Ben-Hur

Lewis Wallace · Chapitre 15 sur 47

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Ben-Hur

Chapitre XV

 

 

De bonne heure, le lendemain, Ben-Hur se mit à la re-cherche de la maison de Simonide. Il s’arrêta un moment sur le pont d’où, grâce à la description du voyageur, il lui fut aisé de la découvrir. C’était un grand bâtiment, d’aspect banal, qui s’appuyait comme un arc-boutant à la muraille de la ville. Deux grandes portes, ouvrant sur le quai, coupaient seules la mono-tonie de la façade. Une rangée d’ouvertures grillées, pratiquées sous le toit, tenaient lieu de fenêtres ; les murs crevassés étaient couverts de plaques de mousse noirâtre et de touffes d’herbe. De nombreux esclaves allaient et venaient entre la maison et les ga-lères, à l’ancre dans le bassin voisin, qu’ils chargeaient et dé-chargeaient avec une activité incessante.

Ben-Hur considérait ce spectacle sans songer à jeter un re-gard au palais impérial, qui élevait ses tours et ses corniches sculptées au-dessus de l’île, de l’autre côté du pont. Enfin, il touchait au moment où il entendrait parler de sa famille si Si-monide avait bien été l’esclave de son père. Mais cet homme en conviendrait-il ? Ferait-il un aveu qui équivaudrait à se déclarer prêt à renoncer à ses richesses, à la souveraineté qu’il exerçait sur les marchés du monde entier et, ce qui serait plus grave en-core, à sa liberté ? La demande que Ben-Hur allait lui adresser était singulièrement audacieuse, elle revenait à lui dire : « Tu es mon esclave, donne-moi tout ce que tu possèdes, y compris toi-même. »

Cependant, fort de son bon droit et de ses espérances, Ben-Hur se préparait sans crainte à cette entrevue. Si ce qu’il avait entendu raconter se confirmait, Simonide lui appartenait léga-

 

– 145 – lement avec tous ses biens ; mais il se souciait peu de ces der-niers et, quand il arriva devant sa porte, il se disait :

– Qu’il me parle de ma mère et de Tirzah, et je lui accorde sa liberté, sans restrictions.

L’intérieur de la maison, dans laquelle il entra hardiment, était celui d’un vaste entrepôt, partagé en compartiments où les marchandises de toutes sortes étaient rangées dans l’ordre le plus parfait. Malgré une demi-obscurité et une chaleur étouf-fante, des ouvriers y travaillaient, sciaient des planches, clouaient des caisses, et Ben-Hur se demandait, tout en se frayant lentement un chemin dans cette ruche bourdonnante, si l’homme au génie duquel tout ce qu’il voyait rendait hommage pouvait avoir été un esclave. Était-il né dans la servitude ou bien était-il le fils d’un débiteur ? Avait-il payé de sa personne ses propres dettes, ou été vendu pour cause de vol ? Toutes ces questions, à mesure qu’elles se présentaient à sa pensée, ne l’empêchaient pas d’éprouver une sincère admiration pour le marchand qui avait su créer une maison de commerce comme celle-là. Un homme s’approcha de lui et s’informa de ce qu’il dé-sirait.

– Je voudrais voir Simonide, le marchand.

– Viens par ici, répondit l’employé, qui le précéda le long d’un labyrinthe d’étroits passages, ménagés entre de grands amoncellements de ballots et lui fit ensuite gravir un escalier, par lequel ils gagnèrent le toit de l’entrepôt. Au fond s’élevait une seconde maison, plus petite, que l’on ne pouvait apercevoir d’en bas. Elle avait l’aspect d’un énorme bloc de pierre carré, et tout à l’entour le toit avait été transformé en un jardin, où bril-laient les plus belles fleurs. Un sentier, bordé de rosiers de Perse en pleine floraison, conduisait à une porte ouvrant sur un pas-sage sombre ; le guide de Ben-Hur s’arrêta devant un rideau demi-fermé et cria :

– Voici un étranger qui désire voir le maître.

