Thorns and Roses (French Edition)
Chapitre 31
Malik
— Regarde, Gass’, on dirait un taliban qui vient de se prendre une branlée. Ou un clébard crevé. Avec l’odeur, j’ai un doute. Pourquoi il s’est enroulé une serviette sur la tête ?
— Mes frangines font pareil quand elles se font des soins aux cheveux. Il s’est peut-être mis de l’huile de coco ou un truc du style.
— Genre masque de beauté et tout le bordel ? Tu crois qu’il travaille ses bouclettes en loucedé, l’enfoiré ?
J’ouvre un œil, la lumière me vrille la rétine et mon sang joue des percussions sous mon crâne. Trois jours dans les tréfonds de l’oubli, ça laisse forcément des traces. Pour la première fois de ma vie, j’ai séché le boulot. J’ai prétexté une intoxication alimentaire. Je n’en ai rien à foutre, c’est dire à quel point je suis un déchet. Après plusieurs essais, mes paupières tressautent et je tombe sur les versions floues de mes potes, penchés au-dessus de moi.
— Je vous entends, bande de blaireaux.
Tant bien que mal, je me redresse et vire le tissu humide que j’avais mis sur ma caboche pour essayer de calmer, en vain, la migraine qui ne me quitte plus. Ça tangue dans tous les sens et des relents acides me tordent le bide. Je dois puer l’alcool à des kilomètres. Autour de moi, c’est le chaos.
— Qu’est-ce que vous foutez là ?
Guillaume retourne la table basse que j’avais renversée et se cale dessus, rejoint par Gaspard, qui pousse du pied les débris de verre qui jonchent le sol. Les deux me toisent, les coudes sur les genoux. J’ai l’impression d’être l’accusé qui attend son verdict au tribunal. Le blond sourit comme l’enflure qu’il est en se frottant le menton, clairement en train de jubiler de me voir dans cet état. Quant au regard désapprobateur de Gaspard, il m’annonce que je vais en prendre pour mon grade.
— Qu’est-ce qu’on fout là ? Ben, tu fais du grand Malik, alors nous voilà. Ta mère a appelé Guich parce qu’elle s’inquiétait et ma copine a envie de, je cite « t’épiler les couilles à coups de scalpel ».
C’est comme ça que tu prends conscience d’avoir touché le fond. Quand il commence à y avoir un peu trop de témoins du spectacle grotesque de ta déchéance. Mes parents sont passés hier soir, alertés par le fait que je ne sois pas sorti du week-end. Quand elle a vu l’état du studio, ma mère a viré hystérique et commencé à ranger. Mais mon père l’a tout de suite arrêtée et lui a rappelé que j’étais supposé être un adulte responsable. Il a ensuite pointé un doigt accusateur sur moi, pour m’assener que, quoi qu’il m’arrive, ce n’est pas de cette façon qu’on règle les problèmes.
Mais comme un con, j’ai tout de même fini ma bouteille jusqu’à m’en éclater les neurones. Parce que quand je suis lucide, toutes mes pensées me ramènent à elle et c’est insoutenable. Pour être honnête, lorsque je bois aussi, mais au moins, après, c’est un trou noir salvateur qui m’accueille. D’ailleurs, en cet instant, me revient son visage empreint de douleur, et la culpabilité rejaillit.
— Comment va Juliette ?
— T’as qu’à lui demander, au lieu de te mettre la tête à l’envers. Parce qu’en plus d’être un abruti, t’es même pas foutu de décrocher ton téléphone pour réparer tes conneries. Mais si tu veux savoir, d’après Marie, pas terrible. Pas terrible du tout.
Il a raison. Je n’ai même pas pris la peine de la contacter pour lui présenter les excuses qu’elle mérite. Pas plus que je n’ai pu lui rappeler à quel point j’ai besoin d’elle dans ma vie. Ce n’est pas glorieux, mais me noyer dans du douze ans d’âge est bien plus facile à gérer que de me confronter à son rejet et à sa déception. Surtout, ce serait avouer que je me suis planté sur toute la ligne et que j’ai tout torpillé, tout seul, comme un gland. L’orgueil. J’y reviens toujours. Ce parasite indésirable qui s’infiltre partout et me pousse à blesser la personne qui compte le plus à mes yeux. Je n’assume pas d’avoir été cette crevure.
