, ça fait tache ! En avant pour écouter notre beau dirlo dans l’amphithéâtre ! ajoute la belle brune en faisant danser ses épaules.

La plupart de leurs collègues sont déjà dans la place. Bénédicte en salue quelques-uns tout en présentant sa consœur, puis elles s’installent tout en haut.

Colombe a toujours adoré l’école. À chaque rentrée, et davantage depuis qu’elle enseigne, elle pense à ce poème de Maurice Carême : L’école. Elle le connaît encore par cœur. De l’école primaire à la fac, elle y a vécu ses meilleures années, y brillait par sa sociabilité. Dès la maternelle, elle y était dans son élément. Lors de son premier jour, son papa lui a raconté qu’elle n’avait pas versé une larme. Dans l’espoir de faire cesser les tsunamis lacrymaux, les petits passaient des bras de la maîtresse à ceux de l’assistante maternelle. Les boîtes de Kleenex rivées à leurs mains, elles mouchaient à tour de bras. Colombe s’était installée à une petite table. On lui avait donné une grande feuille, elle l’avait gribouillée avec application. Son papa en était parti sur la pointe des pieds et cela ne l’avait pas chagrinée plus que ça.

Par la suite, elle n’était pas une écolière et encore moins une collégienne et une lycéenne très assidue. Sur ses bulletins, les professeurs notaient souvent : « Peu mieux faire. Colombe est à cinquante pour cent de ses capacités ». Après son bac, elle s’était tout naturellement orientée vers l’enseignement. Sa deuxième passion étant le dessin, les arts plastiques s’étaient imposés comme une évidence. Elle aime l’odeur des salles de classe, l’animation dans les couloirs ; particulièrement les premiers jours de cours, découvrir les visages de ses futurs élèves. Le zébulon, qu’elle sera continuellement obligée de reprendre pour qu’il se tienne tranquille. Le timide qui l’observera avec des cœurs dans les yeux. Les minettes joyeuses et les pipelettes qui piqueront des fous rires, et les plus sérieuses qui râleront parce que son voisin aura fait bouger la table en ruinant sa peinture. Le trac des rentrées, elle ne connaît pas. Le milieu scolaire, elle s’y est toujours sentie à sa place.

Après avoir consulté sa montre, le micro à la main, le chef d’établissement prend la parole avec décontraction et un charisme certain. Costume bleu marine, il en jette. Les yeux noisette de Bénédicte lui sortent presque des orbites.

— En plus, il est bronzé, soupire-t-elle. Retiens-moi !

Colombe lui sourit en la voyant sous le charme. Elle le reconnaît : le jeune proviseur n’est pas mal du tout. Son discours est concis, rapide. Il se contente de souhaiter la bienvenue aux nouveaux et chacun se déplace pour qu’il leur remette son emploi du temps. Bénédicte descend les marches, rouge comme une tomate, et frise la syncope. Elle échange deux mots avec lui, regagne sa place en se ventilant avec la feuille. Vient le tour de Colombe. Il lui serre une poignée de main énergique accompagnée d’un grand sourire.

— Ravi de vous accueillir parmi nous… et de vous revoir, Colombe.

Me revoir ? Mince… me voilà bien !

Plus que surprise, elle soude ses lèves en fouillant ses souvenirs, sans trouver où et quand, ils se sont rencontrés.

— Pardon… Je n’ai pas la mémoire des visages !

— Ma sœur étudiait avec vous à la Sorbonne. Noémie Lenoir. Vous aviez passé un week-end à la maison. Nous nous sommes juste croisés.

— Bien sûr. Comment va Noémie ?

— Très bien, elle est prof à Paris, ajoute-t-il en souriant. Avez-vous besoin d’une bonne âme pour vous diriger dans l’établissement ? Je peux vous servir de guide ?

Il rigole ? Je ne vais pas me mettre Béné à dos dès le premier jour.

— Merci. Bénédicte s’est déjà proposée pour la visite.

— Vous montez toujours ? Noémie m’en avait touché deux mots et Paul m’a dit que votre jument arrive samedi.

