Boris, 1985

Douna Loup · Chapitre 11 sur 53

Pages du PDF

Boris, 1985

9 février 2019

 

Après les dernières interviews et un repas savoureux chez Olga, nous prenons la route.

Olga, devant sa porte, agite encore la main. La voiture est bien pleine, de souvenirs et de bagages. De Boston, nous allons rouler jusqu’à Washington, D.C. Le lendemain nous roulerons jusqu’à Roanoke, en Virginie. L’étape suivante, ce sera Asheville, Caroline du Nord, pour arriver dans la maison de mon oncle Luc et y passer quelques semaines. Prendre la route.

Faire se dérouler le rêve du road movie américain. Les autoroutes à six voies, le Massachusetts qui défile derrière nos fenêtres, traverser le New Jersey, regarder le coucher de soleil orange sur Philadelphie. Je suis assise à l’arrière, ma jambe allongée au milieu, je ne peux pas la plier.

Nous chantons. La petite famille est au complet pour cette traversée du nord au sud, huit yeux happés par l’immensité. Nous mangeons mexicain, nous croquons des frites, nous avalons des pizzas gigantesques. Je boite. Je souris. Je suis heureuse que tout cela soit possible. Dans mon état, je ne cesse de dépendre des autres. Je leur suis si reconnaissante de me permettre de continuer ce voyage. Mon compagnon se retrouve au volant pour mille kilomètres. Au mois de janvier j’étais partie vaillante, j’emmenais seule mes filles pour trois mois. Je me sentais prête à tout assumer, à rouler sur les autoroutes américaines, à prendre le bus, le train, à parler anglais, à filer ensuite encore plus au sud, au Chili.

Et me voilà à avoir besoin d’aide pour prendre une douche, m’habiller. Ne rien pouvoir porter. Ne pas pouvoir cuisiner. Dépendre des autres. L’autonomie ce sera pour une prochaine fois.

Il est apparemment l’heure de ressentir la gratitude dans la dépendance, la reconnaissance et la vulnérabilité.

OceanofPDF.com