L'Homme élastique
15 juillet
m’appelle de Paris. Je fais dire que je suis absent. Je me ré-fugie encore au laboratoire. Bruit assourdissant : une esca-drille d’avions survole le plateau. Même ici, je n’ai plus la paix. Patience, tout ce beau feu se calmera quand ils com-menceront à mourir.
Au total, une journée perdue.
15 juillet
J’ai tout de même dit qu’on m’apporte des journaux. C’est la frontière de l’est une fois de plus en feu, à la suite de cette affaire de Hollande qui couvait depuis trois mois. Trois mois pendant lesquels je n’ai pourtant pas perdu mon temps, mais eux non plus ne le perdaient pas, ces pauvres fous d’hommes : c’est maintenant qu’ils vont commencer à le perdre.
On est déjà venu réquisitionner mon automobile et de-mander si je n’avais pas de chevaux. Rien ne va plus dans les transports et Dieu sait quand je recevrai les singes que j’ai commandés !
Atlas est très ému par tout ce qui arrive. Il va sur le chemin pour regarder passer les mobilisables, sort de sa ré-serve pour me poser des questions sur la guerre, les avions, les tanks. Il m’a confié ce soir qu’il avait le cœur gros de ne jamais être bon à rien, pas même à être clown depuis qu’il est ici.
La pensée m’est venue de profiter de l’élan d’enthousiasme qui passe sur le pays.
— Tu pourrais peut-être essayer un traitement pour grandir ? ai-je proposé.
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