Thorns and Roses (French Edition)

Max Néna · Chapitre 26 sur 44

Pages du PDF

Thorns and Roses (French Edition)

Chapitre 25

Malik

 

Je suis au travail, les jambes croisées sur mon bureau. Je malmène une boule antistress pour essayer de retrouver ma concentration bien trop variable, ces derniers temps. Juliette s’infiltre jusqu’ici. Ma tête est trop pleine d’elle. Je lutte pour ne pas laisser ces failles se creuser davantage, dans un espace où la fragilité n’a pas sa place. En vain, elle m’obnubile.

Un mois que je retombe sous son charme, que la femme qu’elle est devenue me subjugue, me chavire. Forte, déterminée, indépendante. Un mois qu’elle me donne des miettes. Un mois que je me désespère d’elle et que j’accours comme un camé en manque dès qu’elle claque des doigts. Je suis pitoyable.

Juliette est comme ces roses qu’on n’ose pas cueillir pour préserver leur beauté. De sa personnalité captivante à son odeur enivrante, tout me ramène à elle. Son corps me rend dingue, je rêve de le profaner encore et encore. Je suis à genoux devant ses jolies formes et sa gueule de princesse sauvage. Son regard intense me donne l’impression d’être mis à nu, à découvert.

La tête basculée en arrière, je soupire en fixant le plafond. Pour l’instant, elle me maintient éloigné, érige des barrières que je ne peux pas franchir. Une seule fois, nous avons refait l’amour depuis notre retour du Verdon. Une unique fois, où elle s’est faufilée comme une voleuse dans ma dépendance pour en repartir aussi vite.

Je suis une cible vivante, je veux qu’elle m’atteigne. Mais Juliette est dans la retenue. Je le sens dans chacune de ses attitudes. De ses sourcils qui se froncent, aux mots qu’elle retient, de son manque de disponibilités, aux conversations qu’elle écourte, je vois bien qu’il lui faut du temps.

Elle a deux arguments contre lesquels il m’est impossible de rivaliser : Ninon et Lou. Je ronge mon frein parce que je comprends ce devoir de protection, le contraire m’aurait déçu. Mais j’en deviens taré, moins elle m’en donne, plus j’en veux. Juliette distribue les cartes, cette fois, l’enjeu n’est plus de savoir si je suis digne d’elle, mais plutôt de ses filles. Quinze ans plus tard, cette sensation de ne pas suffire me colle toujours à la peau. Ce constat me bouffe. Si elle n’entrouvre pas une porte, je n’aurai jamais l’occasion de lui prouver que j’en vaux la peine. Il m’en faut plus.

Mais je suis fier, je me blinde. Ma carapace se solidifie, je refuse de lui montrer à quel point elle me rend faible. C’est à elle de lâcher prise, pas à moi. Mon ego le réclame, comme un calmant nécessaire à la légitimité de la désirer dans ma vie. J’ai appris à ne plus courber l’échine, je ne ploierai plus, même pour elle. Surtout pour elle. Être le seul à fournir les efforts pour nous donner une chance me flinguerait, j’ai besoin qu’elle me montre que je le mérite, qu’elle peut se battre pour moi.

Ces ruminations me rendent nerveux, mon pied s’agite sur le bureau. Si je dois être honnête, tout cela m’irrite. Je suis convaincu qu’elle pourrait me concéder une place sans léser ses filles. Je ne suis pas dupe, cette distance imposée est un choix délibéré de sa part, ce qui exacerbe mes doutes sur son envie de s’impliquer.

Elle me déstabilise, j’ai l’impression d’être en équilibre précaire, le moindre impact pourrait me faire tomber à m’en fracasser tout entier. Personne ne m’a jamais tourmenté de la sorte, il n’y a qu’elle qui ait cette emprise sur moi. Mais dans les trop brefs moments où nous sommes ensemble, ses regards ne trompent pas. Ils sont à moi, pour moi. Juliette ne triche pas. Je comprends alors qu’elle apprécie chacune de nos entrevues. Ces instants de grâce me remplissent assez pour continuer de croire en un « nous » possible. Une vraie douche écossaise, en somme.

Soudain, mon portable vibre. Depuis que j’ai retrouvé mon premier amour, je ne l’éteins plus au boulot. J’ai besoin de me sentir lié à elle, même quand je ne la vois pas. D’un coup d’œil, je consulte l’écran et souris aussitôt. C’est son surnom qui s’affiche.

