Thorns and Roses (French Edition)
Chapitre 33
Juliette
— Ça y est, je peux ouvrir les yeux ?
— Non, pas encore.
Je joue le jeu, mais il est difficile de ne pas céder à la tentation de jeter un coup d’œil furtif pour savoir où nous sommes. Je perçois le ronronnement d’un cours d’eau, des oiseaux qui piaillent, le bruissement du vent qui agite les feuillages autour de nous. Une odeur végétale familière titille mes narines, du romarin, peut-être, ou alors de la sauge, et attise ma curiosité. La chaleur apaisante des mains qui me dirigent me permet de m’imprégner de ces sensations en toute confiance. Malik a garé la voiture plus loin. Aussi, depuis quelques minutes, je me laisse guider à l’aveugle, le long d’un chemin caillouteux sur lequel j’ai failli m’étaler à plusieurs reprises.
Je le sens me contourner pour se placer derrière moi et déposer un léger baiser sur ma nuque. Je frissonne sous la caresse de ses lèvres. Il m’impose quelques pas de plus, avant de m’enlacer au creux de ses bras rassurants.
— Maintenant, tu peux.
Il me faut quelques battements de cils pour m’acclimater à la luminosité, mais le paysage que je découvre me coupe le souffle. Nous sommes au milieu d’une clairière parsemée de fleurs, bordée d’une forêt de résineux et autres espèces que je ne parviens pas à identifier. Un peu plus loin, sur ma droite, un ruisseau serpente dans la verdure, reflétant les éclats du soleil encore ardent en ce début de septembre.
J’incline ma tête contre Malik pour profiter davantage de ce moment de plénitude et remarque un cabanon sur la gauche. Des panneaux solaires, une douche extérieure sur une petite terrasse en teck, un salon de jardin et deux transats agrémentent cette maisonnette, qui a l’air aménagée avec le plus grand soin, au milieu de nulle part.
— C’est magnifique.
— Joyeux anniversaire, mon ange.
Malik s’est surpassé pour me combler. Il est arrivé chez moi, en fin de matinée, avec un brunch gargantuesque en compagnie de Maxime, de nos amis et, aussi surprenant soit-il, de ma mère. C’est lui qui a tout organisé, dans le plus grand secret, et c’est le plus beau cadeau qu’il pouvait m’offrir.
Depuis notre dispute, il se montre plus serein dans notre relation, se recentre sur des choses plus essentielles. Bien que je lui aie suggéré d’y réfléchir, il a refusé le poste à Londres avec une sérénité déconcertante. Il a aussi trouvé une jolie villa à louer non loin de mon quartier. C’est comme s’il s’était libéré d’un poids, il s’autorise enfin à vivre, en dehors de tout besoin de dépassement professionnel ou de possessivité à mon égard.
Le départ de Nasser y est pour beaucoup. Dans un premier temps, Malik a été contrarié d’apprendre par la police que celui-ci n’avait pas pu être interpellé avant son départ. Son appartement avait en réalité été rendu depuis plusieurs semaines. Lorsqu’il s’est penché sur mon affaire, l’inspecteur a découvert que l’aîné des Mejib avait effectué plusieurs allers-retours entre la France et différents pays, ces derniers mois.
Il ne reste aucune trace de lui, ni de sa famille. La dernière fois qu’il a été vu est le jour où il a fait ses adieux à Ayoub et Maryam. Je comprends sa frustration, mais son frère est loin, à présent, c’est tout ce qui importe.
Après cette petite fête, Malik m’a embarquée pour un week-end en amoureux, confiant mes princesses à leur grand-mère. Au fil des panneaux routiers, j’ai découvert que nous nous rendions sur les hauteurs de Menton, à proximité du Parc naturel de l’Ubac Foran.
Me voilà donc heureuse et excitée, à pousser la porte de la cabane pour y déposer mes affaires. Mes yeux balaient l’intérieur plutôt minimaliste, mais décoré avec goût. Un petit cocon rustique, doté d’un grand lit. L’idéal pour se centrer sur l’essentiel : nous. Il me rejoint et noue ses doigts aux miens.
