Thorns and Roses (French Edition)
Chapitre 22
Malik
Je me suis retenu jusqu’à ce qu’elle parte, il le fallait. Mais la violence qui m’anime est telle qu’en une fraction de seconde, j’attrape la balancelle et la renverse. J’imagine le corps de Nasser étendu par terre, je le roue de coups. Je me déchaîne. Je le frappe encore et encore. Mes pieds, mes poings cognent sans discontinuer. Je le déteste. Je voudrais hurler, mais ma gorge se bloque, aucune injure ne serait assez forte.
L’épuisement finit par me terrasser, je m’écroule au sol. Je pleure comme jamais je ne l’ai fait. Je pleure ce que je n’ai pas su voir, mes remords, mes faiblesses. Je pleure pour Juliette, son père, nous. Je maudis la vie pour ce qu’elle nous a arraché et que nous ne pourrons jamais retrouver. Je blâme le temps passé trop vite qui nous a éloignés.
Quelques minutes, ou plus, j’ignore depuis quand je suis seul. Les larmes se tarissent, mes pensées volent vers elle. Juliette. Ma Juliette. Elle a toujours été en moi. Un bonheur éphémère gravé sous ma peau, parce que je ne pouvais pas l’oublier. Tant de souffrances l’ont accablée, pourtant elle est là, plus belle, plus forte que jamais. Sans même y réfléchir, je me relève, mes pas me portent vers elle. Je dois la voir, la toucher, m’imprégner d’elle. Je ne tolère pas qu’elle puisse s’accuser de quoi que ce soit. Je comprends enfin. Elle s’est sacrifiée par amour. Pour moi. Elle doit vivre, rayonner, sans aucun boulet à son pied.
Penché à sa fenêtre, je distingue sa silhouette roulée en boule sur le lit, le corps parcouru de spasmes. Sans un bruit, je pénètre dans la chambre, grimpe sur le lit et me glisse derrière elle. Elle ne réagit pas. Alors je l’enlace, me serre contre son dos, le nez plongé dans son cou, je la respire. L’émotion me submerge, plus rien ne me retient désormais. Plus de rancœur, plus de colère.
— Je t’en ai tant voulu, j’ai eu mal toutes ces années… Si j’avais su… Je suis tellement désolé pour tout ça, Juliette.
Sa petite main glacée vient s’agripper à mon avant-bras, ses sanglots retentissent et viennent briser le silence.
— C’est fini. Ce n’est pas de ta faute, putain. S’il te plaît, ne pleure pas. J’ai mal réagi, tout à l’heure, mais ce n’était pas contre toi, chuchoté-je à son oreille.
Je la berce, lui caresse les cheveux. Je veux que sa douleur s’en aille. J’ai abandonné la mienne dans le jardin, tout à l’heure. Il y en a trop eu, on ne doit plus lui laisser de place. Je l’étreins un moment, jusqu’à ce qu’elle s’apaise et s’endorme. Blotti contre elle, je finis moi aussi par me détendre alors qu’une douce chaleur m’enveloppe. Je rends les armes et ferme les paupières avec la certitude d’être à ma place.
J’ouvre les yeux, tiré du sommeil par des bruits en provenance de la cuisine. Il me faut quelques secondes pour que les souvenirs de la veille me reviennent. Lorsque je réalise que le visage de Juliette repose sur mon torse, je soupire, soulagé et perdu. Nous n’étions que des gamins, la dernière fois que nous avons dormi ensemble.
Machinalement, mes doigts effleurent son dos, forment des arabesques. Je me sens bien, je n’ai pas envie de bouger. Sentir Juliette lovée contre moi me paraît à la fois étrange et familier. Mes caresses s’intensifient, je voudrais voir son doux visage au réveil, être témoin de ce moment de vulnérabilité. Elle gémit, gigote en s’étirant. Nos visages se font face, je contemple chacun de ses traits. Ils sont doux, harmonieux. Un nez affirmé, une bouche pulpeuse, une peau laiteuse parsemée de quelques discrètes taches de rousseur que seuls les intimes peuvent distinguer. Mes doigts poursuivent l’arrondi de son menton, ses paupières frémissent. Quand elle les ouvre, je suis plongé dans le bleu intense de ses iris. Encore un peu embrumés, ils me transmettent une vague de tendresse. Je suis captivé, prisonnier de leur profondeur. Ambre sur azur, nous nous scrutons en silence. Ma main poursuit sa quête, glisse derrière son oreille pour se faufiler dans ses cheveux. La sienne m’imite, longe mon bras pour remonter sur mon épaule.