Punaise… Les nouvelles vont vite dans cette bourgade !

— Paul vous a parlé de moi ?

Voyant son expression stupéfaite, il l’attire à l’écart.

— Il est mon compagnon, mais je préfère rester discret. Nous vivons au haras, nous allons nous croiser souvent.

— Je comprends.

Elle regagne sa place, Bénédicte la fusille du regard.

— Je ne le crois pas ! Tu viens à peine d’arriver et tu l’as déjà mis dans ta poche ?

— Béné, respire ! Tes lèvres ont changé de couleur, la cyanose te guette ! Je vais tout te raconter.

Elle s’assied, lui attrape la main pour l’inciter à faire de même.

— Un, on se connaît. Sa sœur étudiait avec moi à la Sorbonne. Deux, tu avais tort et raison. Le beau dirlo n’est pas célibataire, mais il est gay !

— Oh non… Ne me dis pas ça !

La malheureuse s’affaisse sur sa chaise en se frottant le visage.

— Si, désolée, confirme Colombe avec une moue.

— Comment tu le sais ?

— Il est le compagnon de Paul, le proprio du haras.

— Le sort s’acharne ! L’équitation n’est pas pour demain. Elle est pourrie cette rentrée ! déclare-t-elle au bout de sa vie en s’enfonçant sur son siège, comme une collégienne renfrognée.

Pendant plus d’une heure, à un rythme soutenu, Bénédicte lui fait visiter toutes les classes, tous les étages. À treize heures, les enseignants se retrouvent au self pour un buffet froid. Chacun se sert et s’installe où il veut. Très vite, Colombe repère son binôme de dessin et la description de son amie lui apparaît fort réaliste.

Sans demander la permission de s’asseoir à leur table, il pose son plateau.

— Bonjour ! Étienne Blondeau. Bénédicte vous a parlé de moi ?

— Bonjour… Elle aurait dû ? réplique Colombe tout juste aimable.

— J’ai certaines habitudes et je souhaiterais m’en entretenir avec vous…

Colombe lève immédiatement la main pour stopper son monologue.

— Vous avez vos habitudes, je n’en suis pas dépourvue. Ne pas laisser envahir mon espace vital en est une. Je suis la professeure des sixièmes et des cinquièmes. Vous avez choisi les quatrièmes et les troisièmes, grand bien vous fasse ! Je n’ai pas l’intention de suivre vos directives. Vous travaillerez comme bon vous semble, et je ferai de même dans le respect des programmes.

Sidéré par son laïus, le sosie de monsieur Le Quesnoy vire au vert en ajustant ses lunettes de forme carrée en monture métallique.

— Ne me prenez pas de haut… Vous pourriez avoir besoin de mes lumières !

— Je suis parfaitement éclairée ! Mon amie et moi-même aspirons à terminer notre repas sans des discours assommants. Vous aimez donner des leçons, je vais à mon tour vous en apprendre une. Lorsque vous souhaitez vous asseoir à la table de deux personnes déjà installées, il est d’usage de demander la permission avant d’y prendre place !

— Pour qui vous prenez-vous ? J’en ferai part à notre proviseur !

— Mince ! ajoute-t-elle une main devant la bouche. Vais-je en perdre le sommeil ? Je ne le pense pas !

Écarlate, il se lève, part en direction d’une autre table.

— Tu ne viens pas de te faire un copain ! rigole Bénédicte.

— Je ne suis pas là pour ça…

— Mon petit doigt me dit que sous ton côté angélique, se cache l’âme d’un dragon. Tes élèves vont avoir intérêt à filer droit !

— Quand on me marche sur un pied, je ne tends pas le deuxième. Je connais ce style de vieux grincheux, j’avais un spécimen du même genre, l’année dernière. J’espère qu’il a compris !

Heureusement, les autres collègues relèvent le niveau. Les deux amies sont les plus jeunes, et trois nouveaux trentenaires viennent de rallier les rangs de l’établissement.

Elles sont sur le point de quitter le self, le directeur les bloque avant leurs sorties.

— Colombe, je peux te… vous voir deux minutes ?