— Blondie… Comment vas-tu ? Je sais, ne dis rien. Là tout de suite, tu es tout émue d’entendre ma voix et tu rêves de te coller à mon corps d’Apollon, enchaîné-je, taquin.

J’adore la titiller, la prendre au dépourvu. En général, ses réactions sont maladroites, mais sincères. Ces petits instants me rassurent, je sais que je ne la laisse pas indifférente. Elle ricane avant de me répondre.

— Je suis toujours heureuse de t’entendre, murmure-t-elle, gênée. Un corps d’Apollon, carrément ? On ne peut pas dire que la modestie t’étouffe. Je ne te dérange pas ?

— Je n’aurais pas décroché si c’était le cas. Pas besoin d’être modeste, je suis réaliste, je sais que ma fossette te fait craquer, ne fais pas ton innocente.

— Comme au moins quatre-vingt-dix pour cent de la gent féminine, ronchonne-t-elle.

Et voilà comment ferrer ma proie, je sais très bien sur quels points la chambrer pour faire réagir Juliette, ça n’a pas changé depuis le lycée.

— Jalouse ?

— Peut-être… C’est ce que tu voulais entendre, pas vrai ?

— J’aime l’idée que tu sois jalouse, tu n’imagines pas à quel point… Que me vaut cet appel ? Pas que je m’en plaigne, mais je suis désolé, j’ai une vidéoconférence dans dix minutes.

Juliette se racle la gorge, inspire longuement, comme si elle cherchait à se donner du courage pour se lancer.

— Je ne t’embête pas longtemps. C’est juste que… Les filles sont parties dix jours chez leurs grands-parents… Ça te dirait de venir dormir à la maison, quelques soirs, après le boulot ? T’es obligé de rien, c’est juste une idée.

Enfin. Enfin, elle cède pour me laisser entrer dans son cocon. Je me mordille la lèvre pour contenir ma joie, parce que là, comme un idiot, j’ai envie de me taper dans le dos pour me congratuler. C’est encore plus jouissif que la signature d’un contrat qui n’était pas gagnée d’avance. Je m’octroie quelques secondes pour fermer les yeux et m’enivrer des promesses que sa proposition instille dans mon esprit.

— Malik ? Tu n’as pas envie, c’est ça ? Laisse tomber, on oublie…

— Arrête. C’est un super plan, j’en meurs d’envie. Tu veux que je vienne quand ?

— C’est vrai ? Je suis contente… J’ai besoin qu’on passe du temps ensemble, sans se soucier de rien… Dans la soirée ce serait bon pour toi ?

Son ton se fait timide, je l’imagine probablement rougissante. Je déglutis, j’adore quand ses joues se colorent pour moi. Ses mots me font du bien, ils me confortent dans l’idée qu’elle se languit de moi, comme je me languis d’elle. Mais je n’en montre rien, car j’ai toujours peur d’un revers que je n’aurais pas vu venir.

— OK, pour ce soir. Juste le temps de passer chez moi prendre quelques affaires, je ramène un truc à manger ?

— Non, je prépare un repas, ce sera plus sympa.

— Parfait, j’ai hâte… Blondie ?

— Oui ?

— Après, c’est toi que je vais dévorer.

Je raccroche en espérant la laisser pantelante, parce que moi, j’ai faim d’elle à en devenir enragé.

 

Juliette

Il est presque dix-neuf heures, je sors de ma troisième douche de la journée. La chaleur du Sud est accablante en plein été. Je vérifie une dernière fois ma tenue dans le miroir du couloir. Une petite robe blanche à fines bretelles qui m’arrive au-dessus des genoux. Elle tranche avec ma peau hâlée par le soleil, mon maquillage est léger, j’ai relevé mes cheveux en un chignon flou.

J’espère être jolie, sans trop en faire. C’est notre première soirée à deux dans un cadre plus intime. Je veux que tout soit parfait. La conversation sans détour avec mon frère m’a remis les pendules à l’heure. La conclusion que j’en ai tirée est que, finalement, j’ai perdu un mois à prendre trop de précautions. J’ai choisi de lâcher prise tout en continuant à préserver mes princesses, dans un premier temps. Leur absence est la parfaite occasion d’approfondir les choses sans les préoccupations quotidiennes.

