Ben-Hur

Lewis Wallace · Chapitre 37 sur 47

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Ben-Hur

Chapitre XXXVII

 

 

Ben-Hur avait compté trouver vers le matin un endroit sûr où ils pourraient se reposer, mais à l’aube ils étaient encore en plein désert, aussi dut-il se résigner à continuer sa course, con-fiant en la parole du guide, qui lui promettait de l’amener bien-tôt dans un vallon abrité par de grands rochers où ils trouve-raient une source, quelques mûriers et de l’herbe, en suffisance pour leurs chevaux. Il chevauchait en songeant aux grandes choses qui se préparaient et changeraient la face du monde, quand le guide attira son attention sur des étrangers qui ve-naient de paraître derrière eux dans le lointain. Tout autour d’eux s’étendait le désert de sable, sur lequel le soleil levant je-tait une teinte jaune et où l’on eût en vain cherché la moindre tache verte. À leur gauche, mais à une grande distance encore, se profilait une ligne de montagnes basses, qui semblait inter-minable. Dans une étendue aussi désolée, un objet en mouve-ment ne pouvait longtemps échapper aux regards.

– C’est un chameau portant plusieurs personnes, dit bien-tôt le guide.

– Y en a-t-il d’autres derrière lui ?

– Il est seul… non, il y a encore un homme à cheval, le con-ducteur probablement.

Un peu plus tard, Ben-Hur put s’assurer que le chameau était blanc et exceptionnellement grand. Il ressemblait d’une manière étrange à celui qu’il avait vu amener Balthasar et Iras à la fontaine de Castalia. Il ne peut en exister deux pareils, se di-sait-il en ralentissant l’allure de son cheval. Bientôt il distingua clairement deux personnes assises dans le palanquin. Si c’était

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Balthasar et sa fille, se ferait-il connaître à eux ? Mais comment se seraient-ils trouvés ainsi, seuls dans le désert !

Pendant qu’il se posait ces questions, le chameau avançait rapidement. Déjà il entendait le tintement joyeux de ses clo-chettes ; un instant après, en quelques enjambées, l’animal avait rejoint les deux cavaliers, et Ben-Hur, en levant les yeux, ren-contra le regard d’Iras qui se penchait en dehors du palanquin et le considérait d’un air étonné.

– Que la bénédiction du vrai Dieu soit avec toi ! dit Baltha-sar de sa voix tremblante ; si ma vue, obscurcie par l’âge, ne m’abuse pas, tu es ce fils de Hur qui était, il y a peu de temps, l’hôte du cheik Ilderim.

– Et tu es Balthasar, le sage Égyptien dont les discours concernant certains événements à venir sont la cause de ma présence en ce désert. Que fais-tu ici ?

– Celui qui est avec Dieu n’est jamais seul et Dieu est par-tout, répondit Balthasar, cependant il y a derrière nous une ca-ravane qui va à Alexandrie et comme elle doit passer à Jérusa-lem, j’ai jugé bon de me joindre à elle pour me rendre à la sainte cité qui est le but de mon voyage. Ce matin, mécontents de la lenteur de sa marche, nous nous sommes aventurés à nous mettre seuls en route. Je ne crains pas les brigands, j’ai un sauf-conduit signé par le cheik Ilderim et Dieu nous protège contre les bêtes sauvages.

Ben-Hur s’inclina en disant :

– La signature du bon cheik est une sauvegarde, aussi loin que s’étend le désert, et le lion serait bien habile s’il rattrapait à la course ce roi des dromadaires.

– Cependant, s’écria Iras avec un sourire qui ne fut pas perdu pour le jeune homme, il ne serait pas fâché de voir rompre son jeûne, les rois eux-mêmes sont sujets à la faim. Si tu es, en effet, Ben-Hur, tu seras heureux, je n’en doute pas, de

– 374 – nous indiquer un sentier qui nous amène près d’une eau cou-rante, au bord de laquelle nous pourrons prendre notre repas du matin.