Bénédicte fait quelques pas pour leur permettre de discuter librement.

— Si c’est pour le vieux schnock, je ne regrette aucune parole. Je ne vais pas me laisser emmerder par lui.

— Non. Étienne râle beaucoup, il y a bien longtemps que je n’écoute plus ses doléances. Avec Paul, nous aimerions t’inviter à dîner ? Si tu as quelqu’un dans ta vie, il est le bienvenu.

Sans même s’en rendre compte, il est passé au tutoiement.

— Je suis seule.

— Mercredi prochain ?

— Avec plaisir !

— Bonne rentrée demain.

Dès qu’il a tourné les talons, Bénédicte se précipite pour savoir de quoi il retourne.

— Il t’a passé un savon pour Étienne ?

— Ben non… Il veut m’inviter à dîner avec son mec.

— Pff… Son mec, je ne m’en remets pas ! Remarque, tu peux y aller tranquille, tu ne risques rien, glousse-t-elle en se dandinant.

Elles passent le reste de la journée ensemble. Colombe en profite pour décorer son appartement. Bénédicte n’est pas une bricoleuse au top. Elle laisse facilement échapper les objets qu’elle tient dans ses mains. En voulant installer les tréteaux, elle se coince les doigts, puis se prend les pieds dans le tapis qu’elles viennent de poser au sol en faisant voler la totalité d’une boîte de perles. Elle les ramasse pendant dix minutes en riant d’elle-même. Entre les deux professeures se noue une amitié réciproque.

Aujourd’hui, c’est l’accueil des sixièmes : des petits plus vraiment petits, mais pas vraiment grands. Réunis dans l’amphithéâtre avec leurs parents pour la matinée, les enseignants se présentent et répondent à quelques questions. La présence du vieux schnock l’intrigue. Colombe sent qu’il va lui faire un tour de cochon. En parcourant du regard l’assemblée, ses yeux se stoppent sur la blondinette frisée qui montait Sultane. Un grand mec aux cheveux gris est assis à côté d’elle. Discrètement, elle se penche à l’oreille de son amie.

— Béné, au troisième rang à gauche, tu reconnais la minette de l’autre jour sur la jument. Son père se tient à côté d’elle. C’est lui qui m’a incendié.

— Oh putain ! Tu vas l’avoir dans ta classe et tu vas te le taper ! Ma belle, il t’a repérée. Ses lasers sont braqués sur toi. Une prière est de mise. Espérons que sa femme soit plus sympa !

Colombe ne veut pas se laisser décontenancer par leurs présences.

Alors que personne ne s’y attend, le vieux schnock prend la parole. Dans un discours de dix minutes, il détaille en long en large et en travers le programme. Puis il s’arrête net et demande à Colombe si elle souhaite ajouter quelque chose. Sans lui répondre, elle lui arrache le micro des mains et se place au centre de la pièce.

— Bonjour à tous et à toutes. Je suis Colombe Desmarais, professeure d’arts plastiques des classes de sixième et cinquième. J’assure l’option arts pour les lycéens. Le laïus de mon collègue n’engage que lui. Certes, je suivrai le programme à la lettre, mais sa façon de travailler n’est pas la mienne. Vos enfants auront une heure de cours avec moi chaque semaine et je suis ouverte à toutes les demandes. Nous pourrons réaliser des projets avec des perles, de la laine, du bois. Tous les supports et matières qu’ils souhaitent découvrir, si cela est possible, nous les utiliserons. Mes cours se veulent ludiques, mais j’ai pour habitude d’être stricte sur leurs comportements. Le chahut en classe, ils peuvent oublier. Si certains ont des questions, je peux y répondre, sinon, vous me trouverez dans ma salle au deuxième étage.

Aussitôt, une main se lève au premier rang, une jeune maman souriante.

— Vous avez déjà enseigné ?

— Oui. En région parisienne et à Lille. Je suis titulaire de l’agrégation depuis peu.

Une autre main se lève. Un ado et il rigole d’avance.

