Les Iris de Colombe (French Edition)

Hélène Jasmé · Chapitre 8 sur 44

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Les Iris de Colombe (French Edition)

Philibert, le Rhett Buttler de Scarlett

 

Peu avant dix-huit heures, elles se garent devant la clinique : un bâtiment ultramoderne sur une petite place à l’extérieur de Concarneau. Martin sort immédiatement.

— Qu’est-ce que c’est que tout ce bazar ? s’exclame-t-il en faisant le tour de sa voiture et en s’ébouriffant les cheveux.

— J’en ai profité pour ramener toutes mes affaires.

Honteuse de l’avoir fait sans son accord, Colombe se contente de hausser les épaules.

— Je constate qu’un tank peut s’avérer très utile ! rétorque-t-il avec un sourire convenu. Je sens que je vais être de corvée pour le vider.

— Pas du tout, je peux très bien le faire seule. Je veux juste que vous regardiez l’oreille de Scarlett.

L’espace de réception est clair, les murs bleu layette. Martin les dirige rapidement vers une salle d’examens. Colombe pose la valise sur la table, Martin se charge de sortir la boule de poils.

— Bonjour, mademoiselle, lui dit-il en la caressant. Très jolie…

D’un coup, un chat noir grimpe sur la table en faisant sursauter Colombe.

— Philibert… tu lui as fait peur ! le sermonne Iris en lui grattant la tête.

La seule chose qui l’intéresse, c’est de se coller à Scarlett. Ils leur jouent un concert de miaulements énamourés, et la belle n’est pas farouche.

— Sacré Philibert… je te comprends ! rigole Martin. Elle a de beaux atouts.

Sans les séparer, il regarde ses oreilles.

— Elle a une petite otite à droite, rien de bien méchant. Je vais vous donner des gouttes à lui mettre trois fois par jour. Vous me la ramènerez en fin de semaine pour un contrôle.

— Colombe, tu veux voir le bloc et la salle de convalescence ?

— Si tu veux…

Elle abandonne Scarlett en soins, collée à Philibert.

Iris prend plaisir à lui faire visiter les lieux. Toutes les salles sont propres, très bien organisées. Elles s’arrêtent un moment pour observer une maman chihuahua avec ses minuscules bébés, Martin les rejoint.

— Ils sont nés cet après-midi, leur maîtresse les récupère demain matin.

— Qui les surveilles cette nuit ?

— Mon assistant assure la garde, et veille sur eux.

Après trente minutes de visite, ils regagnent la salle d’examen, mais les tourtereaux ont mis les voiles.

— Les portes sont fermées ? s’inquiète Colombe. Scarlett ne sort jamais seule.

— Pas de panique, ils ne peuvent pas être bien loin.

Au bout de dix minutes, ils les retrouvent bien planqués dans la réserve et pas vraiment disposés à se quitter.

— Eh ben… C’est le coup de foudre ! ricane Martin en écoutant les miaulements réprobateurs de Scarlett emportée par sa maîtresse. Philibert la suit à la trace.

— Scarlett, tu viens de le rencontrer !

— J’ai comme l’impression que Scarlett a trouvé son Rhett Buttler, constate Iris en hochant la tête.

— Tu connais le film Autant en emporte le vent ?

— Ah oui, on l’a vu avec Martin. Trop belle histoire ! Scarlett est une super cavalière. Bon, c’est triste aussi quand leur fille meurt. Avec Rhett, ils n’arrêtent pas de se chipoter au début. C’est marrant, ça me fait penser à deux personnes que je connais, ajoute la miss en levant les yeux au plafond.

Ni Martin ni Colombe ne relèvent sa remarque.

Sous les miaulements intempestifs de sa minette qu’elle vient de coller dans sa valise, ils regagnent la voiture.

— Martin, Philibert est tout triste. On peut le prendre avec nous ce soir ?

— Si tu veux, va chercher sa cage !

La petite miss file, revient aussitôt avec l’amoureux transi et dépose sa cage à côté de celle de Scarlett.

— Comment on fait ? chuchote, Colombe.

— Qu’elle est bonne, cette question ! Il n’y a pas cinquante réponses. On va chez vous et on vide ma voiture. Allez, montez ! J’aimerais prendre une douche avant deux heures du matin.

— Pff… Comment tu fais pour le supporter ? Qu’est-ce qui l’énerve chez moi ? Ma couleur de cheveux ?

Iris se bidonne sur le siège arrière.

Devant la maison, le premier étage est allumé, Bénédicte est rentrée. Rapidement, Colombe ouvre toutes les portes et le ballet commence.

— Vous avez quoi dans ces cartons ? Vous transportez des pierres ? grimace Martin en entrant dans le séjour.

— Des livres…

En quinze minutes, la voiture est vidée et la pièce totalement envahie.

