L'Homme élastique

Jacques Spitz · Chapitre 28 sur 68

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L'Homme élastique

20 juillet

 

Nouvelle séance, selon le rite ordinaire, pour soumettre Atlas à une dilatation de 20 pour cent. C’était maintenant que l’expérience allait être intéressante puisqu’il allait com-plètement échapper aux réactions chimiques avec le monde normal.

J’avais décidé de ne pas l’endormir, autant pour éviter les troubles consécutifs à l’anesthésie que pour pouvoir con-naître ses impressions pendant l’opération. À cet effet, un petit téléphone avait été installé entre l’intérieur et l’extérieur de la cloche.

Tout a bien marché, il a d’abord ressenti une douleur sourde, mais très légère, dans les muscles. Enfin sont venues des crampes, et la sensation que son corps s’en allait comme une nappe de liquide qui s’épand, le tout très supportable, disait-il.

Le corps croissait, en gardant ses proportions. Une pe-tite verrue qu’il avait près de l’épaule droite prenait les di-mensions disgracieuses d’un kyste, il faudra que je la lui en-lève.

Avant de le sortir de la cloche, il a fallu attendre six heures, et doser avec soin l’air envoyé. Un instant, j’ai même cru qu’il allait étouffer, je voyais le cœur décliner, sans pou-voir y porter remède. Cette technique de la sortie de la cloche devra être revue et améliorée.

Enfin, tout s’est bien terminé. Il mesure 1,45 m sous la toise, c’est un petit homme. Il a voulu se voir en pied dans une glace. Comme il n’y en a pas au laboratoire, je lui ai donné ma vieille robe de chambre pour qu’il aille jusqu’à la

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chambre d’Adrien. Je peux les laisser ensemble sans crainte puisque Adrien est sourd-muet.

Coup de téléphone de Paris. Ma secrétaire m’apprend que le ministère de la Santé publique m’offre la direction d’un hôpital pendant la durée des hostilités.

— Vous avez répondu que j’étais en Argentine ?

— Aux Philippines, m’a-t-elle dit.

— Alors, parfait, j’y suis, j’y reste.

— Savez-vous que Paris a été bombardé la nuit der-nière ? m’a-t-elle demandé.

Je n’en savais rien. Elle s’est alors lancée dans des dé-tails où j’ai cru reconnaître les expressions ordinaires, chères aux journalistes, ce qui m’a donné à penser qu’elle récitait ce qu’elle avait lu et m’a empêché d’y croire. Du reste, elle pré-fère être à Paris sous les bombes que dans le bled où je suis.

Dans l’après-midi, j’ai essayé d’enlever la verrue d’Atlas avec de l’acide nitrique, sans succès, puisque sa peau, dont les atomes sont dilatés, est devenue inattaquable aux acides. Il faudra un petit coup de bistouri. Adrien lui prépare de la nourriture dilatée pour qu’elle soit absorbable, ce qui donnait aux pêches de son dessert une taille respectable.

— Il va falloir que je mange tout cela ! s’est-il exclamé.

— Oui, puisque tu grandis, lui ai-je répondu.

Après le dîner, il se sentait un peu faible. Je l’ai envoyé se coucher dans le laboratoire qu’il ne doit pas quitter.

« Il grandit si vite ! » me suis-je pris à soupirer comme une bonne mère.

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