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– Qu’il entre, au nom de Dieu, répondit une voix claire.

Un Romain aurait appelé l’appartement dans lequel Ben-Hur venait d’être introduit son atrium. Des étagères de bois, sur les rayons desquels s’entassaient des rouleaux de parchemin, soigneusement étiquetés, garnissaient ses murailles. Une cor-niche dorée courait tout autour de la salle ; elle servait de base à une voûte, terminée par un dôme, formé de plaques de mica, lé-gèrement teintées de violet, qui laissaient pénétrer dans l’appartement un flot de lumière douce et reposante. Sur le plancher s’étendait un tapis de peaux de blaireau, si épais que les pieds y enfonçaient sans faire le moindre bruit.

Au milieu de la chambre se trouvaient deux personnes, un homme assis entre deux coussins dans un large siège à haut dossier, et une jeune fille, debout à côté de lui. À leur vue, Ben-Hur sentit tout son sang affluer à son visage ; il s’inclina pro-fondément, autant pour se donner le temps de se remettre qu’en signe de respect, ce qui l’empêcha de remarquer que le mar-chand, en l’apercevant, avait tressailli sous l’empire d’une émo-tion évidente, mais vite réprimée. Quand il releva la tête, la po-sition du père et de la fille était toujours la même. Ils le regar-daient fixement tous les deux.

– Si tu es bien Simonide le marchand et si tu es Juif – ici Ben-Hur s’arrêta un instant – que la paix du Dieu de notre père Abraham soit avec toi et avec les tiens !

– Je suis Simonide, Juif par droit de naissance, dit le mar-chand d’une voix singulièrement claire, et je te rends ta saluta-tion, en te priant de m’apprendre qui tu es.

Ben-Hur le regardait, tout en l’écoutant. Son corps n’était qu’une masse informe, recouverte d’une robe ouatée, en soie de couleur foncée. Sa tête avait des proportions royales ; c’était l’idéal d’une tête d’homme d’État ou de conquérant. Ses cheveux blancs, qui retombaient en mèches frisées sur son visage pâle, accentuaient le sombre éclat de ses yeux. Son expression était

– 147 – celle d’un homme qui eût fait plier le monde plus aisément qu’on ne l’aurait fait plier lui-même, qui se serait laissé torturer douze fois plutôt que de se laisser arracher un aveu, – d’un homme, enfin, né avec une armure et vulnérable seulement dans ses affections.

– Je suis Juda, fils d’Ithamar, le chef défunt de la maison d’Hur, s’écria le jeune homme, en tendant les mains vers lui.

La main droite du marchand, une main longue, étroite, dé-sarticulée et déformée, se ferma convulsivement ; à part cela, rien dans sa personne n’exprima la moindre surprise et ce fut d’un ton calme qu’il répondit :

– Les princes de Jérusalem sont toujours les bienvenus dans ma maison. Donne un siège à ce jeune homme, Esther.

Elle prit une chaise et l’avança vers Ben-Hur. Leurs yeux se rencontrèrent, et doucement elle lui dit :

– Assieds-toi, je te prie, et que l’Éternel t’accorde sa paix.

Quand elle reprit sa place près de son père, sans avoir de-viné le but de la visite de l’étranger, elle sentit, dans sa simplici-té, qu’un blessé de la vie venait chercher du secours auprès d’eux.

Ben-Hur restait debout. Se tournant vers le marchand, il lui dit avec déférence :

– Je prie Simonide de ne point me considérer comme un intrus. J’ai appris, en remontant la rivière, qu’il avait connu mon père.

