L'Homme élastique

Jacques Spitz · Chapitre 1 sur 68

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L'Homme élastique

Première partie Journal du docteur Flohr

Première partie

 

Journal du docteur Flohr

 

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I

 

12 mai

 

Je me félicite d’avoir acheté cette propriété en Ardèche. La visite que je viens d’y faire a confirmé mes premières im-pressions. L’endroit, situé à mi-chemin entre Privas et Aube-nas, est aussi désert et désolé que je le souhaitais. Sur un haut plateau, semé de quelques bouquets de sapins et de chênes rabougris, il n’y a là qu’un village d’une cinquantaine d’habitants, Freissenet, dont ma future demeure, appelée Chantambre, est distante d’au moins trois kilomètres. La pierre de ces régions est noire, d’un aspect sévère qui n’est pas pour me déplaire. Les oiseaux semblent y être aussi rares que les humains. Nul ne s’attarde en ces lieux. Pourtant, une bonne route passe non loin de mon portail d’entrée et facili-tera l’amenée du matériel, tout en faisant assez de lacets pour décourager les visiteurs éventuels. À l’ordinaire, les vé-hicules préfèrent suivre la vallée qui contourne le plateau. Ce décor sauvage semblait attendre un homme de mon genre.

Marie, que j’avais envoyée il y a huit jours, en avant-garde pour aménager le corps de logis, que je me propose d’habiter, a déjà fort avancé les choses. Le téléphone est en place, les papiers peints sont posés, les meubles indispen-sables arrivés. Les dépendances grouillent de lapins et de poules. La solitude ne fait pas peur à ma vieille gouvernante, et depuis quinze ans qu’elle est à mon service elle avait con-servé une nostalgie de la campagne qui va pouvoir enfin s’apaiser.

 

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J’ai pu télégraphier à mon préparateur Adrien de venir immédiatement commencer les montages des appareils. Le seul point qui me préoccupait était celui de l’énergie élec-trique. J’avais bien remarqué qu’une ligne à haute tension, traversant le plateau en direction d’Aubenas, longeait la face nord de mes bâtiments, et j’en avais conclu qu’il serait facile d’établir une dérivation pour avoir du courant à bon compte. Mais la Compagnie d’électricité du Sud-Est, en la personne du directeur régional à Privas, a fait des difficultés. La ligne posée appartient, paraît-il, à une usine privée. Au cours de la conversation que j’ai eue cet après-midi avec ce jeune direc-teur, j’ai pu cependant arriver à un arrangement, en accep-tant de supporter les frais d’installation des transformateurs et compteurs, ainsi qu’une part dans l’entretien de la ligne. Il m’a demandé quelle quantité d’énergie je pensais consom-mer.

— Environ dix mille kilowatts par mois, ai-je répondu.

Il a sursauté, et je le comprends. Ce serait beaucoup pour une simple installation agricole. Mais, à titre d’explication, je lui ai dit que j’allais faire des expériences sur la croissance des végétaux et l’amélioration du rende-ment à l’hectare par les Niagaras électriques. Il a souri, avec la commisération qu’on éprouve pour un benêt qui va dilapi-der sa fortune, mais il a consenti à me fournir la quantité demandée. Toutes les installations nécessaires seront faites dans le courant de la semaine.

En rentrant ce soir à l’hôtel, à Lyon, j’ai trouvé une lettre de ma fille Ethel. Tout va bien de son côté. Demain, il faut encore que je reste ici pour commander les cloches pneuma-tiques. J’ai hâte d’en avoir terminé avec tous ces préparatifs.

 

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