L'Homme élastique
24 août
Un avion de chasse, mis à ma disposition par le G.Q.G. pour faciliter mes déplacements, vient de me transporter de Reims à Chantambre en 1 h 10 mn. Chantambre est déjà mé-connaissable. Deux des trois lignes sont posées. L’atelier d’électricité fonctionne. Le hangar-laboratoire reçoit les transformateurs. Une nuée de baraques Adrian est sortie du sol pour recevoir mes collaborateurs civils que j’ai convo-qués pour demain. Un deuxième réseau de barbelés va cou-per en deux le plateau et isoler Chantambre qui sera sur la ligne médiane du camp. Bien que je sois toujours en civil, on m’appelle « mon général », ce qui ne me rajeunit pas, mais me permet d’être mieux obéi. Je réponds aux saluts par le salut militaire.
Marie m’a accueilli, les yeux hors de la tête, et, affolée par toute cette agitation insolite, m’a menacé de planter là mon service et de s’en aller. Commençant à prendre des ha-bitudes militaires, je l’ai menacée à mon tour de la faire mettre en prison, ajoutant que, si elle se calmait, je ferais donner la médaille militaire à son fils. Elle m’a répondu qu’elle aimerait mieux le voir embusqué. Comme je com-prends le cœur des mères, j’ai dit que j’y songerais.
En poussant une reconnaissance le long des barbelés de la clôture du plateau pour voir comment fonctionnait la garde, j’ai failli recevoir une balle des sentinelles qui ne me connaissent pas. Je ne m’en plains pas. Je veux que les con-signes de secret soient appliquées de façon féroce.
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