Les Iris de Colombe (French Edition)
Le marteau et le moustique
À coup sûr, Iris va rêver à la toute nouvelle romance entre Martin et Colombe. Sous sa couette rose, elle s’endort avec le sourire, portée par l’espoir d’une vie à trois avec celle qu’elle connaît depuis peu, mais qu’elle aime de tout son cœur. Jamais Martin n’a été aussi impatient de la voir dans les bras de Morphée. Il vérifie discrètement et s’empresse d’envoyer un message à sa belle.
« Je t’attends. »
« Je suis déjà couchée ! »
« Oh non ! Tu portes quoi ? »
Colombe est dans sa voiture, elle veut le faire marcher un peu.
« Une petite chose mauve, très transparente… »
« Tu veux me rendre fou ? »
Elle gare sa voiture suffisamment loin pour ne pas être vue de la maison.
« Colombe, viens… »
« Je suis là. Ouvre-moi ! »
En trente secondes, la porte s’ouvre. Il la prend dans ses bras en soupirant.
— Tu aimes me torturer !
Après un échange de baisers, Martin l’attire à l’étage. Dans cette maison moderne, rien ne grince, rien ne craque. Ils se déplacent dans un silence absolu, sans rien allumer.
— On sent une certaine habitude chez le maître des lieux à faire venir en douce ses conquêtes ! chuchote-t-elle une fois dans sa chambre.
— Aucune femme n’a dormi ici…
— Ben voyons ! Et Barbie ?
— Surtout pas Barbie, elle n’en serait jamais repartie !
Martin l’attire sur le lit. L’un après l’autre, leurs vêtements volent à travers la pièce. Des gestes doux et précipités. Leurs mains chaudes glissent, se baladent sur leurs corps, se découvrent, entrecoupées de soupirs. Ils s’enivrent de leurs odeurs, du goût de leurs peaux. Ils prennent leur temps, se délectent, se dégustent. Lui sur elle, elle sur lui. Les cadences s’enchaînent, parfois lentes et parfois rapides. La passion les brûle, les transporte dans une osmose, une danse parfaite. Ils s’endorment épuisés, soudés l’un à l’autre.
Martin ne ferme jamais les volets de sa chambre. La pleine lune lui permet de voir les traits de son visage, le jour n’a pas fait ses premiers pas. Il la caresse, s’enroule autour de ses jambes, la serre contre lui, dépose un baiser sur ses paupières.
— Colombe… il est six heures…
Péniblement, elle ouvre les yeux.
— Quelle heure ?
— Six heures…
— Tu devais me réveiller à cinq ! gémit-elle en enfouissant son visage dans son cou.
— Je voulais te garder encore un peu, Iris ne se lèvera pas avant sept heures.
Il se colle à elle, poursuit ses caresses.
— Ah ben non… trop tard !
Elle s’arrache à ses bras, peine à quitter les draps chauds embaumant l’amour. L’aube se grise en apportant la luminosité nécessaire. Martin remonte sur son oreiller, la regarde s’habiller en détaillant son corps parfait, à la fois fin et musclé. Elle s’étire, replace ses cheveux courts et bouclés. Une fois prête, elle s’allonge sur lui, l’embrasse.
— Bonne journée…
Son visage contre le sien, il la respire encore.
— Cet après-midi, on fait une balade tous les trois ?
— Mes parents seront là pour le déjeuner. Venez vers quinze heures !
— J’avais l’espoir de passer la journée avec toi, je ne travaille pas aujourd’hui.
— Joignez-vous à nous ?
— On viendra à quinze heures.
Après un dernier baiser, elle descend l’escalier comme une plume, regagne son appartement.
Cet amour naissant lui emplit le cœur d’un bonheur qu’elle avait oublié, qu’elle pensait ne jamais revivre. Sa courte nuit ne lui a pas laissé de séquelles, l’humeur est à l’énergie et à la joie. Cupidon lui a fait don de ses ailes. Sous la douche, elle sent encore le parfum de Martin sur sa peau. Elle saute dans ses vêtements, part au ravitaillement pour le déjeuner. Ses parents seront là en fin de matinée, tout doit être prêt.
