L'Homme élastique
4 octobre
à l’air libre, ce qui conduit à un procédé de conservation idéal. Plus de boîtes de singe, mais d’excellents rôtis de bœuf qu’on peut transporter en plein air pendant des mois, aussi aisément qu’un paquet de cigarettes.
4 octobre
J’avais craint qu’avec la configuration alpestre que prend pour eux le sol, nos régiments de Lilliputiens ne comp-tent pas mal de bras et jambes cassés. Mais l’extrême dureté que prend le corps humain ramassé sur cet espace fantasti-quement petit de cinq centimètres procure aux organismes une résistance plus grande que celle de l’acier. À quoi s’ajoute que, grâce à cette densité extraordinaire, le sol de-vient par contraste presque aussi doux à ces hommes que le sont pour nous le sable ou la neige. Ils s’en sont vite rendu compte. Au lieu de prendre des précautions pour descendre les parois abruptes des tranchées, ils se laissent tout sim-plement rouler en bas comme des balles de plomb, assurés qu’ils sont d’être mollement reçus dans la boue du fond.
J’assistai à la critique qui suivit un de leurs exercices de campagne.
— Rien ne semble pouvoir arrêter cette invasion de sou-ris, a déclaré avec satisfaction Sestrière.
— Et les gaz ? a alors demandé Ségur.
— Rassurez-vous, lui ai-je dit, les gaz sont sans action chimique possible sur leurs organismes. Ils les traverseront sans masques, comme nous passons à travers la brume.
— Alors, ils sont invincibles, a conclu Sestrière.
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Les colonels des régiments avaient demandé qu’on leur fournît des instruments réduits pour reconstituer la musique de leurs unités. Satisfaction leur avait été donnée, et un grand défilé a clos la manœuvre. C’était merveille de voir ces petits orchestres, qui tiendraient dans un mouchoir de poche ou la caisse d’un phonographe, faire autant de bruit qu’une clique ordinaire.
Tout cela ne me distrait pas au point d’oublier l’examen médical des malades que j’ai mis en observation. Mes trente-deux tuberculeux sont maintenant guéris, et je peux affirmer que je possède le moyen idéal pour lutter contre toutes les maladies microbiennes : il suffit de soumettre le malade à une transformation de 20 pour cent. Les microbes, agrandis ou réduits dans la même proportion, sont alors coupés en quelque sorte du monde des autres microbes. Tout se passe comme si le malade, atomiquement dilaté ou réduit, était transporté dans un nouvel espace, un espace vierge, asep-tique, où la lente pourriture de générations et de générations d’humains n’a pas encore permis aux micro-organismes de trouver une possibilité de vivre comme c’est malheureuse-ment le cas pour notre trop vieil espace. Mais ces questions médicales n’intéressent pas pour l’instant les militaires. Lais-sant la division poursuivre son entraînement, Sestrière et moi partirons demain matin au G.Q.G. pour rendre compte de l’achèvement de nos travaux.
Quoi qu’il arrive dans la suite, j’aurai fait sur cette belle collection de cobayes humains, mis entièrement à ma dispo-sition, de façon inespérée, les observations suffisantes pour me montrer dans quelle voie il est possible de poursuivre l’application de ma découverte. Pour ma part, je n’en de-mande pas plus.
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