L'Homme élastique
28 septembre
La taille des hommes atteint maintenant dix-huit centi-mètres, et quatre passages suffiront pour les amener à cinq centimètres.
Un nouveau problème s’est posé : celui de la correspon-dance. On ne peut pas refuser à ces hommes de donner de leurs nouvelles à leurs familles, étant entendu cependant que tout ce qui concerne le traitement en cours doit rester secret. Mais à mesure qu’ils diminuent, ils n’écrivent plus que des pattes de mouches de plus en plus illisibles. Dans chaque compagnie, il a fallu laisser à une taille intermédiaire, un se-crétaire qui a la charge de rédiger les lettres que tous ses camarades viennent lui dicter.
Depuis le début des opérations, nous n’avons enregistré que deux décès, dus à des causes indépendantes du traite-ment.
Les médecins-majors, qui sont soumis comme tout le monde à la réduction, viennent me faire chaque matin, après la visite, leur rapport, en grimpant sur ma table de travail. La situation sanitaire de leurs unités est meilleure qu’en régime normal, ce qui s’explique par le fait que tous les microbes et agents d’infection du monde ordinaire n’ont plus de prise chimique possible sur les organismes réduits. C’est la fin des maladies infectieuses ; restent seulement les entorses, les luxations, et autres vétilles que le moindre rebouteux suffi-rait à soigner. Mes petits médecins-majors se félicitent de n’avoir qu’à se tourner les pouces.
Je ne cesse d’observer les trente-deux tuberculeux et les deux cancéreux que j’ai mis à part, après les avoir diminués de seulement 20 pour cent.
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