Colombe n’est pas aussi nulle en cuisine qu’elle le laisse parfois entendre. Loin de tout maîtriser par manque d’expérience et de pratique dans le domaine, elle sait préparer des mets simples. Hélène a placé la barre très haut. Avec trois fois rien, elle est capable de concocter des plats savoureux. Malheureusement, elle n’a jamais pris la peine de lui transmettre l’envie et Colombe n’en a jamais émis le souhait. L’ambiance entre elles, ces dernières années, ne s’y prêtait pas et depuis plus de deux ans, elle vit seule. Elle se nourrit de choses faciles à cuisiner. Raffolant de poissons, de crustacés, de fruits de mer à l’exception des huîtres, elle opte pour un carpaccio de coquilles Saint-Jacques aux agrumes en entrée. Des darnes de saumon accompagné de riz noir et d’une sauce aux herbes feront l’affaire pour le plat. Chez le pâtissier recommandé par Bénédicte, elle choisit une tarte aux framboises : un des desserts préférés de Guillaume. En rentrant, elle s’étonne : Bénédicte a disparu des écrans radars. Elle sourit en l’imaginant dans les bras musclés de son beau professeur de sport. Les amies ont trouvé l’amour en même temps.
Tout son appartement embaume des bonnes odeurs de ses préparations. À onze heures sonnantes, la berline grise de son papa se gare devant chez elle. Guillaume sort le premier.
— Nous avons fait un tour de la ville, Concarneau vaut le détour ! Je suis sous le charme.
Colombe se presse dans ses bras. Surprise, Suzette est là.
— Tu es venue… trop bien !
Elle se précipite pour l’aider.
— Donne-moi ta main !
— Je ne voulais pas louper ça ! dit-elle en l’embrassant. Même si le voyage avec tes parents est une aventure, je ne la souhaite à personne ! Ta maman est une vraie emmerdeuse. « Guillaume, ne prends pas cette route ! Guillaume, tu es sûr que c’est la bonne route ? Guillaume, on ne sera jamais à l’heure ! ». Le pauvre ne risque pas d’oublier son prénom !
Hélène sort de la voiture, la fusille du regard.
— Mamie, je ne suis pas encore sourde. Je vous entends !
— Hélène, je vous l’ai déjà dit des centaines de fois. Je ne suis pas votre grand-mère ! J’aimerais une bonne fois pour toutes que vous cessiez de m’appeler, mamie. J’ai un prénom, utilisez-le !
Entre Suzette et Hélène cela n’a jamais été les grands amours, et avec l’âge, rien ne s’arrange. Leurs chipotages font bien rire Guillaume et Colombe.
— Allez, entrons !
Suzette est enchantée par l’appartement de sa petite-fille, contrairement à Hélène. D’un air désolé, elle regarde autour d’elle. Voir sa fille dans un meublé ne lui plaît guère. Elle se fait violence en s’abstenant de commentaires.
En miaulant, les amoureux viennent se frotter aux visiteurs. Hélène s’offusque immédiatement de la présence de Philibert.
— Colombe, d’où sort ce chat ? Ne me dis pas que tu en as adopté un deuxième ?
— C’est Philibert, l’amoureux de Scarlett. Ils vont avoir deux petits dans quelques semaines.
— Tu perds la raison ?
— Ne commence pas… J’ai vingt-cinq ans et je prends un deuxième chat si je veux ! Je n’ai aucun compte à te rendre !
— Cesse de vouloir diriger sa vie ! la rabroue Guillaume.
— Et quand elle partira en vacances ou en week-end… Chez qui va atterrir ce beau monde ? Chez nous !
— Je ne t’ai jamais rien demandé, ce n’est pas demain que ça va commencer. Papa s’est proposé de garder Scarlett pendant mon déménagement, j’aurais dû pressentir ton retour de bâton. Il est plus rapide que prévu ! Pourquoi es-tu venue ? Pour me gâcher ma journée ?
— Tu ne supportes aucune remarque, aucun commentaire de ma part ! Pourquoi me détestes-tu autant ?
— Tu n’as jamais rien compris. Contente-toi de l’accepter !
Colombe termine ses préparations, elle entend sa grand-mère remettre sèchement sa belle-fille à sa place.