– Belle Égyptienne, répondit Ben-Hur, si tu peux supporter encore un peu de temps la soif, nous arriverons à la fontaine qui fait l’objet de tes désirs ; son eau sera aussi douce et rafraîchis-sante que celle de la fameuse Castalia.

– Reçois la bénédiction des altérés, répliqua-t-elle : en échange je t’offrirai un morceau de pain trempé dans du beurre qui provient des gras pâturages de Damas.

– Une rare faveur ! Partons maintenant.

Ben-Hur prit les devants avec le guide, et bientôt ils s’engagèrent dans une gorge étroite et brûlée, au fond de la-quelle coulait un mince filet d’eau bourbeuse. Ils le suivirent pendant un moment, pour déboucher tout à coup dans un frais vallon, qui fit à leurs yeux fatigués l’effet d’un paradis. Les pa-rois de rochers qui l’entouraient étaient tapissées de plantes grimpantes. L’eau d’une source, tout près de laquelle croissait un groupe de mûriers, courait en filet d’argent entre d’énormes touffes d’herbes et de roseaux. Un grand palmier balançait, non loin des mûriers, sa silhouette élégante, et les fleurs épanouies de quelques lauriers roses mêlaient une note harmonieuse aux tons éclatants de toute cette verdure.

La source elle-même s’échappait d’une fissure du rocher, qu’une main soigneuse avait élargie et au-dessus de laquelle quelqu’un avait gravé, en caractères hébraïques, le nom de Dieu – un voyageur, sans doute, après avoir passé quelques jours dans cette oasis, avait voulu donner une forme durable à l’expression de sa reconnaissance.

Les cavaliers mirent pied à terre et l’Éthiopien, après avoir fait agenouiller le chameau, aida Balthasar et Iras à sortir du pa-lanquin, après quoi le vieillard croisa ses mains sur sa poitrine

– 375 – et pria silencieusement, le visage tourné vers l’Orient. Iras or-donna à l’esclave de lui apporter une coupe de cristal, qu’il prit dans le palanquin, puis elle fit signe à Ben-Hur de la suivre près de la source. Il voulait puiser l’eau pour elle, mais elle s’y oppo-sa, et après avoir rempli le gobelet elle le lui tendit, en disant :

– On assure dans mon pays, fils de Hur, qu’il vaut mieux être échanson d’un homme heureux que ministre d’un roi.

– Suis-je donc un homme heureux ? s’écria-t-il d’un ton surpris.

– Les dieux nous accordent le succès pour nous prouver qu’ils nous sont favorables. N’as-tu pas été vainqueur aux fêtes d’Antioche ? C’était un premier signe de leur faveur ; mais en voici un autre : dans un combat à l’épée tu as tué un Romain.

Il rougit violemment à la pensée qu’elle avait suivi sa car-rière avec intérêt, puis tout à coup il se demanda comment elle avait eu connaissance de ce dernier événement. Il n’ignorait pas que le bruit de ce combat s’était répandu au loin, mais Malluch, Ilderim et Simonide savaient seuls le nom du vainqueur du Ro-main ? Auraient-ils donc fait de cette femme leur confidente ? Dans son trouble il restait silencieux, oubliant de lui rendre la coupe. Elle la lui prit des mains, la remplit de nouveau, et avant d’y tremper ses lèvres elle s’écria :

– Ô dieux de l’Égypte ? Je vous rends grâce de ce que vous m’avez fait découvrir un héros et de ce que la victime du palais d’Idernee n’était pas un être qui me fût cher !…

L’étonnement de Ben-Hur allait croissant. L’Égyptienne savait-elle donc tout ce qui le concernait ? Connaissait-elle la nature de ses relations avec Simonide ? Et le traité avec Ilde-rim ? Ne l’ignorait-elle pas davantage ? Évidemment quelqu’un devait avoir trahi ses secrets les plus importants et cela juste-ment quand il se rendait à Jérusalem, où il serait si dangereux pour lui et ses associés qu’un ennemi en fût informé. Mais,

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était-elle une ennemie ? Il se posait encore cette question quand elle lui rendit la coupe qu’elle venait de vider d’un trait.