J’erre dans la maison, balaie du regard chaque pièce pour être certaine que rien ne traîne. Dans ma chambre, j’ai retiré les portraits de Marco et la plupart de ses affaires. Malik y passera plusieurs nuits, je ne trouvais respectueux pour aucun des deux de les laisser en place. Toutefois, j’ai gardé le cliché de nous avec les enfants sur la commode du salon. Il sera toujours ma famille, le père de mes enfants. Je suis convaincue que Malik peut le comprendre, du moins, je l’espère.

Mes pieds nus glissent sur le sol, je me retrouve à caresser la photo du bout des doigts. Le souvenir du moment où elle a été prise me revient.

C’était il y a deux ans, sur la Dune du Pilat. Nous avions passé une magnifique semaine de vacances à Arcachon. L’océan à perte de vue derrière nous, avec un époustouflant coucher de soleil. Marco m’embrassait sur la tempe alors que nous enlacions chacun une de nos filles.

— Je ne t’oublie pas, tu sais. Je continue juste à avancer. Je ne sais pas ce que ça va donner avec Malik. J’aimerais que ça marche, en tous cas. Mais tu peux avoir confiance, c’est un homme bon. Même s’il est resté dans un coin de mon cœur, je t’ai aimé. Je t’aimerai toujours. Je n’attends pas ton approbation, chuchoté-je en riant, mais je suis en paix. Je crois que tu aurais voulu que je vive pleinement, c’est ce que j’essaie de faire.

Un souffle léger fait danser les rideaux, le piège à vent tinte devant la fenêtre. C’est comme un murmure qui me fredonne des paroles apaisantes, une caresse subtile qui m’encourage avec bienveillance. Je suis sereine, clairvoyante. Ce n’est pas toujours évident de s’autoriser à reprendre sa vie de femme après la perte de son conjoint. Parfois je redoute le jugement des autres ou d’aller trop vite. Cependant, ce que je ressens pour Malik et la vague de quiétude qui m’enveloppe en cet instant me confortent dans mon choix.

— Merci, soufflé-je avec tendresse.

Lentement, je me détourne pour me diriger vers la cuisine. J’ai toujours eu cette faculté à cloisonner mes pensées. Je me suis recueillie quelques instants, maintenant, je me focalise sur celui que j’attends avec impatience. La vie est ainsi faite, des pans d’histoires qui se superposent les uns aux autres, pourtant, ce qui compte est le moment présent. On l’oublie trop souvent. Je l’ai trop souvent oublié. Aujourd’hui, je suis ancrée dans cette réalité, celle qui m’offre une seconde chance.

Sur l’îlot central, j’allume l’enceinte connectée, puis lance la playlist de Nina Simone. Sa voix suave me paraît parfaite pour l’occasion, nombreuses de ses chansons sont teintées de sensualité. Je sors les lasagnes au saumon que j’ai préparées pour les mettre au four, une bouteille de vin, la salade. J’espère que ce repas conviendra. C’est étrange, cette sensation de connaître quelqu’un, mais d’avoir encore tant de choses à découvrir sur lui.

Ce mois passé à ses côtés, bien que de façon succincte, m’a charmée. Beaucoup d’incertitudes demeurent, mais je ne peux ignorer mes pulsations qui s’emballent quand je suis près de lui. Ses contradictions me rappellent qu’il est à la fois le tumulte de la tempête et le repos ressourçant dans lequel on s’abandonne. J’aime ça, il me trouble, avive la flamme en moi.

« Après, c’est toi que je vais dévorer ».

Une simple phrase qui m’a laissée moite de désir, les joues rosies, le bas-ventre en ébullition. Je l’ai tenu à distance sur ça aussi, sans doute car je savais déjà l’alchimie évidente. Je redoutais que ce ne soit la seule chose qui nous lie. Il ne m’en a pas tenu rigueur, n’a fait aucune réflexion à ce sujet et j’en suis rassurée. Mais aujourd’hui, j’ai soif de sa peau, de son odeur. Mon corps le réclame tout entier. Avec lui, je veux tout, lâcher les brides, me livrer tout entière, je ne me sentirai jamais sale. Dans ses bras, je me sens femme, je me sens libre. Je me languis de lui, ma chair anticipe l’ivresse de sa chaleur.

