Thorns and Roses (French Edition)

Max Néna · Chapitre 15 sur 44

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Thorns and Roses (French Edition)

Chapitre 14

Juliette

 

— Je reviens, Ayoub, je vais ranger tout ça à côté.

Je sors de la chambre, sous le sourire entendu de mon patient, et pénètre dans la salle de bains pour déposer mon matériel. Lorsque je rejoins le couloir, des voix attirent mon attention. La conversation est en arabe, mais le ton me paraît houleux. Intriguée, je m’avance à pas feutrés, dans la pénombre du corridor, je distingue deux silhouettes. Une femme brune est plaquée contre le mur par un homme à l’allure nerveuse. Je suppose qu’il s’agit d’une des sœurs de Malik et de son frère, Nasser. L’air hostile, il la maintient par les épaules, maugréant, proche de son visage, tandis qu’elle replie ses bras sur la poitrine, les yeux fermés. Lorsque ses paupières se relèvent, je discerne la terreur dans son regard larmoyant. Sans même l’avoir décidé, mon corps se met en mouvement.

— Qu’est-ce qui se passe ici ? Il y a un problème ?

À mon intervention, Nasser axe ses billes noires sur moi. Son regard glacial me pétrifie. La bouche pincée, il me toise de bas en haut avec dédain.

— Toi, dégage ! Occupe-toi de tes affaires !

— S’il te plaît, laisse-moi, restons-en là.

Elle essaie de le repousser, mais la poigne de l’agresseur se raffermit et sa tête heurte le mur. Mes sens sont en alerte, des sueurs froides parcourent ma nuque, pourtant, je m’arme de courage et approche davantage.

— Elle vous a demandé de la laisser partir. Alors, lâchez-la.

Avec rapidité, je scanne autour de moi pour jauger mes options. Ayoub est toujours dans sa chambre, nous sommes isolés des autres. De dépit, je soupire, lorgne l’extrémité du couloir, prête à appeler de l’aide. Au moment où mes lèvres s’entrouvrent, je me fige. Des picotements glacés remontent le long de mon dos. Je cille. Nasser se tient tout près de moi. Beaucoup trop près. Ses yeux me transpercent, emplis de haine. Tous mes muscles se crispent. Mes réflexions se dispersent. Mes prunelles oscillent de lui à celle qui m’observe avec crainte et tente de le tirer en arrière.

— Nasser, arrête ! Ça va mal finir…

— La ferme, Lydia ! la coupe-t-il pour revenir à moi. Pour qui tu te prends, toi ? Je t’ai dit de dégager !

Sa hargne me pétrifie, il fait un pas de plus dans ma direction, mais dans un regain d’ardeur, je ne me démonte pas.

— Non. Reculez ! dis-je les mains en avant, vous allez faire quoi ? M’en coller une ? Arrêtez, s’il vous plaît, c’est l’anniversaire de votre père, bon sang !

Le rictus mauvais qui anime son visage, lui donne un air plus menaçant encore.

— Je n’ai aucun ordre à recevoir d’une femme. Les femmes comme toi, je les méprise, alors tu me laisses gérer ma sœur et tu la boucles.

À peine finit-il sa phrase, que je suis propulsée en arrière. Un hurlement retentit, le mien ou celui de ma compagne d’infortune, je l’ignore. Déséquilibrée, je tombe à la renverse. J’essaie de me rattraper, mais emporte avec moi une petite commode chargée de bibelots, dans un fracas retentissant. Ma tête heurte le sol, je sens l’impact se répercuter jusque dans ma colonne vertébrale.

Confuse, il me faut quelques secondes avant de reprendre mes esprits. Je gis par terre, au milieu d’éclats de verre. Tout semble flou et je deviens la témoin impuissante d’un spectacle désolant. Des pas qui se précipitent. Du chahut. Des hurlements. Des coups qui percutent la chair. Des pleurs. Des sanglots d’enfants. Puis, un visage qui m’observe avec inquiétude.

Malik est penché au-dessus de moi, la paume de sa main caresse ma joue avec nervosité.

— Juliette, tu vas bien ?