— Hélène, je ne me suis jamais mêlée de la façon dont vous avez élevé vos enfants, mais j’ai à cœur de vous le dire. Vous êtes une sacrée conne !
— Guillaume ! Alors ça… c’est le bouquet ! Maintenant, elle me traite de conne ! s’insurge Hélène.
Écroulés, le père et la fille savent que Suzette l’a fait pour détendre l’atmosphère et les faire rire. Personne n’est dupe.
Malgré les accrocs, le repas se passe bien. Sa grand-mère la félicite plusieurs fois pour sa cuisine. Ils s’installent dans la partie salon pour le dessert et le café.
— Un gros véhicule noir se gare devant la porte, lui signale Guillaume. Je crois reconnaître celui de l’oncle d’Iris.
— Je les ai invités à prendre le dessert avec nous.
La bouche en cul-de-poule, Hélène marque son mécontentement. Colombe n’en fait pas de cas. Elle les introduit en souriant.
— Martin, je te présente ma grand-mère Suzette. Hélène, ma maman et Guillaume, mon papa.
— Enchanté, dit-il à chacun d’eux.
Lorsqu’il serre la main de Suzette, elle la garde plus longuement en lui désignant la place à côté d’elle.
— Quel regard !
Elle le détaille de ses petits yeux bleus.
— Et cette couleur de cheveux… C’est naturel ?
— Oui, répond Iris. À la suite d’un choc, ils ont blanchi en six mois. C’est marrant, avec Colombe, ils sont presque pareils.
— Vous êtes le maître du chat noir… Le fornicateur ? lui sourit Suzette, contente de sa sortie.
— C’est ça !
Martin accompagne sa réponse d’une voix grave en esquissant un sourire. Suzette tourne son visage en direction de sa petite-fille.
— Colombe… il n’est pas du tout grabataire !
Martin plisse le front en inclinant la tête sur le côté.
— Vétérinaire… pas grabataire ! Mamie, tu le fais exprès !
— Je vous vois prêt pour une balade à cheval, je me trompe ?
— Ce sera la première fois tous les trois.
— Parle-moi de l’adaptation de Rubis ? demande Guillaume à sa fille.
— Le propriétaire du haras est très compétent et leur vétérinaire réactif. J’ai une autre jument.
Sa maman pose sa tasse d’un geste si sec, tous sursautent.
— Une autre jument… à monter ou à acheter ?
— Achetée ! Elle est magnifique, sa robe est palomino. J’en rêve depuis toujours. La copine d’Iris part vivre à l’étranger avec ses parents pour deux ans. Elle est à moi !
Furieuse de cette nouvelle, les cheveux blonds d’Hélène semblent se dresser sur sa tête.
— Guillaume, tu savais ?
Le bras de fer entre la mère et la fille reprend.
— Inutile de te chercher un défouloir, personne n’était au courant.
— Où as-tu trouvé l’argent ? Ce n’est pas avec ton salaire de professeure que tu peux te permettre une telle folie !
— Une fois de plus, cela ne te regarde pas !
Hélène réfléchit quelques secondes en se tapotant la lèvre de son index, puis elle hurle.
— Tu as utilisé l’héritage de tes grands-parents ?
— …
— J’aurais dû y penser ! Nous aurions dû mettre une clause beaucoup plus longue. Vingt-cinq ans, c’était une erreur !
— Tu aurais dû ! Papa n’a rien à voir là-dedans.
— Ce capital devait te servir à investir dans une maison ou un appartement. Tu ne comptes pas habiter un meublé toute ta vie ?
— C’est mon argent et j’en dispose comme bon me semble ! rétorque-t-elle en haussant le ton. Je vivrai dans un meublé le temps qu’il me plaira !
Tous se regardent en se demandant quand cette conversation houleuse va prendre fin. La moutarde monte au nez de Suzette et elle n’aime pas la moutarde.
— Vous n’allez pas nous pondre un coucou lumineux ! Hélène, à vos côtés, je perds en espérance de vie… et je n’en ai déjà plus beaucoup !
— Mamie, cette discussion est entre moi et ma fille !
