Les Iris de Colombe (French Edition)

Hélène Jasmé · Chapitre 34 sur 44

Pages du PDF

Les Iris de Colombe (French Edition)

La fugue

 

Ce jeudi, Martin s’en souviendra très longtemps. Penchés sur le bureau de Claudie, ils consultent le planning de rendez-vous pour l’après-midi. Sa salle d’attente est vide, il s’apprête à partir en visite dans une ferme. Un taxi de couleur noire se gare juste devant l’entrée. Ils tournent ensemble la tête, la portière s’ouvre. Qui s’éjecte du véhicule avec la banane en traînant sa valise ? Iris ! Collé au sol, Martin ne réagit pas immédiatement. La miss fait voler la porte.

— Martin, tu peux le payer, je n’ai plus assez d’argent !

Le voyant statique, sa secrétaire se précipite pour régler la note et les retrouve dans les bras l’un de l’autre.

— Iris… qu’est-ce que tu fais là ?

— Je me suis tirée ! J’ai pris le train à Lorient et en arrivant, j’ai sauté dans un taxi.

— Tes grands-parents savent où tu es ?

— Nan… et j’en ai rien à cirer ! Papi s’est barré à neuf heures pour un golf et mamie avait un déjeuner avec ses copines. Elle était encore dans la maison quand j’ai pris la porte. Nadine était tellement occupée à perfectionner son maquillage, elle n’a rien vu. Avec un peu de chance, ils vont s’apercevoir de mon absence ce soir au moment de se mettre à table !

— Iris, la juge ne va pas aimer, se lamente Martin.

— J’ai tenu trois jours ! On m’a obligé à y aller, je l’ai fait, mais je n’y retournerai pas !

Il la serre contre lui, l’embrasse encore et encore, respire sa chevelure légèrement parfumée d’une odeur de pomme. Cette odeur qu’il connaît si bien et dont il ne peut se passer. Il reprend ses esprits.

— Viens dans mon bureau, on va téléphoner à l’assistante sociale.

Et la conversation est plus que tendue, la jeune femme n’en revient pas.

— J’ai tenu à vous avertir, mais je ne préviendrai pas ses grands-parents. Si vous le voulez bien, on va attendre de voir dans combien de temps ils vont s’apercevoir qu’elle est partie.

— Je le signale immédiatement à madame la juge et je vous envoie un message s’ils m’appellent.

Tellement heureux, Martin peine à poursuivre le fil de sa journée. Sa secrétaire lui conseille de faire venir son assistant pour le remplacer, il y consent de bonne grâce.

Le cœur léger, Martin et Iris regagnent leur maison. Dans la voiture, elle n’y tient plus et veut tous les détails des derniers jours.

— Vous avez fait quoi avec Colombe cette semaine ? Vous avez monté Sultane ?

Martin prend une grande respiration.

— Je vais t’expliquer chez nous.

Dès qu’elle passe la porte, les boules de poils lui font la fête. Elle les caresse un moment, et Tara dans les bras, elle appelle Colombe au pied de l’escalier.

— Elle n’est pas là, ma puce.

— Elle est au haras ?

Il baisse la tête, l’attire contre lui.

— Elle est partie depuis lundi, personne ne sait où elle est.

Le visage fixe, elle relève le regard.

— Vous vous êtes engueulés ?

Martin souffle bruyamment et lui explique en quelques mots.

— T’as pas essayé de lui téléphoner ?

— Elle a bloqué tous les numéros. Même Béné ne le peut pas.

— Je l’ai eu tous les jours par message. Elle ne m’a rien dit.

— Tu peux la joindre ?

— Ben oui…

— Tu veux bien l’appeler ?

Iris pose Tara, attrape son portable.

— Qu’est-ce que je lui dis ?

— Ne lui donne pas trop de détails, essaie juste de savoir où elle est.

La miss compose aussitôt le numéro, Colombe décroche au bout de trois sonneries.

— Ma puce, je suis contente de t’entendre. Ça se passe bien avec tes grands-parents ?

— Ça va. Et vous ?

Colombe ne parvient pas à lui mentir. Par message, cela aurait été possible, de vive voix, elle abat les cartes.

— Je pense qu’ils vont bien. Je suis pour quelques jours à Londres chez mon amie Capucine.

— Trop cool ! Si seulement je pouvais me téléporter vers toi.

— Tu me manques, ma puce.

— Tu as fait des tatouages ?

— Non, beaucoup de dessins.

— Tu rentres quand ?

— Je ne sais pas encore. Et toi ?

— Demain et j’en ai ras le bol. Je te raconterai !

— D’accord. Plein de bisous, mon Iris. Je t’aime.

