Thorns and Roses (French Edition)

Max Néna · Chapitre 16 sur 44

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Thorns and Roses (French Edition)

Chapitre 15

Malik

 

Elle est assise sur mon canapé et trifouille ses mains qu’elle vient de laver. Les plaies semblent superficielles, toutefois, j’avais besoin de m’en assurer, alors je dépose le nécessaire sur la table basse et m’assois face à elle. Nous n’avons presque pas parlé depuis tout à l’heure. Quelques mots, tout au plus. D’ailleurs, que peut-on raconter à quelqu’un qui est sorti de notre vie depuis si longtemps et de la plus triste des façons ?

Je tremble encore. La voir étalée par terre m’a chamboulé bien plus que je ne l’aurais cru. J’ai eu si peur pour elle. Et je ne maîtrise plus cette force d’attraction qui semble sans cesse vouloir nous rapprocher. Je suis perdu, usé de lutter contre mes émotions. J’attrape la glace, que je roule dans un torchon, et la lui tends en me raclant la gorge.

— Tiens. Tu devrais mettre ça sur ta tempe, t’as une sacrée bosse.

Ses yeux me scrutent, timides, puis me fuient et reviennent à moi de nouveau.

— Merci. Ce n’est pas joli à voir, c’est ça ?

— T’es toujours jolie, même avec une bosse.

Je me renfrogne, surpris d’avoir lâché ces mots. Ses joues s’empourprent. Elles le faisaient si souvent quand nous étions jeunes. J’adorais ça. J’ouvre quelques compresses imbibées avant de me pencher vers elle.

— Je vais nettoyer tes coupures et mettre des pansements, d’accord ?

— Je peux le faire. Je suis infirmière, tu sais.

— Tu l’es peut-être, mais tu n’as pas trois mains, et t’en as déjà une qui est occupée, rétorqué-je d’un ton plus sec que je ne le voulais.

Elle gigote, mal à l’aise, mais opine du menton. Je commence à tamponner son genou en essayant d’être le plus délicat possible.

— J’étais surpris de te découvrir infirmière, d’ailleurs. À l’époque, tu voulais devenir écrivain ou prof de Lettres, non ?

— Ah bon ? Tu as finalement retrouvé la mémoire…

Je continue mes soins, puis m’autorise un coup d’œil dans sa direction. Avec un sourire en coin, elle me toise.

— Et pour répondre à ta question, je suppose qu’on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie, ajoute-t-elle.

Son regard se perd au loin, à travers la fenêtre, sans doute pour fuir mon analyse. Je soupire et décide d’être honnête.

— J’avais les boules, Juliette, de te trouver chez moi, au milieu du salon. Je m’attendais à tout sauf à ça. J’ai réagi comme j’ai pu.

— Moi aussi, j’étais surprise, murmure-t-elle.

— En bossant chez mes parents, Blondie ? Permets-moi d’en douter.

Je me pétrifie. Ce lointain surnom est sorti tout seul, comme un vieux réflexe. Il y a si longtemps que je ne l’avais pas prononcé. Juliette toussote, le visage encore plus rouge que tout à l’heure.

— Crois-le ou non, j’ignorais le nom de tes parents quand je suis venue, la première fois. Et tu étais supposé vivre à New York…

Elle s’interrompt en se raclant la gorge, puis reprend, le visage empreint de fermeté.

— Mais j’ai réglé ce détail tout à l’heure, avec ton père. Tu ne m’auras plus dans tes pattes.

Je marque un temps d’arrêt. Je dois appuyer plus fort sur la blessure que je nettoie, car elle siffle entre ses lèvres. Ma main se relève aussitôt. J’ignore comment accueillir cette information. J’aurais pensé être soulagé, cependant, ce n’est pas le cas. Parce que je comprends qu’après, je ne la reverrai plus.

— Je ne te dérangerai plus, et je m’excuse d’avoir pris cette place qui n’était pas légitime, avoue-t-elle, mes collègues assureront les quelques vacations qui restent, j’ai prétexté un problème d’organisation.