— Pour la troisième fois depuis ce matin… Je ne suis pas votre GRAND-MÈRE ! Si vous ne souhaitez pas terminer la journée borgne, appelez-moi, Suzette !
Martin comprend l’achat de sa belle, il va tenter de lui venir en aide.
— C’est un très bon investissement. Je connais bien Paloma, Colombe a fait une affaire. Les parents de Garance avaient la possibilité de la vendre beaucoup plus cher, mais ils sont pressés.
Hélène rive ses yeux aux siens.
— Cette conversation ne vous concerne pas ! Bientôt quatre chats, deux juments… tu prépares quoi ? L’arche de Noé ?
— Une chose est sûre, tu ne pourras pas monter à bord. Il faudrait déjà qu’on identifie de quelle race tu es issue !
— Colombe… tu n’as pas à me parler de cette manière !
— Toi non plus ! Je suis affreusement navrée de tant te décevoir, mais je suis comme je suis ! Penses-tu t’y faire un jour ?
Sa maman la fixe sans répondre.
Martin ne souhaite qu’une chose : la serrer contre lui. Elle part installer les deux chats dans leur panier à l’entrée de sa chambre, il lui emboîte le pas. Une fois dans le couloir, il la prend tendrement dans ses bras, l’embrasse en chuchotant.
— Ta grand-mère a raison. On perd en espérance de vie !
Elle lui sourit, colle son visage dans son cou.
Dans l’autre pièce, Suzette et Iris échangent un regard complice. La petite miss s’approche d’elle, lui glisse à l’oreille.
— Je vais vous dire un secret. Martin et Colombe, ils sont amoureux. Ils ne savent pas que je le sais, mais je les ai vus s’embrasser hier soir.
Suzette met son doigt sur ses lèvres en signe de silence et en lui adressant un clin d’œil.
— Es-tu contente ?
Iris se blottit contre son épaule.
— Trop, trop contente !
La part de tarte et le café avalés, mamie Suzette n’a pas dit son dernier mot.
— Colombe, si nous allions rendre visite à cette jolie Paloma ?
— Nous avons deux heures de route, vous la verrez une autre fois.
— Hélène, je ne me souviens pas m’être adressée à vous. Vos commentaires m’épuisent, et je ne suis pas la seule, dit-elle plus bas. Aujourd’hui, je suis là, demain, je ne sais pas. Je veux y aller maintenant !
— Une cour de haras n’est pas un endroit pour une femme de votre âge !
— Ne vous gênez pas… Traitez-moi de vieille bique impotente ! Guillaume, si tu pouvais demander à ton épouse de se la fermer cinq minutes, nous t’en serions éternellement reconnaissants !
Ils sont tous hilares, sauf Hélène. Droite comme un « i » dans son tailleur Chanel et son chignon impeccable, des mots aussi vulgaires dans la bouche de Suzette résonnent de manières comiques.
En quelques minutes, tout le monde est prêt pour le convoi au haras. Suzette refuse de monter avec Guillaume et Hélène. Avec l’aide du beau Martin, elle prend place à l’avant du bolide noir.
Au moment de sortir du véhicule, Colombe souhaite lui donner le bras pour rejoindre les box.
— Je préfère celui de Martin. Va préparer ta jument, mon ange !
Il lui prend la main pour descendre, et lentement, beaucoup trop lentement, ils traversent la cour.
— Je voulais rester seule avec vous, le stoppe-t-elle à mi-chemin. Ne jugez pas trop sévèrement Hélène. Sa froideur et sa rigidité viennent de son éducation et elle n’a jamais compris Colombe. Leurs caractères, leurs goûts, leurs modes de fonctionnements sont trop différents. Elles s’aiment, mais ne savent pas se le montrer. Il y a quelques années, une tragédie a bouleversé la vie de ma petite-fille et l’a mise à terre. Étant médecin, sa maman s’est surestimée et n’a malheureusement pas été à la hauteur. Depuis, leur relation est conflictuelle. Quand le moment sera venu, Colombe vous en parlera.
— Je ne la juge pas, mais Hélène se trompe. Sa fille n’est pas une écervelée.
— J’ai vu la manière dont vous la regardez. Prenez soin d’elle. Colombe est ma seule petite-fille, elle mérite d’être enfin heureuse.