– J’ai, en effet, connu le prince Hur. Nous étions associés dans plusieurs affaires qui rapportent aux marchands des pro-fits mérités, là-bas, au-delà des mers et des déserts. Mais as-sieds-toi, je te prie, et toi, Esther, offre-lui un peu de vin. Néhé-mie parle d’un fils d’Hur qui gouverna la moitié de Jérusalem, – une ancienne famille, – très ancienne assurément. Aux jours de

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Moïse et de Josué, quelques membres de cette famille ayant trouvé grâce devant l’Éternel, ont partagé les honneurs rendus aux princes parmi les hommes. Un de leurs descendants ne re-fusera pas de boire, dans ma maison, une coupe de vin de So-reck, crû sur le revers méridional des collines d’Hébron.

Il avait à peine fini de parler qu’Esther, les yeux baissés, présentait à Ben-Hur une coupe d’argent. Il repoussa douce-ment sa main et remarqua alors que la jeune fille était petite, mais très gracieuse, et que son visage fin et délicat était éclairé par des yeux noirs, au regard caressant. « Elle était bonne et jo-lie, pensait-il. Si Tirzah vit encore, elle doit lui ressembler. Pauvre Tirzah ! »

– Ton père, lui dit-il, – mais est-ce bien ton père qui est là ?

– Je suis Esther, la fille de Simonide, répondit-elle avec di-gnité.

– Ton père donc, belle Esther, quand il aura entendu ce que j’ai à lui dire, comprendra que je ne me presse pas de boire son vin fameux, et ne m’en jugera pas plus mal pour cela. J’espère également n’en pas moins trouver grâce à tes yeux. Reste près de moi un moment.

Ils se tournèrent en même temps vers le marchand, comme si la cause de l’un était devenue celle de l’autre.

– Simonide, dit Ben-Hur d’une voix ferme, mon père, au moment de son départ, possédait un homme de confiance, ap-pelé comme toi, et j’ai entendu assurer que tu es cet homme-là.

Le marchand frissonna sous sa robe de soie et sa longue main décharnée se contracta.

– Esther, Esther ! cria-t-il d’une voix sévère, reviens ici. Aussi vrai que tu es la fille de ta mère et la mienne, ta place est ici et non là-bas.

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Les yeux d’Esther errèrent un moment du visage de son père à celui de l’étranger, puis elle posa la coupe sur la table où elle l’avait prise et revint docilement auprès du fauteuil de l’invalide. Son visage exprimait à la foi la surprise et l’anxiété. Simonide leva sa main gauche et la glissa dans celle de sa fille.

– L’expérience que j’ai acquise, en frayant avec les hommes, m’a rendu vieux avant le temps, reprit-il. Que le Dieu d’Israël soit en aide à quiconque se voit contraint, au terme de sa carrière, d’avouer, comme moi qu’il ne croit plus à leur bonne foi. Les objets de mon affection ne sont pas nombreux. Le pre-mier – il porta la main de sa fille à ses lèvres – est une âme qui, jusqu’ici, m’a appartenu entièrement et m’a été en si grande consolation que si quelqu’un venait à me l’enlever, j’en mour-rais.

La tête d’Esther se pencha, si bas que sa joue touchait celle de son père.

– Les autres ne sont plus qu’un souvenir. L’amour que je leur portais, était, comme une bénédiction de l’Éternel, assez grand pour s’étendre à toute leur famille. Que ne sais-je – et sa voix, devenue soudain plus basse, tremblait – que ne sais-je où elles sont maintenant !

Ben-Hur fit un pas en avant et s’écria :

– Ma mère, ma sœur ! C’est d’elles que tu parles !

Esther leva la tête, comme s’il se fût adressé à elle ; mais Simonide répondit froidement :

– Écoute-moi jusqu’au bout. Avant de répondre à tes ques-tions sur mes relations avec le prince Hur, je suis en droit d’exiger, en mon nom propre et au nom même de l’affection à laquelle je faisais allusion, que tu me fournisses des preuves de ton identité. As-tu des témoins vivants à faire comparaître de-vant moi, des témoignages écrits à me donner à lire ?