— On profite de ce qui reste de l’aprèm pour aller se balader ?
Enjouée par sa proposition, je pivote vers lui. Il me scrute, espiègle, car il sait que j’apprécie de me retrouver au cœur de la nature, pour découvrir de nouveaux paysages.
— Avec plaisir…
Main dans la main, nous explorons les sentiers alentour, en suivant la carte des pistes de randonnées. Au fil de notre ascension, nous découvrons des bosquets de mures sauvages. Cet instant a le goût de l’enfance. Les prunelles de mon amour pétillent d’une lueur à la fois candide et malicieuse alors qu’il en enfourne plusieurs dans sa bouche. L’insouciance le rend plus éblouissant encore. Lorsqu’il m’en tend quelques-unes, je me sens soudain d’humeur taquine. Mutine, je le fixe et presse les fruits entre mes doigts, avant d’en barbouiller son visage. Il se fige, cille à plusieurs reprises, puis plisse ses paupières d’un air narquois.
— Tu vas me le payer, Blondie.
Je me retrouve ainsi à courir, poursuivie par ma victime, qui me rattrape bien trop vite pour m’infliger le même traitement en riant. Nous nous nettoyons ensuite avec la bouteille d’eau, et c’est essoufflés, mais l’esprit léger, que nous atteignons la table d’orientation qui surplombe la vallée. Le panorama époustouflant offre à nos yeux ébahis une vue sur le littoral mentonnais et la Méditerranée. J’enlace l’homme qui fait battre mon cœur et me colle contre lui. Les minutes s’égrènent dans un silence apaisant. À l’horizon, la mer et le ciel se mêlent. Impossible de distinguer où commence l’infini et où s’arrêtent les flots.
— C’est la même couleur que tes yeux.
Malik s’écarte, me détaille avec dévotion. Ce qu’il me renvoie m’émeut, tant son regard posé sur moi est intense. Je sens mes joues rosir, je crois qu’auprès de lui, ça ne cessera jamais.
— Merci pour tout ça. C’est parfait.
Il sourit, puis, de son pouce, caresse le vermillon de ma lèvre. Ses pupilles me sondent, loin, si loin que je sais qu’il me voit tout entière.
— Ce qui est parfait, c’est nous. On l’a fait… On s’est retrouvés. Je n’aurais pas cru pouvoir retomber amoureux de toi. Et pourtant…
Il dépose ma paume sur son cœur qui pulse sous mes doigts. Baboum, baboum en écho à l’émoi dans ma poitrine.
— C’est même plus fort qu’avant. Toi et moi ? C’est plus qu’un amour de jeunesse. C’est une évidence. T’es mon Big Bang, Juliette. T’as tout bouleversé pour créer un truc plus beau encore.
Aussi fou que cela puisse paraître, c’est la vérité. La nôtre. En dépit de tout, le passé, la vie, les épreuves, nous sommes à nouveau réunis. Je n’ai pas de croyances particulières, mais j’ai la conviction que nous sommes liés comme peu le seront un jour. Parfois, rationaliser ne sert à rien. La prudence est une peur déguisée. Et je n’ai plus peur. Il y a des choses qui ne se discutent pas, tu les reçois et tu savoures ton bonheur.
— Ça a toujours été une certitude, Malik. On l’avait juste oublié.
Ses mains empoignent mon visage, sa bouche percute la mienne. Ce baiser est différent des autres. Plus lourd de sens peut-être. Il scelle nos vœux, tel un serment. J’ai chaud, soif de sa langue qui me cherche, faim de son corps qui se presse contre ma poitrine. Je le voudrais partout, jusque dans mon âme.
— La vache, s’interrompt-il en haletant, on rentre ?
J’explose de rire quand je remarque la bosse qui déforme son jean. Son air faussement penaud accentue mon hilarité et je l’attrape par la main pour que nous rebroussions chemin.