Martin lui sourit.
— J’ai dit à votre petite Iris qu’elle pouvait m’appeler mamie Suzette. Cela ne vous gêne pas ?
— Pas le moins du monde, confirme-t-il en reprenant la marche.
Les quatre destriers sont alignés dans la cour. Iris se fait plaisir en faisant les présentations, Guillaume est aussitôt attiré par Black.
— Impressionnant… Martin, c’est le vôtre ?
— Oui… Colombe le monte également.
Hélène est prête à ramener sa science.
— Suffit ! Plus un mot, lui fait signe sa belle-mère en levant la main.
— Enfin… Ils sont trois et ils ont quatre chevaux. C’est ridicule !
Martin a dépassé la limite de sa patience. Ses interventions négatives l’ont largement saoulé.
— Ni ridicule ni stupide ! Rubis est âgée. Elle nous accompagne, mais elle ne fera plus de galop avec quelqu’un sur son dos. Elle a droit à une retraite plus douce.
— Voilà… Laissez parler les spécialistes ! ronchonne Suzette en fusillant sa belle-fille.
Dans un ballet réglé, les trois équidés sont équipés. Colombe est heureuse de monter pour la première fois Paloma.
— Papa, qu’en penses-tu ?
— Elle est magnifique ! la rassure Guillaume en l’embrassant.
— Tu veux venir avec nous ?
— Pas aujourd’hui. Si Martin est d’accord, j’aimerais beaucoup monter son cheval.
— Oh oui, je pourrai vous accompagner ? s’enflamme Iris, la prunelle pétillante de malice.
— Es-tu certaine de pouvoir nous suivre ?
Guillaume la taquine en lui ébouriffant ses boucles.
— Sultane est une petite bombe !
— Iris, tu dois être prudente. Une fracture ne se consolide pas en deux jours et tu ne pourras plus monter, la sermonne Martin.
La bouche de travers, elle marmonne dans sa moustache.
— Mince… J’aurais mieux fait de me taire ! Avec ma manie de bavasser sans réfléchir !
Après des baisers, la famille Desmarais reprend la route pour Rennes. Avant de fermer la portière de la voiture, Suzette attire Colombe, lui parle à l’oreille.
— Ton grabataire me plaît beaucoup. Son regard vert, sa main solide, je te comprends, mon ange. Prends soin de toi !
— Merci, mamie. Prends soin de toi aussi !
Ils leur font signe et la joyeuse bande emprunte le chemin de la forêt. Iris est loin devant, sans possibilité de les entendre. Colombe lui jette un œil espiègle.
— Tu as un ticket avec ma grand-mère.
— Elle rêve d’être arrière-grand-mère et m’a fait poliment remarquer que je n’étais plus très jeune.
— Elle est incorrigible ! Tu lui as répondu quoi ?
— Qu’on allait y penser dès ce soir et qu’elle ne devait pas se fier à la teinte de mes cheveux, je n’ai que trente-deux ans.
— Tu ne devrais pas entrer dans son jeu.
— Elle est vraiment rock’n’roll.
— Aujourd’hui, elle ne nous a pas joué : « mamie perd la boule ». Elle adore nous faire croire qu’elle ne comprend pas ou qu’elle n’entend plus. Son audition est parfaite et elle est loin de dérailler.
— Que s’est-il passé entre toi et ta maman ?
Pour lui répondre, Colombe puise de la force en fixant le ciel.
— J’ai perdu quelqu’un et j’ai vécu une très longue descente aux enfers.
Le bout de son nez rougit, sa voix se voile.
— Elle a cru pouvoir tout résoudre d’un coup de baguette magique. Sa baguette était un marteau et moi un moustique. Au lieu de m’aider, elle m’a explosée.
Iris est de retour près d’eux, la conversation s’arrête là. Faire le récit de cette période lui est douloureux. Ces toutes petites confidences sont déjà bien plus qu’elle ne se sentait capable de verbaliser. Sans doute parce que son cœur bat la chamade pour lui et qu’elle a compris. Iris et Martin ont eux aussi perdu un être cher.
OceanofPDF.com
12
OceanofPDF.com