L'Homme élastique

Jacques Spitz · Chapitre 23 sur 68

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L'Homme élastique

14 juillet

dormi, mais vivant, devenait magnifique. Souhaitant aller à la limite des possibles, j’ai poursuivi le traitement. À la fin de la journée, j’obtenais un coq de Barbarie emplissant presque ma cloche de deux mètres. J’ai laissé l’animal se réveiller tout seul sur le plateau. Il s’est dressé : l’effet était saisissant, un coq à l’échelle de Saint-Pierre-de-Rome ! Il a essayé d’écarter les ailes, mais les parois de la cloche l’en ont em-pêché. Puis, tout d’un coup, ce fut un bruit de tonnerre : le coq géant chantait !

Les actions mécaniques, toujours possibles chez le sujet dilaté, se trouvent amplifiées par ses dimensions mêmes. Le coq chantait à faire trembler les vitres. C’était vraiment l’éveil d’un jour de gloire : mon coq d’Austerlitz ! Puis j’ai craint qu’il n’attirât l’attention de Marie, et il ne pouvait par ailleurs être question de conserver secrètement un animal de cette taille. J’ai donc soulevé la cloche. Ce fut instantané : le coq s’est aplati comme une galette. J’aurais pu le prévoir. Son organisme, dilaté dix fois, offrait une surface centuplée qui ne pouvait résister sans adaptation à la pression atmos-phérique.

En me promenant ce soir avec Atlas je lui ai demandé incidemment, et comme n’attachant pas d’importance à la question :

— Aimerais-tu que j’essaie de te guérir ?

Il n’a pas répondu.

 

14 juillet

 

En voici bien d’une autre !

 

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Je dormais encore quand un bruit inhabituel, près du portail d’entrée, m’a éveillé. Des rumeurs montent, indiquant qu’il se passe quelque chose. Je descends et trouve Maurice très excité ; sa mère, Marie, les yeux hors de la tête, s’écrie : « C’est la guerre ! » L’ordre de mobilisation générale est donné, le tocsin sonne, les affiches sont apposées dans les villages : ce sont les mobilisables de Freissenet qui, en se rendant à Privas, nous apportent des nouvelles. Je me refuse d’abord à croire à l’événement. Un coup de téléphone à Pri-vas me le confirme.

La guerre ! Ainsi toutes les inquiétudes dont témoi-gnaient les gens durant ces derniers temps n’étaient pas sans fondement. Je ne peux m’empêcher de penser qu’ils ont en-fin obtenu ce qu’ils voulaient : cette espèce d’excitation col-lective qui semble nécessaire de temps à autre aux orga-nismes sociaux, comme un stimulant est parfois nécessaire à l’individu. Il ne leur faut rien moins que la perspective d’un massacre général pour les sortir de leur torpeur habituelle.

Quant à moi, ma décision est prise : je ne bouge pas. Mon âge me le permet, et je ne vais pas me laisser troubler par ce qui se passe autour de moi quand mes travaux de-viennent passionnants. Adrien, qui est réformé, me restera. Atlas n’a pas la taille voulue pour être conscrit. Seul Maurice devra rejoindre le deuxième jour. Je conduirai la voiture moi-même, et ce sera tout. Mettons-nous au travail comme si de rien n’était…

Mais, si coupés que nous soyons du monde extérieur, la fièvre environnante semble vouloir nous gagner. Des char-rettes, des camions passent à chaque instant sur la route na-guère déserte. Marie demande à prendre la voiture pour aller acheter des objets pour son fils. Le téléphone sonne et

 

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