– N’aurais-tu pas aussi une parole aimable à m’adresser, fils de Hur ? lui dit-elle en riant.

Il prit la coupe et se baissa pour la remplir.

– Un fils d’Israël n’a pas de dieu auquel il puisse offrir des libations ; mais si j’étais un Égyptien, un Grec ou un Romain, voici ce que je dirais, s’écria-t-il en levant la coupe au-dessus de sa tête : « Ô dieux, je vous remercie d’avoir laissé au monde, malgré ses erreurs et ses souffrances, le charme de la beauté et de l’amour, et je bois à celle qui les représente le mieux, à Iras, la plus belle des filles du Nil ! »

Elle lui posa doucement une main sur l’épaule.

– Tu as péché contre la loi. Les dieux que tu viens d’invoquer sont des faux dieux. Qui m’empêchera de le dire aux rabbis ?

– Oh ! répondit-il en riant, ce serait une chose bien minime à rapporter, pour une personne qui en sait tant d’autres réelle-ment importantes.

– Je ferai plus, – j’irai auprès de la petite Juive qui soigne les rosiers plantés sur la terrasse de la maison du plus riche marchand d’Antioche et je lui raconterai…

– Quoi donc ?

– Je lui raconterai les paroles que tu m’as adressées, sous ta coupe levée, en prenant à témoins des dieux étrangers !

Il semblait attendre qu’elle en dît d’avantage et restait si-lencieux. Il se représentait Esther debout à côté de son père, écoutant la lecture des lettres qu’il lui envoyait, ou les lisant elle-même. Il avait raconté à Simonide, en sa présence, l’affaire du palais d’Idernee. Elle et Iras se connaissaient ; l’Égyptienne

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était habile et rusée, Esther simple, affectueuse, et par consé-quent facile à circonvenir. Simonide ne pouvait l’avoir trahi, Il-derim pas davantage ; indépendamment de leur parole donnée, ils avaient autant d’intérêt que lui-même à ne rien divulguer. Il n’accusait pas Esther, mais ne pouvait s’empêcher de la soup-çonner d’avoir involontairement renseigné l’Égyptienne. Avant qu’il eût le temps de répondre à Iras, Balthasar parut près de la source.

– Nous sommes tes obligés, fils de Hur, dit-il de sa voix grave. Ce vallon délicieux, cette herbe, ces arbres, cette ombre nous invitent à nous y reposer. Cette eau rafraîchissante, dont chaque goutte étincelle comme un diamant, chante à mes oreilles les louanges du Dieu d’amour. Mais il ne me suffit pas de te remercier pour les jouissances que tu nous as procurées. Viens, je te prie, t’asseoir près de nous et goûter à notre pain.

– Permets avant tout que je te donne à boire, répondit Ben-Hur, en lui tendant la coupe pleine d’eau.

Un esclave leur apporta des linges pour essuyer leurs mains, puis, quand ils eurent terminé leurs ablutions, ils s’assirent, à la manière orientale, sous la tente qui, bien des an-nées auparavant, avait abrité les trois mages au désert, et man-gèrent de grand cœur les aliments tirés des bagages des Égyp-tiens.

– Lorsque nous avons failli te devancer, fils de Hur, ton vi-sage semblait être tourné comme les nôtres, vers Jérusalem, dit Balthasar, à la fin du repas. Ne t’offense donc point si je te de-mande si tu t’y rends également.

– Oui, je vais à la sainte cité.

– Comme j’ai grand besoin d’éviter d’inutiles fatigues, je te demanderai encore s’il existe une route plus courte que celle qui passe par Rabbath-Ammon.

 

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– Il y en a une plus mauvaise, mais plus courte, qui passe par Gerasa et Rabbath-Gilead ; c’est celle que je compte suivre moi-même.