Je ne sais plus, je tremble, mes pensées se bousculent. Je m’impose une longue inspiration. Une douleur pulsatile me vrille le crâne, toutefois, je ne crois pas être blessée. Je relève une main pour tenter de me soulager et constate que celle-ci saigne. À la vue du sang, la mâchoire de Malik se serre, d’un bond, il se lève.

— Enfoiré ! C’est la dernière fois que tu mets les pieds ici. Si Samuel ne t’avait pas déjà pété la gueule, je m’en chargerais ! Casse-toi !

Je me redresse tant bien que mal, les fesses au sol, le dos calé contre le mur. Autour de moi, c’est le chaos. Nasser, le nez visiblement cassé, se tient à côté d’une femme voilée qui me dévisage avec insistance. Dans mon désarroi, je m’étonne de trouver ses yeux vides d’expression, sans émotion. Un homme étreint la dénommée Lydia tandis que Maryam pleure, le visage inondé de larmes. Plus loin, j’entends une voix commander aux enfants apeurés de rester à leur place.

Soudain, tout le monde se tait. Ayoub se tient au milieu du couloir. Je ne lui ai jamais vu cet air si dur, sévère. Sa bouche s’ouvre pour cracher des paroles que je ne comprends pas, elles sonnent comme une sentence. Nasser se tend, tente d’ajouter un mot, mais il est coupé par le patriarche qui accentue sa colère. Vaincu, l’aîné des Mejib quitte les lieux, le dos courbé, suivi de sa famille.

Qu’ai-je fait ? Est-ce que mon intervention qui a aggravé les choses au point d’en arriver là ?

— Désolée, désolée, je suis tellement désolée, soufflé-je.

— Juliette ? Juliette, regarde-moi.

Malik s’incline devant moi, soulève mon menton de ses doigts pour m’inciter à plonger dans ses prunelles familières.

— Tout va bien, c’est fini.

Peu à peu, sa proximité me rassure, la chaleur de sa peau sur la mienne m’apaise. Nos yeux se fouillent avec intensité, mais nous sommes interrompus par Nadia qui s’élance pour enlacer sa sœur.

— Ça va, Lydia ? Mais qu’est-ce qui lui a pris ?

— Nasser m’a plaquée contre le mur parce que je refusais de lui parler. Elle a juste voulu me défendre… Et il n’a pas apprécié.

Après un soupir las, elle pivote vers moi, puis m’adresse un sourire reconnaissant.

— Je te remercie, d’ailleurs, tu as été très courageuse.

Malik, m’observe, sourit avec tendresse, bien que son visage se voile de tristesse.

— Je vais t’aider à te relever, si tu te sens prête. Fais attention, je crois que tu as des morceaux de verre un peu partout. Tu as plusieurs coupures, d’ailleurs, dit-il, ses lèvres pincées.

J’acquiesce et agrippe ses épaules pour qu’il me soulève. Ma tête tangue, je m’accroche à ses bras. Quand je redresse le menton, nos yeux se cherchent. Sa paume glisse de nouveau sur ma joue et cale une mèche de cheveux derrière mon oreille.

— Viens, on va aller nettoyer tout ça, murmure-t-il.

Il me maintient contre lui et nous avançons sous les regards interloqués de ses sœurs, qui nous fixent sans aucune discrétion. Dans le salon, nous sommes interrompus par Ayoub, au visage dévasté.

— Juliette, je suis navré pour ce qui s’est passé. C’est inacceptable. Si tu souhaites porter plainte contre mon fils, je comprendrai.

À ces mots, les pleurs de Maryam redoublent d’intensité. Je ne veux pas aggraver une situation qui semble déjà compliquée, ces gens ne le méritent pas.

— Je sais, Ayoub. Vous n’avez pas à vous excuser. Je n’ai rien de cassé. Je vais rentrer chez moi et oublier tout ça. Allez vous reposer, ne vous inquiétez pas pour moi.

Malik me serre le poignet, se racle la gorge avant de nous diriger vers la dépendance. Je me laisse guider sans un mot, le cœur complètement retourné.

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