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Cette demande était bien justifiée ; mais Ben-Hur, en l’entendant, rougit, joignit les mains et se détourna. Simonide le pressait de parler.

– Tes preuves, tes preuves, te dis-je.

Ben-Hur ne répondait pas. Il comprenait une chose ter-rible : il avait suffi de trois années de galères pour effacer toute trace de son identité. Sa mère et sa sœur n’étaient plus là pour le reconnaître, il n’existait plus pour personne. Qu’aurait pu dire Arrius lui-même, si ce n’est qu’il se donnait pour le fils du prince Hur ? Mais le brave Romain était mort et jamais Juda n’avait aussi cruellement senti l’isolement complet dans lequel sa mort le laissait. Il restait immobile, les mains serrées l’une contre l’autre et Simonide, qui respectait sa douleur, se taisait aussi.

– Simonide, dit enfin le jeune homme, je ne puis que te ra-conter mon histoire, mais je le ferai seulement si tu veux bien suspendre ton jugement et daigner m’entendre.

– Parle, dit Simonide, qui était en ce moment le maître de la situation, parle ; je suis d’autant plus décidé à t’écouter que je ne nie point que tu ne puisses être celui que tu prétends.

Ben-Hur commença aussitôt son récit. Il parlait avec l’émotion qui est le secret de toute vraie éloquence. Quand il eut raconté son arrivée à Misène, après la victoire d’Arrius, dans la mer Égée, il parla de son séjour à Rome.

– Mon bienfaiteur, dit-il, était aimé de l’empereur, dont il possédait la confiance et qui le combla de récompenses. Les marchands de l’Orient lui firent aussi de magnifiques présents et il devint riche, entre les plus riches de Rome. Cet homme ex-cellent m’adopta en toute forme, et je m’efforçai de reconnaître sa générosité envers moi ; jamais fils ne fut plus soumis à son père, mais j’étais Juif et un Juif pourrait-il oublier sa religion ou le lieu de sa naissance, surtout quand ce lieu se trouve sur la

– 151 – terre sacrée où vécurent nos pères ? Il aurait voulu faire de moi un savant, me donner les maîtres les plus fameux pour m’enseigner les arts, la philosophie, la rhétorique, l’éloquence. Je résistai à ses instances, parce que je ne pouvais oublier le Seigneur Éternel, la gloire de ses prophètes et la cité bâtie sur des collines de David et Salomon. Tu me demanderas pourquoi j’acceptais ses bienfaits ? Je l’aimais, et puis je me disais qu’un jour je pourrais, avec son aide et grâce à sa grande influence, ar-river à percer le mystère qui entoure l’histoire de ma mère et de ma sœur. J’avais encore un motif, dont je ne parlerai que pour te dire qu’il m’a poussé à choisir la carrière des armes. Je me suis exercé dans les écoles, dans les cirques et dans les camps, où je me suis acquis une certaine renommée sous un nom qui n’est pas celui de mes pères. Les couronnes que j’ai gagnées, – et il y en a un grand nombre suspendues aux murailles de ma villa de Misène, – ont été accordées au fils d’Arrius, ce n’est qu’en cette qualité que je suis connu à Rome. Toujours en vue du but que je poursuis, j’ai quitté Rome pour Antioche, dans l’intention d’accompagner le consul Maxence dans sa campagne contre les Parthes. Maintenant que je possède à fond l’art de me servir des armes, je désire apprendre à mener les hommes au combat. Je suis admis à faire partie de la maison militaire du consul. Mais hier, tandis que nous entrions dans l’Oronte, je vis passer deux bateaux portant des pavillons jaunes. Un passager, – un de nos compatriotes venant de l’île de Chypre, – nous ex-pliqua que ces vaisseaux appartenaient à Simonide, le plus riche marchand d’Antioche et, sans se douter de l’intérêt qu’il éveillait en moi, il ajouta que ce Simonide était un Juif, autrefois au ser-vice du prince Hur, et ne nous cacha point pourquoi il avait été l’objet des cruautés de Gratien.