– Je suis impatient d’arriver, dit Balthasar, ces derniers temps mon sommeil a été visité par des rêves, ou plutôt par un rêve, toujours le même. Une voix, – ce n’est qu’une voix – me crie : Hâte-toi, lève-toi ! Celui que tu as si longtemps attendu va paraître.

– Tu veux parler de celui qui doit être le roi des Juifs.

– De quel autre pourrait-il être question ?

– Tu n’as donc rien appris de nouveau à son sujet ?

– Rien, si ce n’est ce qu’en disait cette voix.

– Alors voici des nouvelles qui te réjouiront comme elles m’ont réjoui.

Ben-Hur prit dans sa ceinture la lettre de Malluch. D’une main tremblante l’Égyptien la déplia et la lut à haute voix, puis il s’écria avec émotion :

– Ta bonté envers moi a été grande, ô Dieu ! Accorde-moi, je te prie, la grâce de voir encore une fois le Sauveur et de l’adorer, et ton serviteur sera prêt à s’en aller en paix.

Les paroles, les manières, la personnalité étrange de celui qui venait de prononcer cette simple prière, produisirent sur Ben-Hur une impression profonde. Jamais Dieu ne lui avait pa-ru si vivant, ni si près ; il lui semblait qu’il se trouvait en cet ins-tant à leur côté, qu’il était un ami, un père, le père des gentils aussi bien que des Juifs, le père universel, auquel tous ses en-fants pouvaient aller, sans qu’il fût besoin d’intermédiaires, de rabbis, de prêtres, ni de docteurs. La pensée qu’un Dieu sem-blable pourrait envoyer à la terre un Sauveur, au lieu d’un roi, se présenta à son esprit sous un jour tout nouveau ; il commençait à comprendre non seulement qu’un don pareil serait plus adap-

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– Penses-tu toujours, ô Balthasar, que celui qui va venir se-ra un Sauveur et non pas un roi ?

– Oui, répondit l’Égyptien, je n’ai pas changé d’opinion. Je vois qu’il y a encore la même différence entre nous. Tu te pré-pares à aller à la rencontre d’un roi et moi à celle du Sauveur des âmes. Mais levons-nous et reprenons notre route. Il me tarde de voir de mes yeux celui qui est l’objet constant de mes pensées. Si je vous presse ainsi, fils de Hur, et toi ma fille, que ce soit là mon excuse.

L’esclave, sur un signe du vieillard, replia la tente et la ser-ra, avec les restes du repas, dans une caisse placée au fond du palanquin, pendant que l’Arabe allait chercher les chevaux qui paissaient en liberté auprès du ruisseau. Peu d’instants plus tard, ils revenaient sur leurs pas et longeaient de nouveau la gorge étroite, avec l’espoir de rejoindre la caravane.

Elle était très pittoresque, cette caravane, mais elle avan-çait lentement. Bientôt Balthasar et ses compagnons, perdant patience, décidèrent de continuer leur voyage sans plus s’inquiéter d’elle. Le soir les trouva campés dans le désert d’Abilène, près d’une source à côté de laquelle ils avaient dressé la tente de l’Égyptien. C’était la seconde veille de la nuit et Ben-Hur montait la garde, sa lance à la main, à un jet de pierre du chameau endormi ; il regardait les étoiles, quand une main se posa doucement sur son bras : Iras était devant lui.

– Je pensais que tu dormais, lui dit-il.

– Le sommeil est bon pour les vieillards et les petits en-fants ; je suis sortie pour contempler mes amies, les étoiles du sud qui brillent en ce moment au-dessus du Nil. Confesse que tu t’es laissé surprendre ?

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Il prit sa main dans la sienne, en disant :

– Cela est vrai, mais est-ce par l’ennemi ?