— Gass’ m’a expliqué dans les grandes lignes, on n’en sait pas plus. Comment t’as pu tout foirer ? Il y a quinze jours, tu ressemblais à un bisounours sous ecsta, et là, on dirait Gollum qui a perdu son précieux.
Café. J’ai besoin de remettre mon cerveau droit dans sa boîte crânienne pour cette discussion. Les premiers pas sont les plus durs, je dévie plusieurs fois de ma trajectoire. Le calbute me rentre dans la raie des fesses et je manque de m’écrouler par terre en tirant dessus. Des moqueries éclatent dans mon dos. Rien à battre. J’atteins mon Saint Graal et bientôt, les effluves de caféine fument dans ma tasse à la propreté douteuse. J’en sers deux autres, les gars me rejoignent autour de l’îlot puis je commence le récit de mes exploits déplorables.
Quand je termine, l’air me manque. Une chape de culpabilité me tombe dessus. Avec le recul, je prends conscience du caractère odieux de ma réaction. Une certitude, une seule, se plante dans mes méninges : je ne peux pas la perdre. Guich est atterré, la bouche béante, les yeux écarquillés, on dirait qu’il a vu la Vierge. Gaspard, lui, serre les mâchoires et empoigne ma nuque.
— Mais quel connard ! Je croyais que t’étais dingue d’elle, comment t’as pu lui balancer ça ?
— Je l’aime tellement que l’idée que ce ne soit pas réciproque m’a fait disjoncter. Crois-moi, si je pouvais, je me filerais des baffes.
Guillaume m’interrompt en tapant sur le plan de travail comme un forcené. Il a l’air au bord de la syncope, depuis tout à l’heure. L’impact résonne si fort dans mes tempes et mes oreilles que j’en grimace.
— Attends. J’ai forcément mal entendu. Quinze ans ?
— Quinze ans quoi ?
— Quinze ans sans turlutte ? Pipe ? Broute-minou ? Cunni ? Enfin, tu sais, les trucs qu’on fait avec sa langue pour prendre son pied. Je t’en supplie, dis-moi que j’ai mal compris, tu peux pas être aussi con.
Évidemment. C’est tout ce qu’il a retenu. Je ne prends même pas la peine de répondre et lui présente mon majeur dans un geste nonchalant. Gaspard, fronce les sourcils, mais se mord la lèvre pour tenter de camoufler le sourire moqueur qui le gagne, avant de donner une claque amicale sur la tête de Guillaume. Le second pouffe, vire cramoisi, les larmes au bord des cils, et explose de rire.
— Allez-y, foutez-vous de ma gueule. Vous pouvez pas comprendre. J’ai jamais connu un truc aussi fort que ces moments avec elle.
— Le bâtard ! Bien sûr que non, je ne comprends pas, je voue un culte à la fellation ! Putain, le lover de mes deux ! En fait, pendant quinze ans, t’as tripé sur un truc que t’as idéalisé. La vache, ta Juliette, ça doit être une super…
Je le foudroie du regard et pointe mon index dans sa direction.
— Ne finis pas cette phrase ou je t’en colle une. Ne lui manque pas de respect.
Guich lève les mains en signe d’apaisement mais me lorgne avec un regard ironique en haussant un seul de ses sourcils.
— Tu t’en es déjà chargé. Même moi, j’ai jamais parlé comme ça à une meuf. Merde, mec, tu t’es privé tout seul d’un truc, un super truc, en plus, que t’as fini par lui reprocher. C’est complètement barré.
Je déglutis difficilement face à cette vérité qu’il me balance en pleine figure. Mon second acolyte croise les bras sur sa poitrine et soupire. Gaspard est un mec solaire, facile à vivre, mais il est aussi bourré de principes. Le premier : respecter les femmes, c’est sa règle d’or. Seul gars au milieu de quatre frangines, avec une mère qui a bossé dur pour ses gamins, il les place même sur un piédestal. S’il est habitué aux frasques de notre pote avec la gent féminine, je crois que c’est la première fois que je le déçois à ce sujet.