Un silence de plomb s’installe entre nous. Je me sens tiraillé. J’oscille entre l’apaisement de me dire que je n’aurai plus à camoufler mes sentiments et la crainte de refermer une porte qui venait de s’ouvrir. J’ai la gorge nouée, l’impression que mes épaules pèsent une tonne chacune.

C’était ce que je voulais, après tout. Alors pourquoi ce pincement dans ma poitrine ? Je chasse mes idées confuses en étirant ma nuque et me focalise sur la plaie de sa cuisse. Mes prunelles remarquent cette petite tache de naissance, s’y attardent. Juste là, sous mon doigt. J’ai dû l’embrasser des centaines de fois. Mon pouce l’effleure et Juliette frémit à mon passage.

— J’aurais pu faire avec, t’étais pas obligée de faire ça.

— Oh, arrête, Malik, s’il te plaît ! J’ai bien vu tes réactions à chaque fois, et celle au Hell était éloquente ! J’ai un minimum d’amour propre. Je ne vais pas continuer à m’imposer alors que ma présence t’insupporte.

Je me redresse, irrité par ses propos. Elle se permet de juger mon attitude. Pourtant, c’est elle qui a planté cette foutue épine dans ma poitrine. C’est elle qui me bousille depuis trop longtemps.

— Mais j’étais censé réagir comment ? Vas-y, dis-moi ? Merde, tu m’as brisé le cœur il y a quinze ans, Juliette, quinze putains d’années !

Quelque chose se craquèle en moi. Cette vulnérabilité qu’elle éveille me rend fébrile. Elle ferme ses paupières, en apnée devant mon aveu.

— Je sors en boîte, et je me retrouve à bander sur les fesses de mon ex ! T’aurais fait quoi, toi, à ma place ? explosé-je en me relevant. Et la rouquine, je me suis tiré dès que t’es partie, même si je ne te dois rien.

Elle m’offre un regard peiné, meurtri peut-être, même, baisse la tête et gigote sur le canapé.

— Je n’en sais rien… Sûrement pareil, je suppose, admet-elle, je pensais que tu m’aurais oubliée après tout ce temps…

Ses billes bleues m’étudient avec crainte, suspendues à mes lèvres, tandis qu’elle pose la glace à côté d’elle. Moi, je reste muet, complètement déstabilisé par sa dernière remarque. Que répondre à ça ? Je ne peux même pas nier l’évidence, elle a vu mon tatouage. Je me fiche de passer pour un con alors qu’elle a su refaire sa vie. Pour une fois, je laisse ma fierté de côté, j’ai besoin de l’exorciser.

— J’ai essayé… Mais je n’ai jamais pu aimer à nouveau. Et je t’en veux pour ça. Je t’en veux parce que tu m’as démoli et je me suis forgé avec la certitude que l’amour n’était plus fait pour moi. Voilà pourquoi j’ai réagi comme ça.

Je termine ma tirade essoufflé par l’émotion. Mon orgueil s’est étiolé, mais je suis soulagé, délesté d’un poids qui m’oppressait. Les paupières humides, Juliette baisse la tête pour échapper à cet aveu pesant. Je retourne à sa cuisse pour finir de panser ses blessures et combler le silence lourd que son mutisme impose.

— Je termine et tu pourras rentrer chez toi retrouver tes filles.

Je la sens se crisper à l’évocation de ses enfants. Peut-être pensait-elle que je ne savais pas ? J’ai prononcé ces mots, toutefois mes doigts en disent d’autres. Ils caressent le pourtour de chaque meurtrissure, glissent sur sa peau satinée, se souviennent. À chaque étape, ils refont le parcours d’un chemin oublié. Juliette soupire et déglutit. Je crois qu’elle lutte, contre quoi, je m’en fiche, je veux juste redécouvrir sa douceur, l’explorer à nouveau. Elle va m’échapper, encore. J’ai besoin de me gorger d’elle, une dernière fois.