À cette allusion, Simonide baissa la tête, mais il surmonta bien vite son émotion que sa fille semblait partager, et levant les yeux, il pria d’une voix ferme Ben-Hur de continuer son récit.

 

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– Ô bon Simonide ! s’écria le jeune homme, je vois bien que tu n’es point convaincu et que ta méfiance pèse toujours sur moi.

Les traits du marchand étaient rigides comme le marbre. Il ne répondit pas.

– Je vois clairement les difficultés de ma position, continua Ben-Hur. Je puis faire constater la vérité de tout ce que je t’ai dit au sujet de mon séjour à Rome, je n’ai pour cela qu’à en ap-peler au consul, qui est en ce moment l’hôte du gouverneur, mais je ne puis te prouver que je sois réellement le fils de mon père. Celles qui pourraient m’aider sont, hélas ! mortes ou per-dues pour moi.

Il couvrit son visage de ses mains. Esther reprit la coupe et la lui tendit en disant : « Ce vin a crû au pays que nous aimons, bois-le, je te prie. » Sa voix était douce comme celle de Rebecca offrant à boire à Éliézer. Ben-Hur vit que ses yeux étaient pleins de larmes. Quand il eut vidé sa coupe, il la lui rendit en disant : « Ton cœur est plein de bonté et de miséricorde, fille de Simo-nide. Bénie sois-tu de ce que tu y fais une place à l’étranger. » Puis il reprit son discours.

– Comme je ne puis répondre à ta question, ô Simonide, je retire celle que je t’adressais et je m’en vais, pour ne plus jamais revenir te troubler ; laisse-moi seulement t’assurer que je ne songeais ni à te faire rentrer dans la servitude, ni à te demander compte de ta gestion. Je t’aurais dit que le produit de ton travail t’appartient en propre, je te l’abandonnerais de grand cœur, car je n’en ai nul besoin, puisque j’ai hérité de la fortune princière du bon Arrius. Si donc il t’arrive de penser à moi, souviens-toi que la question qui faisait, – je te le jure par Jéhovah, ton Dieu et le mien, – le but de ma visite, était celle-ci : Que peux-tu m’apprendre au sujet de ma mère et de Tirzah, ma sœur, qui se-rait aujourd’hui pareille, par la beauté et la grâce, à celle qui est la joie de ta vie ? Oh ! parle, que sais-tu d’elles ?

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Les larmes coulaient le long des joues d’Esther, mais son père se contenta de répondre :

– Je t’ai dit que je connaissais le prince Hur. Je me sou-viens d’avoir entendu parler de la catastrophe qui atteignit sa famille et de l’amertume que cette nouvelle me causa. Celui qui plongea la veuve de mon ami dans le malheur est aussi celui qui, dans le même but, m’a fait sentir les effets de sa fureur. J’irai plus loin et je te dirai que j’ai fait des recherches au sujet du sort des membres de cette famille, mais je n’ai rien à t’apprendre, ils ont tous disparu.

Ben-Hur poussa un sourd gémissement.

– Il faut donc que je renonce à l’espoir qui m’amenait ici, s’écria-t-il. Mais je suis habitué aux désappointements et je te prie de me pardonner de m’être ainsi introduit auprès de toi. Si j’ai encouru ton déplaisir, pardonne-le-moi également, en son-geant à la profondeur du chagrin qui m’accable. Désormais, je n’aurai plus qu’un but dans la vie : la vengeance ! Adieu.

Au moment de disparaître derrière le rideau qui fermait la pièce, il se retourna et leur dit simplement :

– Je vous remercie tous deux.

– La paix soit avec toi, répondit le marchand.

Esther n’aurait pu parler, car elle sanglotait.

Ce fut ainsi qu’il les quitta.

 

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