L'Homme élastique

Jacques Spitz · Chapitre 40 sur 68

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L'Homme élastique

15 août

 

Je viens d’avoir une entrevue avec le général Palmont, commandant en chef les armées de la République. Il m’a re-çu dans la grande salle souterraine de son quartier général, à deux cents mètres de profondeur sous la montagne de Reims.

Le général Palmont ressemble à un cheval de statue équestre. Quand on le regarde, on voit bien le cheval, on cherche le général. Il existe pourtant, et j’en fus assuré dès ses premiers mots.

— Je suis content de voir un civil qui ait l’air intelligent, m’a-t-il dit de but en blanc, ça me change de tous ces parle-mentaires que je suis obligé de recevoir.

Je m’inclinai, et pour ne pas être en reste, répondis du tac au tac :

— Et moi, de voir un général qui comprend les choses.

Il a eu une manière de hennissement, qu’il a fait suivre de cette déclaration surprenante de clarté :

— Oh ! le métier de général en chef n’est pas difficile dans l’état actuel des opérations, il suffit de savoir faire une addition. On me prévient que l’ennemi amène quatorze divi-sions sur un point où nous n’en avons que quatre. Il suffit d’en ajouter le plus vite possible dix, c’est tout.

Puis, il a continué, en désignant un cahier jeté sur son bureau – le rapport de la commission sans doute :

— C’est vrai, ce qu’il y a là-dedans ?

J’inclinai la tête.

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— Eh bien voilà, m’a-t-il dit. Si j’utilise vos petits hommes un à un, pour des missions secrètes, ou des pa-trouilles de reconnaissance, comme on me le suggère, ce ne sera qu’une goutte d’eau dans la mer. Nous n’allons pas re-commencer les fautes du passé, l’expérimentation à petite dose, le système français des petits paquets. Il faut frapper un grand coup. Pouvez-vous me transformer en pygmées une division entière de 7 000 hommes ?

Je suis resté pendant un instant la respiration coupée par cette offre magnifique qui dépassait mes plus belles es-pérances. Enfin, je pus répondre :

— Je n’y vois pas d’obstacles, si j’ai les installations suf-fisantes.

— Combien de temps vous faut-il ?

— Deux mois, ai-je fait après un bref calcul.

— Parfait. Mon collaborateur le général Sestrière vous sera adjoint pour mener à bien l’opération. Demandez tout ce qui vous sera nécessaire, vous l’aurez aussitôt. Il faut bien que les pouvoirs militaires servent à quelque chose, et que l’état de guerre ait ses avantages.

Voilà un homme ! Offrir 7 000 hommes comme ça, d’un seul coup ! Nous nous sommes quittés en parfaite intelli-gence.

 

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