— Bisous, Colombe. Tu me manques aussi.

Le sourire jusqu’aux oreilles, elle saute dans les bras de Martin. Et il est soulagé, Martin. Il la fait tourner plusieurs fois.

— Je vais aller la chercher, mais je ne peux pas t’emmener. Sans l’autorisation de la juge, tu ne peux pas sortir du territoire. J’aimerais te poser chez Guillaume et Hélène.

— Pourquoi pas chez Suzette ?

— Elle n’est pas là. Avec Édouard, ils sont dans le Sud chez Gonzague, elle t’a envoyé une carte.

— Guillaume et Hélène, ça me va ! ajoute la miss en claquant la paume de sa main contre la sienne en signe d’accord.

Sans perdre de temps, il appelle le papa de sa belle, Guillaume est surpris.

— Aucun problème, nous pouvons garder Iris et les chats, mais où est Colombe ? Je l’ai eue en début de semaine, elle ne m’a pas dit qu’elle s’absentait.

— Elle est à Londres chez son amie Capucine. La tatoueuse, tu vois de qui je parle ?

Interloqué par sa question, à cet instant, il comprend que Martin ne sait pas qui est Capucine, mais il l’élude.

— Tu veux son adresse ? Je lui ai rendu visite plusieurs fois quand Colombe a séjourné chez elle.

— Merci, Guillaume. Et merci pour Iris. Nous serons chez vous en milieu de matinée.

— À l’avenir, si tu as un problème avec Colombe, pense à me téléphoner. Si tu m’avais posé la question, je t’aurais dit où elle était susceptible d’aller.

— Je ne voulais pas vous inquiéter et mon cerveau ne fonctionne plus de manière rationnelle. Excuse-moi ! À demain.

Martin s’empresse de réserver son vol et dans la foulée, il prévient leurs amis. Tous sont heureux de ces nouvelles. Il se sent tellement bien, il en oublie un instant leur bataille pour Iris. Pendant le dîner, sa miss lui raconte son séjour chez ses grands-parents. Martin est triste de constater qu’ils veulent sa garde, mais que rien ne change. Jacques et Nadine sont incapables de trouver des activités à faire ensemble. Il l’imagine trois jours à se morfondre devant la télé et à écouter les bavardages de dames de soixante-dix ans.

À près de vingt heures, l’assistante sociale ne se contente pas d’un message, elle l’appelle.

— Cela ne va pas jouer en leur faveur. Madame Deschasse vient seulement de constater l’absence de sa petite fille. Elle est rentrée chez elle à dix-sept heures, a pris une douche, s’est lancée dans la préparation du repas. À dix-neuf heures, lorsqu’ils ont souhaité se mettre à table, sa chambre était vide. Madame la juge ne va pas les louper. Nadine Deschasse n’a pas essayé de vous contacter ?

— Il y a une petite heure, je n’ai pas répondu !

— Vous avez raison, Martin. Je ne comprends pas leurs motivations. Ils réclament sa garde, mais ne veulent rien changer à leur vie et sont incapables de s’en occuper. Je fais mon rapport dès ce soir, il sera sur le bureau de la juge demain matin.

— Je vais partir deux ou trois jours à Londres, Iris séjournera chez les parents de Colombe à Rennes. Vu le comportement de Nadine et Jacques, il n’est plus question de s’interdire quoi que ce soit.

— Vous m’en avez fait part, il n’y aura pas de problème. J’ai rencontré monsieur et madame Desmarais pour mon enquête, je n’ai aucune objection. Et si vous voulez mon avis, elle y est plus en sécurité que chez ses grands-parents.

— Merci infiniment. Bonne soirée.

Accompagnée d’une danse de la joie, Iris lève les pouces en signe de victoire. Le sourire aux lèvres, il comprend que sa petite miss avait prémédité son coup.

— Tu y penses depuis combien de temps ?

— Nadine et Jacques ne savent rien de mes habitudes et de mes goûts, mais moi, je connais bien les leurs. Je savais qu’ils seraient incapables de tenir sans golf et sans les copines pendant cinq jours. J’ai juste eu à attendre mon heure. J’avais pris de l’argent pour mon billet de train. Pour le taxi, j’ai un peu foiré mon coup.

Il fronce les sourcils.

— Tu vas me promettre de ne jamais recommencer. Je ne veux pas que tu voyages seule, sans que personne soit au courant.

Bloquée dans son cou, elle le lui promet. À cet instant, Martin a le fort sentiment qu’ils viennent de gagner une manche. Même si ses grands-parents en ont la garde, Iris ne se laissera pas faire et sa petite fleur n’est pas dépourvue de suite dans les idées.

OceanofPDF.com

34

 

OceanofPDF.com