L'Homme élastique
13 mai
Mieux vaut faire les choses en trop grand qu’à moitié. Puisque je vais risquer le tout pour le tout, et chercher à épuiser complètement cette question qui me tracasse depuis si longtemps, il ne faut pas que je sois arrêté en cours d’expériences par des circonstances matérielles. En dépit de leurs prix élevés, j’ai donc fait expédier à Chantambre douze cloches de verre de tailles différentes, et j’en ai de plus commandé deux qui atteindront deux mètres de haut. Je ne les utiliserai peut-être jamais, mais je les aurai au moins tout de suite sous la main si elles me devenaient nécessaires.
J’avais décidé de ne voir personne pendant mon séjour ici, mais j’ai rencontré par hasard sur le quai Claude-Bernard mon confrère Dupertuis qui se rendait à la Faculté. Il vou-drait être nommé à Paris, l’air de Lyon ne réussissant pas à sa femme. Par quelles misérables préoccupations se laissent dévorer la plupart des individus ! Dupertuis, quand je l’ai connu autrefois à l’École de médecine, était pourtant un gar-çon intelligent et curieux. C’est devenu une espèce de fonc-tionnaire. Il ne m’a posé aucune question au sujet de mes travaux. Tant mieux, je n’ai pas eu à utiliser le mensonge que je tenais prêt pour lui répondre. Plus j’avance dans la vie, moins les hommes m’intéressent. Je crois qu’on ne s’intéresse aux humains que lorsqu’on n’est plus capable de faire autre chose. C’est une diminution.
J’ai employé ma soirée à faire des calculs dans le salon de l’hôtel à peu près vide. Je ne crois pas que le rapport entre la pression et le champ électro-magnétique puisse être établi autrement que par expérience.
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