L'Homme élastique
25 août
Aujourd’hui, première conférence aux trois cents colla-borateurs qui sont arrivés.
— Messieurs, leur ai-je dit pour commencer, vous devez vous considérer ici, non comme des savants que vous êtes peut-être, mais comme des moines dans un cloître dont je suis le prieur. Je vous demande une obéissance scientifique absolue, et vous veux entièrement morts au monde exté-rieur. Ce n’est pas un bœuf que je vous prie de mettre sur votre langue, mais le cheptel de la France entière. Au reste, l’intérêt que vous ne pourrez manquer de porter à nos tra-vaux, compensera les petits désagréments de votre réclusion forcée.
Comme première expérience devant l’auditoire, j’ai pré-senté le minuscule Lagrue, et je l’ai ramené à des dimensions normales. Effet saisissant, naturellement. Comme je deman-dais au patient de faire part à l’assemblée de ses impres-sions, il a répondu :
— J’en ai marre d’être en taule, que je sois microbe ou grande personne.
26 août
La totalité des autoclaves est en place.
Adrien a distribué des cobayes, et, sous sa direction, tous mes jeunes gens ont commencé sans tarder à se faire la main.
Le général Sestrière vient d’arriver pour juger de l’avancement des travaux. La division choisie par le G.Q.G.
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pour être traitée, est la 74e, commandée par le général de Ségur et comptant trois régiments à fourragère jaune. Une division d’élite. Allons, tant mieux ! Elle est en route et doit commencer à débarquer demain, à Valence, d’où elle rejoin-dra par la route. Du général au dernier homme, tous ignorent ce qui les attend. Ils croient être envoyés au repos, hors de la zone des armées.
Voici ce dont Sestrière et moi sommes convenus : À l’exception du seul général de Ségur, tous les hommes, capo-raux, sous-officiers, colonels et brigadiers seront réduits à cinq centimètres. L’équipement de la troupe sera soumis au traitement en même temps que les hommes. Restait la ques-tion de l’armement. On ne pouvait songer à laisser aux hommes leur fusil dont les balles, réduites aux dimensions d’un grain de plomb, n’eussent plus été suffisamment mor-telles. Les Lilliputiens utiliseront comme armes de petites grenades chargées d’explosifs surcomprimés qui feront au-tant de dégâts que des grenades ordinaires. Elles seront spé-cialement préparées dans un laboratoire de pyrotechnie an-nexe. Nous avons immédiatement pu téléphoner à l’arsenal de Bourges pour avoir les spécialistes nécessaires.
Grâce à la séparation du camp retranché en deux par-ties, les hommes traités seront séparés des hommes à traiter, la division passant d’une moitié du camp dans l’autre par le laboratoire de transformation en subissant chaque fois une réduction de taille. De la sorte, les hommes de différentes tailles, n’ayant pas de communication entre eux, ne pourront s’effrayer inutilement.
L’instruction de mes aides est poursuivie activement. La proportion de cobayes qu’ils font crever par maladresse di-minue d’heure en heure. Je vais obliger chacun d’eux à se
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