L'Homme élastique

Jacques Spitz · Chapitre 58 sur 68

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L'Homme élastique

18 octobre

l’impression que le champ de bataille leur appartient, et leur invulnérabilité leur confère un moral dont les mortels ordi-naires ont perdu le souvenir. Faisant une conversion vers l’est, la division Mu doit poursuivre demain matin son at-taque pour enlever de flanc les bords de la plaie ouverte dans les lignes allemandes. Toutes les escadrilles de bombarde-ment s’envolent pour pilonner les routes de l’arrière-front chez l’adversaire. Je m’endors au bruit de la naissante vic-toire.

 

18 octobre

 

En attendant le général en chef parti en tournée d’inspection sur le front d’attaque, on me rapporte une pluie d’anecdotes.

Les Lilliputiens d’une patrouille furent surpris par les ar-tilleurs d’une batterie ennemie qu’ils venaient de détériorer. Ceux-ci, pour en finir avec ces manières de rats, voulurent les écraser à coups de pelles et de bottes. Mais sous les se-melles allemandes, les petits hommes, si durs qu’ils ne peu-vent être écrasés, s’enfoncèrent seulement dans le sol où ils se trouvèrent merveilleusement à l’abri, attendant seulement pour sortir leurs petites têtes et lancer leurs grenades que leurs adversaires eussent tourné le dos.

Ailleurs, c’était un caporalinet, – on appelle ainsi un ca-poral de la division Mu, – qui, arrivant sur le bord d’une tranchée bétonnée, se trouve à hauteur du visage d’un com-mandant allemand. Celui-ci, n’en croyant pas ses yeux, s’écrie : « Was ist das ? Was ist das ? » Le caporalinet en pro-fite pour envoyer une grenade réduite dans l’arrière-gorge du commandant et, sautant dans le fond de la tranchée, dispa-

 

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raît fort heureusement dans la boue pendant l’explosion et la volatilisation du Herr Kommandant !

Un lieutenantinet, se glissant entre les caisses d’une sec-tion de munitions, a pu pénétrer dans les caves de l’aérodrome souterrain de la IIIe armée allemande, et ceintu-rer de dynamite six torpilles d’une tonne qui, éclatant une heure plus tard, ont ramené l’aérodrome à l’air libre mais dans l’état qu’on imagine.

Il paraîtrait aussi qu’un Lilliputien, ayant réussi à se lo-ger entre les tampons d’un train allemand roulant vers l’arrière, a pu semer entre les rails, tel le petit Poucet, des bombes à retardement qui, explosant un quart d’heure plus tard sur la voie, l’ont détruite avec une précision inhabituelle et une parfaite régularité sur toute sa longueur, sans qu’on pût deviner que ces attentats criminels venaient du train qui continuait paisiblement sa route.

En bref, il semblerait que le champ d’action de ces petits hommes fût illimité.

Notre communiqué est un véritable bulletin de victoire qui s’abstient, bien entendu d’indiquer la véritable cause du succès. Par contre le communiqué allemand est curieux à lire :

 

« Sur le front occidental, agissant par surprise, le comman-dement adverse a déclenché une attaque en Lorraine. Nous avons victorieusement repoussé l’adversaire sur toute l’étendue de la ligne d’attaque à l’exception d’un petit secteur au nord de Mé-zières où l’ennemi, employant vraisemblablement des procédés nouveaux à base d’ondes hertziennes, a réussi à faire sauter à distance quelques-uns de nos ouvrages défensifs. »

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