— Rentre te poser si tu veux, je m’occupe de tout ranger.
Nous venons de finir de dîner sur la terrasse. J’opine du menton et rejoins le cabanon d’un pas fébrile. J’ai lutté tout le long du repas, mais ce soir, mon corps réclame sa peau. Avec lenteur, je me déshabille, dépose mes vêtements sur la chaise. Je m’installe sur le lit et prends soin de rester sur le ventre, excitée à l’idée que Malik me découvre dans cette position. Je souhaite qu’il soit happé par ma nudité quand il rentrera.
Des picotements sur ma nuque me révèlent sa présence. Je ne me retourne pas. Je veux le sentir venir à moi. Ses pas résonnent sur le plancher, le froissement des habits qu’il retire me donne des frissons. Sa respiration se fait plus forte, juste avant que le matelas ne s’affaisse à mes pieds.
Avec délicatesse, ses mains glissent sur mes jambes, les repoussent de part et d’autre, afin d’exposer mon intimité déjà humide pour lui. Il remonte le long de mes cuisses avec une fermeté mesurée et écarte mes fesses avant d’empoigner mes hanches.
— T’es un appel au crime, comme ça. Relève ton bassin, mon ange.
À peine me suis-je exécutée, ses dents se plantent sur ma croupe, sa langue se faufile dans ma moiteur. Une complainte s’échappe de ma gorge, mes ongles agrippent les draps. Son appendice, tantôt vorace, tantôt délicat, joue dans mes replis, qu’il suce, lèche, mordille. Il explore des recoins qui ne l’ont encore jamais été. Comme souvent avec lui, c’est grisant d’indécence.
Une autre morsure sur l’un de mes globes charnus, puis son torse épouse mon dos tandis que ses bras m’enlacent pour me redresser. Agenouillés l’un contre l’autre, je me penche en arrière et cale ma tête contre sa clavicule. Je libère ainsi la zone érogène de mon cou, qu’il s’empresse d’embrasser.
L’une de ses paumes enserre mon sein alors que l’autre dérive le long de mon abdomen pour venir s’enfouir au cœur de ma toison. Son souffle contre ma nuque exacerbe mes sens. Ses doigts coulissent sur mon plaisir, qui se liquéfie chaque seconde un peu plus. Je sens son sexe tendu tressauter contre moi. Avec maladresse, car tremblantes de désir, mes phalanges rejoignent les siennes.
— Plus vite, je n’en peux plus, plus vite.
Mes muscles sont crispés, un brasier dévore mes entrailles, qui se contractent par à-coups. L’air me manque, je suis au bord du précipice. Une pression plus appuyée de sa part sur mon clitoris, je me raidis et rugis de délivrance. La petite mort m’emporte, laboure mon corps de spasmes sporadiques. Délicieuse fracture qui me rend plus vivante que jamais.
Malik me retient contre lui, me berce pour adoucir la fièvre qui m’a foudroyée. Le nez plongé dans mes cheveux, il me respire, m’apaise du bout des doigts en caressant mon menton. Je me retourne pour lui faire face, mon entrejambe se contracte à nouveau d’excitation. Il est si beau, avec son regard enfiévré, qu’on dirait une œuvre picturale. Il a faim de moi, je le vois, à la sueur qui perle sa peau, à son thorax qui s’agite et son pénis fièrement dressé. Je mords sa lèvre inférieure, l’aspire et plonge ma langue contre la sienne en même temps que j’empoigne sa virilité.
— Je te veux dans ma bouche, susurré-je, je veux te goûter.
L’espace d’un instant, il soupire et déglutit avec difficulté. Ses prunelles se voilent de fébrilité quand il replace ma chevelure derrière mon oreille.
— Fais ce que tu veux de moi, je suis à toi.
