Thorns and Roses (French Edition)

Max Néna · Chapitre 1 sur 44

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Thorns and Roses (French Edition)

Prologue

Juliette

 

« Merci pour les roses, merci pour les épines. La vie n’est pas une fête

perpétuelle, c’est une vallée de larmes, mais c’est aussi une vallée de roses. Si vous parlez de larmes, il ne faut pas oublier les roses, et si vous parlez de roses, il ne faut pas oublier les larmes. »

Jean d’Ormesson

 

Une larme atterrit sur la page entrouverte de mon carnet. Depuis l’enfance, je répands mes sentiments sur papier. C’est mon remède cathartique contre l’absurdité de mon existence. Ma peine macule la feuille et fait baver l’encre. Le mot « bonheur », ainsi auréolé, semble dégouliner. Il hésite à rester figé dans cette phrase écrite noir sur blanc. Comme moi, en suspens dans ma destinée. Je suis lasse, dépassée par ma propre histoire. Je n’ai même plus l’impression qu’il s’agisse de la mienne, d’ailleurs. Un automate, voilà ce que je suis. Mécaniquement, je sors du lit chaque matin. Méthodiquement, j’effectue ma routine. Plus aucune passion ne m’anime, j’accomplis les choses parce qu’elles doivent être faites, je tiens le coup, pour mes enfants.

Un an. Une saleté d’année que je suis veuve. Cinq petites lettres pour une grande tragédie. Un drame bien trop précoce pour mes presque trente-deux printemps. Mais la vie est une sacrée traînée qui prend autant qu’elle donne. Et bien souvent, sans même prévenir. C’est un peu comme la célèbre vanne du chien. Le chien sort, une voiture passe et, paf, le chien. Sauf que là, ce n’est pas une blague glauque. C’est Marco qui prend sa moto, un camion roule et, paf, Marco. En une fraction de seconde, ce que je possédais m’était arraché.

Auprès de lui, j’avais retrouvé une douceur de vivre. Notre relation était particulière, mais sincère. Nous n’avons jamais connu la passion des débuts. Ces fameux papillons dans le ventre n’étaient pas pour nous. Pas plus que ce désir charnel intense qui consume les amants fougueux. Nous nous étions apprivoisés, simplement. Cet appétit vorace, je l’ai connu jeune, dans les bras d’un autre, et il m’a bousillée.

Les fantômes du passé n’étaient jamais loin, mais je m’en accommodais. Il y a des absences qui deviennent des compagnes de route, et des présences rassurantes qui font office de boussole sur ces pavés instables. Marco était l’une d’elles. Il me nourrissait d’une sérénité que j’avais trop longtemps recherchée. Il était le baume apaisant qui guérit les blessures. Les cicatrices demeurent, mais ne saignent plus. Alors on se surprend parfois à les effleurer, derniers vestiges de ce qui nous a un jour définis. Depuis sa perte, mes plaies se sont rouvertes. Elles suintent le vide, le manque de tous ces spectres.

Pour autant, je ne suis pas brisée. Seulement incomplète, comme amputée. C’est juste plus difficile d’avancer. Mais j’y parviens. J’arrive encore à me réjouir du rire de mes filles, à défendre mes valeurs, à apprécier les dégradés d’un coucher de soleil, à savourer la senteur des roses. Même si leurs épines me déchirent. Je ne m’écroule pas, je m’accommode de la douleur comme d’une entité familière. Je fais front pour ma Ninon et ma petite Lou. Du moins, je me l’impose. Je leur dois, ainsi qu’à leur père, dont la disparition pèse sur notre quotidien.

Mais certains soirs, comme maintenant, la solitude me tenaille et m’empêche de respirer. Les mots griffonnés ne suffisent plus à évacuer cette mélancolie chargée d’amertume. Dans ces moments, je lâche prise. Je n’ai pas à avoir l’air forte, je ne suis plus celle qui tient bon. Dans l’intimité de ma chambre, sans témoin, je peux être dévastée. La place béante laissée dans ma poitrine n’est comblée que par mes sanglots étouffés dans un coussin, confident de mes faiblesses.

Ces nuits-là, quand le désespoir et l’angoisse m’accablent, mes paupières, pourtant si lourdes, luttent jusqu’à ce que l’épuisement me terrasse. Je ne rêve plus, je sombre, anesthésiée.

Et au petit matin, l’automate se remet en marche.

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