Boris, 1985
6 février 2019
Je me demande si cette jambe brisée n’est pas un avertissement, un signe de fermeture.
Boris veut-il me faire taire, comme il disait à Veronika de cesser son bavardage ?
Boris me parle
on se fait signe
et un dialogue de muets s’improvise au-delà de la frontière invisible.
L’effet papillon fait son oeuvre,
de la chanson entendue à cette chambre de Boston où je suis alitée. Mais les auspices sont aussi lumineux, mes filles solides et rayonnantes, mon oncle venu m’aider, mon compagnon qui traverse l’océan pour nous rejoindre plusieurs semaines, les habitantes de cette maison si accueillante qui nous ouvrent les bras. Nous ne les connaissions pas hier, aujourd’hui nous sommes entourées d’une famille douce.
Judy est aux petits soins.
Il y a de la joie dans mon exil d’accidentée.
Les trois générations qui vivent là circulent et animent mon immobilité. Pour l’instant les escaliers me sont infranchissables, mon royaume est au rez-de-chaussée.
Et dans ma nuit
je me dis que l’apprentissage de la douleur
est une force inculquée à mon corps.
Je me suis cassé les os
mes os repoussent
renouvellement des racines
dans l’arbre-famille.
Dans le noir de Boston je revois la neige, la glace et le blanc de la seconde où mon corps bascule.
C’est ainsi que nos vies bougent.
Une musique. Un voyage, un virage, un souffle, le passage d’un papillon et nous sommes propulsés vers ce qui nous ouvre, explose nos programmes.
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