Mon ardeur se voit récompensée quand la sonnette retentit. Un imbroglio de sensations féroces me percute, se déverse dans chaque cellule de mon être. Un premier pas vers la porte, je vibre d’effervescence. Un soupir, je frissonne. Un battement de cil, mon cœur se déchaîne. Un mètre de plus, je tremble. Mon bras s’élance, je sens son aura incandescente m’envelopper. Ma main sur la poignée, ma gorge s’assèche. J’ouvre, nos regards se télescopent. Et là, j’abdique. Devant l’émoi qui me transperce, je dépose les armes, je suis à lui.

 

Malik

 

La porte s’ouvre, d’emblée, je plonge dans un océan de fébrilité. Ses yeux me bouleversent. Elle est magnifique, vulnérable, électrisante à la fois. Quelque chose de différent émane d’elle. En cet instant, c’est comme s’il n’y avait plus aucune barrière. Juste un nous, dans cet échange muet qui nous lie avec authenticité. Nous restons ainsi à nous contempler quelques secondes qui semblent suspendues. Subjugué, je mordille ma lèvre.

— Salut, toi.

Elle me sourit, imite mon geste en plantant ses dents sur cette pulpe charnue que je meurs d’envie de croquer. À pas feutrés, je la rejoins pour attraper la fine bretelle de sa robe du bout des doigts.

— Tu es divine dans cette…

Je n’ai pas le temps de finir ma phrase. Juliette empoigne le col de ma chemise, abat sa bouche sur la mienne. Je l’enlace pour répondre à sa fougue, mais elle devient plus vorace et m’attire à l’intérieur avant de refermer derrière nous. Emporté par l’élan qu’elle m’insuffle, je la plaque contre la cloison, intensifie notre baiser tandis que je fourrage sa chevelure. Je tire sur son chignon lâche, que je défais d’un geste habile. Nos mains fiévreuses se dispersent, s’aventurent le long de nos corps avides.

— Je t’ai manqué à ce point ?

— Plus encore. Mais… Malik ?

— Quoi, Blondie ?

Au lieu de me répondre, Juliette plante ses billes dans les miennes, agrippe mon poignet, qu’elle dirige vers son sein pour emplir ma paume confuse mais affamée d’elle. La sienne se superpose, quémandant que je lui prodigue une caresse plus appuyée.

— J’ai envie que tu me dévores maintenant…

Putain. Son aveu implorant fait disjoncter mon cerveau. Je m’étais imaginé cette partie du programme bien plus tard dans la soirée. Être accueilli par une Juliette si libérée, me surprend autant que ça m’embrase.

— Ça tombe bien, j’ai envie de toi comme un dingue. Tu es renversante dans cette tenue.

Je me rue sur elle pour lui offrir un baiser langoureux qui éveille encore plus mes sens. Elle gémit tandis que nos bassins se trouvent et qu’elle remonte une jambe sur ma hanche. Je me faufile sous sa robe légère afin d’empoigner sa fesse. Mes neurones vrillent lorsque je réalise qu’elle ne porte pas de sous-vêtements.

— Tu voulais me rendre fou, c’est ça ?

— Fallait pas me chauffer au téléphone, j’y ai pensé toute la journée, me taquine-t-elle d’un ton séducteur.

Sans plus de cérémonie, elle déboutonne mon jean. Sa main se glisse dans mon caleçon, le baisse avec mon froc, en même temps qu’elle exerce des va-et-vient sur mon membre tendu. Je ferme les paupières, serre les mâchoires et inspire pour essayer de garder un semblant de maîtrise. Quand j’ose un regard sur elle, ses phalanges taquinent sa fente à travers l’étoffe blanche. C’est indécent, indécemment envoûtant. J’aime qu’elle assume son désir pour moi, je suis au comble de l’envie.

— Bordel. T’es diabolique, aujourd’hui… Je ne vais pas réussir à être tendre, tu sais ?

Juliette s’interrompt, incline son visage près de mon oreille, dont elle mordille le lobe avant de glisser sa langue dans mon cou.

— Ne le sois pas. On le sera plus tard. Vite et fort, Malik.

Elle recule, ses prunelles insolentes me mettent au défi. Ses joues sont en feu. Ses cheveux partent dans tous les sens, les lanières de sa robe ont glissé de ses épaules, lui conférant un air de sauvageonne pécheresse. Mon cœur, pauvre victime de ce tableau époustouflant, rate un battement et se remplit d’elle plus encore. Je suis foutu.