— Tu es resté.
Sa voix enrouée s’étonne de ma présence, comme s’il fallait vérifier que je ne suis pas une illusion.
— J’en avais besoin.
Elle humidifie ses lèvres du bout de sa langue. Mon cœur s’affole. Mon pouce vient cajoler sa bouche pour redessiner le sillon humide qu’elle vient de tracer. Elle embrasse la pulpe de ce pénitent égaré, je retiens mon souffle. Mon autre bras coulisse dans son dos, la rapproche de moi.
— Passe la journée avec moi. Juste tous les deux, j’ai envie de te redécouvrir, Juliette, murmuré-je.
Je cale mon front contre le sien dans l’attente de sa réponse. Elle me fixe, les sourcils froncés, abasourdie par ma proposition. À travers son silence, je discerne ses craintes. Celles que je puisse sans doute l’incriminer encore ? Je ne le souhaite plus, je sais désormais tout ce qu’elle a subi.
— Tu sais, je croyais être le seul à souffrir… J’en étais même persuadé. Et puis, hier soir, putain… j’ai compris. On était juste des jeunes au milieu d’un truc qui nous dépassait. C’est à la vie que j’en veux, et à Nasser, aussi. Pas à toi.
Elle ferme les yeux, des larmes perlent sur ses longs cils noirs. Avec douceur, je les efface. Je dépose un baiser sur sa tempe, un autre sur sa joue, près de son oreille.
— Reste avec moi. Ne repars pas là-bas.
Mes lèvres goûtent son cou, remontent le long de sa mâchoire jusqu’au coin des siennes. J’ai besoin de l’apaiser, je ne supporte pas de la savoir rongée par un passé qu’on ne peut plus changer. Elle laisse échapper un soupir, puis agrippe ma nuque. Je l’enlace plus étroitement encore. Son corps m’appelle, mais je reste en suspens, car je désire que ce soit elle qui amorce le dernier pas.
Son regard plonge dans le mien, ténébreux, déterminé, juste avant que sa bouche ne vienne s’écraser sur la mienne. Nos langues se mêlent, nos respirations s’accélèrent, ponctuées par nos gémissements, alors que je la retourne pour la surplomber. Mon bassin remue contre le sien. Ce frottement nous électrise, Juliette empoigne mes cheveux, ondule de plus belle puis tire sur mon haut pour le relever.
Bien vite, nous nous retrouvons nus, nos mains explorent chaque centimètre de peau. La dernière fois, j’espérais l’oublier, à présent, j’ai besoin de m’imprégner d’elle. Pas comme toutes ces femmes qui n’ont jamais comblé le vide qu’elle a laissé. Avec elle, quel que soit l’avenir, ce moment aura une signification profonde.
Je veux sentir chacun de mes sens vibrer d’elle. Je la désire jusque sur mes papilles. Son goût, sa senteur m’ont longtemps hanté durant mes séances d’abandon solitaires. L’idée m’obsède, je n’ai plus que ça en tête.
Lentement, je laisse ma langue serpenter sur sa poitrine et taquine la pointe de ses seins. Juliette griffe mes épaules, en soupirant. Plus bas, mes dents parcourent son ventre, qui se couvre de frissons. Mes yeux accrochent les siens, j’ai besoin que nous soyons connectés en cet instant. Avec son accord silencieux, je m’allonge, glisse mes épaules entre ses cuisses, qu’elle écarte pour moi. Sa légère toison chatouille mon menton. Je tremble d’anticipation. Elle est la seule que je n’ai jamais désirée de cette manière. Le doute de pouvoir lui donner satisfaction m’assaille, mais je le chasse parce que je sais, je sens, que l’instinct prendra le dessus.