— T’es le type le plus intelligent que je connaisse. Mais dès qu’il s’agit de Juliette, t’arrives plus à relativiser, un vrai débile. Comment t’as pu douter d’elle alors que ça crève les yeux qu’elle t’aime ?
— Pire, tu dis que tu te sentais mis sur la touche. Mais t’es con ou bien t’es con ? Elle a deux filles qui ont perdu leur papa et elle t’a laissé entrer dans leur vie. Il te faut quoi de plus, comme preuve ? Moi, j’ai un môme et je peux te dire que c’est loin d’être anodin.
Je me frotte le front et me pince le nez, parce que l’évidence s’impose dans mon esprit. Je suis un égoïste imbu de sa personne qui a manqué de discernement. Entendre mes potes me remettre les pendules à l’heure me confronte à ma réaction pitoyable. J’aurais dû en parler, agir en homme, pas comme un ado qui se laisse enliser par ses peurs. Je lui ai fait du mal et je nous ai abîmés, pour des incertitudes. Lewis avait raison. L’homme que je veux être est celui qui sera à ses côtés. Quand je pense à mon avenir, c’est elle que je vois. Le reste est secondaire. J’espère juste qu’elle pourra me pardonner. Mais je ne renoncerai pas. Je vais me battre.
— Ça y est ! Il se sort les doigts du cul, s’exclame Guillaume en cognant son poing contre celui de Gaspard, je vais adorer te voir ramer pour la récupérer, mon petit névrosé de la bite !
Deux heures. C’est le temps qu’il m’aura fallu pour ingurgiter un demi-litre de café, reprendre figure humaine, même si je suis loin d’être frais, et remettre la baraque en ordre avec l’aide de mes potes. Cet acte charitable de leur part va me coûter deux bonnes bouteilles et des places pour le prochain match de l’OM. Il ne faut pas non plus les prendre pour l’abbé Pierre, les lascars.
Nous trois, on est comme des frangins. On s’est choisi sur les bancs d’un club de foot et on ne s’est jamais plus lâchés. Toujours présents en cas de coup dur, toujours là pour se ramener sur le droit chemin à la moindre déviance. On avait fait un pacte quand nous étions jeunes. Nous soutenir coûte que coûte pour avoir la vie dont on rêvait. Pour ne jamais avoir à galérer comme nos familles. Plus que tout, pour nous empêcher de basculer dans l’écueil de la délinquance. Les tentations étaient nombreuses. Quand l’un de nous risquait de flancher, au moins un des deux autres veillait, même à distance. Parfois à coups de gueule, parfois à coups de poing. Mais on n’a jamais dérivé de nos trajectoires. Aujourd’hui encore, ils m’ont mis la claque mentale dont j’avais besoin.
Quand Gass’ m’a dit que Juliette passait l’après-midi chez elle avec ses amies, c’était impératif, il fallait que j’y aille. Je ne suis pas très nuancé, comme type. Une fois ma décision prise, plus rien ne m’arrête. Trois jours à me comporter comme un lâche, c’est déjà trop. Je sais que les petites sont au centre aéré et qu’elles seront de retour dans la soirée. Ce qui me laisse le temps de présenter mes excuses à leur mère, sans qu’elles en soient témoins. L’idée qu’elles comprennent que j’aie pu malmener leur maman et les décevoir me révulse.
Les mecs sont persuadés que mon alcoolémie bat encore des records. Ce qui, vu mon mal de crâne persistant, ne doit pas être faux. C’est donc eux qui vont me conduire là-bas. Mes lunettes de soleil sur le nez, je sors dans le jardin, mais un mouvement retient mon attention.
Devant le porche de la maison, Nasser enlace ma mère tandis que mon vieux se tient en retrait. Tous trois pivotent vers moi. Ma mère a l’air triste, mon père paraît solennel et Nasser me dévisage avec dédain. Je remonte ma paire de Ray Ban sur la tête et plonge mon regard dans le sien. La noirceur de ses iris est le reflet de ce qui l’habite dorénavant. Un puits sans fond d’obscurité. Le grand frère que j’idolâtrais enfant n’est plus, cet homme est un inconnu.