Sans ménagement, je remonte sur sa taille le tissu qui ne cache déjà plus grand-chose, la soulève pour qu’elle s’enroule autour de moi et la pénètre d’une poussée vigoureuse. Ma verge tressaute dans son antre, poussée au supplice par son humide chaleur. Son dos heurte le mur tandis que je la prends comme un forcené dans un rythme effréné. Nos hanches claquent, se repoussent et à nouveau se joignent, éperdues de l’exaltation de nos pulsions. Elle me rend coup pour coup, plante ses ongles dans mon cuir chevelu. Dans cette étreinte carnassière, elle me montre qu’elle est mon égale, celle contre qui je ne peux plus lutter.

Je colle mon front au sien alors qu’elle murmure que c’est bon, que ça ne l’a jamais été autant, qu’elle mouille pour moi et que je suis dur pour elle. Elle me griffe, je la croque. Elle halète, je suffoque. Ensemble, nous gémissons de plus en plus fort, c’est animal, mais si fusionnel. Des mots, tous plus fous, plus forts, même, les uns des autres me viennent en tête. Mais je les retiens. Pas encore, pas maintenant, me souffle ma conscience.

Quand je la sens se resserrer sur moi, je me retire. Enfiévrés, ses yeux sont incendiaires, mais je la retourne et empoigne sa croupe rebondie pour replonger en elle. Juliette me répond en accentuant sa cambrure, attrape le coton qui recouvre encore le haut de son corps, tire dessus pour libérer sa poitrine. Compulsivement, j’ouvre ma chemise et me colle contre son dos. J’ai besoin de sentir plus de sa peau. Mes canines accrochent son épaule, une de mes mains se faufile entre ses cuisses, l’autre sur son sein.

— Tu me fais perdre la tête, putain, c’est trop bon d’être en toi.

Elle tourne son visage vers moi, son regard m’électrise, larmoyant de férocité. Son plaisir la submerge, l’enivre. Plus aucune entrave ne la retient dans ce moment de communion charnelle. Je le découvre dans la sincérité de ses prunelles orageuses qui me percutent.

— Mal’… Je… Je… Plus fort… S’il te plaît, supplie-t-elle.

Ma digue se rompt, je veux la voir se perdre avec moi pour mieux la posséder, pour lui appartenir, aussi. Mes assauts se font plus farouches, mes doigts malmènent davantage son bourgeon, elle soupire de plus belle. Au creux de sa nuque, je lui chuchote des paroles crues, des paroles tendres. Je ne sais plus, je suis étourdi d’émotions et de lascivité.

Soudain, elle se raidit. Ses jambes tremblent, mon membre emprisonné dans son intimité serrée palpite. Un râle erratique s’échappe de sa gorge, mais je poursuis ma délicieuse torture, encore et encore.

Encore, ses ongles lacèrent la peau de mon avant-bras. Encore, mon bas-ventre se contracte, mes testicules se crispent. Encore, mes oreilles bourdonnent. Encore, elle rue entre mes bras et hurle de plaisir. Une dernière fois, je marmonne une complainte incohérente, puis explose en elle, le cerveau ravagé par les affres de notre jouissance. Je vois trouble, l’air me manque.

Ensemble nous nous écroulons au sol.

Il me faut quelques secondes pour retrouver mon souffle et mes esprits. Ma beauté gît contre moi, la respiration encore courte, les yeux fermés. On a l’air d’un joyeux bazar, à moitié vêtus, en vrac, en sueur. Mais je m’en fous, parce que c’est nous, parce que c’est elle. Je tends ma main pour caresser ses cheveux et dégager son doux visage, si serein, maintenant. Mon pouce effleure ses lèvres, ses paupières frémissent. Quand elle les ouvre, son âme se lie à la mienne. Ce que j’y lis est si puissant que mon palpitant s’emballe à nouveau. Juliette sourit, vient se lover dans mes bras.

— C’était… La vache… avoue-t-elle avec timidité.

— Ouais… Je crois que tu as un sens très développé de l’accueil.

Elle rit en nichant son nez dans mon cou, puis un silence apaisant nous enveloppe. Dans ce calme retrouvé, je réalise à peine qu’il y a un fond de

musique. Je reconnais la voix de Nina Simone, I Put a Spell on You13. La chanson fait écho à ce que je ressens, je suis sous son charme. Elle m’a définitivement envoûté.

OceanofPDF.com