— Je peux avoir votre numéro de portable ? C’est pas pour moi, c’est pour mon grand frère, rit-il aux éclats en faisant marrer l’assistance.

— Comment t’appelles-tu ?

— Enzo…

— Enzo, tu aimes rire, moi aussi. Je vais te donner un conseil. Reste à l’intérieur de la ligne ! En la franchissant, tu t’exposes à une inconnue. Je laisse la parole à mes collègues. Belle rentrée à tous !

Elle reprend sa place à côté de Bénédicte.

— T’es super à l’aise… Chapeau !

Elle agrandit ses mirettes en regardant par-dessus son épaule. — Étienne se ramène… Je crois voir de la fumée s’échapper de ses narines et de ses oreilles !

Colombe fait demi-tour pour se retrouver face à lui, prête à engager le duel.

— Vous m’avez ridiculisé !

— Rassurez-vous, vous n’avez pas besoin de moi pour ça ! De quel droit parlez-vous à ma place ? Ces élèves ne sont pas les vôtres et je ne suis pas sous vos ordres. Votre présence ce matin est motivée par le désir de me saborder. Je n’ai aucun compte à vous rendre. Vous allez me lâcher la grappe ! Trouvez-vous quelqu’un d’autre à emmerder !

— Quel langage pour une professeure !

— Là, ce n’est rien. Vulgaire, je peux l’être davantage !

Il tourne les talons sans demander son reste, en arborant un visage furieux où se mélangent le rouge et le vert. Ce cher monsieur Blondeau vient clairement de la positionner dans le camp ennemi.

Adossées au mur, les deux amies écoutent leurs collègues se présenter. En souriant, Colombe parcourt plusieurs fois l’assemblée des yeux en évitant soigneusement le regard du grand mec aux cheveux gris et en pétard.

Tous les parents se lèvent pour faire la visite des différentes classes et des professeurs. Colombe est à peine dans la sienne, qu’en courant, Boucle d’or rapplique, suivie du grand mec.

— Bonjour, je m’appelle Iris. Je suis en sixième A.

Sa vue se brouille un instant, Colombe reprend le contrôle en déglutissant bruyamment.

— Bonjour. Bienvenue en sixième !

Mignonne comme un cœur, ses grands yeux bleus la détaillent. Deux petits points forment de chaque côté de sa bouche des bébés fossettes.

— Vous avez monté Sultane ?

— Oui.

Colombe adopte une mine confuse.

— Je me suis trompée de jument. Ton papa était très mécontent.

— Ce n’est pas grave. Sultane s’est blessée l’année dernière. Un garçon lui a fait sauter un obstacle trop haut, mais ça va mieux. C’est pour ça qu’il était fâché. Hein, Martin ? lui demande-t-elle en se tournant face à lui et en glissant sa main dans la sienne.

— Bonjour !

Il la détaille avec un petit sourire ironique.

— Comme on se retrouve ! J’ai adoré votre speech… votre collègue, beaucoup moins !

Colombe ne lui répond pas, contente-toi de sa fille.

— Comment avez-vous trouvé Sultane ? continue la miss sans tenir compte de la remarque de son père.

— Elle est douce, on a fait une balade très agréable. Je t’ai vue sur la plage avec une amie. Sa jument à la robe palomino est très belle.

— C’est ma copine Garance. On va souvent ensemble au haras, j’espère qu’elle sera dans la même classe que moi.

— Tu veux que je regarde ?

Elle attrape ses listes.

— Garance Bordes ?

La miss sourit de toutes ses dents.

— Elle est avec toi.

— Vous allez régulièrement au haras ?

— Aussi souvent que possible, ma jument arrive samedi.

— Vous en avez une ! Elle s’appelle comment ?

— Rubis. Elle ressemble beaucoup à Sultane.

— Je pourrai la monter ? Des fois, on pourrait les échanger ? s’emballe, Boucle d’or.

— Avec l’autorisation de ton papa… ou de ta maman.

Colombe se reprend rapidement. Elle sent le regard de Martin qui la détaille de la tête aux pieds avec insistance. Elle s’agace intérieurement sans rien laisser paraître.