Un autre jour, je serais allé le confronter, lui qui ose revenir ici alors que je le lui avais interdit. Mais aujourd’hui, je veux garder mon énergie pour un combat qui en vaut la peine. Nasser m’indiffère, Juliette est ma seule préoccupation.
Mes amis sur les talons, je me détourne et me dirige vers le portail en direction du parking. Pendant que Gaspard poursuit sa marche vers la voiture, Guich et moi marquons un temps d’arrêt. Face au mur qui longe le jardin, une fourgonnette. Bleue.
Et je percute. L’anniversaire de mon père. Le regard dédaigneux de Nasser sur Juliette. La détresse de Lydia. Juliette gisant au sol. Nasser vaincu, Nasser chassé. Comment ai-je pu ne pas y penser plus tôt ?
Mon sang ne fait qu’un tour. La haine s’empare de moi aussi subitement que mes muscles se crispent. C’est fou comme ce sentiment peut vous ranimer en une fraction de seconde. Chaque atome de mon corps vibre sous ma peau qui se hérisse. Mes mâchoires se contractent, mes ongles se referment sur mes paumes tremblantes. Je n’entends même plus Guillaume qui hèle Gaspard et essaie de me raisonner. La fureur gronde déjà dans mes oreilles dans un sifflement vindicatif.
Tout semble au ralenti dans mon esprit et pourtant, tout va si vite. Je fonds déjà sur lui, sous les yeux médusés de mes parents.
— Je vais te buter !
Nasser a à peine le temps de se retourner, ahuri de me voir débouler comme une tornade, que je lui balance mon poing dans la figure. Sa pommette craque sous mes phalanges et il tombe à la renverse. Une excitation morbide s’empare de moi, un coup n’est pas assez. Je suis un épais brouillard chargé de tension qui n’attend que la petite étincelle pour abattre sa foudre sur le visage de cet enfoiré.
Mais ma mère hurle et s’agenouille pour venir à son secours. Je m’oblige une longue inspiration, je ne veux pas la blesser. Mon père s’interpose, si véhément qu’il en écorche son arabe à coups de paroles acerbes. J’expire profondément. Il soupçonne que je suis toujours ivre et me somme de lui expliquer mon attitude inqualifiable.
— Je vous ai expliqué que quelqu’un de malveillant s’en prenait à Juliette. Le coup du cocktail Molotov ?
Je ne reconnais pas ma voix, étouffée par mes dents si serrées que je pourrais les briser. Mon père fronce les sourcils et acquiesce.
— Il se trouve que la fourgonnette que j’ai vue prendre la fuite ce soir-là est garée juste ici ! Le même bleu ciel que ce vieux tacot.
Les gars, de part et d’autre de moi, accréditent mes propos. Je crois qu’ils ont autant envie que moi de refaire le portrait de celui qui s’agite sur la pelouse. La larve gesticulante se fige, une once de stupeur et d’incompréhension dans le regard. Il joue tellement bien la comédie que je pourrais me laisser convaincre, si je ne l’avais pas vu manipuler son petit monde pendant des années.
— T’es qu’un putain de chien, Nasser. Un sale bouffon qui se croit au-dessus de tout.
— Je ne sais même pas qui est Juliette, me jette-t-il avec amertume.
Avec une lenteur mesurée, je me baisse, m’approche de lui pour agripper le col de son haut et murmure près de son oreille.
— L’infirmière de papa que tu avais balancée par terre comme une malpropre. T’as pas supporté qu’une femme puisse te tenir tête, c’est ça, connard ?
J’empoigne son menton avec hargne et le fixe droit dans les yeux.
— C’est bon, t’as retrouvé la mémoire ?
C’est infime, mais l’espace d’un instant son front se plisse et je décèle un craquèlement sur ce masque d’ordinaire impénétrable. D’un geste rageur, il me repousse puis se redresse, stoïque et fier. Réaliser que nous avons ce trait de caractère en commun me file la nausée. Je tends la main pour aider ma mère, confuse, à se relever. Mon père, blême, nous fixe à tour de rôle.
— Mon fils, est-ce que c’est vrai ?