Sans rompre le contact une seule seconde, je sinue sur son corps. Mes phalanges poursuivent leur quête, parviennent à l’ourlet de son short, dont elles suivent la courbe, jusqu’à la face interne de sa jambe. Un instant, je crois que Juliette va m’arrêter ; les sourcils froncés, elle relève son bras, mais celui-ci retombe aussitôt. Elle bascule la tête en arrière. Je suis hypnotisé par les mouvements de sa poitrine qui s’agite. Mes mots ont libéré cette audace que je contenais.

Ma main poursuit son ascension et empoigne sa hanche avant de remonter vers ses côtes. Mon pouce effleure le petit creux sous son sein, sans oser s’aventurer plus loin. Elle retient sa respiration. Son corps me magnétise, sa chaleur me réveille.

— Tu es toujours aussi belle, tu sais ? Peut-être même plus encore maintenant, lui chuchoté-je comme un secret.

Elle se redresse, joint sa main à la mienne et me regarde, les larmes au bord des cils.

— Je suis tellement désolée, Malik, pour ce que j’ai pu te dire quand je t’ai quitté, je…

— On n’efface pas quinze ans avec un simple, désolé, Juliette.

Je recule, saisi par ses excuses et la détresse qu’elle me renvoie. Mais je me souviens de chaque mot. Ils m’ont marqué au fer rouge. Injustes hier, pourtant si fondés depuis que Nasser l’a bousculée. J’ai honte que mon propre frère soit l’auteur de ses blessures. Ma gorge se noue, je ne veux pas laisser l’amertume m’envahir. Aussi, je me concentre sur sa dernière coupure, où je perçois un petit fragment scintiller. Ma mâchoire se crispe et j’attrape la pince à épiler dans la boîte de secours.

— C’est moi qui suis désolé…

Elle lâche une petite plainte quand l’ustensile s’enfonce pour récupérer le morceau de verre mais serre les dents. J’enchaîne mes gestes et pose un pansement. Guidé par mon instinct, je me penche, l’embrasse avec délicatesse sur sa clavicule et caresse son épaule. Sa chair frissonne.

— Tu avais raison, lui glissé-je à l’oreille, nos univers sont bien trop différents. Aujourd’hui en est la plus belle preuve. Le mien t’a blessée.

Tout à coup, je bascule en arrière, propulsé par Juliette qui repousse mes épaules. Je me fige sous son regard si pénétrant, affirmé.

— Arrête, Malik ! Arrête de me toucher ! Je n’arrive plus à réfléchir.

Son rejet me blesse, de stupeur, j’écarquille les yeux et éloigne mes mains.

— Ce n’est pas de ta faute si ton frère est un connard. Pour le reste… C’est compliqué… Ça a été dur pour moi aussi, tu…

Et ça implose en moi. Je ne veux pas entendre ses arguments, quels qu’ils soient. Je veux qu’elle sorte de ma tête, parce que c’est trop douloureux d’être en manque d’elle depuis si longtemps. Elle est ma folie, mon supplice. Je dois me sevrer d’elle.

— Ne te fatigue pas, Juliette. Je suis pathétique. T’as bien vu mon tatouage, non ? Et là je te débite tout ce que j’ai sur le cœur comme un con !

Ma confession m’impose de bondir au sol, que je foule de long en large, les doigts agrippés à mes cheveux. Je maintiens toujours l’illusion, jamais d’aveu de faiblesse, pourtant ici, je me dépouille devant elle.

— J’ai envie de te brûler autant que ça me consume de désirer ta peau. Et toi ? Mon toucher t’insupporte…

Je m’immobilise, pivote vers elle, les poings serrés, les bras le long de mon corps, raidi par la colère.

— Ces pensées m’obnubilent alors que ma famille est en train de chialer à côté ! Je suis ridicule et c’est toi qui me fais ça ! Je veux que tu dégages de là ! éructé-je, l’index pointé sur mon crâne.