— Martin, t’es d’accord ?

— Sa jument ne fait pas exception. Tu ne montes pas les chevaux que tu ne connais pas. On verra.

Il marmonne plus bas dans sa barbe.

— Si elle a aussi mauvais caractère que sa propriétaire, je crains le pire !

Reste calme, Colombe ! Reste calme ! Je ne vais pas m’engueuler avec un parent d’élève le jour de la rentrée.

La petite miss se retient pour ne pas rire, puis enchaîne pour rattraper le coup.

— Vous montez depuis longtemps ?

— Dix-huit ans.

— J’aime bien être au haras, mais des fois, Martin n’a pas le temps de m’y emmener. Je pourrai y aller avec vous ? On pourrait faire les balades ensemble ?

— Iris, elle ne doit pas avoir vocation à se trimbaler ses élèves !

Lui ai-je demandé la messe ?

À présent, c’est elle qui le mitraille en répliquant à Iris.

— Tu as un portable ?

— Oui, c’est mon cadeau de rentrée.

— Je te donnerai mon numéro. Il est top secret, pas de diffusion auprès de tes camarades. Tu pourras m’envoyer un message et je viendrai te chercher. Avec l’autorisation de ta maman, évidemment.

— Bon… On y va, se contente-t-il de répondre.

— À samedi, sourit Iris. Je viendrai au haras faire la connaissance de Rubis.

— À samedi. Bonne rentrée !

Quel connard ! Comment sa fille peut-elle être aussi mignonne avec un père pareil ?

À dix-sept heures, Colombe retrouve sa maison et sa voisine. Bénédicte accourt en la voyant se garer.

— Alors, tes premières impressions ?

— Très bonnes. Hormis le papa de Boucle d’or, ils sont sympas.

— C’est un beau mâle avec un petit côté Brad Pitt. Un truc dans son sourire me fait penser à lui, ajoute Bénédicte en roulant des yeux. Je ne fais pas dans l’homme marié, mais il m’a semblé cool !

— Cool ? Ne cherche pas, ma tête ne lui revient pas. Ce mec me déteste ! En plus, sa minette veut monter avec moi. Je n’allais pas le lui refuser, elle est craquante. Il lui a marmonné que si ma jument avait aussi mauvais caractère que moi, il craignait le pire. J’avais envie de le défoncer. Tu connais sa femme ?

— Non. La petite s’appelle Iris, mais je n’ai rien retenu d’autre. D’ailleurs, je ne me souviens pas qu’il se soit présenté.

— Viens, entrons chez moi, on va fouiller sur internet.

Colombe regarde sur sa liste le patronyme d’Iris, Bénédicte prend en charge l’ordinateur en s’asseyant en tailleur sur le tapis.

— Iris Deschasse. Cherche un Martin Deschasse.

Bénédicte dodeline de la tête en tapant rapidement son nom de famille.

— Martin… j’adore… Ça lui va super bien !

— On voit bien que ce n’est pas toi qu’il a incendié. Alors, tu trouves ? s’impatiente Colombe en se penchant par-dessus son épaule.

— Inconnu au bataillon, il n’y a aucun Deschasse à Concarneau ! Ma collègue vit ici depuis dix ans, tu veux que je me renseigne auprès d’elle ?

— Non, laisse tomber ! Si Iris va souvent au haras, je finirai bien par rencontrer sa femme à un moment ou à un autre.

— J’aime bien son style. Il est à la fois classe et décontracté. Une sorte de gentleman-farmer. Lorsqu’il s’est levé dans l’amphithéâtre, j’ai vu le regard des mamans. Un fort magnétisme se dégage de lui et ses cheveux gris ne collent pas avec son visage. Pour moi, c’est un trentenaire.

— Il peut très bien avoir quarante ans et en paraître dix de moins. Il est papa d’une minette de onze ans.

Toute la soirée, Martin alimente leur conversation et titille leur curiosité. Après un dîner chez Bénédicte, les miss se souhaitent bonne nuit. L’année scolaire commence véritablement le lendemain, il convient d’être en forme.

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