Les Iris de Colombe (French Edition)

Hélène Jasmé · Chapitre 42 sur 44

Pages du PDF

Les Iris de Colombe (French Edition)

Les impostures de Barbie

 

Colombe tient sa promesse, elle ne monte plus. Pour le justifier, elle commence à être à court d’arguments. Les questionnements sont de plus en plus nombreux. Un après-midi, Iris était en balade avec sa copine Solène, Paul lui a demandé si la chute d’Iris l’avait refroidie et si elle avait des angoisses à l’idée de monter à nouveau. Elle répète inlassablement qu’elle a des douleurs au dos et à l’épaule. Au fur et à mesure des jours, elle sent bien qu’ils ne la croient pas.

Colombe est dans la cour du haras, elle attend le retour d’Iris et de Paul. Max la questionne à nouveau sur son refus de monter, Colombe est à deux doigts de craquer. Leur mentir lui est insupportable, mais elle trouve son salut dans la venue de Bénédicte et Jérôme. Le grand mec moqueur éclate de rire en descendant de voiture. Les deux amis se tournent dans leur direction en lui demandant ce qui provoque son hilarité. Il se contente de désigner l’intérieur de la voiture. La portière s’ouvre lentement, laissant apparaître deux béquilles et Bénédicte qui peine à garder son équilibre sur un pied. Colombe et Max se précipitent pour lui venir en aide.

— Béné, qu’est-ce qui t’est arrivée ?

Jérôme poursuit son fou rire. Sans attendre sa réponse, Max enchaîne les questions.

— Tu as fait une chute pendant votre cours d’escalade ?

— Oh non, réagit Jérôme en joignant les mains en signe de prière. Elle n’a pas décollé du sol, mademoiselle a le vertige. C’est nouveau !

— Je l’ai toujours eu, rétorque la miss en essayant de redresser le menton.

— Alors ? s’impatiente Colombe.

Bénédicte pince un instant les lèvres pour se retenir de rire.

— J’ai glissé sous la douche et je me suis fracturé la malléole. J’en ai pour six semaines avec cette botte horrible.

La chose n’est pas risible, mais les amis peinent à se contenir. En un peu plus d’un an, Jérôme l’a entraînée dans ses activités, parfois, à la limite de la dangerosité. Elle chute souvent, mais toujours sans gravité.

— Faire toutes ces activités sportives – à mon corps défendant – et m’exploser la malléole bêtement sous ma douche… Le sort s’acharne ! éclate-t-elle de rire.

Max adresse un petit sourire en coin à Colombe.

— Avoue, Jérôme te faisait faire des acrobaties ?

— J’étais toute seule ! insiste-t-elle d’une voix aiguë. Je me suis écrasée au sol comme une tomate trop mûre… Et je ne vous raconte pas l’hématome que j’ai sur la fesse !

Jérôme se bouche le nez pour calmer son fou rire.

— Pour la réconforter, l’urgentiste lui a signalé qu’une fracture du col du fémur serait bien plus handicapante ! Elle s’est redressée en éructant : « Vous pensez que j’ai quel âge ? Qui se pète le col du fémur à vingt-six ans ? Je ne suis pas en sucre ! Je fais de l’équitation, de l’escalade, de la voile ! Je ne suis pas une petite nénette qui se contente de poser un pied devant l’autre ! ». Il a rigolé en haussant les sourcils puis lui a répondu gentiment : « Oui, oui, je vois. Pensez à mettre un tapis antidérapant dans votre douche, on ne sait jamais. Le danger n’est pas forcément où on le croit ! ».

Max la détaille un instant, puis lève les épaules.

— Bon, ben… je vais devoir te trouver un remplaçant !

— Pas question, je vais faire cours ! Six semaines chez moi, je sens déjà la folie me gagner ! On va s’arranger pour que je bouge le moins possible. Si tu es d’accord, je vais me poser dans une salle et les élèves viendront à moi. Jérôme et Colombe me conduiront au besoin.

Tout le monde acquiesce aussitôt.

— Paul et Iris ne vont plus tarder. Allons prendre une boisson chaude en les attendant, propose Max.

Depuis le matin, ses nausées sont difficilement supportables. Par instants, le visage de Colombe se vide de toute couleur. Bénédicte le remarque et ce n’est pas la première fois. Une petite musique lui trotte dans la tête. Paul et Iris viennent de faire leur entrée dans la cour, Max et Jérôme les ont rejoints. En la détaillant, Bénédicte en profite pour lui faire cracher la pastille.

— Colombe, je m’inquiète. En arrivant dans la salle à manger, tes lèvres avaient disparu de ton visage. Tu couves un truc ?

Tu ne crois pas si bien dire… Pour couver, je couve !

— Les changements de saison ne me réussissent pas. C’est juste un peu de fatigue.

Bénédicte continue de la sonder l’œil plissé et le sourire en berne. Colombe pince les lèvres en refrénant un rire. D’un coup, elle se redresse.

— Dis-moi que ce que je pense est vrai ?