– Oh ! non. Être l’ennemi de quelqu’un, ce serait le haïr et la haine est une faiblesse qu’Isis ne laisserait pas approcher de moi : sache qu’elle a déposé un baiser sur mon cœur, lorsque j’étais encore au berceau.

– Tes discours ne ressemblent pas à ceux de ton père, ne partages-tu pas sa foi ?

– Je le ferais peut-être, répondit-elle avec un rire étrange, si j’avais vu les mêmes choses que lui. Je le ferai peut-être, lors-que je serai vieille comme lui. La jeunesse n’a pas besoin de reli-gion, mais de poésie et de philosophie, et encore lui faut-il la poésie inspirée par le vin, la joie et l’amour, la philosophie excu-sant les folies qui ne durent qu’une saison. Le Dieu de mon père est trop terrible pour moi. Je ne l’ai pas rencontré dans les bo-cages de Daphné, et à Rome personne n’a entendu parler de lui. Mais j’ai un désir, fils de Hur.

– Un désir ! Où donc est celui qui voudrait te le refuser ?

– Si je te mettais à l’épreuve ?

– Nomme-le-moi donc, je te prie.

– Il est bien simple : je voudrais t’aider.

– Tu viens du pays des sphynx, ô Égyptienne, et tu en es un. Sois miséricordieuse et parle plus clairement. En quoi ai-je besoin d’aide et comment pourrais-tu m’en donner ?

Elle lui répondit en riant :

– Pourquoi les hommes refusent-ils d’admettre que les femmes ont l’esprit plus prompt qu’eux ? J’ai eu toute la journée ton visage sous les yeux et je n’ai eu qu’à t’observer pour voir que tu as un sujet de préoccupation ; pour comprendre sa na-

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Le cœur de Ben-Hur se mit à battre à coups précipités.

– Un roi des Juifs, comme Hérode, mais bien plus grand que lui, continua-t-elle.

Il détourna la tête, ses regards semblaient interroger les profondeurs du ciel, mais il se taisait toujours.

– J’ai eu une vision, dit-elle, si je te la raconte, me confie-ras-tu les tiennes ? Comment, tu ne me réponds pas ?

Elle se détourna comme pour s’en aller, mais il la retint par la main en s’écriant :

– Reste ! reste et parle encore !

– Ma vision, reprit-elle, la voici : Je voyais éclater une guerre immense, on se battait sur terre et sur mer, j’entendais le cliquetis des armes, on eût dit que César et Pompée, Octave et Antoine étaient revenus à la vie. Un nuage de poussière et de cendres enveloppa la terre et voilà, Rome n’était plus. La domi-nation du monde fut rendue à l’Orient, une race de héros sortit du nuage et de grandes provinces furent fondées, qui atten-daient leurs satrapes. Fils de Hur, pendant que la vision s’évanouissait, je me disais : À quoi ne pourra pas aspirer celui qui servira le roi le premier, et le plus fidèlement ?

Ben-Hur poussa une exclamation. Cette question, il se l’était posée plusieurs fois durant la journée.

– Tu trouveras le roi, dit-elle doucement en posant une de ses mains sur sa tête, qu’il inclinait vers elle. Tu iras vers lui et tu le serviras. Tu gagneras, à la pointe de ton épée, ses dons les plus précieux et son meilleur soldat sera mon héros.

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Il releva la tête et vit son visage tout près du sien. Il n’y avait pas, en ce moment, dans toute l’étendue du ciel, quelque chose d’aussi brillant que ses yeux, malgré l’ombre qui s’étendait autour d’eux. Il la saisit dans ses bras et l’embrassa avec passion en s’écriant :

– Ô Égyptienne ! Si le roi a des couronnes à distribuer, l’une d’elles sera à moi. Je te l’apporterai et je la placerai sur ta tête, là où je viens de poser mes lèvres. Tu seras reine, – ma reine, – et il n’en sera point de plus belle que toi !

Elle se dégagea tout à coup de son étreinte et, sans ré-pondre un mot, s’enfuit dans la direction de la tente.

 

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