D’une légère pression sur son buste, je l’invite à s’étendre et me cale contre lui. Alors je savoure sa peau. Celle de son cou, d’abord, le velouté de ses tétons, ensuite. Je m’imprègne de son odeur boisée si familière et glisse le long de son ventre, qui se crispe lorsque mes canines l’effleurent. Mais ce qui m’importe le plus est cette connexion qui nous unit. Ses ambres dans mes turquoises, fil conducteur éloquent de ce que nous n’avons plus besoin de dire. Je poursuis les va-et-vient sur son membre, du pouce étale les prémices de son désir.
Je n’y tiens plus, je veux sa saveur, je veux ses suppliques, son abandon. Ma langue trace un sillon humide le long de sa verge jusqu’à son sommet, que je lèche pour qu’il coulisse entre mes lèvres. Malik inspire longuement et glisse ses doigts dans ma blondeur. Sans jamais le quitter des yeux, je l’enfonce au fond de ma gorge, variant le rythme des assauts qui ébranlent sa maîtrise.
Mes mains sont partout, sur ses fesses, ses testicules, ses cuisses. Elles griffent et caressent selon les endroits, prennent le relais de ma bouche, quand ma langue se concentre sur son gland. Mon orgueilleux se désagrège sur mes papilles, à ma merci. Il est magnifique, rendu vulnérable par les tremblements de son plaisir. Si puissant, pourtant, dans cette capitulation qu’il m’octroie. Il gémit, lutte pour se contenir, la pression sur mon cuir chevelu devient plus vive. Il se penche vers moi, le souffle erratique, le regard exalté.
— Tu vas me tuer. Bordel, mon ange, je vais disjoncter.
Je ralentis la cadence, le tourmente du bout des lèvres avec une lenteur calculée. Provocante, j’ose jouer de mes dents sur sa chair sensible, je dose la pression en surveillant ses réactions, pour que ce ne soit que délectation. Puis, je l’avale à nouveau avec une ferveur qui le surprend. Il halète, ses narines frémissent, ses mains s’agitent, accrochent mes épaules. Le regard perdu dans les méandres de notre luxure.
— Attends, s’il te plaît, attends, supplie-t-il.
Il caresse ma joue, redresse mon menton. Son sourire est tendre, il expire pour retrouver son calme.
— Laisse-moi te faire l’amour. Je ne veux pas venir dans ta bouche. Je veux être en toi, te sentir contre moi.
À mon tour, je lui laisse les commandes. Je lui offre mon corps en toute confiance. Malik m’embrasse, me murmure que je l’ai rendu complètement fou, alors qu’il m’allonge sur le ventre. Il dépose des baisers le long de ma colonne vertébrale, place un coussin sous mon bassin et se positionne sur moi. Son sexe taquine ma fente, glisse sur ma moiteur sans me pénétrer. Son nez frôle ma nuque, mon oreille. Ma peau crépite d’anticipation. De sa main gauche, il noue nos doigts, la droite parcourt mon flanc, se fraie un chemin pour venir stimuler mon bourgeon.
Il pousse sur ses hanches et son membre s’introduit au creux de mes plis gorgés d’avidité. Nous gémissons ensemble, hébétés par les sensations qui nous animent. Mon amant ondule, danse sur moi. Sa douceur et sa délicatesse révèlent le sens véritable de l’expression faire l’amour. Il me confie que je suis la femme de sa vie, celle avec qui il souhaite vieillir. Qu’il veut se perdre en moi, encore et toujours, et que même toujours ne sera pas assez. J’explose la première quand son majeur accentue ses caresses sur mon clitoris. Il me rejoint, le souffle court, lorsque je lui avoue que la prochaine fois, j’aimerais goûter sa jouissance.
Terrassés par notre étreinte intense, nous nous allongeons l’un contre l’autre. La tête sur sa poitrine, je gis, bercée par les battements de son cœur. Je ne suis pas loin de sombrer quand je l’entends glousser.
— Il est con, Guich, ça valait largement la peine d’attendre quinze ans.
Mes lèvres esquissent un sourire en même temps que mes paupières se ferment. Malik dépose un dernier baiser sur mon front et me serre dans ses bras.
— Dors, mon ange.
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