Thorns and Roses (French Edition)

Max Néna · Chapitre 43 sur 44

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Thorns and Roses (French Edition)

Epilogue 2.0

Marco

 

Le rire cristallin de Lou et la voix enjouée de Ninon inondent ma poitrine de joie. Enfin, je crois. C’est difficile à dire quand on ne possède plus d’enveloppe charnelle. Désormais, ce que je perçois est impalpable et pourtant si précieux. À travers les émotions, je ressens la nature véritable de chaque être, jusqu’aux secrets les plus enfouis dans l’inconscient. En cet instant, je me délecte de l’auréole de douceur qui rayonne autour de ma petite famille. Elle me nourrit d’une force incommensurable.

— Il a encore le hoquet ? Il a dû téter trop de liquide amniotique, c’est rigolo.

— Ninon, t’avais promis que t’arrêtais les mots compliqués ! Et puis c’est pas possible, un bébé, ça peut pas boire à l’intérieur de sa maman, il y a pas de biberon dedans.

Mes filles ont chacune posé une main sur le ventre rebondi de Juliette, elle-même lovée dans les bras de Malik, sur le canapé. Jadis, c’était dans les miens qu’elle s’abandonnait et nos enfants qu’elle portait. Je lui suis si reconnaissant d’avoir pu connaître ce bonheur auprès d’elle. J’aurais voulu le savourer plus encore, mais on ne lutte pas contre l’inéluctable, surtout quand il prend la forme d’un trente-huit tonnes lancé à vivre allure.

Il paraît qu’on voit sa vie défiler juste avant de mourir. Pour ma part, ce n’est pas vrai. J’ai seulement entendu un crissement de pneus, le fracas de tôles qui se percutent, à peine une respiration retenue et je tirais ma révérence en un claquement de doigts. Je suis mort comme j’ai vécu, vite, fort, avec intensité. C’est ainsi, l’Homme oublie souvent qu’il n’est que de passage sur Terre et que chaque moment pourrait être le dernier. Si j’avais su ce qui m’attendait, aurais-je changé quelque chose à ma courte existence ? D’un point de vue d’humain, sans nul doute, je me serais battu pour ne pas les quitter. Vivre est frénétique, on s’accroche au fil de notre destinée pour tenter de retenir le temps. Un vain subterfuge, il s’étiole malgré nous. À présent qu’il n’a plus de prise sur moi, je comprends que seul l’essentiel demeure.

— Mais notre petit frère, il a déjà une bouche, il fait même pipi dans le ventre de maman.

— Beurk, c’est dégoûtant ! rétorque Lou, le nez froncé.

Malik et Juliette rient, ils dégagent souvent une aura semblable. Un peu comme la mienne, intense, lumineuse. Je n’en ai pas appris plus ici sur le mystère des âmes sœurs que sur celui de l’univers. Je crois que nous gravitons dans l’éternité qui nous ressemble, teintée de nos propres vérités. La mienne, plus que tout, est que je voulais voir mes petites femmes retrouver la paix. Alors, j’ai œuvré en ce sens. Rassurez-vous, nous ne modifions pas le cours des choses, encore moins la volonté de ceux qui restent. Nous semons juste quelques cailloux pour que le chemin apparaisse plus limpide à ceux que nous chérissons. Toutefois, eux seuls choisissent ou non d’arpenter cette route.

Une énergie chaleureuse irradie soudain à mes côtés. Je discerne ses nuances singulières. Vibrantes, puissantes, comme celles de sa fille. Monsieur Gimenez. Nous nous sommes trouvés, guidés par le même dessein. Celui de veiller à l’épanouissement de nos plus belles œuvres.

— Tu vois, fiston, ils y sont arrivés.

— Je n’en ai jamais douté, Antoine.

Comment pouvait-il en être autrement ? Le cœur de Juliette se morcelait. Quand il chantait sa complainte, la nuit tombée, pour pleurer ma perte, son souffle s’asphyxiait. Il ne devait pas se tarir davantage. Alors j’ai accepté que seul Malik pouvait raviver cette étincelle qui crépitait en sourdine. Parce que, dorénavant, je la perçois, cette évidence dans la poitrine de celle qui m’a offert mes plus douces années. Au croisement de chacun des battements de son palpitant, lui et moi nous entremêlons pour accorder sa rythmique. Nous sommes tous deux les épines et les roses d’un amour qui n’a jamais cessé de fleurir.

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