J’empoigne ses hanches et penche la tête vers son pubis. Je hume sa fragrance dans une inspiration indécente, je clos mes paupières, troublé par le désir vorace qui me gagne. Quand je retrouve ses prunelles, elles sont fiévreuses, implorantes. Mon cœur s’emporte. Galvanisé par sa supplication muette, je plonge ma langue dans sa fente humide. Je lèche avec avidité son plaisir, suçote son clitoris tendu, le mordille, le taquine. C’est comme si je n’avais rien oublié d’elle. Je suis ému, je deviens fou. Son parfum et sa saveur capiteuse font durcir davantage mon membre, qui palpite contre le matelas. Ses doigts attrapent ma tignasse, son dos se cambre tandis qu’elle gémit de plus en plus fort.
— Putain, t’es délicieuse, tu me fais bander comme un dingue.
Mes mots crus la déchaînent, au point qu’elle ondule contre ma bouche. Ensemble, nous abandonnons toute retenue. C’est grisant de la voir chercher sa jouissance, mais je veux rester maître de son plaisir, lui offrir cette absolution. Je me recule pour venir croquer la chair de sa cuisse dans un rappel à l’ordre et introduis deux doigts en elle. Sa complainte se répercute dans la chambre, sa respiration devient haletante. Mes phalanges coulissent dans son antre trempé que mes lèvres retournent torturer. Je la sens se resserrer sur mes doigts. Sa tête s’agite d’un côté, de l’autre, ses cuisses emprisonnent mon visage quand son ventre se crispe par saccades.
Soudain, elle se fige, retient son souffle. Le moment est suspendu. Juliette me regarde, fragile, les joues empourprées, les larmes au bord des yeux. Elle cherche son air, tétanisée par son plaisir, si envoûtante que j’en tremble. Un dernier coup de langue, un dernier mouvement de mes doigts, elle se libère. Convulsant dans un râle qui vibre dans sa gorge.
Étendue sur le lit, le corps encore parcouru de spasmes, je la laisse s’apaiser. Moi aussi, j’ai besoin de me reprendre. L’émotion me noue la poitrine. Ces moments de grâce que l’on partage avec quelqu’un qui compte, je les avais abandonnés. Ils étaient rangés, enfouis dans ce tiroir qui lui appartient. Ce que je viens de lui donner est important pour moi, mais elle l’ignore. Cette pensée m’émeut autant qu’elle stimule mon envie de la posséder plus encore.
— Viens, m’interpelle-t-elle, s’il te plaît, j’ai besoin de te sentir contre moi.
Elle se redresse, m’attire à elle pour me donner un baiser langoureux, ses mains glissent sur mon corps, agrippent mes reins alors que je viens l’enlacer.
— Te voir jouir est un spectacle magnifique, Blondie.
Son joli minois s’enflamme. Elle sourit puis dépose une myriade de baisers dans mon cou, sur mes clavicules et me repousse sur le dos. Son regard me fouille, cherche à lire mon âme. Je comprends qu’elle a besoin de plus quand elle se place à califourchon sur moi. Moi aussi, je n’ai pas eu assez d’elle. Je sens son intimité sur mon bas-ventre, mon sexe toujours tendu tressaute contre ses fesses.
Juliette passe un bras derrière elle pour empoigner ma verge. Ébahi par son audace, ma tête bascule en arrière, je ferme les yeux pour tenter de me maîtriser. Mais je suis poussé au supplice, car ses va-et-vient s’accélèrent.
— Je veux te voir perdre le contrôle, Malik.
Elle soulève ses hanches, s’appuie sur mon buste et glisse sa fente sur ma virilité sans que je la pénètre. Elle me recouvre de ses fluides dans la plus intime des caresses. Mon cerveau se déconnecte, tant je suis en ébullition. Je relève mon torse, que je plaque contre sa poitrine, accroche sa nuque et colle ma bouche à la sienne. Nous gémissons tandis que nos bassins se frottent, se cherchent.
Je perds le contrôle, mords son épaule, j’aspire la peau de son cou et l’incite à se cambrer davantage. Mon gland frôle son entrée à plusieurs reprises, nous rendant plus impétueux encore. Juliette halète, glisse sa main entre nous et s’empale sur moi. Je suis si troublé que j’en grogne de plaisir.
— Putain… Juliette….