Elle me rend barge. Je m’appuie contre le plan de travail de la cuisine pour retrouver mon calme. Mais bien trop vite, je ferme les yeux parce que je sens qu’elle est derrière moi.

— Tu penses que je n’éprouve rien ? Même si je t’ai quitté, je t’ai regretté aussi, Malik. Tu crois que j’ai pensé quoi, au Hell ? Je n’avais pas désiré autant quelqu’un depuis si longtemps. Tu n’as rien compris. Ça ne m’insupporte pas… Ça me trouble…

Ces mots déclenchent un feu en moi. Je me retourne brusquement et me jette sur elle. D’une main, j’attrape sa nuque, de l’autre, sa taille. Je la plaque contre le meuble et colle mon front au sien.

— Arrête, tu dis des conneries…

Elle agrippe le col de mon tee-shirt, me ramène vers elle, ses prunelles fixées sur moi pour me défier de la contredire.

— Pourtant, c’est vrai, Malik.

Nos poitrines se frôlent, nos souffles se mêlent. Je ne sais pas qui elle est devenue ni si la Juliette que j’ai aimée est toujours là. Pourtant, mon corps reconnaît le sien. J’accroche ses cheveux dans mon poing, elle tire davantage sur ma fringue. Nous nous toisons.

— Je veux juste t’oublier.

À ces mots, ses yeux me fouillent, se voilent d’une émotion que je ne comprends pas. Elle halète, je perds le contrôle. Je me rue sur sa bouche. Ce n’est pas un baiser tendre, c’est une punition, et je ne sais lequel des deux sévit. Elle gémit sur mes lèvres qui s’entrouvrent, nos langues se cherchent, se malmènent. Elle griffe ma nuque, je la serre plus encore. Je la désire tellement que mon jean me fait mal. Je glisse une main sur sa cuisse, que je remonte sur ma hanche. Elle ondule du bassin contre ma virilité. La peau nue de ses jambes m’électrise, mon palpitant déraille.

— J’ai besoin de plus… J’ai besoin de te posséder une dernière fois, avant de te laisser partir, Juliette.

Ses sourcils se froncent, elle semble effrayée, en proie au doute, et regarde vers l’extérieur.

— Ta famille….

— Il suffit de fermer à clef, le reste je m’en fous. C’est toi qui vois.

Elle hésite, puis soupire en s’écartant, pour s’éloigner, la tête basse. Elle s’en va. Le cœur serré, je l’observe tandis qu’elle marque un temps d’arrêt, la main sur la poignée. Je me détourne, incapable de la regarder me quitter, encore une fois. Lorsque j’entends le bruit du verrou, je me fige. Surpris, j’ose un regard dans sa direction. Elle est appuyée contre la porte, le menton relevé, et me fixe avec détermination.

— Parce que j’en ai besoin aussi, dit-elle en s’avançant vers moi.

Ébahi, je l’observe retirer son haut avant d’approcher. Ses yeux fiévreux m’affrontent avec une intensité nouvelle. Je ne réfléchis plus, l’attrape par les hanches pour la soulever et passer ses jambes autour de ma taille. Nos lèvres fusionnent, alors que je nous conduis vers le lit sur lequel je m’assois et la retiens sur mes genoux.

Juliette enlève mon tee-shirt, m’incline sur le matelas. Ses mains parcourent mon torse, le griffent, le marquent. Les miennes la ramènent à moi et je dévore son cou. Son odeur est un fix d’adrénaline. Je suffoque déjà de la sentir se frotter contre moi. Je dégrafe son soutien-gorge et, du bout de mon index, je trace un sillon le long de sa colonne vertébrale. Ma paume s’échappe ensuite sous son short pour empoigner le galbe de sa cambrure. Sa respiration se fait bruyante, irrégulière, et cette complainte me rend complètement fou.

Je ne suis plus que désir.

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