L'Homme élastique

Jacques Spitz · Chapitre 22 sur 68

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L'Homme élastique

13 juillet

reste un peu taciturne, à moins que son caractère ne soit na-turellement triste comme à l’ordinaire celui des clowns. Ce soir, j’ai mis avec délicatesse la conversation sur son infirmi-té. Il est resté muet d’abord, puis a finalement soupiré :

— C’est terrible de ne pas être comme tout le monde !

J’ai souri dans l’ombre, car là était précisément la confi-dence que je voulais obtenir. Je lui ai dit que j’étais un grand médecin, et que je connaissais peut-être des moyens de le guérir. Il m’a opposé un démenti, ajoutant :

— D’ailleurs maman avait tout essayé pour me guérir.

Je fus surpris de l’entendre parler de sa mère. Je lui ai demandé où elle était.

— Morte, a-t-il répondu.

Un peu interdit, j’ai dit au hasard :

— La médecine a fait de grands progrès pendant ces derniers mois.

Ce n’était pas si bête.

 

13 juillet

 

Entrant au laboratoire, j’ai trouvé ce matin un air étrange à Adrien. Je l’interroge du geste, il écrit :

— Vous avez tort.

— À propos de quoi ?

Il a eu alors un mouvement de tête vers la porte de la cour où se promenait Atlas.

 

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Je me suis mis en colère, avec de grands gestes, les seuls qu’il puisse comprendre. J’entends rester juge de ma conduite et de la direction à donner aux expériences. Adrien, avec ce calme irritant des infirmes et des petites gens, a alors écrit :

— Et son âme ?

Du coup, j’ai pris la craie et j’ai répondu en majuscules :

— IDIOT. TU ES COMPLÈTEMENT IDIOT.

 

Je me doutais qu’Adrien nourrissait des idées de vieil idéaliste. Il faut bien qu’il se console de son infirmité avec quelque chose. Pour lui montrer que sa sortie avait été sans effet sur moi, je lui ai donné l’ordre de préparer la grande cloche de deux mètres dont il devine bien à qui je la destine, et j’ai décidé d’essayer cette cloche sur-le-champ.

Désireux d’expérimenter avec un autre animal qu’un co-baye, j’ai prélevé dans le poulailler de Marie un petit coq de Barbarie très vif et très gracieux. Pendant qu’Adrien mettait en place la grande cloche et élargissait le champ – il fallait pour cette expérience utiliser toute la puissance dont nous disposions – j’ai anesthésié l’animal, puis l’ai pesé et mesuré. Il comptait vingt-trois centimètres de la crête à l’ergot.

Au bout d’une demi-heure la dilatation atteignait 20 pour cent. Adrien se proposait d’arrêter pour passer à la phase or-dinaire d’adaptation, mais désireux de pousser rapidement l’expérience qui n’avait d’autre but que de vérifier le bon fonctionnement de la cloche, j’ai manœuvré les robinets pour introduire une nouvelle dose de chloroforme, et prolon-ger l’anesthésie. Une heure s’est écoulée, le coq toujours en-

 

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