Son regard lascif me vrille les neurones, nos yeux se verrouillent. Je coulisse dans son antre humide à chaque balancement de ses reins. Tout n’est plus que sensations. Je ressens chacun de ses souffles au creux de mon oreille, chacune de ses caresses. Tout ce qui fait que je lui appartiens en cet instant.
— Mon Dieu, Malik, c’est tellement bon que j’ai envie de crier.
— Te retiens pas, ce moment est le nôtre, le reste on s’en fout.
Ma fougueuse amante accélère la cadence de ses hanches, je me noie dans le ciel de ses yeux, qui se trouble peu à peu. Ses sourcils se froncent en même temps qu’elle suffoque. Si belle dans ce lâcher-prise qu’une chaleur enivrante se propage dans tout mon corps. Je dois lutter pour ne pas m’abandonner à mon plaisir. Pas si vite, pas encore. Pas sans elle. Je descends mes doigts sur son clitoris, mes dents se plantent à nouveau dans sa chair tendre. Je lui murmure à quel point je suis dur, à quel point je la sens mouiller, à quel point je perds la tête.
— Je vais… Malik, je vais…
Ses ongles éraflent ma peau, cette exquise douleur me fait lâcher un juron de satisfaction. Elle s’arc-boute subitement et mon membre palpite quand sa féminité m’étreint. Étau de douceur qui me perd avec elle lorsqu’elle crie sa délivrance.
Il me faut quelques secondes pour reprendre mes esprits. Nous avons basculé sur le matelas. Je suis déboussolé. La dernière fois que je me suis senti aussi bien dans les bras d’une femme, c’était avec elle. Il y a quinze ans. Je tremble de bien-être et d’agitation à la fois, j’ai tellement peur qu’elle n’éprouve pas la même chose que moi.
La fougue de l’instant a tout emporté, je n’ai pas réfléchi. Mais je me sens soudain vulnérable. Mes émotions m’envahissent. De nouveau, je sens Juliette se frayer un chemin dans ma poitrine. Elle ne l’a jamais quittée, me souffle ma conscience. Ma gorge se serre, j’aimerais tant que ce que nous venons de vivre soit une porte ouverte à quelque chose qui pourrait exister.
— Malik ? C’est d’accord.
Son murmure me sort de mes pensées. Je reprends contenance en me raclant la gorge.
— D’accord pour quoi ?
— Passer la journée avec toi. Se redécouvrir… autrement que comme ça.
Nous sommes toujours enlacés, son regard se fait timide, les joues rougies, elle mordille sa lèvre. Je déglutis, son comportement me rassure. Peut-être est-elle en proie aux mêmes doutes que moi ? Ma paume se pose sur sa joue, que je cajole.
— Je crois qu’on se le doit, Juliette.
Mon ton est resté neutre, mais au fond de moi, je savoure l’idée de pouvoir prolonger cet instant. Son visage s’illumine, cependant, le mien se crispe car, tout à coup, une évidence me frappe.
— Mais quel con ! On n’a pas mis de capote ! Je suis désolé, je…
Elle me coupe d’un doigt posé sur ma bouche. Elle, n’a pas l’air contrarié, alors que je me fustige d’avoir agi comme un irresponsable.
— J’ai un implant et je… Il n’y a eu que toi depuis… Marco, souffle-t-elle.
Sa réponse me bouleverse et me perturbe à la fois. Bien qu’une once de jalousie s’infiltre dans mon esprit, je me surprends à espérer être assez important à ses yeux pour mériter ce que nous venons de partager.
— Je… Je suis clean, aussi. D’habitude, je ne baise jamais sans capote…
Au moment où je prononce ces mots, je me fige, car je me rends compte de ce qu’ils sous-entendent. Juliette se raidit, affiche un air renfrogné. Je lui attrape le menton pour l’inviter à me regarder.
— Pas toi. Je ne t’ai jamais baisée, pas même la dernière fois.
Je voulais éviter ce genre d’aveu, car j’ignore encore s’il y aura une suite à ce week-end. Je le souhaite de tout mon cœur. Mais je sais aussi que nos vies ont profondément changé, que nos attentes et nos priorités ne sont plus les mêmes. Baisser ma garde me terrorise, parce qu’en dépit de ses révélations, je reste convaincu que Juliette est la seule qui pourrait me briser à nouveau.
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