— J’aime bien chez toi, sourit Boucle d’or en faisant le tour du propriétaire.

— Iris… on attend l’autorisation avant d’aller partout.

— Je la lui ai donnée !

— Il est tard… Remercie Colombe !

— Tu vas au haras mercredi ?

— Je pense, oui…

— Je peux t’accompagner ?

— Si tu veux. Tu termines tes cours à quelle heure ?

— À onze heures.

— Moi aussi. On peut déjeuner ici et après on va galoper.

Martin la mitraille, elle se ressaisit.

— Si Martin est d’accord…

— Iris aura sans doute des devoirs. Je ne veux pas qu’elle prenne l’habitude d’y passer tous ses mercredis après-midi.

— Je vais m’avancer. Je serai à jour, je te le promets !

— On verra mardi soir… Bonne nuit.

— Bonne nuit, Colombe. Et merci.

Avec un sentiment étrange, elle les regarde partir. La présence de la petite miss l’enveloppe d’une douceur, d’une légèreté qu’elle n’a pas ressentie depuis longtemps.

La jeune professeure n’est pas une grande cuisinière. Souvent, elle déjeune ou dîne en faisant autre chose. Pour ce soir, ce sera jambon blanc accompagné de riz, tout en rangeant ses livres et le reste de ses vêtements. En miaulant, Scarlett prend possession de son nouveau logis. Colombe décide d’installer ses tréteaux, son bureau dans le séjour près de la baie vitrée. Pendant la période hivernale, y dessiner sans lumière artificielle sera très agréable.

Vers vingt-deux heures, son portable bipe, le signal d’un message. Sous sa couette, bercée par les ronronnements de Scarlett en boule à ses pieds, elle est plongée dans un roman. Colombe l’attrape sur la table de nuit, sourit en l’ouvrant : c’est Martin.

« Merci pour Iris, elle est ravie de sa journée. Apparemment, vos parents sont très sympas et votre grand-mère “ rock’n’roll ” ! Vous devez tenir d’elle ! Je dépose Iris au collège à huit heures. Voulez-vous que nous passions vous chercher ? »

La neuneu… J’avais complètement oublié la panne de ma voiture.

« Merci, Martin. J’irai avec ma voisine. Ma grand-mère est effectivement hors norme, à bien des points de vue. Mais qu’est-ce que la norme ? Je n’ai jamais souhaité ressembler à qui que ce soit et sûrement pas à une poupée. On m’accepte comme je suis ou l’on ne m’accepte pas ! »

Iris est derrière. Elle a dû le tanner jusqu’à ce qu’il craque.

Nouveau message.

« Arrêtez de prendre comme des remarques tous mes commentaires. Surtout quand ce sont des compliments ! »

« Manifestement, vous n’avez pas l’art et la manière ! »

« On me prend comme je suis ou l’on ne me prend pas ! »

« Vous êtes insupportables ! Pauvre Iris… »

« Elle s’est plainte de moi ? Ce n’est plus du second degré ? »

« Absolument pas, je ne voulais pas vous inquiéter. Faire de l’ironie par message n’est pas une bonne idée. Une chose m’intrigue. Vous êtes très protecteur avec Iris, mais vous l’avez laissée partir avec une personne que vous connaissez à peine ! »

Pas de réponse, je l’ai vexé.

Cinq minutes plus tard. Martin n’était pas vexé, mais sous sa douche.

« Je ne suis ni stupide ni inconscient. J’ai mes sources ! »

Ses sources… De quoi il parle ?

« Vous vous êtes renseigné sur moi ? Auprès de qui ? Je viens d’arriver à Concarneau ! »

« La sœur de Max est une mine d’informations. Manifestement, elle vous aime bien. »

« Vous la connaissez ? »

« Je l’ai rencontrée plusieurs fois chez Paul et Max. »

« Et ? »

« Et ?... Vous voulez savoir si je l’ai collée dans mon lit ? »

Colombe éclate de rire.

« Je ne me permettrais pas. Nous ne sommes pas intimes à ce point. Qui vous a dit qu’elle me connaissait ? »

« Le jour de notre rencontre – un grand, un très grand moment de convivialité –, Paul m’en a parlé. »

« Je vois… Bonne nuit, Martin. »

« Bonne nuit, Colombe. »

Elle n’est pas froissée par sa démarche, c’est le contraire qui la chagrinait. En souriant, elle s’enfouit sous sa couette avec délice, abandonne définitivement son roman. Malgré leurs chipotages et la blonde Barbie, Colombe est attirée par Martin. Sous son côté rustre, elle sent en lui un homme sensible et sa relation avec Iris la touche. Il est attentif, très doux. Colombe aime sa façon de s’adresser à elle, même quand il lui dit non. Pour pouvoir dormir sereinement, elle le chasse de ses pensées. Malgré cela, il peuple sa nuit.

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