L'Homme élastique
30 mai
À la réflexion, il me parut qu’un pied de violettes non soumis à l’expérience se fût peut-être fané dans le même temps. Je n’en savais rien, ayant peu l’habitude des fleurs. Dans l’après-midi, nous avons donc recommencé en dispo-sant une violette témoin dans un verre d’eau à côté de l’appareil. Le nouveau pied de violettes placé sous la cloche a pris en deux heures les proportions d’un géranium, mais à la sortie de l’appareil les fleurs se sont fanées, alors que la violette témoin restait vivace.
Il était trop beau d’espérer que la vie pût se conserver au cours d’une transformation pareille. Je n’en suis pas moins d’une humeur de dogue, et Puce en a supporté les consé-quences. J’ai refusé de l’emmener pour la promenade du soir : sa joie et ses gambades m’auraient fait mal à voir.
30 mai
Tandis qu’Adrien recommence l’expérience avec de simples fougères, estimant que nous avons été trop vite en besogne en nous adressant tout de suite à des phanérogames (pourquoi ne prend-il pas des bactéries pendant qu’il y est ?), je réfléchis qu’il serait intéressant de savoir à quel moment de la dilatation disparaît la vie, mais que l’instant de la mort du végétal est difficile à établir. Pour connaître avec plus d’exactitude cet instant, il faudrait s’adresser à un organisme plus évolué. Loin donc de revenir en arrière comme le pro-pose Adrien, je décide au contraire de pousser plus avant et de passer à des expériences sur des animaux.
Malheureusement, nous n’avons pas de cobayes, encore que j’aie téléphoné à Lyon pour en demander douze dou-zaines. Mais, ne me sentant pas la patience de les attendre, je me suis rappelé opportunément qu’une des lapines du cla-
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