L'Homme élastique

Jacques Spitz · Chapitre 62 sur 68

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L'Homme élastique

17 novembre

 

Réussite sur toute la ligne. Voici les manchettes des journaux du jour :

Fantastique révélation du Dr Flohr. Le miracle de la Meuse était un miracle de la Science ! Les tout petits soldats de France. Les Lilliputiens invicibles. L’atome élastique au service de la France. Plus fort que Gulliver ! Incroyables confidences d’un sa-vant français. C’est David qui a vaincu le Goliath germanique. Le Dieu des armées était une souris. Les mystères du Deuxième Bureau dépassés !… etc.

 

18 novembre

 

Je n’ai plus une minute. De toutes parts le téléphone me relance. On me demande de Londres, de Moscou, de New York, et même de Berlin, – peut-être de la part du généralis-sime vaincu qui voudrait savoir à quoi s’en tenir sur les causes de sa défaite. À midi, la porte de ma maison a été en-foncée par les curieux. Heureusement, j’avais pris soin de m’installer à l’hôtel Crillon. Le roi des Belges m’invite à dé-jeuner. Miss Europe me télégraphie qu’elle veut cueillir sur mes lèvres la saveur du génie. D’Hollywood arrive une pro-position de contrat avec le double des émoluments de la star la plus chère. L’U.R.S.S. annonce qu’elle me fait cadeau d’un appareil de bombardement trimoteur transformé en avion de tourisme et de plaisance. Jusqu’au jury du prix Nobel qui me demande d’établir un dossier de candidature ! Les journaux américains m’appellent « Einstein au cube », et « World-scientist n° 1 ». Personne ne parle plus de la paix. Trois cent quatre-vingt-deux demandes en mariage sont parvenues ce matin à mon adresse. Enfin, on crie dans les rues une bro-

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chure intitulée : Le Dr Flohr, sa vie, son œuvre, où rien n’est vrai jusqu’à la photographie censée me représenter et qui est celle de l’Aga-Khan… On peut dire que j’ai jeté un joli pavé dans la mare des folies humaines. C’est la gloire.

On m’apporte à l’instant un câblogramme de ma fille : « Est-ce vrai, vieux singe ? Stop. Ethel. » Je lui fais ré-pondre : « Ya », pour lui montrer que, moi aussi, je sais l’américain.

Demain, communication à l’académie de Médecine.

 

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