L'Homme élastique
Chapitre II
21 mai
Me voici à Chantambre. Adrien a bien travaillé. Dans la vaste grange qui va nous servir de laboratoire, tous les appa-reils sont en place. Demain je pourrai me mettre à la be-sogne. Aujourd’hui je reconnais les aîtres et fais poser des verrous aux portes.
22 mai
Pour cette première journée, nous avons réglé le champ électro-magnétique, le champ rectiligne malheureusement, car le champ tournant nécessiterait un grand anneau que j’ai du reste immédiatement commandé. Voici comme j’ai d’abord procédé :
Le témoin est toujours une sphère de cuivre creuse. Pla-cée dans le champ, elle gonfle, c’est-à-dire qu’elle se dilate de façon permanente. Cette dilatation n’est pas due à ré-chauffement du cuivre car elle est relativement considérable, atteignant un centimètre pour un diamètre initial de la sphère de cinq centimètres. J’attribue cette dilatation à l’effet conjugué du champ électro-magnétique et de la pres-sion de l’air chaud enclos dans la sphère. Ma théorie est la suivante : La matière, placée dans le champ électro-magnétique, si elle est soumise à une pression très faible, analogue à la pression de radiation, se dilate comme font les nébuleuses de l’Univers. Ce sont les électrons planétaires de
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chaque atome de cuivre qui s’écartent du noyau central. Je réalise en somme en petit le dispositif qui préside à la dilata-tion de l’Univers.
Lorsque je perce la surface de la sphère de cuivre pour qu’elle présente un orifice, l’air intérieur, quand il s’échauffe, s’échappe librement par l’orifice. Aucune pression ne se fait alors sentir sur la face interne de la sphère et la dilatation atomique n’a pas lieu pendant l’exposition au champ magné-tique. Une combinaison de la pression et du champ électro-magnétique est donc nécessaire pour atteindre le résultat.
Avant comme après la dilatation, le poids de la sphère est rigoureusement le même.
Il me fallait vérifier que la pression de l’air sur la sphère était bien en cause. À cet effet j’ai renversé mon dispositif expérimental. Au lieu d’utiliser une sphère creuse pleine d’air, j’ai pris une sphère en métal plein et l’ai placée dans une cloche pneumatique où j’ai créé un vide partiel. De la sorte je substituais à la pression de l’air chaud contenu dans la sphère une dépression agissant sur la surface externe de la sphère. Dans ces conditions, la dilatation atomique se pro-duit parfaitement. Après trois heures d’exposition dans le champ, j’ai dilaté à douze centimètres, jusqu’à toucher les parois de la cloche pneumatique, une sphère dont le dia-mètre initial était de deux centimètres.
La question qui se pose maintenant est de savoir si cette dilatation est liée à la forme sphérique.
Mais c’en était assez pour aujourd’hui, je suis allé faire un tour aux environs de ma demeure avant de me coucher. Mes petites sphères d’expérience n’ont pas cessé d’occuper ma pensée pendant que je me promenais sous leurs grandes
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