— Allah me voit, Allah m’observe, Allah est témoin de mes actes et
faits16. Je n’ai rien à voir avec ce qu’il dit.
Le ton empreint de gravité, et alors que mon père le dévisage, Nasser appuie sur l’hématome qui se forme sur sa joue dans une grimace de douleur. Moi, je crève d’envie d’équilibrer la symétrie de sa sale gueule en cognant de l’autre côté. Son petit spectacle de victimisation n’a aucune prise sur moi.
— Tu te rends compte, mon frère, que la couleur d’un véhicule paraît bien dérisoire pour de telles accusations ? Et je ne vois pas pourquoi je porterais un intérêt à ce genre de femme. Pour qui me prends-tu ?
— Le genre d’homme qui tabasse sa propre sœur et en malmène une autre. On verra bien si la police trouve ça dérisoire. En attendant, il me semblait t’avoir dit que je ne voulais plus te voir ici.
Nous nous fixons, les pupilles dilatées et acérées de fiel, figés par une tension qu’aucun de nous ne souhaite relâcher. Notre orgueil et notre arrogance nous imposent ce duel silencieux. Nous étions si semblables autrefois, mais nos choix de vie ont fait de nous deux personnes que tout oppose à présent.
Ma pauvre petite mère vient se placer entre nous. Le menton tremblant et le regard las, elle attrape nos mains dans les siennes. Tentative désespérée de nous rappeler ce qui nous lie inéluctablement.
— Voir mes fils se déchirer me rend si malheureuse. Malik, m’apostrophe-t-elle, ses doigts serrés sur les miens, ton frère est venu nous dire au revoir. Ils partent vivre en Algérie, dans le village d’Amira…
Elle m’offre un regard suppliant et je suis bouleversé parce que je sais ce qu’elle va me demander. Mais je ne peux pas lui accorder ce vœu irréalisable.
— Ce doit être un malentendu tout ça, mon fils. J’aimerais tellement que mes enfants fassent enfin la paix.
Mon père soupire et lui caresse le dos. Il me connaît si bien. Je suis persuadé que lui aussi incrimine Nasser en son for intérieur. Un soir, je lui ai confié comment ma seule et unique histoire d’amour m’avait été arrachée. Ce passif, découvert il y a peu, n’a fait qu’accroitre mon ressentiment.
J’enlace la première femme de ma vie avec tendresse et l’embrasse sur le front.
— Je suis désolé, maman, j’aurais aimé te dire que c’est possible, mais ça ne l’est pas.
Je sais que c’est la dernière fois que je plonge dans les ténèbres de celui qui fut mon frère, alors je m’y attarde. Lui aussi me scrute dans un face-à-face lourd de non-dits. Deux hommes issus de la même chair, désormais antagonistes en tous points.
— J’aime Juliette depuis mes dix-sept ans et je l’ai déjà perdue une fois par ta faute. Si, comme tu dis, Allah que tu aimes tant te voit, alors il te faudra répondre de tes actes.
Son front se plisse, incrédule, il ignore encore à quel point il a pourri ma vie. Mes yeux figés dans les siens, je recule d’un pas.
— Parce que tu as broyé notre famille en son nom. Tu as battu Lydia en son nom.
Une autre foulée en arrière, notre fil se tend.
— Parce qu’en son nom tu exècres tout ce qui ne te ressemble pas. Pour tout ça, Nasser, il te jugera… Pour le reste, les flics feront très bien l’affaire.
Un mètre de plus, notre attache est rompue. Plus rien de lui ne subsiste en moi.
— Sur un autre continent ou ailleurs, tu es mort à mes yeux. Fais tes adieux et va-t’en.
Je me détourne, suivi des frangins que j’ai choisis. Ceux qui partagent mes valeurs, ceux que je suis honoré d’avoir à mes côtés. Sa voix agressive s’élève, pour réciter, sans doute, de nouveaux versets du Coran dont il ignore le sens véritable. Mais je ne l’entends pas. Il n’est déjà plus là.
J’ai une femme à reconquérir et avec ce que je vais devoir lui annoncer, je ne suis pas certain d’y parvenir.
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