Colombe ouvre grands ses deux calots bleus.

— Je ne suis pas encore télépathe.

Bénédicte lui prend la main, la banane affichée.

— Colombe… tu es enceinte ?

La réponse n’est pas nécessaire, Bénédicte a compris. Oubliant sa patte folle, elle s’éjecte de sa chaise, suivie d’un cri de douleur et d’une grimace.

— Viens vite dans mes bras !

L’une contre l’autre, elles s’embrassent.

— Béné, personne ne sait, nous voulons le garder pour nous encore un mois.

Aussitôt, la miss lui fait le signe scout.

— Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer ! Je ne dirai rien, je suis une tombe !

— J’ai confiance, ajoute Colombe en posant sa main sur la sienne.

— Raconte, Martin ?

— Très heureux, très très heureux. Même si les circonstances ne sont pas idéales, nous sommes fous de joie.

— Merci de m’accorder ta confiance. Nous ne nous connaissons pas depuis longtemps, mais la valeur n’attend pas le nombre des années. Dès le premier jour à tes côtés, j’ai senti que nous deviendrions amies.

Bénédicte marque une pause.

— Moi aussi, j’ai une bonne nouvelle. Avec tous les tremblements de terre que vous avez subis, nous voulions patienter pour vous l’annoncer, mais comme nous sommes dans les confidences… Nous allons nous marier l’été prochain. Accepterais-tu d’être mon témoin ?

Émue, Colombe l’enlace.

— Évidemment… Avec grand plaisir !

Iris se stoppe en entrant dans le salon. Elle écrase sa main sur sa bouche pour étouffer son rire.

— La vache… Tu t’es pas loupée !

— Ouais… Et cette folle de Barbie n’y est pour rien ! Vous avez des nouvelles ?

Iris et Colombe se jettent un regard complice.

— La voilà en fuite ! Elle s’est tirée de l’hôpital en pleine nuit, personne ne sait où elle est. Des scellés ont été posés chez elle et dans son agence immobilière. Aux dires d’un patient de Martin, son contrôle fiscal a été fructueux. Ses comptes bancaires sont bloqués et elle va devoir s’expliquer. Si seulement Barbie pouvait disparaître pour toujours ! conclut Colombe en mimant une prière.

— Étienne Blondeau m’a appris que ses parents vivent dans le Sud. À coup sûr, elle s’est exilée là-bas. Connaissant son degré de folie, elle va vite trouver quelqu’un d’autre à harceler. Ici, c’est cuit. Plus personne ne voudra avoir de contact avec elle de près ou de loin. C’est la première personne que je croise avec une telle pathologie, ajoute Bénédicte.

— Pour les gendarmes, quand elle nous a foncées dessus, c’était sa dernière vacherie avant de quitter la ville. Dans sa vieille guimbarde, ils ont retrouvé des valises, son passeport et des documents contenant sa double comptabilité. La chance n’était pas avec elle ce jour-là. Elle a lancé une dernière fois le boomerang, il lui est revenu plus vite qu’elle ne l’avait imaginé.

Iris ricane en se tenant le ventre.

— Colombe, tu lui as raconté pour son prénom et son âge ?

— Son prénom… c’est Olympe ! s’étonne Bénédicte en haussant les épaules.

La miss se tortille de plus belle.

— Oh non ! Allez, tu vas devoir deviner. Je te donne la première lettre, c’est un G.

— Géraldine… Gabrielle… Gwenaëlle… Gladys…

— Nan… Pense plus à un prénom ancien, l’aiguille Iris.

— Germaine…

— Presque, tu as les trois premières lettres.

— Ger… Je sèche. Je donne ma langue à Barbie.

Iris éclate de rire.

— Elle s’appelle Gérarde ! C’est pas que c’est moche, mais Barbie Gérarde, je ne m’en remets pas !

— C’est un vieux prénom. C’est bizarre pour une femme de notre génération… peut-être celui de l’une de ses grands-mères. Quand il reviendra à la mode, elle sera trop vieille pour en profiter, se marre Bénédicte.

— Elle n’a pas notre âge, l’informe Colombe. Elle n’est pas trentenaire comme elle le prétend. Elle vient de fêter ses quarante-deux ans.

— Cette nana est une imposture de A à Z ! Son nez, ses seins en plastique, même son âge et son prénom, tout est faux chez elle.

— Pour une poupée, le plastique, c’est normal ! continue de se moquer la miss.

La petite fleur a bien repris du poil de la bête : terminées les heures sur son téléphone à se goinfrer de chips et de soda. Son mauvais comportement en classe n’est plus. Sa concentration au maximum, elle redouble d’efforts pour rattraper son retard et son amitié avec Solène est à nouveau au beau fixe. Les semaines qui viennent s’annoncent éprouvantes. La rencontre avec la juge l’inquiète, mais dès qu’elle se sent submergée par une angoisse, elle se réfugie dans les bras de Martin et lui vide son sac.

OceanofPDF.com

42

 

OceanofPDF.com